Commémoraison de tous les Fidèles défunts
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O Dieu, Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin qu’elles obtiennent, par nos humbles prières, le pardon qu’elles ont toujours désiré. Vous qui vivez.
Épitre 1. Cor. 15, 51-57
Mes frères, Voici un mystère que je vais vous dire : Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous transformés. En un moment, en un clin d’œil, au son de la dernière trompette (car la trompette sonnera), les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons transformés. Car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. Et quand ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira cette parole de l’Écriture : La mort a été absorbée dans la victoire. Où est, ô mort, ta victoire ? Où est, ô mort, ton aiguillon ? Or l’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la force du péché, c’est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ.
| Sequentia | Séquence |
| Dies iræ, dies illa, Solvet sæclum in favílla : Teste David cum Sibýlla. |
Jour de colère que ce jour-là, qui réduira en cendre le monde, selon l’oracle de David et de la Sibylle. |
| Quantus tremor est futúrus, Quando iudex est ventúrus, Cuncta stricte discussúrus. |
Quelle terreur, quand le juge viendra pour tout examiner avec rigueur ! |
| Tuba mirum spargens sonum Per sepúlcra regiónum, Coget omnes ante thronum. |
La trompette jetant ses notes stupéfiantes parmi les tombeaux assemblera tous les hommes devant le trône. |
| Mors stupébit et natúra, Cum resúrget creatúra, Iudicánti responsúra. |
La mort et la nature seront stupéfaites, quand surgira la créature, pour répondre au jugement. |
| Liber scriptus proferétur, In quo totum continétur, Unde mundus iudicétur. |
On présentera le livre où est écrit et renfermé tout l’objet du jugement. |
| Iudex ergo cum sedébit. Quidquid latet apparébit : Nil inúltum remanébit. |
Quand le juge siégera, tout ce qui est caché apparaîtra, rien ne restera impuni. |
| Quid sum miser tunc dictúrus ? Quem patrónum rogatúrus, Cum vix iustus sit secúrus ? |
Malheureux, que dirai-je alors ? Quel avocat vais-je implorer, quand le juste à peine sera en sûreté ? |
| Rex treméndæ maiestátis, Qui salvándos salvas gratis, Salva me, fons pietátis. |
Roi d’une majesté redoutable, qui sauvez gratuitement vos élus, sauvez-moi, Source de bonté. |
| Recordáre, Iesu pie, Quod sum causa tuæ viæ : Ne me perdas illa die. |
Souvenez-vous, ô bon Jésus, que vous êtes venu pour moi, ne me perdez pas en ce jour. |
| Quærens me, sedésti lassus : Redemísti crucem passus : Tantus labor non sit cassus. |
À me chercher, vous vous êtes fatigué. Vous m’avez racheté, en souffrant la Croix. Que tant d’efforts ne soient pas vains. |
| Iuste iudex ultiónis, Donum fac remissiónis Ante diem ratiónis. |
Juge juste, en vos vengeances, accordez-moi grâce et pardon avant le jour des comptes. |
| Ingemísco, tamquam reus : Culpa rubet vultus meus : supplicánti parce, Deus. |
Je gémis comme un coupable : Mes fautes font rougir mon front, je vous supplie, épargnez-moi. |
| Qui Maríam absolvísti, Et latrónem exaudísti, Mihi quoque spem dedísti. |
Vous avez absous Marie-Madeleine, et exaucé le larron, à moi aussi, donnez l’espérance. |
| Preces meæ non sunt dignæ : Sed tu bonus fac benigne, Ne perénni cremer igne. |
Mes prières ne sont pas dignes. Mais vous qui êtes bon, faites, de grâce, que je ne brûle pas au feu éternel. |
| Inter oves locum præsta, Et ab hædis me sequéstra, Státuens in parte dextra. |
Placez-moi parmi les brebis, séparez-moi des béliers, en me mettant à droite. |
| Confutátis maledictis, Flammis ácribus addíctis : Voca me cum benedictis. |
En confondant les maudits, voués aux flammes éternelles, appelez-moi avec les bénis. |
| Oro supplex et acclínis, Cor contrítum quasi cinis : Gere curam mei finis. |
Je prie suppliant et prosterné, le cœur broyé comme cendre, prenez soin de ma destinée. |
| Lacrimósa dies illa, Qua resúrget ex favílla. Iudicándus homo reus : Huic ergo parce Deus : |
O jour de larmes, où l’homme coupable ressuscitera de la poussière pour être jugé. Mais vous, ô Dieu, pardonnez-lui. |
| Pie Iesu Dómine, Dona eis réquiem. Amen. |
Doux Jésus, Seigneur, donnez-leur le repos. Ainsi soit-il. |
Offertoire
Seigneur Jésus-Christ, Roi de gloire, délivrez les âmes de tous les fidèles défunts des peines de l’enfer, et du lac profond ; délivrez-les de la gueule du lion ; que l’abîme ne les engloutisse pas, qu’elles ne tombent pas dans les ténèbres, mais que le porte-enseigne saint Michel les introduise dans la sainte lumière,
Postcommunion
Nous vous demandons instamment, Seigneur, que notre prière suppliante soit utile aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, en sorte que vous les délivriez de tous leurs péchés et que vous les fassiez participer à votre rédemption.
Office
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Du livre de Saint Augustin, évêque : « Des devoirs à rendre aux morts ».
Quatrième leçon. Le soin des funérailles, les conditions honorables de la sépulture, la pompe des obsèques, sont plutôt une consolation pour les vivants qu’un secours pour les morts. Toutefois, ce n’est point là un motif de mépriser et de dédaigner les corps des défunts, surtout ceux des justes et des fidèles, qui ont été comme les instruments et les vases dont l’âme s’est saintement servie pour toutes sortes de bonnes œuvres. Si le vêtement et l’anneau d’un père, si quelque autre souvenir de ce genre, reste d’autant plus cher à des enfants que leur affection envers leurs parents est plus grande.il ne faut en aucune manière traiter sans respect le corps lui-même, que nous portons plus intimement et plus étroitement uni à nous que n’importe quel vêtement. Nos corps, en effet, ne nous sont pas un simple ornement ou un instrument mis extérieurement à notre usage, mais ils appartiennent à la nature même de l’homme. De là vient qu’une piété légitime s’est empressée de rendre aux anciens justes les soins funèbres, de célébrer leurs obsèques et de pourvoir à leur sépulture, et qu’eux-mêmes ont souvent, pendant leur vie, fait des recommandations à leurs fils au sujet de la sépulture ou même de la translation de leur corps.
Cinquième leçon. Quand les fidèles témoignent aux défunts l’affection d’un cœur qui se souvient et qui prie, leur action est sans nul doute profitable à ceux qui ont mérité, quand ils vivaient en leur corps, que de semblables suffrages leur soient utiles après cette vie. Mais lors même qu’en raison de quelque nécessité, l’on ne trouve point moyen, soit d’inhumer des corps, soit de les inhumer en quelque lieu saint, encore faut-il ne pas omettre d’offrir des supplications pour les âmes des morts. C’est ce que l’Église a entrepris de faire à l’intention de tous les chrétiens décèdes dans la communion de la société chrétienne, et même sans citer leurs noms, par une commémoraison générale, en sorte que ceux auxquels font défaut les prières de parents, d’enfants, de proches ou d’amis, reçoivent ce secours de cette pieuse mère, qui est une et commune à tous les-fidèles. Si ces supplications qui se font pour les morts avec foi droite et piété venaient à manquer, je pense qu’il n’y aurait pour les âmes aucune utilité à ce que leurs corps privés de vie fussent placés en n’importe quel lieu saint.
Sixième leçon. Cela étant, soyons bien persuadés que, dans les solennités funéraires, nous ne pouvons faire parvenir du soulagement aux morts auxquels nous nous intéressons, que si nous offrons pour eux au Seigneur le sacrifice de l’autel, celui de la prière ou de l’aumône. Il est vrai que ces supplications ne sont pas utiles à tous ceux pour lesquels elles se font, mais seulement à ceux qui, au temps de leur vie, ont mérité de se les voir appliquées. Mais il vaut mieux offrir des suffrages superflus pour des défunts à qui ils ne peuvent ni nuire ni profiter, que d’en laisser manquer ceux auxquels ils sont utiles. Chacun cependant s’empresse de s’acquitter avec ferveur de ce tribut de prières pour ses parents et ses amis, afin que les siens en fassent autant pour lui-même. Quant à ce qu’on fait pour le corps qui doit être inhumé, il n’en résulte point de secours pour le salut du défunt, mais c’est un témoignage humain de respect ou d’affection, conforme au sentiment selon lequel personne ne hait sa propre chair. Il faut donc prendre lesoin que l’on peut de l’enveloppe de chair laissée par un de nos proches, quand lui-même, qui en prenait soin, l’aura quittée. Et si ceux qui ne croient pas à la résurrection de la chair agissent ainsi, combien ceux qui croient ne doivent-ils pas faire davantage, afin que les derniers devoirs soient rendus de telle manière à ce corps mort, mais destiné à ressusciter et à demeurer éternellement, qu’on y trouve même, en quelque sorte, un témoignage de cette foi.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
De l’Épitre de l’Apôtre S. Paul aux Corinthiens.
Septième leçon. Si on prêche que le Christ est ressuscité d’entre les morts, comment quelques-uns disent-ils parmi vous qu’il n’y a point de résurrection des morts ? Or, s’il n’y a point de résurrection des morts, le Christ n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est point ressuscité, notre prédication est donc vaine, et vaine est aussi votre foi. Nous nous trouvons même être de faux témoins à l’égard de Dieu, puisque nous rendons ce témoignage contre Dieu, qu’il a ressuscité le Christ, qu’il n’a pourtant pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent point. Car, si les morts ne ressuscitent point, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Que si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine ; vous êtes encore dans vos péchés. Donc ceux aussi qui se sont endormis dans le Christ ont péri. Si c’est pour cette vie seulement que nous espérons dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes. Mais très certainement le Christ est ressuscité d’entre les morts, comme prémices de ceux qui dorment ; car par un homme est venue la mort, et par un homme la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi dans le Christ.
Huitième leçon. Mais, dira quelqu’un, comment les morts ressuscitent-ils ? Ou avec quel corps reviendront-ils ? Insensé, ce que tu sèmes n’est point vivifié, si auparavant il ne meurt. Et ce que tu sèmes n’est pas le corps même qui doit venir, mais une simple graine, comme de blé, ou de quelque autre chose. Mais Dieu lui donne un corps, comme il veut, de même qu’il donne à chaque semence son corps propre. Toute chair n’est pas la même chair ; mais autre est celle des hommes, autre celle des brebis, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres ; mais autre est la gloire des célestes, autre celle des terrestres. Autre est la clarté du soleil, autre la clarté de la lune, autre la clarté des étoiles. Une étoile même diffère d’une autre étoile en clarté. Ainsi est la résurrection des morts. Le corps est semé dans la corruption, il ressuscitera dans l’incorruptibilité. Il est semé dans l’abjection, il ressuscitera dans la gloire ; il est semé dans la faiblesse, il ressuscitera dans la force. Il est semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel.
Neuvième leçon. Voici que je vais vous dire un mystère. Nous ressusciterons bien tous, mais nous ne serons pas tous changés. En un moment, en un clin d’œil, au son de la dernière trompette ; car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Puisqu’il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. Et quand ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors sera accomplie cette parole qui est écrite : La mort a été absorbée dans sa victoire. O mort, où est ta victoire ? Où est, ô mort, ton aiguillon ? Or l’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la force du péché, la loi. Ainsi, grâces à Dieu qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ! C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, soyez fermes et inébranlables, vous appliquant toujours de plus en plus à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail n’est pas vain dans le Seigneur.
CONTRE-RÉVOLUTION
Beati pauperes spiritu quoniam ipsorum est regnum caelorum
Beati mites quoniam ipsi possidebunt terram
Beati qui lugent quoniam ipsi consolabuntur
Beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam quoniam ipsi saturabuntur
Beati misericordes quia ipsi misericordiam consequentur
Beati mundo corde quoniam ipsi Deum videbunt
Beati pacifici quoniam filii Dei vocabuntur
Beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam quoniam ipsorum est regnum caelorum
Beati estis cum maledixerint vobis et persecuti vos fuerint et dixerint omne malum adversum vos mentientes propter me gaudete et exultate quoniam merces vestra copiosa est in caelis sic enim persecuti sunt prophetas qui fuerunt ante vos
Mt 5, 3-11
Super Mt. cap. 5 l. 2
Posuit supra Evangelista quasi brevem titulum doctrinae Christi, nunc ponit ipsam doctrinam, et effectum eius, scilicet admirationem turbarum. Considerandum autem, quod secundum Augustinum in isto sermone Domini tota perfectio vitae nostrae continetur. Et probat per id quod Dominus subiungit finem ad quem ducit, scilicet repromissionem aliquam. Id autem quod maxime homo desiderat, est beatitudo. Unde Dominus hic tria facit. Primo praemittit praemium quod consequitur istos qui istam doctrinam accipiunt; secundo ponit praecepta, ibi nolite putare quoniam veni solvere legem etc.; tertio docet quomodo aliquis potest pervenire ad observandum ea, ibi petite et accipietis.
Circa primum duo facit, quia huius doctrinae aliqui sunt observatores tantum, aliqui ministri. Primo ergo describit beatitudinem observantium; secundo ministrantium, ibi beati estis cum maledixerint vobis. Notandum autem quod hic ponuntur plura de beatitudinibus; sed numquam aliquis in verbis Domini posset ita subtiliter loqui, quod pertingeret ad propositum Domini. Sciendum tamen quod in istis verbis includitur omnis plena beatitudo: omnes enim homines appetunt beatitudinem, sed differunt in iudicando de beatitudine; et ideo quidam istud, quidam illud appetunt. Invenimus autem quadruplicem opinionem de beatitudine. Quidam enim credunt, quod in exterioribus tantum consistat, scilicet in affluentia istorum temporalium; Ps. CXLIII, 15: beatum dixerunt populum cui haec sunt. Alii quod perfecta beatitudo consistit in hoc quod homo satisfaciat voluntati suae; unde dicimus: beatus est qui vivit ut vult. Ec. III, 12: et cognovi quod non esset melius nisi laetari et cetera. Alii dicunt quod perfecta beatitudo consistit in virtutibus activae vitae. Alii quod in virtutibus contemplativae vitae, scilicet divinorum et intelligibilium, sicut Aristoteles.
Omnes autem istae opiniones falsae sunt: quamvis non eodem modo. Unde Dominus omnes reprobat. Opinionem illorum qui dixerunt quod consistit in affluentia exteriorum, reprobat: unde dicit beati pauperes, scilicet quasi, non beati affluentes. Opinionem vero eorum qui ponebant beatitudinem in satisfactione appetitus, reprobat cum dicit beati misericordes. Sed sciendum quod triplex est appetitus in homine: irascibilis, qui appetit vindictam de inimicis, et hoc reprobat, cum dicit beati mites. Concupiscibilis, cuius bonum est gaudere et delectari: hoc reprobat cum dicit beati qui lugent. Voluntatis, qui est duplex, secundum quod duo quaerit. Primo quod voluntas nulla superiori lege coerceatur; secundo quod possit restringere alios ut subditos: unde desiderat praeesse, et non subesse. Dominus autem contrarium ostendit quantum ad utrumque. Et quantum ad primum dicit beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam. Quantum autem ad secundum dicit beati misericordes. Ergo et illi qui ponunt beatitudinem in exteriori affluentia, et qui in satisfactione appetitus, errant. Illi autem qui ponunt beatitudinem in actibus activae vitae, scilicet moralibus, errant; sed minus, quia illud est via ad beatitudinem. Unde Dominus non reprobat tamquam malum, sed ostendit ordinatum ad beatitudinem: quia vel ordinantur ad seipsum, sicut temperantia et huiusmodi, et finis eorum est munditia cordis, quia faciunt vincere passiones; vel ordinantur ad alterum, et sic finis eorum est pax, et huiusmodi: opus enim iustitiae est pax. Et ideo istae virtutes sunt viae in beatitudinem, et non ipsa beatitudo; et hoc est beati mundo corde quoniam ipsi Deum videbunt. Non dicit vident, quia hoc esset ipsa beatitudo. Et iterum beati pacifici, non quia pacifici, sed quia in aliud tendunt, quoniam filii Dei vocabuntur. Illorum autem opinio qui dicunt quod beatitudo consistit in contemplatione divinorum, reprobat Dominus quantum ad tempus, quia alias vera est, quia ultima felicitas consistit in visione optimi intelligibilis, scilicet Dei: unde dicit videbunt. Et notandum quod, secundum philosophum, ad hoc quod actus contemplativi faciant beatum, duo requiruntur: unum substantialiter, scilicet quod sit actus altissimi intelligibilis, quod est Deus; aliud formaliter, scilicet amor et delectatio: delectatio enim perficit felicitatem, sicut pulchritudo iuventutem. Et ideo Dominus duo ponit Deum videbunt et filii Dei vocabuntur: hoc enim pertinet ad unionem amoris; I Jn. III, 1: videte qualem caritatem dedit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus.
Item notandum quod in istis beatitudinibus quaedam ponuntur ut merita, et quaedam ut praemia: et hoc in singulis. Beati pauperes spiritu: ecce meritum; quoniam ipsorum est regnum caelorum: ecce praemium, et sic in aliis. Et notandum est etiam aliquid circa meritum in communi, et aliquid circa praemium in communi. Circa meritum sciendum, quod philosophus distinguit duplex genus virtutis: unum communis, quae perficit hominem humano modo; aliud specialis, quam vocat heroicam, quae perficit supra humanum modum. Quando enim fortis timet ubi est timendum, istud est virtus; sed si non timeret, esset vitium. Si autem in nullo timeret confisus Dei auxilio, ista virtus esset supra humanum modum: et istae virtutes vocantur divinae. Isti ergo actus sunt perfecti, et virtus etiam, secundum philosophum, est operatio perfecta. Ergo ista merita vel sunt actus donorum, vel actus virtutum secundum quod perficiuntur a donis. Item nota quod actus virtutum sunt illi de quibus lex praecipit; merita autem beatitudinis sunt actus virtutum; et ideo omnia quae praecipiuntur et infra continentur, referuntur ad istas beatitudines. Unde sicut Moyses primo proposuit praecepta, et post multa dixit, quae omnia referebantur ad praecepta proposita: ita Christus in doctrina sua, primo praemisit istas beatitudines, ad quas omnia alia reducuntur. Circa primum autem notandum, quod Deus est praemium eorum qui ei serviunt; Thren. III, 24: pars mea Dominus, dixit anima mea, propterea expectabo eum; Ps. XV, 5: Dominus pars haereditatis meae et calicis mei; Gn. XV, 7: ego Dominus qui eduxi te de Ur Chaldaeorum, ut darem tibi terram istam, et possideres eam. Et sicut Augustinus dicit in II Confessionum, anima cum recedit a te, bona quaerit extra te. Homines autem diversa quaerunt; sed quidquid inveniri potest in qualibet vita, totum Dominus repromisit in Deo. Aliqui enim ponunt summum bonum affluentiam divitiarum, per quam possunt pervenire ad maximas dignitates; Dominus promittit regnum quod complectitur utrumque; sed ad hoc regnum dicit perveniri per viam paupertatis, non divitiarum. Unde beati pauperes. Alii perveniunt ad istos honores per bella; Dominus autem dicit beati mites et cetera. Alii consolationes quaerunt per voluptates; Dominus dicit beati qui lugent. Aliqui nolunt subdi; Dominus autem dicit, beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam. Aliqui volunt vitare malum opprimendo subditos; Dominus dicit beati misericordes et cetera. Aliqui ponunt visionem Dei in contemplatione veritatis in via; Dominus autem promittit in patria; unde beati mundo corde et cetera. Et notandum quod ista praemia, quae Dominus hic tangit, possunt dupliciter haberi, scilicet perfecte et consummate, et sic in patria tantum: et secundum inchoationem et imperfecte, et sic in via. Unde sancti habent quamdam inchoationem illius beatitudinis. Et quia in hac vita non possunt explicari illa sicut erunt in patria; ideo Augustinus exponit secundum quod sunt in hac vita beati ergo pauperes spiritu: non spe tantum, sed etiam re. Lc. XVII, 21: regnum Dei intra vos est. Unde istis praemissis, accedamus ad litteram. In istis beatitudinibus duo facit Evangelista. Primo ponuntur ipsae beatitudines; secundo manifestatio beatitudinum, ibi beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam; quoniam ipsorum est regnum caelorum; hoc enim est declarativum omnium beatitudinum. Virtus autem tria facit: quia removet a malo, operatur et facit operari bonum, et disponit ad optimum. Primo ergo determinat de primo, ibi beati pauperes; de secundo, ibi beati qui esuriunt; de tertio, ibi beati mundo corde, determinat. Removet autem virtus a tribus malis: cupiditatis, crudelitatis sive inquietudinis, et voluptatis noxiae. Primum notatur ibi beati pauperes; secundum ibi beati misericordes; tertio ibi beati qui lugent. Dicit ergo beati pauperes, dupliciter legitur. Primo sic beati pauperes, idest humiles, qui se aestimant pauperes: illi enim sunt vere humiles, qui se pauperes aestimant, non solum in exterioribus, sed etiam in interioribus; Ps. XXXIX, 18: ego autem mendicus sum et pauper, contra illud Ap. III, 17: dicis quia dives sum, et locupletatus, et nullius egeo, et nescis quia tu es miser, et miserabilis, et pauper, et caecus, et nudus et cetera. Et tunc hoc quod dicit spiritu, potest tripliciter legi. Spiritus enim aliquando dicitur superbia hominis; Is. II, 22: quiescite ab homine, cuius spiritus in naribus est, quia excelsus reputatus est ipse; Is. XXV, 4: spiritus robustorum quasi turbo impellens parietem. Et dicitur superbia spiritus quia sicut per flatum inflantur utres, ita per superbiam homines; Col. II, 18: inflatus sensu carnis suae. Ergo beati pauperes, scilicet hi, qui parum habent de spiritu superbiae. Vel accipitur spiritus pro voluntate hominis. Quidam enim sunt necessitate humiles, et isti non sunt beati, sed qui humilitatem affectant. Tertio accipitur pro spiritu sancto; unde beati pauperes spiritu, qui humiles sunt per spiritum sanctum. Et istae duae quasi ad idem redeunt. Et dicit pauperes spiritu, quia humilitas dat spiritum sanctum; Is. LXVI, 2: ad quem respiciam nisi ad pauperculum, et contritum spiritu, et trementem sermones meos? Istis pauperibus repromittitur regnum, in quo intelligitur summa excellentia. Et licet istud retribuatur cuilibet virtuti, specialiter tamen datur humilitati; quia omnis qui se humiliat exaltabitur, infra cap. XXIII, 12. Et Pr. XXIX, 23: humilem spiritum suscipiet gloria. Vel aliter, secundum Hieronymum. Pauperes spiritu, ad litteram, in abdicatione rerum temporalium. Et dicit spiritu: quia quidam pauperes necessitate sunt, sed non debetur illis beatitudo, sed illis qui voluntate. Et isti dicuntur dupliciter; quia etsi aliqui divitias habent, tamen non habent eas in corde; Ps. LXI, 11: divitiae si affluant, nolite cor apponere. Aliqui nec habent, nec affectant, et istud securius est, quia mens trahitur a spiritualibus ex divitiis: et isti dicuntur proprie pauperes spiritu, quia actus donorum, qui sunt supra humanum modum, sunt hominis beati: et quod homo omnes divitias abiiciat, ut nec aliquo etiam modo appetat, hoc est supra humanum modum. Istis autem repromittitur regnum caelorum, in quo notatur non solum altitudo honoris, sed affluentia divitiarum; Jc. II, 5: nonne Deus eligit pauperes in hoc mundo, divites in fide? Et nota quod Moyses primo promisit divitias; Dt. XXVIII, 1: faciet te Dominus Deus tuus excelsiorem cunctis gentibus, quae versantur in terra; et infra: benedictus tu in civitate, et benedictus in agro. Et ideo ut distinguat Dominus legem veterem a nova, primo ponit beatitudinem in contemptu divitiarum temporalium. Item, secundum Augustinum nota, quod ista beatitudo pertinet ad donum timoris: quia timor, maxime filialis, facit habere reverentiam ad Deum; et ex hoc contemnit homo divitias. Ponit Isaias beatitudines descendendo; Is. XI, 1: egredietur virga de radice Iesse, et flos de radice eius ascendet, et requiescet super eum spiritus Domini, spiritus sapientiae et intellectus, spiritus consilii et fortitudinis, spiritus scientiae et pietatis, et replebit eum spiritus timoris domini. Christus e converso a dono timoris, scilicet a paupertate, quia Isaias praenuntiavit adventum Christi ad terram; Christus autem de terra sursum trahebat. Beati mites. Haec est secunda beatitudo; sed ne aliquis dicat quod sufficit paupertas ad beatitudinem, ostendit quod non sufficit: immo requiritur mansuetudo, quae temperat circa iras, sicut temperantia circa concupiscentias: ille enim est mitis, qui nec irritatur. Hoc autem poterit fieri per virtutem, ut scilicet non irascaris nisi causa iusta; sed si habeas etiam causam iustam, et non provocaris, hoc est supra humanum modum; et ideo dicit beati mites. Pugna enim est propter abundantiam exteriorum rerum; et ideo numquam esset turbatio, si homo divitias non affectaret; et ideo qui non sunt mites, non sunt pauperes spiritu. Et propterea statim subiungit beati mites. Et nota, quod hoc in duobus consistit. Primo quod homo non irascatur; secundo, quod si irascatur, iram temperet. Ita dicit Ambrosius: prudentis est irae motus temperare, nec minor virtus dicitur temperate irasci, quam omnino non irasci est: plurimumque hoc levius, illud fortius existimo et cetera. Chrysostomus dicit: inter multas promissiones aeternas ponit unam terrenam. Unde, ad litteram, terram istam possident mites. Multi enim litigant, ut possessiones acquirant, sed frequenter vitam et omnia perdunt; sed frequenter mansueti totum habent; Ps. XXXVI, 11: mansueti haereditabunt terram. Sed melius exponitur, ut referatur ad futurum. Et potest tunc exponi multipliciter. Hilarius sic: possidebunt terram, idest corpus Christi glorificatum, quia erunt conformes in corpore suo illi claritati; Is. XXXIII, 17: videbunt regem in decore suo; oculi eius cernent terram de longe; Ph. III, 21: reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae. Vel aliter. Ista terra modo est mortuorum, quia subiecta est corruptioni, sed liberabitur a corruptione secundum apostolum, Rm.VIII, 21. Ergo ista terra, quando erit clarificata et liberata a servitute corruptionis, vocabitur terra viventium. Vel per terram intelligitur caelum Empyreum, in quo sunt beati: et vocatur terra, quia sicut se habet terra ad caelum, ita caelum illud ad caelum sanctae Trinitatis. Vel possidebunt terram, idest corpus suum glorificatum. Augustinus exponit metaphorice: et dicit quod per hoc intelligenda est quaedam soliditas sanctorum in cognitione primae veritatis; Ps. XXVI, 13: credo videre bona Domini in terra viventium. Ista secunda beatitudo adaptatur dono pietatis: quia illi proprie irascuntur, qui non sunt contenti divina ordinatione. Beati qui lugent et cetera. Positae sunt duae beatitudines, per quas abstrahimur a malo cupiditatis et crudelitatis; hic ponitur tertia, per quam abstrahimur a malo noxiae voluptatis, vel iucunditatis: et hoc est beati qui lugent. In veteri testamento terrena promittebat, et terrenam iucunditatem; Jr. XXXI, 12: confluent ad bona Domini super frumento, vino et oleo etc.; et post: laetabitur virgo in choro, iuvenes et senes simul. Sed per contrarium Dominus ponit beatitudinem in luctu. Notandum autem quod non quicumque ploratus luctus dici potest; sed ille quo quis mortuum plorat sibi dilectum: Dominus enim per excessum loquitur hic. Sicut supra beati pauperes, ita hic de maximo luctu mentionem facit; sicut enim nullam recipiunt consolationem hi qui mortuum plorant, ita Dominus vult vitam nostram in luctu esse; Jr. VI, 26: luctum unigeniti fac tibi, planctum amarum et cetera. Et potest iste luctus tripliciter exponi. Primo pro peccatis non solum propriis, sed etiam alienis: quia si lugemus mortuos carnaliter, multo magis spiritualiter; I R. XVI, 1: usquequo tu luges, Saul? et cetera. Jr. IX, 1: quis dabit capiti meo aquam, et oculis meis fontem lacrimarum? Et plorabo die ac nocte interfectos filiae populi mei. Ponitur autem satis congrue ista beatitudo post praemissam. Posset enim quis dicere: sufficit non facere malum: et verum est a principio ante peccatum; sed post commissum peccatum non sufficit nisi satisfacias. Secundo potest accipi de luctu pro incolatu praesentis miseriae; Ps. CXIX, 5: heu mihi, quia incolatus meus prolongatus est. Istud est irriguum superius et inferius, de quo Jos. XV, 19: pro peccatis plorate, et pro caelestis patriae incolatu. Tertio, secundum Augustinum, pro luctu quem habent homines de gaudiis saeculi, quae dimittunt veniendo ad Christum: homines enim aliqui saeculo moriuntur, et saeculum moritur eis; Ga. ult., 14: per quem mihi mundus crucifixus est, et ego mundo. Nos autem sicut de mortuis lugemus, ita illi lugent: quia non potest esse quin, in dimittendo, aliquem dolorem sentiant. Isti autem triplici luctui triplex consolatio respondet: quia luctui pro peccatis datur remissio peccatorum, quam petebat David dicens Ps. l, 14: redde mihi laetitiam salutaris tui. Dilationi caelestis patriae, et incolatui praesentis miseriae respondet consolatio vitae aeternae, de qua Jr. XXXI, 13: convertam luctum vestrum in gaudium, et consolabor eos, et laetificabo a dolore suo; et Is. ult., 13: in Ierusalem consolabimini. Tertio luctui respondet consolatio divini amoris: quando enim aliquis dolet de amissione rei dilectae, consolationem recipit si aliam rem magis dilectam acquirit. Unde homines consolantur, quando pro temporalibus rebus recipiunt spirituales et aeternas, quod est spiritum sanctum recipere; quare dicitur Paraclitus Jn. XV, 26. Per spiritum sanctum enim, qui est amor divinus, homines gaudebunt; Jn. XVI, 20: tristitia vestra convertetur in gaudium. Et notandum, quod ista beatitudo appropriatur dono scientiae, quia illi lugent qui miserias aliorum cognoscunt: unde de quibusdam talem scientiam non habentibus dicitur Sg. XIV, 22: in magno viventes inscientiae bello, et tot et tam magna mala pacem appellant; e converso Ec. I, 18: qui addit scientiam, addit et laborem. Et notandum quod ista praemia ita ordinantur, quod semper secundum addit super primum. Primo enim dixit beati pauperes, quoniam ipsorum est regnum caelorum; postea quoniam ipsi possidebunt terram: plus enim est possidere, quam habere tantum. Item postea quoniam ipsi consolabuntur: plus enim est consolari, quam possidere, aliqui enim possident ista, sed non delectantur in eis. Consequenter positis beatitudinibus, quae pertinent ad remotionem mali, hic ponitur beatitudo quae pertinet ad operationem boni. Est autem duplex bonum nostrum, iustitiae scilicet, et misericordiae. Et ideo duo ponit. Quantum ad primum dicit beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam. Iustitia tripliciter sumitur, secundum Chrysostomum et philosophum. Quandoque enim pro omni virtute: et dicitur omnis virtus iustitia legalis, quae praecipit de actibus virtutum. Unde inquantum homo obedit legi, implet opus omnium virtutum. Alio modo secundum quod est specialis virtus, de quatuor cardinalibus, quae opponitur avaritiae, vel iniustitiae, et est circa emptiones, venditiones, conductiones. Quod ergo dicit hic qui esuriunt iustitiam, potest intelligi generaliter, vel specialiter. Si intelligatur de generali, hoc dicit propter duas rationes. Prima Hieronymi, qui dicit quod non sufficit quod homo iustitiae opus operetur, nisi cum desiderio operetur; Ps. LIII, 8: voluntarie sacrificabo tibi et cetera. Et alibi, Ps. XLI, 3: sitivit anima mea ad Deum fontem vivum et cetera. Am VIII, 11: mittam famem in terram istam, non famem panis, neque sitim aquae, sed audiendi verbum Dei. Ergo est esuries quando cum desiderio operatur quis. Alia ratio. Iustitia est duplex, perfecta et imperfecta: perfectam in mundo habere non possumus, quia si dixerimus quia peccatum non habemus, ipsi nos seducimus, et veritas in nobis non est, I Jn. I, 8. Et Is. LXIV, 6: omnes iustitiae nostrae quasi pannus menstruatae. Sed hanc habemus in caelo; Is. LX, 21: populus tuus omnes iusti in perpetuum haereditabunt terram. Sed desiderium iustitiae possumus hic habere: et ideo dicit beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam et cetera. Et est simile illud quod Pythagoras fecit. Tempore enim Pythagorae illi qui studebant, vocabantur sophi, idest sapientes; Pythagoras autem noluit vocari sophos, idest sapiens, sed philosophus, hoc est sapientiae amator: ita vult Dominus quod sui sint, et vocentur amatores iustitiae. Si autem intelligatur de iustitia speciali, quae est, quod homo reddat unicuique quod suum est, convenienter dicitur beati qui esuriunt etc.; quia esuries et sitis proprie avarorum est, quia numquam satiantur qui aliena iniuste possidere desiderant: unde ista esuries, de qua dicit Dominus, opponitur huic, scilicet avarorum. Et vult Dominus quod ita anhelemus ad istam iustitiam, quod numquam quasi satiemur in vita ista, sicut avarus numquam satiatur. Beati ergo qui esuriunt et sitiunt iustitiam, quoniam ipsi saturabuntur. Conveniens praemium ponitur saturabuntur, et primum in aeterna visione, videbunt enim Deum per essentiam; Ps. XVI, 15: satiabor cum apparuerit gloria tua: ibi enim nihil restabit ad desiderandum; Ps. CII, 5: qui replet in bonis desiderium tuum; Pr. X, 24: desiderium suum iustis dabitur. Secundo in praesenti. Et haec est duplex. Una est in bonis spiritualibus, hoc est in impletione mandatorum Dei; Jn. IV, 34: meus cibus est ut faciam voluntatem eius qui misit me, ut perficiam opus eius: et de isto exponit Augustinus. Alio modo accipitur de saturitate rerum temporalium. Homines iniusti numquam saturantur, sed homines qui habent terminum suum ipsam iustitiam, ultra non procedunt; Pr. XIII, 25: iustus comedit, et replet animam suam. Ista beatitudo secundum Augustinum reducitur ad donum fortitudinis: quia quod homo iuste operetur, hoc pertinet ad fortitudinem. Item superaddit aliquid praemio supra posito, quia saturari est implere totaliter desiderium. Item nota quod primo dicit beati qui lugent: homo enim quando infirmus est, non appetit comedere, sed tunc appetere incipit, quando iam incipit sanari; et ita est in spiritualibus, quod quando homines sunt in peccato, non sentiunt famem spiritualem, sed quando dimittunt peccata, tunc sentiunt; et ideo statim subdit beati misericordes: quia iustitia sine misericordia crudelitas est, misericordia sine iustitia mater est dissolutionis. Et ideo oportet quod utrumque coniungatur, secundum illud Pr. III, 3: misericordia et veritas non te deserant et cetera. Ps. LXXXIV, 11: misericordia et veritas obviaverunt sibi et cetera. Beati misericordes, quoniam ipsi misericordiam consequentur. Misericordem esse est habere miserum cor de miseria aliorum: tunc autem habemus misericordiam de miseria aliorum, quando illam reputamus quasi nostram. De nostra autem dolemus, et studemus repellere. Ergo tunc vere misericors es, quando miseriam aliorum studes repellere. Est autem duplex miseria proximi. Prima in istis rebus temporalibus; et ad istam debemus habere miserum cor; I Jn. III, 17: qui habuerit substantiam huius mundi, et viderit fratrem suum necesse habere, et clauserit viscera sua ab eo, quomodo caritas Dei manet in eo? Secunda qua homo per peccatum miser efficitur: quia, sicut beatitudo est in operibus virtutum, ita miseria propria in vitiis; Pr. XIV, 34: miseros facit populos peccatum. Et ideo quando admonemus corruentes ut redeant, misericordes sumus; infra IX, 36: videns autem Iesus turbas, misericordia motus est. Isti ergo misericordes beati. Et quare? Quoniam ipsi misericordiam consequentur. Et sciendum quod semper dona Dei excedunt merita nostra; Ec. XXXV, 13: quoniam Dominus retribuens est, et septies tantum retribuet tibi. Ergo multo maior est misericordia quam Dominus impendet nobis, quam illa quam impendimus proximo. Ista misericordia inchoatur in hac vita dupliciter. Primo, quia relaxantur peccata; Ps. CII, 3: qui propitiatur omnibus iniquitatibus tuis. Secundo, quia removet defectus temporales, ita quod solem suum facit oriri; perficietur tamen in futuro, quando omnis miseria, et culpae, et poenae removebuntur; Ps. XXXV, 6: Domine, in caelo misericordia tua. Et hoc est quoniam ipsi misericordiam consequentur. Ista beatitudo reducitur ad donum consilii: quia hoc est singulare consilium ut inter pericula huius mundi misericordiam consequamur; I Tm. IV, 8: pietas ad omnia utilis est; Dn. IV, 24: consilium meum regi placeat. Sic ergo positi sunt actus virtutum, quibus removemur a malo, et operamur bonum. Nunc ponuntur actus quibus disponimur ad optimum; unde beati mundo corde et cetera. Ista beatitudo in duobus consistit: in visione Dei et dilectione proximi, unde primo ponit beatitudinem quae pertinet ad visionem Dei; secundo beatitudinem quae pertinet ad dilectionem proximi, ibi beati pacifici et cetera. Dicit ergo beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt. Hic primo est quaestio litteralis. Habemus enim quod Deus videri non potest: I Jn. IV, 12: Deum nemo vidit unquam. Et ne aliquis diceret, quod quamvis nullus videat in praesenti, videbit in futuro, removet hoc apostolus I Tm. ult., 16: lucem habitat inaccessibilem, quem nullus hominum vidit, sed nec videre potest. Sed sciendum quod circa hoc sunt diversae opiniones. Aliqui enim posuerunt quod numquam Deus per essentiam videatur, sed in aliqua refulgentia suae claritatis; sed hoc reprobat Glossa super illud Ex. XXXIII, 20: non videbit me homo, et vivet, propter duo. Primo, quia hoc repugnat auctoritati sacrae Scripturae, I Jn. III, 2: videbimus eum sicuti est. Item I Cor. XIII, 12: videmus nunc per speculum in aenigmate, tunc autem facie ad faciem. Item rationi, quia beatitudo hominis est ultimum bonum hominis, in quo quietatur desiderium eius. Naturale autem desiderium est, quod homo videns effectus inquirat de causa: unde etiam admiratio philosophorum fuit origo philosophiae, quia videntes effectus admirabantur, et quaerebant causam. Istud ergo desiderium non quietabitur, donec perveniat ad primam causam, quae Deus est, scilicet ad ipsam divinam essentiam. Videbitur ergo per essentiam. Alii plus etiam erraverunt ponentes contrarium: quia dixerunt quod non solum videbimus oculo mentis, sed etiam corporis, essentiam Dei, et quod Christus videt oculo corporali essentiam divinam. Sed hoc non convenit: quod patet primo ex auctoritate quae hic ponitur, quia non diceret beati mundo corde; sed, beati qui habent mundos et puros oculos. Ergo dat intelligere, quod non videtur nisi corde, idest intellectu: sic enim accipitur hic cor, sicut et Ep. I, 18: illuminatos oculos cordis vestri. Secundo, quia sensus corporis non potest nisi in suum obiectum; si autem dicatur quod tunc habebit maiorem potentiam, dicendum quod tunc non esset visio corporalis, quia oculus corporalis non videt nisi colores, essentiam autem per accidens, secundum Augustinum Lib. ult. De Civitate Dei XIX. Sicut cum video vivens, possumus dicere quod video vitam, inquantum video quaedam indicia quibus indicatur mihi vita sua; ita erit in visione divina, quia tanta erit refulgentia in caelo novo, et terra nova, et corporibus glorificatis, quod per ista dicemur videre Deum quasi oculis corporalibus. Ergo beati mundo corde et cetera. Solvit vero illud, Deum nemo vidit unquam, tripliciter. Primo quia non visione comprehensiva; secundo oculis corporalibus; tertio in hac vita: quia si alicui datum fuerit quod viderit in hac vita Deum, hoc fuit quia totaliter alienatus est et elevatus supra sensus corporales. Et ideo dicitur beati mundo corde: quia sicut oculus videns colorem oportet quod sit depuratus, ita mens videns Deum; Sg. I, 1: in simplicitate cordis quaerite illum, quoniam invenitur ab his qui non tentant illum; apparet autem his qui fidem habent in illum: fide enim purificatur cor; Ac. XV, 9: fide purificans corda eorum. Et quia visio succedet fidei, ideo dicitur quoniam ipsi Deum videbunt. Beati mundo corde, qui scilicet habent munditiam generalem ab alienis cogitationibus, per quam cor eorum templum Dei sanctum est, in quo Deum contemplandum vident: templum enim a contemplando dici videtur. Specialiter vero beati mundo corde, idest qui habent munditiam carnis: nihil enim ita impedit spiritualem contemplationem, sicut immunditia carnis. Pacem sequimini, et sanctimoniam, sine qua nemo videbit Deum, He. XII, 14. Et ideo quidam dicunt quod virtutes morales proficiunt ad vitam contemplativam, et praecipue castitas. Et secundum hoc beati mundo corde, potest intelligi de visione viae: sancti enim qui habent cor repletum iustitia, vident excellentius quam alii qui vident per effectus corporales: quanto enim effectus sunt propinquiores, tanto Deus magis cognoscitur per illos. Unde sancti qui habent iustitiam, caritatem, et huiusmodi effectus, qui sunt simillimi Deo, cognoscunt magis quam alii; Ps. XXXIII, 9: gustate, et videte quoniam suavis est Dominus. Beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur. Hic ponitur septima beatitudo: et, sicut dictum est, virtutes ad optimum disponentes disponunt ad duo, scilicet ad visionem Dei et dilectionem. Et sicut munditia cordis disponit ad visionem Dei, ita pax ad dilectionem Dei disponit, qua filii Dei nominamur et sumus; et sic disponit ad dilectionem proximi, quia, sicut dicitur I Jn. IV 20, qui non diligit fratrem suum quem videt, Deum quem non videt, quomodo potest diligere? Et notandum quod hic ponuntur duo praemia beatitudinis, videlicet beati pacifici, et beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam. Et omnia praecedentia reducuntur ad ista duo, et sunt effectus omnium praecedentium. Quid enim agitur per paupertatem spiritus, per luctum, per mansuetudinem, nisi ut mundum cor habeatur? Quid per iustitiam et misericordiam, nisi ut pacem habeamus? Is. XXXII, 17: fructus iustitiae pax, et cultus iustitiae silentium, et securitas usque in sempiternum. Beati ergo pacifici. Sed videndum est quid sit pax, et quomodo ad eam possimus pervenire. Pax est tranquillitas ordinis. Ordo autem est parium dispariumque sua loca cuique tribuens dispositio. Ergo pax est in hoc quod omnes teneant sua loca. Unde debet mens hominis primo Deo subiecta esse. Secundo motus et vires inferiores, quae sunt nobis et brutis communes, subiecta esse homini: per rationem enim homo praeest animalibus; Gn. I, 26: faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram, et praesit piscibus maris, et volatilibus caeli, et bestiis universaeque terrae, omnique reptili quod movetur in terra. Tertio ut homo pacem habeat ad alios, quia sic totaliter erit ordinatus. Ista autem ordinatio non potest esse nisi in hominibus sanctis; Ps. CXVIII, 165: pax multa diligentibus nomen tuum; Is. XLVIII, 22: non est pax impiis: pacem enim interiorem habere non possunt; Sg. XIV, 22: in magno viventes inscientiae bello, tot et tam magna mala pacem appellant. Pacem talem mundus dare non potest; Jn. XIV, 27: non quomodo mundus dat, ego do vobis. Item non sufficit totum hoc, sed debent inter discordes pacem facere; Pr. XII, 20: qui ineunt pacis consilia, sequitur eos gaudium. Tamen sciendum quod ista pax hic inchoatur, sed non perficitur, quia nullus potest totaliter habere motus brutales rationi subiectos; Rm. VII, 23: video aliam legem in membris meis repugnantem legi mentis meae, et captivantem me in lege peccati, quae est in membris meis. Unde vera erit in vita aeterna; Ps. IV, 9: in pace in idipsum dormiam et requiescam; Ph. IV, 7: pax Dei exuperat omnem sensum. Quoniam filii Dei vocabuntur, triplici ratione. Prima est, quia habent officium filii Dei: ad hoc enim filius dicitur venisse in mundum, ut congregaret dispersos; Ep. II, 14: ipse enim est pax nostra; Col. I, 20: pacificans in sanguine crucis eius, sive quae in terris, sive quae in caelis. Secundo, quia per pacem cum caritate pervenitur ad regnum aeternum, in quo omnes filii Dei vocabuntur; Sg. V, 5: ecce quomodo computati sunt inter filios Dei, et inter sanctos sors illorum est. Ep. IV, 3: solliciti servare unitatem spiritus in vinculo pacis. Tertio, quia per hoc homo assimilatur Deo, quia ubi est pax, non est aliqua resistentia; Deo autem nullus resistere potest; Jb IX, 4: quis restitit ei, et pacem habuit? Et notandum quod istae beatitudines sibi invicem superaddunt: plus enim est misericordiam consequi quam saturari; quia saturari est impleri eo quod est sibi proportionatum, sed misericordia superabundat. Item non omnes qui misericordiam accipiunt, admittuntur a rege ad videndum regem. Item plus est esse filium regis, quam regem videre. Et tamen sciendum, quod per omnia ista unum praemium designatur. Sed quare ita Dominus per multa voluit significare illud? Dicendum quod omnia quae in inferioribus divisa sunt, in superioribus congregantur. Et quia in rebus humanis ista inveniuntur dispersa, et nos manuducimur per sensibilia, ideo Dominus per multa significavit illud praemium aeternum. Ista autem septima beatitudo adaptatur dono sapientiae: sapientia enim facit esse filios Dei. Item notandum, quod in septima beatitudine ponitur pax, sicut in die septima requies, Gn. II, 2. Consequenter ponitur octava beatitudo, quae designat perfectionem omnium praecedentium: tunc enim homo in omnibus illis perfectus est, quando nullam deserit propter tribulationes; Ec. XXVII, 6: vasa figuli probat fornax, et homines iustos tentatio tribulationis. Beati ergo qui persecutionem patiuntur et cetera. Sed aliquis forte audiens beati pacifici, dicet hos non esse beatos propter persecutionem: quia persecutio pacem turbat, vel totaliter tollit; sed certe non interiorem, sed exteriorem; Ps. CXVIII, 165. Pax multa diligentibus legem tuam et cetera. Ipsa autem persecutio non facit beatum, sed eius causa: unde dicit propter iustitiam; I P. III, 14: si quid patimini propter iustitiam, beati. Chrysostomus: non dicit a Paganis et pro fide, sed propter iustitiam.
Unde dicit: propter iustitiam, I P. III 14: si quid patimini. Chrysostomus: non dicit: a Paganis et secundum fidem, sed: propter iustitiam, quia (non) a quo et propter quamcumque causam sed propter iustitiam patris martyrium est, Ec. IV 33: pro iustitia agonizare. Prophetae occisi sunt non quia negaverunt fidem sed quia veritatem annuntiaverunt; Ioannes Baptista quia veritatem annuntiabat occisus est et martyr fuit. Et notandum quod haec beatitudo octavo loco ponitur, sicut octava die circumcisio fiebat in qua quaedam generalis circumcisio martyrum praenuntiatur. Quoniam ipsorum est regnum. Hoc videtur esse ex eo quod ponitur in prima beatitudine; unde a sanctis diversimode exponitur. Quidam enim dicunt quod idem est istud et id quod dicitur: beati pauperes quoniam ipsorum, et hoc ad designandum perfectionem patientiae, Jc. I 4; perfectio autem semper designatur per hoc quod revertitur ad sui principium, sicut apparet in circulo. Item ille qui persecutionem patitur propter iustitiam pauper est et debentur sibi omnia alia, quia mites et misericordes et sic de omnibus; et ideo non solum primum praemium debetur sibi sed omnia praemia. Alii dicunt quod non est idem; unde dicit Ambrosius quod ponitur regnum caelorum quantum ad gloriam animae et cordis: virtuti enim animae respondit regnum caelorum, sed martyrio respondit beatitudo quae consistit in glorificatione corporum, propter supplicia quae passa sunt. Vel aliter: regnum caelorum pauperibus promittitur in spe quia non statim evolant, sed martyribus in re quia statim evolant.
Fête de Tous les Saints
Introït
Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de tous les Saints. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu. Justes, exultez dans le Seigneur : aux cœurs droits convient sa louange. Alléluia
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, qui nous avez accordé de célébrer dans une même solennité les mérites de tous vos Saints ; faites, nous vous en prions, que nos intercesseurs étant multipliés, une abondante effusion de vos miséricordes, objet de nos désirs, nous vienne de votre munificence.
Épitre Ap. 7, 2-12
En ces jours-là : Voici que moi, Jean, je vis un autre Ange, qui montait du côté du soleil levant, ayant le sceau du Dieu vivant ; et il cria d’une voix forte aux quatre anges auxquels il avait été donné de nuire à la terre et à la mer ; et il dit : Ne nuisez point à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau : cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des enfants d’Israël, étaient marqués du sceau. De la tribu de Juda, douze mille étaient marqués du sceau ; de la tribu de Ruben, douze mille ; de la tribu de Gad, douze mille ; de la tribu d’Azer, douze mille ; de la tribu de Nephthali, douze mille ; de la tribu de Manassé, douze mille ; de la tribu de Siméon, douze mille ; de la tribu de Lévi, douze mille ; de la tribu d’Issachar, douze mille ; de la tribu de Zabulon, douze mille ; de la tribu de Joseph, douze mille ; de la tribu de Benjamin, douze mille étaient marqués du sceau. Après cela, je vis une grande multitude, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue ; ils se tenaient devant le trône et en face de l’Agneau, vêtus de robes blanches, et ils avaient des palmes dans leurs mains. Et ils criaient d’une voix forte, et disaient : Le salut est à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l’Agneau. Et tous les Anges se tenaient autour du trône, et des vieillards, et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent devant le trône sur leurs visages, et adorèrent Dieu, en disant : Amen. Bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans tous les siècles des siècles. Amen.
Évangile
En ce temps-là : Jésus, voyant les foules, monta sur la montagne, et lorsqu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, prenant la parole, il se mit à les enseigner, en disant :
"Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
Heureux ceux qui sont affligés, car ils seront consolés !
Heureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu !
Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de Moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux.
Postcommunion
Donnez, nous vous en supplions, Seigneur, au peuple des fidèles, d’avoir toujours la joie d’honorer vos Saints et la protection qui résulte de leur incessante prière.
Office
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Béde le Vénérable, Prêtre.
Quatrième leçon. Aujourd’hui, bien-aimés frères, nous célébrons, dans l’allégresse d’une solennité commune, la fête de tous les Saints. Leur société réjouit les cieux, leur protection console la terre, leur triomphe couronne la sainte Église. Plus 1a profession de leur foi a été ferme dans les tourments, plus ils ont d’éclat dans la gloire. Car la violence du combat s’augmentant, l’honneur des combattants s’est aussi accru. Les diverses tortures du martyre rehaussent le triomphe, et des souffrances plus affreuses ont procuré de plus délicieuses récompenses. Notre mère l’Église catholique, répandue au loin dans tout l’univers, à qui Jésus-Christ, son chef, apprit par son exemple à ne craindre ni les outrages, ni les croix, ni la mort, s’est de plus en plus fortifiée, non par la résistance, mais par la patience. Pour encourager toutes ces légions d’illustres athlètes, jetés en prison comme des criminels, et pour les animer tous à soutenir le combat avec la même ardeur et un courage égal, elle leur a inspiré la sainte ambition d’un glorieux triomphe.
Cinquième leçon. Heureuse en vérité, l’Église notre mère, d’être ainsi honorée des marques éclatantes de la miséricorde divine, empourprée du noble sang des Martyrs victorieux, parée du vêtement blanc de l’inviolable fidélité des Vierges ! Ni les roses, ni les lis ne manquent parmi ses fleurs. Et maintenant, très chers frères, que chacun de nous s’efforce d’acquérir la plus ample provision de titres à ces deux sortes d’honneurs, et de mériter, ou la couronne blanche de la virginité ou la couronne pourpre du martyre. Car, dans la milice des cieux, le repos et la lutte ont leurs fleurs pour couronner les soldats du Christ.
Sixième leçon. L’immense et ineffable bonté de Dieu a même eu soin de ne pas prolonger le temps des travaux et du combat, et de ne le faire ni long, ni éternel, mais court, et pour ainsi dire, d’un moment. Elle a voulu que les combats et les travaux fussent pour cette vie passagère et vite écoulée ; les couronnes et les récompenses du mérite, pour la vie éternelle ; que les travaux finissent promptement, que la récompense des mérites durât toujours ; qu’après les ténèbres de ce monde, il fût donné aux Saints de jouir de la plus resplendissante lumière, et de posséder une béatitude plus grande que le cruel excès de toutes les souffrances. Et voilà ce qu’attesté l’Apôtre quand il dit : « Les souffrances du temps n’ont aucune proportion avec la gloire qui doit un jour éclater en nous. »
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Septième leçon. Si l’on demande ce que signifie la montagne, on peut bien dire qu’elle signifie des préceptes de justice plus élevés, parce que ceux qui avaient été donnés aux Juifs étaient inférieurs. C’est toutefois le même Dieu qui, réglant avec un ordre admirable l’économie des temps, a donné, par ses saints Prophètes et par ses autres serviteurs, des préceptes moins parfaits à un peuple qu’il fallait encore contenir au moyen de la crainte, et, par son Fils, des préceptes plus parfaits, à un peuple qu’il convenait d’affranchir au moyen de la charité. Si de moindres commandements sont donnés à des âmes moins parfaites, et de plus grands à de plus parfaites ils sont toujours donnés par Celui qui est le seul à bien savoir fournir au genre humain le remède approprié à la diversité de ses besoins.
Huitième leçon. Et il ne faut pas s’étonner que le même Dieu, créateur du ciel et de la terre, donne, en vue du royaume des cieux, de plus grands préceptes, après en avoir donné de moindres pour celui de la terre. C’est de cette justice plus grande, que le Prophète a dit : « Votre justice est comme les montagnes de Dieu. » Et c’est ce que figure très bien la montagne où cette justice est enseignée par l’unique et seul Maître capable d’enseigner des choses si sublimes. Or il enseigne étant assis, ce qui appartient à la dignité du magistère. Et ses disciples s’approchent de lui : rapprochés de Jésus par la volonté d’accomplir ses préceptes, il fallait bien qu’ils fussent aussi plus près pour entendre ses paroles. « Et ouvrant sa bouche, il les instruisait, disant. » Cette périphrase de l’écrivain sacré : « Et ouvrant sa bouche, » semble avertir, en retardant son début, que le discours doit avoir une certaine étendue. A moins encore que ce ne soit pour rappeler que celui qui ouvre en ce moment la bouche, a lui-même ouvert, dans l’ancien Testament, .la bouche des Prophètes.
Neuvième leçon. Or, que dit-il ? « Bienheureux les pauvres d’esprit, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. » Nous lisons dans l’Écriture, au sujet de la convoitise des biens temporels : « Tout est vanité et présomption d’esprit. » Présomption d’esprit veut dire orgueil et arrogance. On dit même vulgairement des superbes qu’ils ont de l’enflure d’esprit, et avec raison, puisque le vent est aussi appelé esprit ou souffle, comme nous le voyons dans ce verset d’un Psaume : « Feu, grêle, neige, glace, souffles des tempêtes. » Qui ne sait qu’on appelle les orgueilleux des gens bouffis, comme qui dirait gonflés de vent ? De là encore ce mot de l’Apôtre : « La science enfle, mais la charité édifie. » C’est pourquoi par ces pauvres en esprit, sont justement désignés ceux qui sont humbles et qui craignent Dieu, c’est-à-dire qui n’ont point en eux cet esprit d’enflure.
Je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de toute langue ; elle se tenait devant le trône, vêtue de robes blanches, des palmes à la main ; de ses rangs s’élevait une acclamation puissante : Gloire à notre Dieu !
Le temps n’est plus ; c’est l’humanité sauvée qui se découvre aux yeux du prophète de Pathmos. Vie militante et misérable de cette terre, un jour donc tes angoisses auront leur terme. Notre race longtemps perdue renforcera les chœurs des purs esprits que la révolte de Satan affaiblit jadis ; s’unissant à la reconnaissance des rachetés de l’Agneau, les Anges fidèles s’écrieront avec nous : Action de grâces, honneur, puissance à notre Dieu pour jamais !
Et ce sera la fin, comme dit l’Apôtre : la fin de la mort et de la souffrance ; la fin de l’histoire et de ses révolutions désormais expliquées. L’ancien ennemi, rejeté à l’abîme avec ses partisans, ne subsistera plus que pour attester sa défaite éternelle. Le Fils de l’homme, libérateur du monde, aura remis l’empire à Dieu son Père. Terme suprême de toute création, comme de toute rédemption : Dieu sera tout en tous.
Bien avant le voyant de l’Apocalypse, déjà Isaïe chantait : J’ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé et sublime ; les franges de son vêtement remplissaient au-dessous de lui le temple, et les Séraphins criaient l’un à l’autre : Saint, Saint, Saint, le Seigneur des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire.
Les franges du vêtement divin sont ici les élus, devenus l’ornement du Verbe, splendeur du Père. Car depuis que, chef de notre humanité, le Verbe l’a épousée, cette épouse est sa gloire, comme il est celle de Dieu. Elle-même cependant n’a d’autre parure que les vertus des Saints : parure éclatante, dont l’achèvement sera le signal de la consommation des siècles. Cette fête est l’annonce toujours plus instante des noces de l’éternité ; elle nous donne à célébrer chaque année le progrès des apprêts de l’Épouse.
Heureux les conviés aux noces de l’Agneau ! Heureux nous tous, à qui la robe nuptiale de la sainte charité fut remise au baptême comme un titre au banquet des cieux ! Préparons-nous, comme notre Mère l’Église, à 1’ineffable destinée que nous réserve l’amour. C’est à ce but que tendent les labeurs d’ici-bas : travaux, luttes, souffrances pour Dieu, relèvent d’inestimables joyaux le vêtement de la grâce qui fait les élus. Bienheureux ceux qui pleurent !
Ils pleuraient, ceux que le Psalmiste nous montre creusant avant nous Je sillon de leur carrière mortelle, et dont la triomphante allégresse déborde sur nous, projetant à cette heure comme un rayon de gloire anticipée sur la vallée des larmes. Sans attendre au lendemain de la vie, la solennité commencée nous donne entrée pat la bienheureuse espérance au séjour de lumière où nos pères ont suivi Jésus, le divin avant-coureur. Quelles épreuves n’apparaîtraient légères, au spectacle des éternelles félicités dans lesquelles s’épanouissent leurs épines d’un jour ! Larmes versées sur les tombes qui s’ouvrent à chaque pas de cette terre d’amertume, comment le bonheur des chers disparus ne mêlerait-il pas à vos regrets la douceur du ciel ? Prêtons l’oreille aux chants de délivrance de ceux dont la séparation momentanée attire ainsi nos pleurs ; petits ou grands, cette fête est la leur, comme bientôt elle doit être la nôtre. En cette saison où prévalent les frimas et la nuit, la nature, délaissant ses derniers joyaux, semble elle-même préparer le monde à son exode vers la patrie sans fin.
Chantons donc nous aussi, avec le Psaume : « Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. Nos pieds ne sont encore qu’en tes parvis, mais nous voyons tes accroissements qui ne cessent pas, Jérusalem, ville de paix, qui te construis dans la concorde et l’amour. L’ascension vers toi des tribus saintes se poursuit dans la louange ; tes trônes encore inoccupés se remplissent. Que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Jérusalem ; que la puissance et l’abondance règnent en ton enceinte fortunée. A cause de mes amis et de mes frères qui déjà sont tes habitants, j’ai mis en toi mes complaisances ; à cause du Seigneur notre Dieu dont tu es le séjour, j’ai mis en toi tout mon désir. »
Vigile de la fête de tous les Saints
Introït
Les Saints jugent les nations et dominent les peuples ; et le Seigneur leur Dieu régnera éternellement. Justes, exultez dans le Seigneur, c’est aux hommes droits que sied sa louange.
Collecte
Seigneur notre Dieu, multipliez envers nous l’effusion de votre grâce, et faites que, par une vie sainte, nous méritions de suivre dans la félicité éternelle ceux dont nous anticipons la fête solennelle.
Épitre Ap. 5, 6-12
En ces jours-là, voici que moi, Jean, je vis : en face du Trône, en face des quatre Vivants et des Anciens, il y avait un Agneau ; il se tenait debout, et il était comme immolé ; ses cornes étaient au nombre de sept, ainsi que ses yeux, qui sont les sept esprits de Dieu en mission sur toute la terre. Il s’avança et reçut le Livre, que lui donna de la main droite celui qui siégeait sur le Trône. Quand l’Agneau eut reçu le Livre, les quatre Vivants et les vingt-quatre Anciens se prosternèrent devant lui. Chacun tenait une harpe et des coupes d’or pleines de parfums qui sont les prières des saints. Ils chantaient ce cantique nouveau : « Tu es digne de recevoir le Livre scellé et de l’ouvrir, car tu as été immolé ; par ton sang, tu as racheté pour Dieu des hommes de toute race, langue, peuple et nation, et tu en as fait pour notre Dieu un royaume de prêtres qui régneront sur la terre. » Alors, dans ma vision, j’ai entendu la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens : ils étaient des millions, des centaines de millions. Ils criaient à pleine voix : « Lui, l’Agneau immolé, il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et bénédiction. ». Ainsi soit-il.
Évangile Lc. 6, 17-23.
En ce temps-là, Jésus descendant de la montagne s’arrêta dans la plaine avec la troupe de ses disciples et une grande multitude de peuple de toute la Judée, et de Jérusalem, et de la contrée maritime, et de Tyr, et de Sidon ; ils étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Et ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris. Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une vertu sortait de lui et les guérissait tous. Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait : Bienheureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous. Bienheureux, vous qui avez faim maintenant, parce que vous serez rassasiés. Bienheureux, vous qui pleurez maintenant, parce que vous rirez. Bienheureux serez-vous lorsque les hommes vous haïront, et vous repousseront, et vous outrageront, et lorsqu’ils rejetteront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous en ce jour-là et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans le ciel.
Communion
Les âmes des Justes sont dans la main de Dieu, et le tourment de la mort ne les touchera pas : aux yeux des insensés, ils ont paru mourir, mais ils sont dans la paix.
Office
Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Première leçon. Observez tout avec diligence, et notamment comme quoi notre Seigneur monte avec les Apôtres et descend vers les foules. Comment la multitude eût-elle vu Jésus-Christ, si Jésus-Christ (ne fût venu pour elle) dans un lieu bas ? Elle ne le suit point sur les hauteurs, elle ne s’élève point jusqu’aux cimes. Ainsi dès que notre Seigneur descend, il trouve des infirmes ; ceux-ci ne peuvent demeurer sur les hauteurs, et de là vient que saint Matthieu nous apprend aussi que les malades ont été guéris dans des lieux peu élevés. Il faut d’abord que chacun d’eux soit guéri, afin que peu à peu, et dans la mesure du progrès de ses forces, il puisse gravir la montagne. Notre Seigneur les guérit tous dans un lieu très bas, c’est-à-dire qu’il retire (le pécheur de l’abîme) de ses passions et remédie à son aveuglement. Il s’abaisse jusqu’à nos plaies, afin qu’en nous rapprochant en quelque sorte et nous enrichissant de sa nature divine, il nous rende participants de son céleste royaume.
Seconde leçon. « Bienheureux êtes-vous, ô pauvres ! Parce qu’à vous appartient le royaume de Dieu ». Saint Luc ne mentionne que quatre béatitudes, tandis que saint Matthieu en énumère huit, mais dans les huit sont comprises les quatre, et ces quatre renferment les huit. Saint Luc a tout ramené aux quatre vertus cardinales ; saint Matthieu en citant huit béatitudes, nous a dévoilé un nombre mystique. Beaucoup de Psaumes, en effet, sont intitulés ainsi : Pour les huit ou l’Octave (Pro octava) ; et vous recevez le commandement de vous mettre en état de participer en quelque manière à ces huit bénédictions. Comme l’octave, ou le nombre huit, exprime l’accomplissement parfait de notre espérance, il exprime de même la plénitude des vertus.
Troisième leçon. Examinons d’abord ce qu’il y a de plus important. (Vous êtes) « bienheureux, ô pauvres, dit notre Seigneur, parce qu’à vous appartient le royaume de Dieu ». Saint Matthieu et saint Luc énoncent tous deux en premier lieu cette béatitude ou bénédiction. Elle vient, en effet, au premier rang et est, en quelque sorte, la mère et la génératrice des vertus, car celui qui aura dédaigné les biens du siècle, méritera les biens éternels, tandis qu’il ne pourra mériter le royaume céleste celui qui, se trouvant embarrassé par les cupidités de ce monde, n’a pas le courage de s’en dégager.
Préparons nos âmes aux grâces que le ciel s’apprête à verser sur la terre, en retour des hommages de celle-ci. Telle sera demain l’allégresse de l’Église, qu’elle semblera déjà se croire en possession de l’éternité. Aujourd’hui pourtant, c’est sous les livrées de la pénitence qu’elle se montre à nos yeux, confessant bien qu’elle n’est qu’une exilée. Avec elle, jeûnons et prions. Nous aussi, que sommes-nous que des voyageurs, en ce monde où tout passe et se hâte de mourir ? D’années en années, la solennité qui va s’ouvrir compte parmi nos compagnons d’autrefois des élus nouveaux qui bénissent nos pleurs et sourient à nos chants d’espérance. D’années en années, le terme se rapproche où nous-mêmes, admis à la fête des cieux, recevrons l’hommage de ceux qui nous suivent, et leur tendrons la main pour les aider à nous rejoindre au pays du bonheur sans fin. Sachons, dès cette heure, affranchir nos âmes ; gardons nos cœurs libres, au sein des vaines sollicitudes, des plaisirs faux d’une terre étrangère : il n’est pour l’exilé d’autre souci que celui de son bannissement, d’autre joie que celle où il trouve l’avant-goût de la patrie.
Dernier Dimanche d’Octobre : le Christ-Roi
Introït
L’Agneau qui a été égorgé, est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l’honneur. A Lui la gloire et le pouvoir dans les siècles des siècles. O Dieu, donnez au Roi votre jugement : et au Fils du Roi votre justice.
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, qui avez voulu restaurer tout dans la personne de votre Fils bien-aimé, le Roi de l’univers : accordez dans votre bonté, que toutes les familles des nations, qui vivent en désaccord à cause de la blessure du péché, se soumettent à son très doux pouvoir. Lui qui vit
Épitre
Mes Frères : Rendons grâces à Dieu le Père, qui nous a rendus dignes d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière, qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres, et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, par son sang et la rémission des péchés ; qui est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature. Car c’est par lui que toutes choses ont été créées dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, soit Trônes, soit Dominations, soit Principautés, soit Puissances : tout a été créé par lui, et en lui ; et lui-même est avant tous, et tout subsiste en lui. Et lui-même est le chef du corps de l’Église : if est le principe, le premier-né d’entre les morts, afin qu’en toutes choses il garde la primauté ; parce qu’il a plu au Père que toute plénitude habitât en lui ; et de se réconcilier par lui toutes choses, pacifiant par le sang de sa croix, soit ce qui est sur la terre, soit ce qui est dans les cieux, en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Évangile
En ce temps-là : Pilate dit à Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus répondit : Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? Pilate répondit : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les princes des prêtres t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ? Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, pour que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais mon royaume n’est point d’ici. Pilate lui dit alors : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Voici pourquoi je suis né, et pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix.
Secrète
Nous vous offrons, Seigneur, le sacrifice de la réconciliation de l’homme : faites, nous vous prions, que Celui que nous immolons dans ce sacrifice, accorde Lui-même à toutes les nations les dons d’unité et de paix Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur : Qui vit.
Postcommunion
Ayant reçu l’aliment de l’immortalité, nous vous prions, Seigneur : puissions-nous, qui nous glorifions de combattre sous l’étendard du Christ, régner toujours avec Lui dans le céleste séjour : Lui qui vit
Office
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
De la lettre encyclique du Pape Pie XI.
Quatrième leçon. L’Année sainte ayant offert plus d’une occasion de glorifier la royauté du Christ, Nous agirons, semble-t-il, de manière pleinement conforme à Notre charge apostolique si, répondant aux demandes qui Nous ont été adressées individuellement ou en commun par de très nombreux cardinaux, évêques et fidèles, Nous terminons cette année en introduisant dans la liturgie de l’Église une fête spéciale de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi. Que le Christ soit appelé Roi au sens figuré, en raison du degré suprême d’excellence par lequel il surpasse et domine toutes les créatures, c’est là depuis longtemps un usage communément reçu. On dit ainsi de lui qu’il règne "sur les esprits des hommes", non pas tant à cause de la pénétration de son intelligence ou de la profondeur de sa science que parce qu’il est lui-même la Vérité et que les hommes doivent puiser en lui la vérité et l’accepter avec soumission ; il règne de même "sur les volontés des hommes", non seulement parce qu’à la sainteté de la volonté divine correspondent en lui l’intégrité et l’obéissance parfaites de la volonté humaine, mais aussi parce qu’il donne à notre volonté libre les inspirations qui la portent à s’enflammer pour de nobles buts. Le Christ est enfin reconnu "Roi des cœurs" en raison de sa "charité qui surpasse toute connaissance", ainsi que de sa bonté et de sa tendresse qui attirent les âmes : personne n’a jamais eu et personne n’aura jamais à l’avenir le privilège d’être aimé par toutes les nations, comme l’a été le Christ Jésus. Mais, pour entrer plus profondément dans notre sujet, nul ne saurait nier que le titre de roi et le pouvoir royal doivent, au sens propre du mot, être reconnus au Christ Homme ; c’est seulement en tant qu’il est homme qu’il a reçu du Père "la puissance, l’honneur et la royauté" ; en effet, le Verbe de Dieu, qui a la même substance que le Père, possède nécessairement tout en commun avec le Père et il a donc le pouvoir suprême et absolu sur toutes les créatures.
Cinquième leçon. Le fondement sur lequel reposent cette dignité et cette puissance de Notre-Seigneur est bien Indiqué par Cyrille d’Alexandrie en ces termes : "II possède, en résumé, sur toutes les créatures, un pouvoir qui n’a pas été conquis par la violence, ni reçu d’ailleurs, mais il l’a par son essence et sa nature" ; sa souveraineté se fonde en effet sur cette union admirable qu’on appelle hypostatique. Il en résulte non seulement que le Christ doit être adoré comme Dieu par les anges et par les hommes, mais aussi que les anges et les hommes doivent obéir et se soumettre au pouvoir de cet Homme : ainsi, même au seul titre de l’union hypostatique, le Christ possède l’autorité sur toutes les créatures. Si nous voulons maintenant expliquer brièvement la grandeur et la nature de cette dignité, il est à peine nécessaire de dire qu’elle comporte trois pouvoirs, à défaut desquels elle ne peut guère se concevoir. Des témoignages recueillis dans la Sainte Écriture et concernant la suprématie universelle de notre Rédempteur le montrent de manière surabondante et il faut le croire de foi catholique : le Christ Jésus a été donné aux hommes comme le Rédempteur en qui ils doivent avoir confiance, mais aussi comme le législateur à qui ils doivent obéir. Les évangiles ne rapportent pas tant qu’il a établi des lois qu’ils ne le font voir lui-même établissant ces lois : tous ceux qui observeront ces préceptes, déclare le divin Maître en divers endroits et en des termes différents, prouveront leur charité envers lui et demeureront en son amour. Quant au pouvoir judiciaire, Jésus déclare lui-même aux Juifs qu’il lui a été attribué par le Père, lorsque ceux-ci l’accusent d’avoir violé le repos du sabbat en guérissant miraculeusement un malade : "Le Père ne juge personne, mais il a donné tout jugement au Fils". Ce pouvoir comporte également pour lui le droit (car cette prérogative ne peut être séparée du jugement) de décerner aux hommes encore vivants des récompenses et des châtiments. Mais il faut encore reconnaître au Christ le pouvoir qu’on appelle exécutif : la nécessité d’obéir à son commandement s’impose en effet à tous et cela sous la menace faite aux rebelles de supplices auxquels nul ne saurait se soustraire.
Sixième leçon. Il n’en est pas moins vrai que cette royauté est principalement de nature spirituelle et se rapporte aux réalités spirituelles, ainsi que le montrent les textes bibliques que nous avons rappelés et comme le Christ Seigneur le confirme par sa façon d’agir. En plus d’une occasion en effet, comme les Juifs et les Apôtres eux-mêmes croyaient faussement que le Messie allait rendre la liberté au peuple et rétablir le royaume d’Israël, il leur enleva et détruisit cette opinion et cette espérance vaines ; lorsque la foule d’admirateurs qui l’environnaient voulut le proclamer roi, il refusa le nom et l’honneur, en fuyant et en se cachant ; devant le magistrat romain, il déclara que son royaume n’était pas "de ce monde". Le royaume qu’il propose dans les évangiles est tel que les hommes doivent se préparer à y entrer en faisant pénitence, mais qu’ils ne peuvent y entrer que par la foi et par le baptême, lequel, tout en étant un rite extérieur, signifie et opère cependant la régénération intérieure ; il s’oppose uniquement au royaume de Satan et à la puissance des ténèbres et il demande à ses membres non seulement que, détachant leur cœur des richesses et des biens terrestres, ils pratiquent la douceur et aient faim et soif de la justice, mais encore qu’ils renoncent à eux-mêmes et portent leur croix. Comme le Christ Rédempteur a acquis l’Église par son sang et s’est offert et s’offre perpétuellement comme Prêtre en victime pour les péchés, qui ne voit que la fonction royale elle-même revêt le caractère de ces deux fonctions et y participe ? Ce serait d’ailleurs une grossière erreur de refuser au Christ Homme l’autorité sur les choses civiles, puisqu’il reçoit de son Père un pouvoir tellement absolu sur les êtres créés que tout est placé sous sa souveraineté. C’est pourquoi, par Notre autorité apostolique, Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi, qui devra être célébrée dans tout l’univers, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, c’est-à-dire le dimanche qui précède la fête de Tous les Saints. Nous ordonnons aussi que soit renouvelée chaque année en ce même jour la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Augustin, évêque.
Septième leçon. Quel intérêt pour le Roi des siècles de devenir le roi des hommes ? Le Christ n’est pas roi d’Israël pour lever un tribut, pour équiper une armée ou pour combattre des ennemis visibles, mais pour gouverner les âmes, pour veiller à leur salut éternel, et pour conduire au royaume des cieux ceux qui croient, espèrent et aiment. Pour le Fils de Dieu égal au Père, Verbe "par qui tout fut fait", c’est donc une condescendance de consentir à être roi d’Israël et non une promotion. C’est la marque de sa miséricorde, bien loin d’être un accroissement de pouvoir. II est au ciel le Seigneur des anges celui qui reçoit sur terre le nom de roi des Juifs... Mais le Christ n’est-il que roi des Juifs ? Ne l’est-il pas de toutes les nations ? — Bien sûr que si ! Il l’avait dit prophétiquement : "J’ai été constitué par Dieu roi sur Sion, sa montagne sainte, je publierai le décret du Seigneur." Mais, puisqu’il s’agit de la montagne de Sion, on pourrait dire qu’il a été constitué roi des Juifs seulement, aussi les versets suivants déclarent-ils : "Le Seigneur m’a dit : tu es mon fils, c’est moi qui t’engendre aujourd’hui ; demande et je te donnerai les nations pour héritage et pour ta possession les confins de la terre."
Huitième leçon. Jésus répondit : "Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici." Voici l’enseignement que notre bon Maître a voulu nous donner ; mais il fallait d’abord nous faire connaître quelle fausse opinion les gens (païens ou juifs de qui Pilate l’avait recueillie) s’étaient faite sur le royaume de Dieu. Gomme si le Christ avait été condamné à mort, pour avoir brigué un règne indu ou comme s’il avait fallu s’opposer prudemment au danger que son royaume aurait fait courir soit aux Romains, soit aux Juifs, étant donné la jalousie réciproque habituelle aux souverains !
Neuvième leçon. Le Seigneur aurait pu répondre : "Mon royaume n’est pas de ce monde", dès la première question du procurateur : "Es-tu le roi des Juifs ?". Mais i ! préféra interroger Pilate à son tour : "Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?", pour lui prouver d’après sa réponse qu’il s’agissait là d’une accusation jetée par les juifs devant le gouverneur. Ainsi le Christ nous dévoile-t-il les pensées des hommes dans toute leur vanité qu’il connaît fort bien. Après la réponse de Pilate, c’est donc avec plus d’à-propos encore qu’il peut rétorquer, s’adressant à la fois aux Juifs et aux païens : "Mon royaume n’est pas de ce monde."
Saint Raphaël archange
Collecte
O Dieu, qui avez donné le bienheureux Archange Raphaël comme compagnon de route à votre serviteur Tobie, accordez-nous, à nous vos serviteurs, la grâce d’être toujours protégés et secourus par ce même Archange.
AU PREMIER NOCTURNE.
Du livre de Tobie.
Première leçon. Tobie appela vers lui son fils, et lui dit : Que pouvons-nous donner à cet homme saint, qui est venu avec toi ? Tobie, répondant, dit à son père : Mon père, quelle récompense lui donnerons-nous ? ou qu’est-ce qui pourra être digne de ses bienfaits ? Il m’a mené et ramené en bonne santé ; c’est lui-même qui a reçu l’argent de Qabélus ; lui qui m’a fait avoir ma femme, et qui a écarté d’elle le démon ; il a causé de la joie à ses parents, il m’a arraché à un poisson dévorant, il vous a fait voir à vous-même la lumière du ciel, et par lui nous avons été remplis de toute sorte de biens. Que pourrons-nous lui donner de convenable pour cela ?Mais je vous prie, mon père, de lui demander, si, par hasard, il juge digne de prendre pour lui la moitié de tout ce qui a été apporté.
Deuxième leçon. Et l’appelant, c’est-à-dire le père et le fils, ils le prirent à part, et se mirent à le prier de daigner accepter la moitié de tout ce qu’ils avaient apporté. Alors il leur dit en secret : Bénissez le Dieu du ciel, et rendez-lui gloire devant tous les vivants, parce qu’il a exercé envers vous sa miséricorde. Car il est bon de cacher le secret d’un roi ; mais révéler et publier les œuvres de Dieu, c’est une chose honorable. La prière est bonne avec le jeûne, et l’aumône vaut mieux que de tenir cachés des trésors d’or, parce que l’aumône sauve de la mort, et c’est elle qui lave les péchés et fait trouver la miséricorde et la vie éternelle. Mais ceux qui commettent le péché et l’iniquité sont les ennemis de leur âme. Je vous manifeste donc la vérité, et je ne vous cacherai point une chose qui est secrète. Quand tu priais avec larmes, que tu ensevelissais les morts, que tu laissais ton repas, que tu cachais les morts durant le jour en ta maison, et que, durant la nuit, tu les ensevelissais, c’est moi qui ai présenté ta prière au Seigneur. Et parce que tu étais agréable au Seigneur, il a été nécessaire que la tentation t’éprouvât.
Troisième leçon. Et maintenant le Seigneur m’a envoyé pour te guérir, et pour sauver Sara, la femme de ton fils, du démon. Car je suis l’Ange Raphaël, l’un des sept qui nous tenons devant le Seigneur. Et, lorsqu’ils eurent entendu ces paroles, ils furent troublés, et, tremblants, ils tombèrent à terre sur leur face. Et l’Ange leur dit : Paix à vous ! ne craignez point. Car lorsque j’étais avec vous, c’est par la volonté de Dieu que j’y étais : bénissez-le et chantez-le. Je paraissais, il est vrai, manger avec vous et boire ; mais moi, c’est d’une nourriture invisible et d’une boisson qui ne peut être vue par les hommes, que je fais usage. Il est donc temps que je retourne vers celui qui m’a envoyé ; mais vous, bénissez Dieu, et racontez toutes ses merveilles. Et, lorsqu’il eut dit ces choses, il fut enlevé de leur présence, et ils ne purent plus le voir. Alors, prosternés pendant trois heures sur leur face, ils bénirent Dieu, et, s’étant levés, ils racontèrent toutes ses merveilles.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Bonaventure, Évêque.
Quatrième leçon. Le nom de Raphaël veut dire médecine de Dieu. Et nous devons remarquer qu’on peut être retiré du mal par trois bienfaits que saint Raphaël nous accorde quand il nous guérit. D’abord Raphaël, le médecin céleste, nous arrache à l’infirmité spirituelle en nous amenant à l’amertume salutaire de la contrition, à laquelle se rapporte ce que Raphaël dit à Tobie : Dès que tu seras entré dans ta maison, oins ses yeux avec du fiel. Il le fit et son père recouvra la vue. Pourquoi ne dut-ce point être Raphaël lui-même qui fit cette onction ? Parce qu’un Ange ne donne point la componction ; son rôle est d’en montrer la voie. En ce fiel nous voyons donc l’image de l’amertume de la contrition, laquelle rend sains les yeux intérieurs de l’âme ; un psaume nous dit : « Il guérit ceux qui sont contrits de cœur. » Cette contrition est un collyre excellent. Au deuxième chapitre du livre des Juges, il est raconté que l’Ange monta auprès de ceux qui versaient des larmes et dit au peuple : « Je vous ai retirés de la terre d’Égypte ; j’ai accompli pour vous tant et tant de choses bonnes, et tout 1e peuple pleura de telle sorte que ce lieu fut appelé le lieu de ceux qui pleurent. »Mes très chers, les Anges nous parlent tout le long du jour des bienfaits de Dieu et nous les remettent en mémoire : Ils semblent nous dire : Qui t’a créé ? Qui t’a racheté ? Qu’as tu fait ? Qu’as-tu offensé ? Or, si nous nous arrêtons à considérer ce qui en est, nous ne trouverons d’autre remède que de pleurer.
Cinquième leçon. Secondement, saint Raphaël nous arrache à la servitude du diable, quand il fait pénétrer en nous le souvenir de la passion du Christ en figure de laquelle il est dit au sixième chapitre de Tobie : Si tu mets une parcelle de son cœur sur des charbons ardents, la fumée qui s’en dégagera mettra en fuite la race des démons. En effet, Raphaël relégua le démon dans un désert de la haute Egypte. Qu’est ceci ? Raphaël n’aurait pu éloigner le démon s’il n’avait mis le cœur sur des charbons ardents ? Est-ce le cœur d’un poisson qui donnait à l’Ange tant de pouvoir ? Nullement. Il serait demeuré sans aucune vertu s’il n’y avait eu ici un mystère. Par ce fait il nous est donné à entendre que rien aujourd’hui ne nous délivre de la servitude du diable comme la passion du Christ, et que cette passion procède de son cœur comme d’une racine, c’est-à-dire qu’elle est le fruit de son amour. Le cœur est en effet la source de toute notre chaleur vitale. Si donc tu mets le Cœur du Christ, c’est-à-dire la passion qu’il a soufferte et dont la racine est la charité, la source son ardeur, si tu mets ce Cœur divin sur des charbons en le rappelant à ta mémoire et que ton âme s’enflamme, aussitôt le démon sera éloigné, de sorte qu’il ne pourra te nuire.
Sixième leçon. Troisièmement l’Archange Raphaël nous délivre de la peine de nous trouver en opposition avec Dieu, peine que nous encourons en offensant ce Dieu ; il nous en délivre quand il nous amène à prier avec instance ; et à ceci je rapporte ce que l’Ange Raphaël dit à Tobie au douzième chapitre : Quand tu priais avec larmes, moi j’ai offert ton oraison au Seigneur. Les Anges nous réconcilient avec Dieu, dans la mesure où ils le peuvent. Nos accusateurs devant Dieu, ce sont les démons. Quant aux Anges, ils nous excusent, lorsqu’ils offrent nos prières, ces prières qu’ils nous ont porté à faire dévotement. On lit au huitième chapitre de l’Apocalypse : « La fumée des parfums s’éleva de la main de l’Ange en présence du Seigneur ». Ces parfums se consumant suavement sont les prières des Saints. Veux-tu plaire au Dieu que tu as offensé ? Prie dévotement. Ils offrent à Dieu ta prière pour te réconcilier avec lui. Il est dit en saint Luc que le Christ étant tombé en agonie priait plus instamment et qu’un Ange de Dieu lui apparut le fortifiant. Tout cela s’est accompli en notre faveur, car le Sauveur n’avait point besoin d’être fortifié par un messager céleste ; mais il en a été ainsi pour montrer que les Anges assistent volontiers ceux qui prient avec piété et volontiers les aident ; ils les fortifient et offrent leurs oraisons à Dieu. Le Pape Benoît XV a étendu à l’Église universelle la fête de saint Raphaël, archange.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Jean Chrysostome, Évêque.
Septième leçon. En ce passage de l’Évangile (rapportant) le miracle opéré en faveur du paralytique qui attendait le passage de l’ange près de la piscine appelée en hébreu Bethsaïde, à quel mode de guérison est-il fait allusion ? Quel mystère nous semble indiqué sous l’écorce du fait historique ? Les détails de ce fait n’ont pas été consignés sans motif, mais saint Jean nous annonce comme par une figure et une image ce qui devait s’accomplir dans la suite, de peur que si (la prédication) d’une chose aussi surprenante (qu’un baptême régénérateur) arrivait sans être aucunement attendue, la foi de beaucoup d’auditeurs ne fût jusqu’à un certain point ébranlée. Que signifie donc cette narration ? Elle prédit le baptême qui devait être conféré plus tard, plein de vertu et d’une grâce immense ; le baptême qui allait laver tous les péchés et rendre des morts à la vie. C’est donc le baptême qui est figuré par la piscine et plusieurs autres symboles. Parmi ceux-ci, le Seigneur a d’abord donné l’eau qui lave les taches corporelles et purifie les souillures, non réelles mais réputées telles provenant de funérailles, de lèpre et d’autres causes. Sous l’ancienne loi, il fallait en bien des circonstances, se purifier par l’eau.
Huitième leçon. Mais poursuivons notre sujet. La Providence a donc voulu que l’eau servit en premier lieu, à purifier les souillures matérielles, puis à guérir diverses infirmités. Pour nous rapprocher davantage de la grâce du baptême, Dieu ne se contente plus de porter remède aux souillures, mais il guérit aussi les maladies. Soit à propos du baptême, soit à propos de la passion ou de tout autre sujet, les images qui touchent de plus près à la vérité sont plus claires que celles données plus anciennement. Il en est des figures comme des gardes de l’empereur ; les plus rapprochés de sa personne sont toujours plus élevés en dignité que les autres. L’Ange descendait dans la piscine Probatique, en agitait l’eau pour lui communiquer une vertu curative : ce qui préparait les Juifs à reconnaître à plus fortes raisons, au Seigneur des Anges, le pouvoir de guérir tous les maux de l’âme. Toutefois, de même que les eaux de la piscine ne guérissaient point par elles-mêmes, (autrement elles l’eussent toujours fait,) mais en vertu de ’action de l’Ange, de même l’eau dans le baptême n’agit pas non plus par elle-même ; elle n’efface tous nos péchés que lorsqu’elle a reçu la grâce de l’Esprit.
Neuvième leçon. Autour de cette piscine « gisait une grande multitude de malades, d’aveugles, de boiteux, de paralytiques attendant que l’eau fût mise en mouvement. » Alors l’infirmité même de chacun d’eux mettait souvent obstacle à sa guérison bien qu’il la voulut. Aujourd’hui il dépend de chacun d’avoir accès à la piscine spirituelle. Ce n’est plus l’ange du Seigneur qui agite les eaux, c’est le Seigneur des Anges qui seul intervient. Nous n’avons plus le droit de dire : Tandis que je m’avance, un autre descend avant moi. Car l’univers entier se présentât-il, la grâce n’en serait pas pour cela épuisée, l’action divine n’en aurait pas moins toute son efficacité et n’en demeurerait pas moins toujours la même. Quoique les rayons du soleil nous éclairent chaque jour, ils ne se raréfient point, quoiqu’ils réjouissent bien des regards, ils ne perdent point leur splendeur ; ainsi (ou plutôt encore moins) l’action de l’Esprit-Saint n’est pas diminuée par le grand nombre de ceux en qui elle s’exerce. Ce qui arrivait à Bethsaïde avait pour but de préparer ceux qui auraient connaissance de cette vertu de l’eau pour guérir les maladies corporelles et qui seraient familiarisés avec ce spectacle, à croire sans peine que les maux de l’âme sont, eux aussi, susceptibles de guérison.
Saint Antoine-Marie Claret évêque et confesseur
Collecte
O Dieu, qui avez élevé le bienheureux Antoine-Marie, votre Confesseur et Evêque, par les vertus apostoliques, et qui avez institué par lui dans votre Eglise de nouvelles familles de clercs et de vierges : faites que, dirigés par son enseignement et soutenus par ses mérites, nous puissions travailler sans cesse à chercher le salut des âmes.
(Leçon des Matines) Antoine-Marie Claret, né à Sallent en Espagne de parents pieux et honorables, exerça dans sa jeunesse le métier de tisserand, mais ensuite il devint prêtre, s’adonna d’abord au ministère paroissial, puis vint à Rome pour être envoyé par la Congrégation de la Propagation de la Foi aux missions extérieures. Revenu en Espagne, par une disposition de Dieu, il parcourut comme missionnaire apostolique la Catalogne et les îles Canaries. Auteur fécond de bons livres, il fonda aussi la Congrégation des Fils du Cœur Immaculé de Marie. Élevé au siège archiépiscopal de Santiago de Cuba, il fit briller avec éclat les vertus d’un pasteur plein de zèle ; il rétablit le séminaire, encouragea les études et la formation des clercs, fonda des œuvres sociales et créa pour l’éducation chrétienne des jeunes filles l’Institut des Sœurs enseignantes de Marie Immaculée. Appelé ensuite à Madrid pour y être le confesseur de la reine d’Espagne et son conseiller dans les affaires ecclésiastiques les plus importantes, il donna un magnifique exemple d’austérité et de toutes les vertus. Au concile du Vatican, il se fit l’ardent défenseur de l’infaillibilité du Pontife Romain. Il propagea admirablement la dévotion envers le très Saint Sacrement et envers le cœur immaculé de Marie et son Rosaire. Enfin, il mourut exilé à Fontfroide, en France, en 1870. Il fut glorifié par des miracles ; Pie XI l’inscrivit parmi les bienheureux et Pie XII parmi les saints.
Prière qu’il récitait au début de chaque mission :
Ô Vierge et Mère de Dieu, mère et avocate des malheureux pécheurs, vous savez bien que je suis votre enfant et le ministre que vous avez formé dans la forge de votre miséricorde et de votre amour. Je suis comme une flèche dans votre main puissante. Ô ma mère, lancez-moi avec toute la force de votre bras contre Satan, le prince du monde, semblable au cruel Achab, époux de Jézabel, qui a fait alliance avec la chair.
A vous, ma mère, la victoire ! Vous remporterez une éclatante victoire, vous, à qui a été donné le pouvoir de dissiper les hérésies et les vices. Et moi, animé de la plus entière confiance en votre protection, j’engage la bataille non seulement contre la chair et le sang, mais aussi contre les puissances des ténèbres, comme dit l'apôtre ; j’aurai à mon bras le bouclier du saint rosaire et je brandirai l'épée à deux tranchants de la parole de Dieu.
Ô Reine des anges, envoyez à mon secours les esprits célestes, vous qui connaissez ma faiblesse et la force de mes ennemis.
Ô vous, la reine de tous les saints, commandez-leur de prier pour moi et dites-leur que notre triomphe sera pour la plus grande gloire de Dieu et pour le salut de leurs frères.
Par votre humilité, réprimez l'audace de Lucifer et de ses acolytes, qui veulent entraîner en enfer les âmes rachetées par le sang de Jésus, le fruit de votre sein virginal.
Et aussi cet exorcisme :
Satan, moi, ministre de Jésus-Christ et de la sainte Vierge, quoique indigne, je t'ordonne, à toi et à tes acolytes, les esprits infernaux, de quitter ces lieux et de t'en aller loin d'ici. Je te le commande au nom du Père qui nous a créés, au nom du Fils qui nous a délivrés de ta tyrannie, et au nom de l’Esprit Saint qui nous a apporté la consolation et la sanctification. Amen.
Je te le commande aussi au nom de la très sainte Vierge Marie, Mère du Dieu vivant, qui t'a écrasé la tête.
Va-t-en, Satan, va-t-en, orgueilleux et jaloux, n’empêche jamais la conversion et le salut des âmes.
XXIIème Dimanche après la Pentecôte
Introït
Si vous demandez un compte rigoureux des iniquités, Seigneur ; Seigneur, qui pourra soutenir votre jugement ? Mais vous aimez à pardonner, ô Dieu d’Israël. Des profondeurs de ma misère, j’ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, exaucez ma voix .
Collecte
O Dieu, notre refuge et notre force, écoutez favorablement les pieuses supplications de votre Église, vous l’auteur même de toute pitié, et faites que nous obtenions sûrement ce que nous demandons avec foi.
Épitre Ph, 1, 6-11
Mes frères, j’ai confiance que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la perfectionnera jusqu’au jour du Christ Jésus. Et il est juste que j’aie ce sentiment de vous tous, parce que je vous ai dans mon cœur, vous qui, soit dans mes liens, soit dans la défense et l’affermissement de l’évangile, participez tous à ma joie. Car Dieu m’est témoin combien je vous chéris tous dans les entrailles de Jésus-Christ. Et ce que je demande, c’est que votre charité abonde de plus en plus en connaissance et en toute intelligence, pour apprécier ce qui est meilleur, afin que vous soyez purs et irrépréhensibles pour le jour du Christ, étant remplis du fruit de justice par Jésus-Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.
Évangile Mt. 22, 15-21
En ce temps-là, les pharisiens, s’étant retirés, tinrent conseil sur le moyen de surprendre Jésus dans ses paroles. Et ils lui envoyèrent leurs disciples avec les hérodiens, qui lui dirent : Maître, nous savons que vous êtes véridique, et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, sans vous inquiéter de personne, car vous ne regardez pas la condition des hommes. Dites-nous ce qu’il vous en semble : Est-il permis de payer le tribut à César ou non ? Mais Jésus, connaissant leur malice, dit : Pourquoi me tentez-vous, hypocrites ? Montrez-moi la monnaie du tribut. Et ils lui présentèrent un denier. Et Jésus leur dit : De qui est cette image et cette inscription ? Ils lui dirent : De César. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
Offertoire
Souvenez vous de moi, Seigneur, vous qui dominez toute puissance terrestre, et mettez sur mes lèvres un langage plein de droiture, en sorte que mes paroles, prononcées en présence de celui qui est le principe de toutes choses lui soient agréables.
Secrète
Faites, ô Dieu de miséricorde, que cette oblation salutaire nous délivre sans cesse de nos propres fautes et nous protège contre toute adversité.
Postcommunion
Nous avons reçu, Seigneur, les dons propres à ces saints mystères en vous demandant humblement de faire servir de secours à notre faiblesse le sacrifice que vous nous avez prescrit d’offrir en mémoire de vous.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Hilaire, évêque.
Septième leçon. Souvent les pharisiens s’agitent et ne peuvent tirer des faits passés l’occasion d’incriminer Jésus. Car aucun défaut ne pouvait se glisser ni dans ses actes ni dans ses paroles. Mais dans leur malice, ils s’efforcent de découvrir la moindre faille pour l’accuser. Or Jésus appelait tout le monde à passer des vices du siècle et des superstitions religieuses humaines à l’espérance du Royaume des Cieux. Les pharisiens, par conséquent, tendent un piège subtil dans la façon de formuler leur question : ou bien violer le pouvoir séculier, ou bien admettre évidemment l’obligation de payer le tribut à César.
Huitième leçon. Connaissant le secret de leurs pensées, (car Dieu observe ce qui est caché au plus intime des hommes) Jésus se fait apporter un denier, et il s’informe de qui sont l’inscription et l’effigie. Les pharisiens répondent : « De César. » Il leur dit : « A César il faut rendre ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu. » Réponse vraiment admirable, et solution parfaite que cette parole céleste ! Le Seigneur équilibre si bien tout entre le mépris du siècle et l’injure blessante pour César, qu’il décharge les âmes consacrées à Dieu de tous les soucis et embarras humains en décrétant qu’il faut rendre à César ce qui lui appartient. Car s’il ne reste rien de lui chez nous nous ne serons pas obligés de lui rendre ce qui lui appartient.
Neuvième leçon. Si au contraire, nous couvons son bien, si nous recourons à son pouvoir, nous nous astreignons aussi comme des mercenaires, à gérer un patrimoine étranger, et il n’y a point à se plaindre d’injustice : il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui lui revient : notre corps, notre âme, notre volonté. C’est de lui en effet que nous les tenons au départ et dans leur accroissement ; il est donc juste qu’ils retournent entièrement à celui dont ils reconnaissent tirer tout ensemble l’origine et le progrès.
D’après Honorius d’Autun, la Messe du jour se rapporte au temps de l’Antéchrist. L’Église jette ses yeux dans l’avenir sur le règne de cet homme de péché, et comme déjà sous le coup de la persécution redoutable des derniers jours, elle emprunte l’Introït au psaume CXXIX.
Si, concurremment avec le sens prophétique que revêtent aujourd’hui les paroles de ce psaume, nous en voulons une application présente et toujours pratique, étant donnée notre misère, rappelons-nous l’Évangile de la semaine précédente, qui était autrefois celui du présent Dimanche. Chacun de nous se reconnaîtra dans la personne du débiteur insolvable qui n’a d’espoir qu’en la bonté de son maître ; et nous nous écrierons, dans la confusion de notre âme humiliée : Si vous considérez les iniquités, Seigneur, qui subsistera devant vous?
Nous venons de ranimer notre confiance, en chantant que la miséricorde est en Dieu. C’est lui-même qui donne leur pieux accent aux prières de son Église, parce qu’il veut l’exaucer. Mais nous ne serons écoutés avec elle qu’à la condition de prier comme elle selon la foi, c’est-à-dire conformément aux enseignements de l’Évangile. Prier selon la foi, c’est donc aujourd’hui remettre à nos compagnons leurs dettes envers nous, si nous demandons à être absous nous-mêmes par le Maître commun.
ÉPÎTRE.
Saint Paul, au nom de l’Église, attire de nouveau notre attention sur l’approche de la fin. Mais ce dernier des jours, qu’il nommait Dimanche le jour mauvais, est appelé aujourd’hui par deux fois, dans le court passage de l’Épître aux Philippiens qu’on vient d’entendre, le jour du Christ Jésus. La lettre aux Philippiens est toute à la confiance, l’allégresse y déborde ; et cependant elle nous montre la persécution sévissant sur l’Église, et l’ennemi mettant à profit la tempête pour exciter les passions mauvaises au sein même du troupeau du Christ. L’Apôtre est enchaîné ; la jalousie et la trahison des faux frères ajoutent à ses maux.
Mais la joie domine sur la souffrance en son cœur, parce qu’il est arrivé à cette plénitude de l’amour où la douleur alimente mieux que toutes délices la divine charité. Pour lui, Jésus-Christ est sa vie, et la mort est un gain : entre la mort qui répondrait au plus intime désir de son cœur en le rendant au Christ et la vie qui multiplie ses mérites et le fruit de ses œuvres, il ne sait que choisir. Que peuvent, en effet, sur lui les considérations personnelles ? Sa joie présente, sa joie future, est que le Christ soit connu et glorifié, peu lui importe en quelle manière Son attente ne sera point confondue, puisque la vie et la mort n’aboutiront qu’à glorifier le Christ en sa chair.
De là, dans l’âme de Paul, cette indifférence sublime qui est le sommet de la vie chrétienne, et n’a rien de commun, on le voit, avec l’engourdissement fatal où les faux mystiques prétendirent, au XVIIe siècle, enfermer l’amour. Quelle tendresse prodigue à ses frères le converti de Damas, à cette hauteur où il est parvenu dans le chemin de la perfection ! Dieu m’est témoin, dit-il, combien je vous aime et désire tous dans les entrailles de Jésus-Christ ! L’aspiration qui le remplit et l’absorbe, est que le Dieu qui a commencé en eux l’œuvre bonne par excellence, cette œuvre de la perfection du chrétien arrivée à sa consommation dans l’Apôtre, la poursuive et l’achève en tous pour le jour où le Christ apparaîtra dans sa gloire. Il prie pour que la charité, cette robe nuptiale des bénis du Père qu’il a fiancés à l’unique Époux, les entoure d’un éclat non pareil au grand jour des noces éternelles.
Or le moyen que la charité se développe en eux sûrement, c’est qu’elle y grandisse dans l’intelligence et la science du salut, c’est-à-dire dans la foi. C’est la foi, en effet, qui forme la base de toute justice surnaturelle. Une foi diminuée ne peut, dès lors, porter qu’une charité restreinte. Combien donc ils se trompent, ces hommes pour qui le souci de la vérité révélée ne va pas de pair avec celui de l’amour ! Leur christianisme se résume à ne croire que le moins possible, à prêcher l’inopportunité de nouvelles définitions, à rétrécir savamment et sans fin l’horizon surnaturel par égard pour l’erreur. La charité, disent-ils, est la reine des vertus ; elle leur inspire de ménager même le mensonge ; reconnaître à l’erreur les mêmes droits qu’à la vérité, est pour eux le dernier mot de la civilisation chrétienne établie sur l’amour. Et ils perdent de vue que le premier objet de la charité étant Dieu, qui est la vérité substantielle, n’a pas de pire ennemi que le mensonge ; et ils oublient qu’on ne fait point acte d’amour, en plaçant sur le même pied l’objet aimé et son ennemi mortel.
Ce n’est point ainsi que l’entendaient les Apôtres : pour faire germer la charité dans le monde, ils y semaient la vérité. Tout rayon nouveau dans l’âme de leurs disciples profitait à l’amour ; et ces disciples, devenus lumière eux-mêmes au saint baptême, n’avaient rien tant à cœur que de ne pactiser point avec les ténèbres. Renier la vérité était, dans ces temps, le plus grand des crimes ; s’exposer par mégarde à diminuer quoi que ce fût de ses droits, était la souveraine imprudence.
Le christianisme avait trouvé l’erreur maîtresse du monde ; devant la nuit qui retenait la race humaine immobilisée dans la mort, il ne connut point d’autre procédé de salut que de faire briller la lumière ; il n’eut point d’autre politique que de proclamer la puissance de la seule vérité pour sauver l’homme, et d’affirmer ses droits exclusifs à régner sur le monde. Ce fut le triomphe de l’Évangile, après trois siècles de lutte acharnée et violente du côté des ténèbres, qui se prétendaient souveraines et voulaient rester telles, de lutte sereine et radieuse du côté des chrétiens, dont le sang versé ne faisait qu’augmenter l’allégresse en affermissant sur la terre le règne simultané de l’amour et de la vérité.
Aujourd’hui que par la connivence des baptisés l’erreur reprend ses prétendus droits, la charité d’un grand nombre a diminué du même coup ; la nuit s’étend de nouveau sur un monde agonisant et glacé. La ligne de conduite des fils de lumière reste la même qu’aux premiers jours. Sans terreur et sans trouble, fiers de souffrir pour Jésus-Christ, comme leurs devanciers et comme les Apôtres ils gardent chèrement la parole de vie ; car ils savent que, tant qu’il restera pour le monde une lueur d’espérance, elle sera dans la vérité. Ne se préoccupant que de marcher d’une manière digne de l’Évangile, ils poursuivent, dans la simplicité des enfants de Dieu, leur carrière au milieu d’une génération mauvaise et perverse, comme font les astres au firmament dans la nuit. « Les astres brillent dans la nuit, dit saint Jean Chrysostome, ils éclatent dans les ténèbres ; bien loin de perdre à l’obscurité qui les entoure, ils en apparaissent plus brillants : ainsi en sera-t-il de toi-même, si tu demeures juste au milieu des pervers ; ta lumière en ressortira davantage. » — « Comme les étoiles, dit de même saint Augustin, poursuivent leur course dans les sentiers tracés par Dieu, sans se lasser de projeter leur lumière au sein des ténèbres, sans se troubler des maux qui arrivent sur la terre : ainsi doivent faire les saints, dont la conversation est vraiment au ciel ne se préoccupant pas plus que les astres eux-mêmes de ce qui se dit ou se fait contre eux. »
Saint Jean de Kenty confesseur
Collecte
Nous vous en prions, Dieu tout-puissant, faites que, progressant dans la science des Saints et montrant de la compassion envers nos frères, à l’exemple du saint Confesseur Jean, nous puissions, grâce à ses mérites, trouver indulgence auprès de vous.
Quatrième leçon. Jean naquit au bourg de Kenty, dans le diocèse de Cracovie, et fut pour cela surnommé Cantius. Ses parents, pieux et honnêtes, se nommaient Stanislas et Anne. Dès son enfance, la gravité, la douceur et l’innocence de ses mœurs firent concevoir l’espérance qu’il parviendrait à un haut degré de vertu. Il étudia la philosophie et la théologie à l’Université de Cracovie et passa par tous les grades académiques. Docteur et professeur pendant plusieurs années, il éclairait l’esprit de ses auditeurs par la doctrine sacrée qu’il leur exposait, et les enflammait d’ardeur pour toute sorte de bien, et cela par ses exemples aussi bien que par son enseignement. Devenu Prêtre, il s’appliqua davantage à la perfection chrétienne, sans négliger aucunement l’étude des lettres. Autant il déplorait avec amertume que Dieu fût partout offensé, autant il s’efforçait de détourner sa colère de lui-même et du peuple, en offrant chaque jour, avec abondance de larmes, le Sacrifice non sanglant de l’autel. Il gouverna parfaitement, pendant quelques années, la paroisse d’Ilkusi ; mais, troublé à la vue du péril des âmes, il quitta cette paroisse et, l’académie le demandant, il se remit à enseigner.
Cinquième leçon. Tout e temps que l’étude lui laissait, il le consacrait, soit à procurer le salut du prochain, surtout par la prédication, soit à prier. On rapporte que, dans l’exercice de l’oraison, il lui arriva quelquefois d’être favorisé de visions et d’entretiens célestes. La passion du Christ le touchait à ce point, qu’il passait parfois des nuits entières à la méditer, et que, pour se la retracer plus vivement, il fit le pèlerinage de Jérusalem. Là, enflammé du désir du martyre, il ne craignit pas de prêcher, aux Turcs eux-mêmes, le Christ crucifié. Il se rendit quatre fois à Rome, au tombeau des saints Apôtres, faisant la route à pied et chargé lui-même de ce qu’il lui fallait pour le voyage. Le saint y allait tant pour honorer le Siège apostolique, auquel il était extrêmement dévoué, que pour diminuer, disait-il, les peines de son purgatoire, grâce à la rémission des péchés offerte là, chaque jour, aux fidèles. Au cours de ce voyage, des voleurs le dévalisèrent et lui demandèrent ensuite s’il avait encore autre chose ; Jean ne se souvint pas de quelques pièces d’or, cousues dans son manteau, et répondit qu’il ne lui restait plus rien. Déjà les voleurs s’enfuyaient, lorsqu’il se mit à crier pour les leur offrir aussi ; mais, admirant sa simplicité et sa bonté, ils lui rendirent spontanément ce qu’ils lui avaient pris. Pour qu’on ne blessât point la réputation du prochain, il fit, à l’exemple de saint Augustin, graver des vers sur la muraille de sa demeure, comme un perpétuel avertissement pour lui-même et pour ceux qui le visitaient. Les pauvres qui souffraient de la faim, il les nourrissait des mets de sa table ; ceux qui n’avaient pas de vêtements, il leur en achetait et il quittait même ses habits et ses chaussures pour les leur donner ; alors il laissait tomber son manteau jusqu’à terre, pour qu’on ne le vît pas rentrer pieds nus chez lui.
Sixième leçon. Il dormait peu, et par terre ; comme vêtement, comme nourriture, il n’avait que ce qu’il faut pour couvrir le corps et soutenir les forces. Un dur cilice, les flagellations et le jeûne, furent les moyens par lesquels il garda sa virginité, comme un lis au milieu des épines. Bien plus, pendant environ les trente-cinq dernières années de sa vie, il s’abstint constamment de l’usage de la viande. Enfin, plein de jours et de mérites, après s’être longtemps et soigneusement préparé à la mort, dont il pressentait l’approche, il distribua aux pauvres tout ce qu’il pouvait encore avoir chez lui, afin qu’aucune chose ne le retînt plus. Puis, saintement muni des sacrements de l’Église, « désirant d’être dissous et d’être avec Jésus-Christ, » il s’envola dans le ciel, en la veille de Noël, et fut illustre par d’éclatants miracles, après sa mort comme pendant sa vie. Dès qu’il eut rendu l’esprit, on le porta dans l’église de Sainte-Anne, voisine de l’Université, et on l’y ensevelit avec honneur. La vénération du peuple et le concours à son tombeau s’étant accrus de jour en jour, on l’honore très religieusement comme un des principaux patrons de la Pologne et de la Lithuanie. De nouveaux miracles ayant ajouté à sa gloire, le souverain Pontife Clément XIII l’a solennellement inscrit au nombre des Saints, le dix-septième jour dés calendes d’août, de l’an mil sept cent soixante-sept.
Saint Pierre d’Alcantara confesseur
Collecte
O Dieu, qui avez daigné faire briller dans votre Confesseur, le bienheureux Pierre, les dons d’une admirable pénitence et d’une sublime contemplation, faites, s’il vous plaît, qu’aidés de ses mérites et mortifiant notre chair, nous obtenions plus facilement les biens célestes
Quatrième leçon. Pierre, né de parents nobles, à Alcantara en Espagne, donna, dès ses plus tendres années, des signes de sa sainteté future. Étant entré à seize ans dans l’Ordre des Frères Mineurs, il s’y montra un modèle de toutes les vertus. Ayant eu alors à exercer par obéissance le ministère de la prédication, il amena un nombre incalculable de Chrétiens des désordres du vice à une véritable pénitence. Désirant rétablir dans toute son exactitude l’observance primitive de l’institut franciscain, confiant dans le secours du ciel et appuyé de l’autorité apostolique, il fonda, près de Pédrosa, un couvent très étroit et très pauvre, où il commença pieusement un genre de vie fort austère, qui s’est merveilleusement répandu dans diverses provinces de l’Espagne et jusqu’aux Indes. Il aida sainte Thérèse, dont il avait éprouvé l’esprit, à établir la réforme des Carmélites. Cette Sainte ayant appris de Dieu qu’elle ne lui demanderait rien au nom de Pierre sans être exaucée sur-le-champ, avait coutume de se recommander à ses prières et de lui donner le nom de Saint, quoiqu’il vécût encore.
Cinquième leçon. Il se dérobait avec la plus grande humilité aux faveurs des princes qui le consultaient comme un oracle, et il refusa d’être le confesseur de l’empereur Charles-Quint. Très rigide observateur de la pauvreté, il se contentait d’une seule tunique, la plus mauvaise de toutes. Il était si délicat pour tout ce qui concerne la pureté, qu’il ne permit pas au frère qui le servait dans sa dernière maladie de le toucher tant soit peu. Il réduisit son corps en servitude par une continuité de veilles, de jeûnes, de flagellations ; par le froid, la nudité, par toutes sortes de rigueurs, ayant fait pacte avec lui de ne lui donner aucun repos en ce monde. L’amour de Dieu et du prochain qui remplissait son cœur, y excitait parfois une flamme si vive, qu’il était obligé de sortir brusquement de son étroite cellule pour aller, en pleine campagne, tempérer par la fraîcheur de l’air, l’ardeur qui le brûlait.
Sixième leçon. Il fut élevé à un degré de contemplation si admirable que, comme son esprit en était continuellement nourri, il lui arriva parfois de passer plusieurs jours sans prendre ni nourriture ni boisson. Fréquemment élevé en l’air, on l’a vu briller d’un éclat admirable. Il passa des fleuves rapides à pied sec. Dans une disette extrême, il nourrit ses frères d’un aliment venu du ciel. Un bâton qu’il avait fixé en terre devint bientôt un figuier verdoyant. Une nuit qu’il cheminait, la neige tombant épaisse, il entra dans une maison en ruines toute découverte, et la neige, restant suspendue en l’air, lui servit de toit pour qu’il ne fût pas étouffé par son abondance. Sainte Thérèse atteste qu’il était doué du don de prophétie et de discernement des esprits. Enfin, étant dans sa soixante-troisième année, il s’en alla vers le Seigneur, à l’heure qu’il avait prédite, ayant été fortifié par une merveilleuse vision et par la présence de plusieurs Bienheureux. A ce moment-là même, sainte Thérèse qui se trouvait dans un lieu fort éloigné, le vit porté au ciel. Lui ayant apparu -ensuite, il lui dit : O bienheureuse pénitence, qui m’a valu une si grande gloire ! Beaucoup de miracles l’ont illustré après sa mort et Clément IX l’a inscrit au nombre des Saints.
Traité de l’oraison de saint Pierre d‘Alcantara, deuxième série de méditations pour chaque jour de la semaine, fin de la méditation du vendredi :
Enfin, vous pourrez méditer les sept paroles que Notre Seigneur fit entendre sur la croix.
La première : Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.
La seconde, qui fut dite au larron : Aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis.
La troisième, à sa très sainte Mère : Femme, voilà votre fils.
La quatrième : J'ai soif.
La cinquième : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné.
La sixième : Tout est consommé.
La septième : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains.
Regarde, ô mon âme, avec quel excès de charité il recommanda dans ces paroles ses ennemis à son Père ; avec quelle miséricorde il reçut le larron qui confessait sa divinité ; avec quelle tendresse filiale il recommanda sa très aimante Mère au disciple bien-aimé ; vois quelle soif et quel ardent désir il montra du salut des hommes ; avec quelle voix douloureuse il répandit sa prière, et exprima sa tribulation en présence de la très-sainte majesté de son Père ; comment il persévéra, jusqu'à la dernière heure, dans l'obéissance qu'il lui avait vouée ; et comment, enfin, il lui recommanda son âme, et se remit tout entier entre ses divines mains.
Il est facile de voir que chacune de ces paroles renferme une admirable leçon de vertu. Dans la première, le divin Maître nous recommande la charité envers les ennemis ; dans la seconde, la miséricorde envers les pécheurs ; dans la troisième, l'amour envers les parents ; dans la quatrième, le désir du salut du prochain ; dans la cinquième, la prière dans les tribulations et dans les délaissements de Dieu ; dans la sixième la vertu de l'obéissance et la persévérance ; enfin dans la septième, la parfaite résignation entre les mains de Dieu, qui est l'abrégé et le comble de toute notre perfection.
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