LE CONCILE MANQUÉ
Le concile mensonger qui sous le couvert d’aggiornamento, d’approfondissement, de reformulation a changé la doctrine du salut, et cela sous la présidence de deux papes, résistants à la Très Sainte Vierge, qui ne voulurent pas publier son secret, et pour l’un d’entre eux qui ne voulu pas même accorder une entrevue à soeur Lucie lors de son bref voyage à Fatima.
Un concile mensonger qui a prétendu que la pastorale ne découlait pas obligatoirement du doctrinal, et qui dans cette soi-disant pastorale a omis, de façon gravement péccamineuse, de condamner les hérésies les plus graves du siècle, le modernisme perfectionné par Theillard de Chardin et le communisme intrinsèquement pervers, et cela suite à un accord secret préalable (Cf. Metz 1962 card.Tisserant).
Ce concile mensonger qui a démoli le Magistère, en prétendant ne pas utiliser sa forme infaillible mais seulement la forme authentique, qui serait donc, implicitement a contrario failllible.
Ce concile qui a transformé le clair et limpide langage scolastique de l’Église, en une logorrhée ambigüe insipide et mondaine, se prêtant à toutes les interprétations, surtout les mauvaises, qui furent les sables mouvants pour la doctrine et pour l’intelligence catholique.
Ce concile mensonger et masqué, qui sous le prétexte d’une participation active des fidèles, a fait table rase des rites millénaires, du trésor incomparable des siècles, et avec son président nous a initié à la concélébration, au vernaculaire, à la synaxe en tournant le dos au Seul vrai Dieu, dans sa folie impie.
Ce concile mensonger qui rejetant sa minutieuse préparation fut pris en mains par l’aile marchante, par ceux qui n’étaient déjà plus dans la foi de la sainte Église, et qui imposèrent leurs délires, leur sabotage au nom de l’œcuménisme maçonnique : Rhaner, Congar, de Lubac, Küng……tous les experts en hérésie étaient là, avec la bénédiction d’une soi-disant autorité complice.
Ce soi-disant concile qui se réconcilia avec les libéraux, les modernistes, les oecuménistes, les protestants, les communistes, les franc-maçons, les juifs, les musulmans……en bref avec tous les ennemis héréditaires de la Sainte Église, et tout cela sous le fumeux prétexte du dialogue et du faux oecuménisme.
Ce fumeux conciliabule qui pourrait être, soi-disant interprétable, à la lumière de la Tradition, mais qui si l’on cherche à l’éclairer sous ce jour, disparait, et ne laisse voir que les décombres amoncelés par ses fruits, par son esprit.
Le Père Congar, qui ira invoquer Luther sur la tombe de l'Apôtre Saint Paul, fut un révolutionnaire très actif, ici avec le bras droit du "plus grand théologien du XX" : Rahner, Joseph Ratzinger. Ce révolutionnaire sera nommé cardinal de la nouvelle église rénovée.
Le pape renonce à régner sur les nations au nom de son Maître, au nom du Roi des rois, et par ce geste symbolique renonce à sa charge de Vicaire
Le cardinal Béa épure la liturgie catholique de tout ce qui pourrait heurter la synagogue sous la direction de ses experts.
Et pour couronner le tout, le pandémonium d'Assise où la pastorale dévoile toute sa doctrine maçonnique sous-jacente
Saint Herménegilde
Introït
Vous m’avez protégé, ô Dieu, contre l’assemblée des méchants, contre la multitude de ceux qui commettent l’iniquité, alléluia, alléluia.
Exaucez, ô Dieu, ma prière lorsque je vous implore ; délivrez mon âme de la crainte de l’ennemi.
Collecte
Dieu, qui avez appris au bienheureux Herménégilde, votre Martyr, à mettre la royauté terrestre au-dessous de la royauté du ciel, accordez-nous, nous vous en supplions, de mépriser à son exemple les biens périssables, et de rechercher les biens éternels.
Lecture
Les justes se lèveront avec une grande assurance contre ceux qui les auront mis dans l’angoisse, et qui auront ravi le fruit de leurs travaux. A cette vue les méchants seront troublés par une horrible frayeur, et ils seront stupéfaits en voyant tout à coup ceux dont ils n’attendaient pas le salut ; ils diront en eux-mêmes, saisis de remords, et gémissant dans l’angoisse de leur cœur : Voici ceux dont nous avons fait autrefois un objet de risée, et un thème d’outrages. Insensés que nous étions, nous regardions leur vie comme une folie, et leur mort comme une honte ; et voilà qu’ils sont comptés parmi les fils de Dieu, et que leur partage est avec les saints.
Evangile
En ce temps-là, Jésus dit à la foule : Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et celui qui ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. Car quel est celui de vous qui, voulant bâtir une tour, ne s’assied d’abord, et ne suppute les dépenses qui sont nécessaires, afin de voir s’il aura de quoi l’achever ; de peur qu’après avoir posé les fondements, il ne puisse l’achever, et que tous ceux qui verront cela ne se mettent à se moquer de lui, en disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever ? Ou quel roi, sur le point de faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord, afin d’examiner s’il pourra, avec dix mille hommes, marcher contre celui qui s’avance sur lui avec vingt mille ? Autrement, tandis que l’autre roi est encore loin, il lui envoie une ambassade, et lui fait des propositions de paix. Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple.
Bréviaire
Quatrième leçon. Fils de Léovigilde, roi des Visigoths, le roi Herménégilde, fut converti de l’hérésie arienne à la foi catholique par les prédications du vénérable Léandre, Évêque de Séville, avec lequel je suis lié depuis longtemps d’une étroite amitié. Son père, demeuré arien, s’efforça, et de le gagner par des promesses, et de l’effrayer par des menaces, pour le ramener à l’hérésie. Comme Herménégilde répondait avec une constance inébranlable qu’il ne pourrait jamais quitter la vraie foi après l’avoir connue, son père irrité le priva de ses droits au trône et le dépouilla de tous ses biens. Un traitement si dur n’ayant pu abattre son courage,- Léovigilde le fit jeter dans une étroite prison et charger de fers au cou et aux mains. Le jeune roi commença alors à mépriser les royaumes de la terre, et à rechercher par les plus ardents désirs le royaume du ciel. Couvert d’un ciliée, et gisant à terre accablé par ses liens, il adressait des prières au Dieu tout-puissant, pour qu’il le fortifiât ; et plus il reconnaissait par sa captivité même le néant des biens qui avaient pu lui être ravis, plus il regardait avec dédain la gloire de ce monde qui passe.
Cinquième leçon. La fête de Pâques étant survenue, son perfide père lui envoya durant le silence d’une nuit profonde un Évêque arien, afin qu’il reçût la communion eucharistique de cette main sacrilège, et qu’il rentrât par ce moyen en grâce auprès de son père. Mais Herménégilde, tout dévoué à Dieu, adressa à l’Évêque arien, quand il l’aborda, les reproches qu’il était de son devoir de lui faire, et repoussa avec une juste indignation ses propositions insidieuses ; car, s’il gisait corporellement sous le poids de ses chaînes, intérieurement il se tenait dans une sécurité profonde et conservait toute l’élévation de son âme. Mais quand l’Évêque revint auprès de Léovigilde, ce prince arien frémit de rage et envoya aussitôt ses appariteurs pour tuer dans sa prison le très courageux confesseur de la foi ; ces ordres s’exécutèrent. Dès que les satellites furent entrés, ils lui fendirent la tête d’un coup de hache, mais en lui ôtant ainsi la vie du corps, ils ne purent lui enlever que ce que l’héroïque victime avait constamment méprisé en sa personne. Les miracles ne manquèrent pas pour manifester la véritable gloire dont il jouissait ; dans le silence de la nuit on entendit tout à coup le chant des Psaumes qui retentissait près du corps de ce roi martyr, d’autant plus véritablement roi qu’il avait obtenu la couronne du martyre.
Sixième leçon. Quelques-uns rapportent aussi que des flambeaux allumés parurent la nuit autour de son corps, ce qui porta tous les fidèles à le révérer comme celui d’un Martyr, ainsi qu’ils le devaient. Le père, plein de perfidie et souillé du sang de son fils, se sentit enfin touché de repentir ; il déplora ce qu’il avait fait, mais ce regret n’alla pas jusqu’à lui obtenir le salut. Tout en reconnaissant la vérité de la foi catholique, il fut retenu par la crainte que lui inspirait son peuple, et n’eut pas le courage de se convertir. Une maladie l’ayant réduit à l’extrémité, il recommanda à l’Évêque Léandre, qu’il avait auparavant persécuté avec tant de rigueur, le roi Récarède. son fils, qu’il laissait plongé dans l’hérésie, afin que les exhortations du saint Prélat opérassent en lui l’heureux changement qu’elles avaient produit en son frère. Après avoir fait cette recommandation, Léovigilde mourut. Le roi Récarède, suivant alors, non les traces de son coupable père, mais l’exemple de son frère le Martyr, renonça aux erreurs de l’hérésie arienne, amena à la vraie foi toute la nation des Visigoths, et refusa de recevoir sous ses étendards, dans tout son royaume, ceux qui ne craindraient pas de se constituer les ennemis de Dieu en restant infectés d’hérésie. Il ne faut pas s’étonner que le frère d’un Martyr soit devenu le prédicateur de la vraie foi : les mérites du second aident le premier à ramener un grand nombre d’âmes au sein [de l’Église] du Dieu tout-puissant.
Dimanche in Albis
Introït
Comme des enfants nouveau-nés, alléluia ; désirez ardemment le lait spirituel, alléluia, alléluia, alléluia.
Epître
Mes bien-aimés, tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde ; et ce qui remporte la victoire sur le monde, c’est notre foi. Quel est celui qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus-Christ ; non par l’eau seulement, mais par l’eau et par le sang. Et c’est l’Esprit qui rend témoignage que le Christ est la vérité. Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois sont un. Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre : l’esprit, l’eau, et le sang ; et ces trois sont un. Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand ; or, ce témoignage de Dieu qui est plus grand, est celui qu’il a rendu au sujet de son Fils. Celui qui croit au Fils de Dieu a le témoignage de Dieu en lui-même.
Evangile
En ce temps-là, le soir de ce même jour, qui était le premier de la semaine, comme les portes du lieu où les disciples étaient assemblés étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint, et se tint au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! Et après avoir dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent donc, en voyant le Seigneur. Et il leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Ayant dit ces mots, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez l’Esprit-Saint. Les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux auxquels vous les retiendrez.
Or Thomas, l’un des douze, appelé Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit : Si je ne vois dans ses mains le trou des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point. Huit jours après, les disciples étaient enfermés de nouveau, et Thomas avec eux. Jésus vint, les portes étant fermées ; et il se tint au milieu d’eux, et dit : La paix soit avec vous ! Ensuite il dit à Thomas : Introduis ton doigt ici, et vois mes mains ; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais fidèle. Thomas répondit, et lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu !
Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru ; heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !
Jésus fit encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres miracles, qui ne sont point écrits dans ce livre. Ceux-ci ont été écrits, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, le croyant, vous ayez la vie en son nom.
Hymne
Au royal banquet de l’Agneau,
revêtus de nos robes blanches,
après le passage de la mer Rouge,
chantons au Christ notre Chef :
C’est lui dont la charité divine
nous verse à boire le sang sacré,
son amour est le sacrificateur qui immole
les membres du corps nourricier.
Le sang dont nos portes sont marquées
remplit de crainte l’Ange exterminateur :
la mer, divisée en deux, fuit devant nous ;
les ennemis sont submergés dans les flots.
Notre Pâque, maintenant, c’est le Christ :
il est notre victime pascale ;
il est pour les cœurs purs,
le pur azyme de la sincérité
O victime véritable, venue du ciel,
par qui les enfers sont domptés,
les liens de la mort brisés,
les dons de la vie recouvrés !
Vainqueur de la mort terrassée,
le Christ déploie son étendard ;
il rouvre le ciel, et traîne
en captif le roi des ténèbres.
Pour être toujours, de nos âmes,
ô Jésus, la joie pascale
libérez de la cruelle mort du péché,
ceux que vous avez fait renaître à la vie.
Gloire soit rendue à Dieu le Père,
et au Fils ressuscité d’entre les morts,
ainsi qu’au Paraclet,
dans les siècles éternels. Ainsi soit-il.
Bréviaire
Si vous êtes ressuscites avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu. Goûtez les choses d’en haut, et non les choses de la terre ; car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, qui est votre vie, apparaîtra, alors vous aussi vous apparaîtrez avec lui dans la gloire. Faites donc mourir vos membres qui sont sur la terre : l’impureté, les mauvais désirs, et l’avarice, qui est une idolâtrie ; choses pour lesquelles la colère de Dieu vient sur les fils de l’incrédulité, et dans lesquelles vous aussi vous avez marché autrefois, lorsque vous viviez parmi eux.
Mais maintenant, éloignez de vous aussi toutes ces choses, la colère, l’indignation, la malice, la diffamation, et de votre bouche les paroles honteuses. Ne mentez point les uns aux autres, dépouillez le vieil homme avec ses œuvres, et revêtez le nouveau qui se renouvelle à la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé : (renouvellement) où il n’y a ni Gentil, ni Juif, ni circoncision, ni incirconcision, ni barbare, ni Scythe, ni esclave, ni libre, mais où le Christ est tout en tous. Revêtez-vous, comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de modestie, de patience ; vous supportant mutuellement, vous pardonnant les torts que l’un pourrait avoir envers l’autre ; comme le Seigneur vous a pardonné, pardonnez aussi de même.
Mais au-dessus de tout cela ayez la charité, qui est le lien de la perfection. Et qu’en vos cœurs triomphe la paix du Christ, à laquelle vous avez même été appelés en un seul corps, et soyez reconnaissants. Que la parole du Christ habite en vous avec plénitude, en toute sagesse, vous instruisant et vous exhortant les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant en action de grâces, du fond de vos cœurs, à la louange de Dieu. Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâce par lui à Dieu et Père.
....Jésus dit à Thomas : « Tu as cru, parce que tu as vu ; heureux ceux qui n’ont pas vu et qui néanmoins ont cru ! » Paroles remplies d’une divine autorité, conseil salutaire donné non seulement à Thomas, mais à tous les hommes qui veulent entrer en rapport avec Dieu et sauver leurs âmes ! Que voulait donc Jésus de son disciple ? Ne venait-il pas de l’entendre confesser la foi dont il était désormais pénétré ? Thomas, d’ailleurs, était-il si coupable d’avoir désiré l’expérience personnelle, avant de donner son adhésion au plus étonnant des prodiges ? Était-il tenu de s’en rapportera Pierre et aux autres, au point d’avoir à craindre de manquer à son Maître, en ne déférant pas à leur témoignage ? Ne faisait-il pas preuve de prudence en suspendant sa conviction, jusqu’à ce que d’autres arguments lui eussent révélé à lui-même que le fait était tel que ses frères le lui racontaient ? Oui, Thomas était un homme sage, un homme prudent, qui ne se confiait pas outre mesure ; il était digne de servir de modèle à beaucoup de chrétiens qui jugent et raisonnent comme lui dans les choses de la foi. Cependant, combien est accablant, dans sa douceur si pénétrante, le reproche de Jésus ! Il a daigné se prêter, avec une condescendance inexplicable, à l’insolente vérification que Thomas avait osé demander ; maintenant que le disciple tremble devant le divin ressuscite, et qu’il s’écrie dans l’émotion la plus sincère : « Oh ! vous êtes bien mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus ne lui fait pas grâce de la leçon qu’il avait méritée. Il faut un châtiment à cette hardiesse, à cette incrédulité ; et ce châtiment consisterai s’entendre dire : « Tu as cru, Thomas, parce que tu as vu. »
Mais Thomas était-il donc obligé de croire avant d’avoir vu ?— Et qui peut en douter ? Non seulement Thomas, mais tous les Apôtres étaient tenus de croire à la résurrection de leur maître, avant même qu’il se fût montré à eux. N’avaient-ils pas vécu trois années dans sa compagnie ? Ne l’avaient-ils pas vu confirmer par les plus divins prodiges sa qualité de Messie et de Fils de Dieu ? Ne leur avait-il pas annoncé sa résurrection pour le troisième jour après sa mort ? Et quant aux humiliations et aux douleurs de sa Passion, ne leur avait-il pas dit, peu de temps auparavant, sur la route de Jérusalem, qu’il allait être saisi par les Juifs qui le livreraient aux gentils ; qu’il serait flagellé, couvert de crachats et mis à mort ? Des cœurs droits et disposés à la foi n’auraient eu aucune peine à se rendre, dès le premier bruit de la disparition du corps. Jean ne fit qu’entrer dans le sépulcre, que voir les linceuls, et aussitôt il comprit tout et commença à croire. Mais l’homme est rarement aussi sincère ; il s’arrête sur le chemin, comme s’il voulait obliger Dieu à faire de nouvelles avances. Ces avances, Jésus daigna les faire. Il se montra à Madeleine et à ses compagnes qui n’étaient pas incrédules, mais seulement distraites par l’exaltation d’un amour trop naturel. Au jugement des Apôtres, leur témoignage n’était que le langage de quelques femmes que l’imagination avait égarées. Il fallut que Jésus vînt en personne se montrer à ces hommes rebelles, à qui leur orgueil faisait perdre la mémoire de tout un passé qui eût suffi à lui seul pour les éclairer sur le présent. Nous disons leur orgueil ; car la foi n’a pas d’autre obstacle que ce vice. Si l’homme était humble, il s’élèverait jusqu’à la foi qui transporte les montagnes.
Or Thomas a entendu Madeleine, et il a dédaigné son témoignage ; il a entendu Pierre, et il a décliné son autorité ; il a entendu ses autres frères et les disciples d’Emmaüs, et rien de tout cela ne l’a dépris de sa raison personnelle. La parole d’autrui qui, lorsqu’elle est grave et désintéressée, produit la certitude dans un esprit sensé, n’a plus cette efficacité chez beaucoup de gens, dès qu’elle a pour objet d’attester le surnaturel. C’est là une profonde plaie de notre nature lésée par le péché. Trop souvent nous voudrions, comme Thomas, avoir expérimenté nous-mêmes ; et il n’en faut pas davantage pour nous priver de la plénitude de la lumière. Nous nous consolons comme Thomas parce que nous sommes toujours du nombre des disciples ; car cet Apôtre n’avait pas rompu avec ses frères ; seulement il n’entrait pas en part de leur bonheur. Ce bonheur, dont il était témoin, ne réveillait en lui que l’idée de faiblesse ; et il se savait un certain gré de ne le pas partager.
Tel est de nos jours encore le chrétien entaché de rationalisme. Il croit, mais c’est parce que sa raison lui fait comme une nécessité de croire ; c’est de l’esprit et non du cœur qu’il croit. Sa loi est une conclusion scientifique, et non une aspiration vers Dieu et la vérité surnaturelle. Aussi cette foi, comme elle est froide et impuissante ! Comme elle est restreinte et embarrassée ! Comme elle craint de s’avancer, en croyant trop ! A la voir se contenter si aisément de vérités diminuées, pesées dans la balance de la raison, au lieu de voler à pleines ailes comme la foi des saints, on dirait qu’elle est honteuse d’elle-même. Elle parle bas, elle craint de se compromettre ; quand elle se montre, c’est sous le couvert d’idées humaines qui lui servent de passeport. Ce n’est pas elle qui s’exposera à un affront pour des miracles qu’elle juge inutiles, et qu’elle n’eût jamais conseillé à Dieu d’opérer. Dans le passé comme dans le présent, le merveilleux l’effraie ; n’a-t-elle pas eu déjà assez d’effort à faire pour admettre celui dont l’acceptation lui est strictement nécessaire ? La vie des saints, leurs vertus héroïques, leurs sacrifices sublimes, tout cela l’inquiète. L’action du christianisme dans la société, dans la législation, lui semble léser les droits de ceux qui ne croient pas ; elle entend réserver la liberté de l’erreur et la liberté du mal ; et elle ne s’aperçoit même pas que la marche du monde est entravée depuis que Jésus-Christ n’est plus Roi sur la terre.
Or c’est pour ceux dont la foi est si faible et si près du rationalisme, que Jésus ajoute aux paroles de reproche qu’il adressa à Thomas, cette sentence qui ne le regardait pas seul, mais qui avait en vue tous les hommes et tous les siècles : « Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » Thomas pécha, pour n’avoir pas eu la disposition à croire. Nous nous exposons à pécher comme lui, si nous n’entretenons pas dans notre foi cette expansion qui la mêlerait à tout, et lui ferait faire ce progrès que Dieu récompense par des flots de lumière et de joie au cœur. Une fois entrés dans l’Église, le devoir pour nous est de considérer désormais toute chose au point de vue surnaturel ; et ne craignons pas que ce point de vue, réglé par les enseignements de l’autorité sacrée, nous entraîne trop loin. « Le juste vit de la foi » ; c’est sa nourriture continuelle. La vie naturelle est transformée en lui pour jamais, s’il demeure fidèle à son baptême.
Un savant mélange de vérités et d'erreurs
Le dialogue avec l'islam et la Miséricorde divine
- « Dieu ou rien » : c'est le titre du livre d'entretien sur la foi publié (aux Ed. Fayard) par le cardinal Robert Sarah, Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Il invite notamment l'Occident à « réveiller le génie du christianisme », comme il l'explique dans cet entretien avec Zenit dont voici le second volet. Après avoir évoqué le "génie du christianisme" et en quelque sorte le "génie de l'Afrique" dans le premier volet, le cardinal Sarah explique ici l'importance du dialogue avec l'islam et il offre quelques répère pour l'Année sainte extraordinaire de la Miséricorde divine.
Le dialogue avec l’islam est possible
Le cardinal Sarah évoque en particulier les relations entre christianisme et islam en Afrique : « Jusqu’à ces derniers temps, les chrétiens et les musulmans vivaient en parfaite harmonie. Par exemple au Sénégal, qui compte 95% de musulmans, ou en Guinée, où vivent 73% de musulmans et à peine 4 % de chrétiens, nous n’avons jamais été confrontés à un conflit opposant chrétiens et musulmans. A la cathédrale Sainte Marie de Conakry, à Noël, autant de chrétiens que de musulmans affluent en grande nombre pour entendre le message d'un Dieu qui s’approche des hommes parce qu’il les aime. Le fanatisme, avec les fleuves de sang qu’il fait couler et la violence barbare qu’il déploie, est venu très tardivement, dans les années 75, après que certains Africains aient été formés dans des universités islamiques en Arabie saoudite ou en Libye, ou ailleurs. Des luttes religieuses et des massacres ont rarement vu le jour en Afrique. Ce qui se passe aujourd’hui, au nom de l’Islam, est de la pure barbarie perpétrée par des barbares sans Dieu, sans Foi ni loi »[Le cardinal Sarah a-t-il lu le Coran ? A-t-il étudié les sources de l’islam ? Sait-il que 75% du Coran sont composés d’écrits talmudiques ?].
Mais il exprime sa conviction que « le dialogue est toujours possible » : « On a vécu dans une grande harmonie, et surtout chrétiens et musulmans se stimulent mutuellement dans la fidélité à la prière [A quel Dieu ? A Jésus-Christ le seul Sauveur ? A la Trinité Sainte ?]. Par exemple quand un chrétien entend le muezzin à 4 h du matin, il est interpellé et stimulé à donner, lui aussi, le Primat à Dieu et à la prière [Le fait que le diable porte pierre, ne modifie nullement qu’il soit le diable]. Et nous, à notre tour, nous stimulons les musulmans à vivre une prière qui ne soit pas seulement un acte extérieur ou rituel mais une relation personnelle et intime avec Dieu qui compromet ma vie, ma vie professionnelle, familiale, toute mon existence et tout mon être. La prière devient alors une harmonie parfaite de l’esprit et du corps, baignant tous deux dans la clarté de la lumière divine ».
Si le dialogue est difficile « sur le plan théologique », le cardinal préconise de privilégier « le plan pratique [la praxis, l’orthopraxis], le plan social, une étroite collaboration pour la défense de la vie, de la dignité de la personne humaine, de la religion dans le monde, de la famille. Dans certains domaines de l’existence humaine nous sommes proches des musulmans et je crois que c’est à ce niveau-là qu’on peut insister en vue d’une meilleure connaissance mutuelle et d’un combat commun en faveur des valeurs humaines fondamentales [Mais le problème est que seul Jésus-Christ est la Voie, la Vérité, la Vie et que sans Lui on ne peut RIEN faire]. Mais il faut que le dialogue soit éclairé, sincère, ouvert, respectueux, qu’il ne soit pas ingénu ni dépourvu de contenu. Il doit être mené sans dissimulation ni fermeture, dans la vérité, l’humilité et la loyauté ».
Il diagnostique en Occident un « manque de transmission des valeurs et de l’héritage chrétien » conduisant notamment de jeunes européens à rejoindre les djihadistes au Moyen-Orient : « Aujourd’hui on ne communique plus l’héritage qui a façonné notre culture, notre civilisation, à nos enfants. Tout est centré sur la technologie, sur la réussite humaine, politique et économique, mais les valeurs humaines, chrétiennes, religieuses, morales, sont absolument ignorées ou négligées. »
Mais accuser les religions d'être à l'origine de la violence, « c’est une mauvaise analyse », [Nego, les fausses religions sont filles de l’Homicide dès le commencement, donc elles sont haineuses et violentes, contre le salut éternel de leurs sectateurs] estime-t-il : « Ceux qui combattent, tuent et terrorisent au nom de Dieu, ce ne sont pas des croyants, ils combattent au nom d’une idole qu’ils ont créée eux-mêmes, une idole à laquelle ils attribuent leurs idées, leurs ambitions politiques ou économiques... Ils utilisent Dieu et la religion pour combattre, tuer, humilier, violer, mais ils combattent surtout pour leurs idéologies » [Le cardinal Sarah sait-il qui est Allah ? Connait-il ceux qui ont crucifié la Vérité incarnée ?].
La miséricorde, mission de l’Église
Enfin, le cardinal salue l'Année Sainte de la Miséricorde annoncée par le pape François le 13 mars dernier : « Cette Année de la Miséricorde réveille l’Église à sa mission. Dieu nous a envoyés pour manifester sa miséricorde, son amour à toute la création. La mission de l’Église, c’est de prêcher la conversion et révéler l’Amour et la miséricorde à tous les hommes ».[ Allez par tout le monde et prêchez l'Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné. Mc 16, 15-16 ; Toutes puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fil et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous toujours jusqu'à la fin du monde. Mt 28, 18-20]
Cependant il ne s’agit pas de « miséricorde à l’eau de rose » : « Détrompons-nous : cette année jubilaire ne se contente pas de nous maintenir dans une nonchalance paresseuse et une fausse idée d’un Dieu miséricordieux qui pardonne mais n’exige rien de notre part. Oui, Dieu pardonne lorsque notre cœur entend son appel à la conversion, lorsque nous accueillons sa Parole et que l’Evangile nous transforme progressivement mais radicalement. On ne met pas le vin nouveau de la miséricorde divine dans des vieilles outres. Si nous combattons énergiquement et véritablement contre nos péchés, si nous abandonnons le mal, Dieu nous inonde d’Amour et de pardon ». Peut-on se vêtir d’une robe de soie lorsqu’on patauge dans la boue et qu’on ne montre aucun désir d’en sortir ?
Il souligne que le pape François poursuit l'apostolat de la miséricorde de ses prédécesseurs : « Je pense qu’à travers les souffrances de Benoît XVI comme celles de Jean-Paul II, l’Église a connu une grande expansion, un grand rayonnement, qui n’est rien d’autre que l’amour de Dieu qui touche les hommes, et les atteint pour les régénérer. »
Le cardinal rappelle que c'est Jean-Paul II qui a institué le Dimanche de la Miséricorde, dans l'octave de Pâques : le saint pape « a connu ce qu’est la miséricorde parce qu’il a vécu le communisme et la persécution, et que son corps a été traversé par une souffrance énorme, qu'il a expérimentée jusqu’à la dernière minute lorsqu’il ne pouvait même pas dire un mot. Dans la souffrance extrême, sa crucifixion physique, Jean-Paul a vécu et touché de ses mains la miséricorde divine ». La miséricorde n’est pas un discours, mais une expérience des exigences de l’Amour divin tel qu’il s’exprime au sommet de la Croix.
C’est en effet « à travers la misère de la souffrance », en union avec celle du Christ, que l'homme peut « goûter ce qu’est la vraie miséricorde de Dieu ». « Nous ne pouvons pas rester dans notre nonchalance, dans notre péché pour dire que Dieu est miséricorde. Il faut participer à sa croix, à sa souffrance. C’est dans la conversion et l’adhésion aux exigences de l’Évangile que l’on goûte véritablement la présence paternelle de Dieu dans notre vie. Alors on accueillera mieux sa miséricorde qui est régénératrice, qui nous divinise [qui nous rends participants de la divinité en Jésus-Christ] – parce que la miséricorde nous porte à Dieu – nous assimile à Dieu et nous rend, comme Lui, capables de pardonner, de porter les souffrances des autres, de vivre avec les autres pour soulager leurs souffrances », conclut-il. ROME, 10 avril 2015 Zenit
Samedi in Albis
Au sortir de la fontaine, les néophytes avaient reçu un vêtement blanc, symbole des effets du baptême dans leur âme : ‘Vous tous qui avez été baptisés, vous vous êtes revêtus de Jésus-Christ’ (Com.). Ils le conservaient jusqu’à ce jour qui porte le nom de « Samedi où l’on dépose les vêtements blancs », parce que, réunis à S. Jean de Latran, on leur retirait alors leur robe baptismale. L’Église en voyant rassemblés autour d’elle « ces enfants nouveau-nés » (Ép.) leur demande par la bouche de S. Pierre, son chef, de boire toujours le lait spirituel et pur de la vraie doctrine. Et dans cette basilique, dédiée au S. Sauveur, elle leur rappelle que leurs âmes sont les pierres vivantes d’un édifice spirituel dont le Christ est la pierre d’angle. L’Évangile montre aussi le Prince des Apôtres qui, avant S. Jean, constate la Résurrection de Jésus, dont il doit être le témoin pour toute l’Église.
Collecte
Nous vous en prions, Dieu tout-puissant, accordez-nous qu’après avoir célébré religieusement les Fêtes pascales, nous méritions d’arriver, grâce à elles, aux joies de l’éternité.
Lecture
Mes bien-aimés, ayant donc dépouillé toute malice, toute ruse, dissimulation et envie, et toute médisance, comme des enfants nouveau-nés, désirez ardemment le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez pour le salut, si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est doux. Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et mise en honneur par Dieu ; et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, soyez posés sur lui pour former une maison spirituelle, et un sacerdoce saint qui offre des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ. C’est pourquoi il est dit dans l’Écriture : Voici, je mets dans Sion la pierre angulaire choisie, précieuse ; et celui qui aura confiance en elle ne sera pas confondu. Ainsi donc, à vous qui croyez, l’honneur ; mais, pour les incrédules, la pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient, est devenue la tête de l’angle, et une pierre d’achoppement, et une pierre de scandale pour ceux qui se heurtent contre la parole et qui ne croient pas ; ce à quoi ils ont été destinés. Mais vous, vous êtes ta race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière : vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous qui n’aviez pas reçu miséricorde, mais qui maintenant avez reçu miséricorde.
Evangile
En ce temps-là : le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine vint au sépulcre dès le matin, comme les ténèbres régnaient encore ; et elle vit que la pierre avait été ôtée du sépulcre. Elle courut donc, et vint auprès de Simon-Pierre, et de l’autre disciple que Jésus aimait. Et elle leur dit : Ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre, et nous ne savons où ils t’ont mis.
Pierre sortit donc avec cet autre disciple, et ils allèrent au sépulcre. Ils couraient tous deux ensemble ; mais cet autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre. Et s’étant baissé, il vit les linceuls posés à terre ; cependant, il n’entra pas. Simon-Pierre qui le suivait, vint aussi et entra dans le sépulcre ; et il vît les linceuls posés à terre, et le suaire, qu’on avait mis sur sa tête, non pas posé avec les linceuls, mais roulé à part, dans un autre endroit. Alors l’autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi ; et il vit, et il crut. Car ils ne savaient pas encore, d’après l’Écriture, qu’il fallait qu’il ressuscitât d’entre les morts.
Secrète
Accordez-nous, nous vous en supplions, Seigneur, d’être toujours comblés de biens par ces mystères de Pâques, afin que l’œuvre continuelle de notre réparation soit pour nous le sujet d’une joie sans fin.
Bréviaire Saint Grégoire
La lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre, mes frères, est bien facile à comprendre, si l’on s’arrête à la surface, en ne considérant que le sens historique ; mais il nous faut rechercher brièvement les mystères qu’elle renferme. « Marie-Madeleine vint au sépulcre quand les ténèbres duraient encore. » L’heure est marquée selon l’histoire, mais au sens mystique elle indique où en était l’entendement de celle qui cherchait. Marie cherchait dans le sépulcre l’auteur de toutes choses, celui qu’elle avait vu mort selon la chair ; comme elle ne l’y trouva pas, elle crut qu’il avait été dérobé. Les ténèbres duraient encore lorsqu’elle vint au sépulcre. Elle courut promptement et annonça aux disciples : et ceux-là coururent plus vite que les autres, qui aimaient plus que les autres, c’est-à-dire Pierre et Jean.
« Ils couraient tous deux ensemble ; mais Jean courut plus vite que Pierre, il arriva le premier au sépulcre. » Cependant il n’osa pas entrer. « Pierre, qui le suivait, vint aussi, et entra. » Que signifie, mes frères, que signifie cette course ? Est-il à croire qu’un fait décrit avec tant de détails par l’Évangéliste soit sans mystère ? Non, sans doute. Saint Jean n’aurait pas dit, ni qu’il était arrivé le premier ni qu’il n’était point entré, s’il eût cru vide de mystère l’hésitation même qu’il éprouva. De qui saint Jean est-il donc la figure, sinon de la Synagogue ; que représente saint Pierre, sinon l’Église ?
Qu’il ne nous semble pas étrange d’entendre dire que la Synagogue est figurée par le plus jeune des deux Apôtres, et l’Église par le plus âgé. Bien qu’en ce qui concerne le culte de Dieu, la Synagogue ait précédé l’Église où sont entrés les Gentils, néanmoins la multitude des Gentils est plus ancienne que la Synagogue en ce qui concerne l’usage des choses du siècle, et saint Paul l’atteste, lui qui dit : « Non d’abord ce qui est spirituel mais ce qui est animal » L’Église des Gentils est donc désignée par Pierre qui était le plus âgé, et la Synagogue des Juifs par Jean qui était le plus jeune. Ils courent tous deux ensemble, parce que depuis leur origine jusqu’à la fin, la Gentilité et la Synagogue qui diffèrent de pensée, et de sentiment, courent dans une même et commune voie. La Synagogue est arrivée la première au sépulcre, mais elle n’est point entrée ; car, bien qu’elle ait reçu les préceptes de la loi et entendu les prophéties annoncer l’incarnation et la passion du Seigneur, le sachant mort, elle n’a pas voulu croire en lui.
Les Évangélistes insistent avec une intention marquée sur les conditions du sépulcre. Saint Matthieu, saint Luc, saint Jean, nous disent qu’il était neuf, et qu’aucun corps mort n’y avait encore été déposé. Les saints Pères sont venus ensuite, et nous ont expliqué le mystère, à la gloire du saint tombeau. Ils nous ont enseigné la relation que ce sépulcre, qui rendit l’Homme-Dieu à la vie immortelle, devait avoir avec le sein virginal qui l’enfanta pour être la victime du monde ; et ils en ont tiré cette conséquence, que le Seigneur notre Dieu, quand il se choisit un asile dans sa créature, tient à le trouver libre et digne de sa souveraine sainteté. Honneur donc au tombeau de notre Rédempteur d’avoir présenté, dans son être matériel, un rapport mystérieux avec l’incomparable et vivante pureté de la Mère de Jésus !
Durant les heures qu’il conserva son précieux dépôt, quelle gloire égalait alors la sienne sur la terre ! Quel trésor fut confié à sa garde ! Sous sa voûte silencieuse reposait dans ses linceuls, mouillés des larmes de Marie, le corps qui avait été la rançon du monde. Dans son étroite enceinte, les saints Anges se pressaient, faisant la garde auprès de la dépouille de leur créateur, adorant son divin repos, et aspirant à l’heure où l’Agneau égorgé allait se lever Lion redoutable. Mais quel prodige inouï éclata sous la voûte de l’humble caverne, lorsque l’instant décrété éternellement étant arrivé, Jésus plein de vie pénétra, plus prompt que l’éclair, les veines de la roche, et s’élança au grand jour. Bientôt, c’est la main de l’Ange qui vient arracher la pierre de l’entrée, afin de révéler le départ du céleste prisonnier ; ce sont ensuite d’autres Anges qui attendent Madeleine et ses compagnes. Elles arrivent et font retentir cette voûte de leurs sanglots ; Pierre et Jean y pénètrent à leur tour. Vraiment ce lieu est saint entre tous ; le Fils de Dieu a daigné l’habiter ; sa Mère y a été vue en pleurs ; il a été le rendez-vous des Esprits célestes ; les plus saintes âmes de la terre l’ont consacré par leurs visites empressées, l’ont rendu le théâtre de leurs plus dévots sentiments. O sépulcre du Fils de Jessé, vous êtes véritablement glorieux !
L’enfer la voit, cette gloire ! Et il voudrait l’effacer de la terre. Ce tombeau désespère son orgueil ; car il rappelle d’une manière trop éclatante la défaite qu’a essuyée la mort, fille du péché. Satan croit avoir accompli son odieux dessein, lorsque Jérusalem avant succombé sous les coups des Romains, une ville nouvelle et toute païenne s’élève sur les ruines avec le nom d’Ælia. Mais le nom de Jérusalem ne périra pas plus que la gloire du saint tombeau. En vain des ordres impies prescrivent d’amonceler la terre autour du monument, et d’élever sur ce monticule un temple à Jupiter, en même temps que sur le Calvaire lui-même un sanctuaire à l’impure Vénus, et sur la grotte de la Nativité un autel à Adonis ; ces constructions sacrilèges ne feront que désigner d’une manière plus précise les lieux sacrés à l’attention des chrétiens. On a voulu tendre un piège, et tourner au profit des faux dieux les hommages dont les disciples du Christ avaient coutume d’entourer ces lieux : vain espoir ! Les chrétiens ne les visiteront plus, tant qu’ils seront souillés par la présence des infâmes idoles ; mais ils tiendront l’œil fixé sur ces vestiges d’un Dieu, vestiges ineffaçables pour eux ; et ils attendront en patience qu’il plaise au Père de glorifier encore son Fils.
Lorsque l’heure a sonné, Dieu envoie à Jérusalem une impératrice chrétienne, mère d’un empereur chrétien, pour rendre visibles de nouveau les traces adorables du passage de notre Rédempteur. Émule de Madeleine et de ses compagnes, Hélène s’avance sur le lieu où fut le tombeau. Il fallait une femme pour continuer les grandes scènes du matin de la Résurrection. Madeleine et ses compagnes cherchaient Jésus ; Hélène qui l’adore ressuscité ne cherche que son tombeau ; mais un même amour les transporte. Par les ordres de la pieuse impératrice, l’impie sanctuaire de Jupiter s’écroule, la terre amoncelée est écartée ; et bientôt le soleil éclaire de nouveau le trophée de la victoire de Jésus. La défaite de la mort était donc une seconde fois proclamée par cette réapparition du sépulcre glorieux. Bientôt un temple magnifique s’élève aux dépens du trésor impérial, et porte le nom de Basilique de la Résurrection. Le monde entier s’émeut à la nouvelle d’un tel triomphe ; le paganisme déjà croulant en ressent un ébranlement auquel il ne résiste plus ; et les pieuses pérégrinations des chrétiens vers le sépulcre glorifié commencent pour ne plus s’arrêter qu’au dernier jour du monde.
Durant trois siècles, Jérusalem demeura la ville sainte et libre, éclairée des splendeurs du saint tombeau ; mais les conseils de la justice divine avaient arrêté que l’Orient, foyer inépuisable de toutes les hérésies, serait châtié et soumis à l’esclavage. Le Sarrasin vient inonder de ses hordes enthousiastes la terre des prodiges ; et les eaux de ce déluge honteux n’ont reculé un moment que pour se répandre avec une nouvelle impétuosité sur cette terre qui leur semble abandonnée pour longtemps encore. Mais ne craignons pas pour la tombe sacrée ; elle demeurera toujours debout. Le Sarrasin aussi la révère ; car à ses veux elle est le sépulcre d’un grand prophète. Pour approcher d’elle, le chrétien devra payer un tribut ; mais elle est en sûreté ; on verra même un calife offrir en hommage à notre Charlemagne les clefs de cet auguste sanctuaire, montrant par cet acte de courtoisie la vénération que lui inspire à lui-même la grotte sacrée, autant que le respect dont il est pénétré envers le plus grand des princes chrétiens. Ainsi le sépulcre continuait d’apparaître glorieux à travers même les tribulations qui, à penser humainement, auraient dû l’effacer de la terre.
Sa gloire parut avec plus d’éclat encore, lorsque, à la voix du Père de la chrétienté, l’Occident tout entier se leva soudain en armes, et marcha, sous la bannière de la croix, à la délivrance de Jérusalem. L’amour du saint tombeau était dans tous les cœurs, son nom sur toutes les lèvres ; et dès le premier choc, le Sarrasin, contraint de reculer à son tour, laissa la place aux croisés. La Basilique d’Hélène vit alors un sublime spectacle : le pieux Godefroi de Bouillon sacré avec l’huile sainte roi de Jérusalem, à l’ombre du sépulcre du Christ, et les saints mystères célèbres pour la première fois, avec la langue et les rites de Rome, sous les lambris orientaux de la Basilique constantinienne. Mais ce règne de Japhet sous les tentes de Sem ne se perpétua pas. D’un côté, l’étroite politique de nos princes d’Occident n’avait pas su comprendre le prix d’une telle conquête ; de l’autre, la perfidie de l’empire grec ne se donna pas de relâche qu’elle n’eût amené, par ses noires trahisons, le retour du Sarrasin dans les murs sans défense de Jérusalem. Cette période n’en fut pas moins l’une des gloires prédites par Isaïe au saint tombeau ; elle ne sera pas la dernière.
Aujourd’hui, profané par les sacrifices offerts dans son enceinte par les mains sacrilèges du schisme et de l’hérésie ; confié, à des heures rares et comptées, aux hommages légitimes de l’unique Épouse de celui qui daigna se reposer dans son sein, le divin sépulcre attend le jour où son honneur sera encore une fois vengé. Sera-ce que l’Occident, redevenu docile à la foi, viendra renouer sur cette terre les grands souvenirs qu’y a laisses sa chevalerie ? Sera-ce que l’Orient lui-même, renonçant à une scission qui ne lui a valu que la servitude, tendra la main à la Mère et à la Maîtresse de toutes les Églises, et scellera sur le roc immortel de la Résurrection une réconciliation qui serait la ruine de l’islamisme ? Dieu seul le sait ; mais nous avons appris de sa divine et infaillible parole qu’avant la fin des temps, l’antique Israël doit revenir au Dieu qu’il a méconnu et crucifié ; que Jérusalem sera relevée par la main des Juifs devenus chrétiens. Alors la gloire du sépulcre du fils de Jessé s’élèvera au-dessus de tout ; mais le fils de Jessé lui-même ne tardera pas à paraître ; la terre sera au moment de rendre nos corps pour la résurrection générale ; et le dernier accomplissement de la Pâque se trouvera lié ainsi avec le dernier et suprême honneur qu’aura reçu la tombe sacrée. En nous éveillant de nos sépulcres, nous la chercherons du regard ; et il nous sera doux de la contempler alors comme le point de départ et comme le principe de cette immortalité dont nous serons déjà en possession. En attendant l’heure où nous devrons entrer dans l’habitation passagère qui gardera nos corps, vivons dans l’amour du sépulcre du Christ ; que son honneur soit le nôtre ; et héritiers de cette foi sincère et ardente qui animait nos pères et les arma pour venger son injure, remplissons ce devoir particulier de la Pâque, qui consiste à comprendre et à goûter les magnificences du Sépulcre glorieux.
Une oeuvre de miséricorde
LAISSER UN ÉVÊQUE DIRE DES CHOSES QUI ÉBRANLENT LE DÉPÔT DE LA FOI EST UNE FAUTE GRAVE
Le cardinal Sarah est interrogé dans le dernier numéro de L'Homme Nouveau. Sans langue de bois, il évoque la division sur certains sujets doctrinaux :
« Je crois que laisser un prêtre ou un évêque dire des choses qui ébranlent ou ruinent le dépôt de la foi, sans l’interpeller, est une faute grave. Au minimum, il faut l’interpeller et lui demander d’expliquer les raisons de ses propos, sans hésiter à exiger de les reformuler de manière conforme à la doctrine et à l’enseignement séculaire de l’Église. On ne peut pas laisser les gens dire ou écrire n’importe quoi sur la doctrine, la morale, ce qui actuellement désoriente les chrétiens et crée une grande confusion sur ce que le Christ et l’Église ont toujours enseigné. L’Église ne doit jamais abandonner son titre de Mater et Magistra : son rôle de mère et d’éducatrice des peuples. Comme prêtres, évêques ou simples laïcs, nous avons tort de ne pas dire qu’une chose est fausse. L’Église ne doit pas hésiter à dénoncer le péché, le mal et toute mauvaise conduite ou perversions humaines. L’Église assume, au nom de Dieu, une autorité paternelle et maternelle. Et cette autorité est un service humble pour le bien de l’humanité. Nous souffrons aujourd’hui d’un défaut de paternité.[D’où le « Qui suis-je ? »] Si un père de famille ne dit rien à ses enfants sur leur conduite, il n’agit pas comme un véritable père [Et s’il prie avec les sectateurs des fausses religions ?]. Il trahit sa raison et sa mission paternelle. Le premier devoir de l’évêque consiste donc à interpeller un prêtre quand les propos de ce dernier ne sont pas conformes à la doctrine. Il s’agit d’une lourde responsabilité. Quand Jean-Baptiste a déclaré à Hérode : « Tu n’as pas le droit de prendre la femme de ton frère » [Tu n’as pas le droit d’embrasser le Coran, Tu n’as pas le droit de dire que l’Ancienne Alliance est toujours valable, Tu n’as pas le droit de dire que le rite romain de la Sainte Messe possède deux formes, une ordinaire l’autre extraordinaire….], il a perdu la vie. Malheureusement, aujourd’hui, l’autorité se tait souvent par peur notamment d’être traitée d’intolérante ou d’être décapitée. Comme si montrer la vérité à quelqu’un revenait à être intolérant ou intégriste alors qu’il s’agit d’un acte d’amour.[de charité, c’est un acte de miséricorde] »
Vendredi de Pâques
Colelcte
Dieu tout-puissant et éternel, qui, par le mystère pascal, avez formé un pacte de réconciliation avec l’humanité : donnez à nos âmes de reproduire dans nos actes les vérités que nous professons en célébrant ce mystère.
Lecture
Mes bien-aimés, le Christ est mort une fois pour nos péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous offrir à Dieu, ayant été mis à mort quant à la chair, mais rendu à la vie quant à l’esprit ; par lequel aussi il est allé prêcher aux esprits qui étaient en prison, qui autrefois avaient été incrédules, lorsqu’au temps de Noé ils s’attendaient à la patience de Dieu, pendant qu’était préparée l’arche, dans laquelle peu de personnes, savoir huit seulement, jurent sauvées à travers l’eau. Figure à laquelle correspond le baptême, qui nous sauve maintenant, non pas en enlevant tes souillures de la chair, mais par l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu, grâce à la résurrection de Jésus-Christ, qui est assis à la droite de Dieu.
Evangile
En ce temps-là : les onze disciples s’en allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait indiquée. Et le voyant, ils L’adorèrent. Cependant, quelques-uns eurent des doutes. Et Jésus s’approchant, leur parla ainsi : Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur enseignant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles.
Offertoire
Vous conserverez le souvenir de ce jour, alléluia ; et vous le célébrerez par une fête solennelle en l’honneur du Seigneur ; vous le célébrerez de génération en génération ; c’est une institution perpétuelle, alléluia, alléluia, alléluia
Bréviaire Saint Jérôme
Après sa résurrection, Jésus se fait voir sur une montagne de la Galilée, et il y est adoré, bien que quelques-uns doutent encore, mais leur doute augmente notre foi. C’est alors qu’il montre très manifestement à Thomas et lui présente son côté ouvert par la lance, et ses mains percées par les clous. « Jésus, s’approchant, leur parla, disant : Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. » La puissance a été donnée à celui qui, peu auparavant, était attaché à la croix, déposé dans le sépulcre ; à celui qui reposait mort dans le tombeau, et qui ensuite ressuscita. Et la puissance lui a été donnée dans le ciel et sur la terre, afin que régnant déjà dans le ciel, il régnât aussi sur la terre par la foi de ceux qui croiraient en lui.
« Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Les Apôtres instruisent d’abord toutes les nations, puis lorsqu’elles sont instruites, ils les baptisent dans l’eau. Il ne se peut faire, en effet, que le corps reçoive le sacrement de baptême, si l’âme n’a d’abord embrassé les vérités de la foi. Elles sont baptisées au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, pour rappeler que la grâce du baptême est à la fois le don des trois personnes dont la divinité est une, et dont le nom est un seul Dieu.
« Leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. » Enchaînement remarquable : le Sauveur a ordonné à ses Apôtres d’instruire d’abord toutes les nations, puis de leur donner le baptême qui est le sacrement de la foi, et lorsqu’elles auraient reçu la foi et le baptême, de leur prescrire tout ce qu’il faut observer. Et pour que nous ne regardions pas comme peu importantes et peu nombreuses les choses qui nous sont ordonnées, il a ajouté : « Tout ce que je vous ai commandé. » Ainsi, quels que soient ceux qui auront cru, et auront été baptisés au nom des trois personnes de la sainte Trinité, ils doivent accomplir tous les préceptes. « Et voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation du siècle. » Celui qui promet à ses disciples d’être avec eux jusqu’à la consommation du siècle, leur montre à la fois qu’ils seront toujours victorieux, et que lui-même ne se séparera jamais des fidèles.
Il y a huit jours, nous entourions la croix sur laquelle « l’homme des douleurs » expirait abandonné de son Père, et repoussé comme un faux Messie par le jugement solennel de la Synagogue, et voici que le soleil se lève aujourd’hui pour la sixième fois, depuis que le cri de l’Ange, proclamant la Résurrection de l’adorable victime, s’est fait entendre. L’Épouse qui naguère, le front dans la poussière, tremblait devant cette justice d’un Dieu qui se montre ennemi du péché, jusqu’à « ne pas épargner même son propre Fils », parce que ce Fils divin en portait la ressemblance, a relevé tout à coup la tète pour contempler le triomphe subit et éclatant de son Époux qui la convie lui-même a la joie. Mais s’il est un jour dans cette Octave où elle doive exalter le triomphe d’un tel vainqueur, c’est assurément le Vendredi, où elle avait vu expirer, « rassasié d’opprobres », celui-là même dont la victoire retentit présentement dans le monde entier.
Arrêtons-nous donc aujourd’hui à considérer la Résurrection de notre Sauveur comme l’apogée de sa gloire personnelle, comme l’argument principal sur lequel repose notre foi en sa divinité. Si le Christ n’est pas ressuscité, nous dit l’Apôtre, notre foi est vaine » ; mais parce qu’il est ressuscité, notre foi est assurée. Jésus nous devait donc d’élever sur ce point notre certitude au plus haut degré ; voyez s’il a manqué de le faire ; voyez si, au contraire, il n’a pas porté en nous la conviction de cette vérité capitale jusqu’à la plus souveraine évidence de fait. Pour cela deux choses étaient nécessaires : que sa mort fût la plus réelle, la mieux constatée, et que le témoignage qui atteste sa Résurrection fût le plus irréfragable à notre raison. Le Fils de Dieu n’a manqué à aucune de ces conditions ; il les a remplies avec un divin scrupule : aussi le souvenir du triomphe qu’il a remporté sur la mort ne saurait-il s’effacer de la pensée des hommes ; et de là vient que nous éprouvons encore aujourd’hui, après dix-neuf siècles, quelque chose de ce frisson de terreur et d’admiration que ressentirent les témoins qui eurent à constater ce passage subit de la mort à la vie.
Certes, il était bien réellement devenu la proie de la mort, celui que, vers la dixième heure du jour, Joseph d’Arimathie et Nicodème descendaient de la croix, et dont ils déposaient les membres roidis et sanglants entre les bras de la plus désolée des mères. L’affreuse agonie de la veille, lorsqu’il luttait avec les répugnances de son humanité, à la vue du calice qu’il était appelé à épuiser ; le brisement qu’avait éprouvé son cœur par suite de la trahison de l’un des siens et de l’abandon des autres ; les outrages et les violences dont il fut assailli durant de longues heures ; l’effroyable flagellation que Pilate lui fit subir, dans le but d’apitoyer un peuple altéré de meurtre ; la croix, avec ses clous ouvrant quatre sources d’où le sang s’échappait à grands flots ; les angoisses du cœur de l’agonisant, à la vue de sa mère éplorée à ses pieds ; une soif ardente qui consumait rapidement les dernières ressources de la vie ; enfin le coup de lance traversant la poitrine, et allant atteindre le cœur et faire sortir de son enveloppe les dernières gouttes de sang et d’eau : tels furent les titres de la mort pour revendiquer une si noble victime. C’est afin de vous glorifier, ô Christ, que nous les rappelons aujourd’hui : pardonnez à ceux pour lesquels vous avez daigné mourir, de n’oublier aucune des circonstances d’une mort si chère. Ne sont-elles pas aujourd’hui les plus solides assises du monument de votre résurrection ?
Il avait donc véritablement conquis la mort, ce vainqueur d’une nouvelle espèce qui s’était montré à la terre. Un fait surtout restait acquis à son histoire : c’est que sa carrière, passée tout entière dans une obscure contrée, s’était terminée par un trépas violent, au milieu des acclamations de ses indignes concitoyens. Pilate adressa à Tibère les actes du jugement et du supplice du prétendu Roi des Juifs ; et dès ce moment l’injure fut toute prête pour les sectateurs de Jésus. Les philosophes, les beaux esprits, les esclaves de la chair et du monde, se les montreront du doigt, en disant : « Voila ces gens étranges qui adorent un Dieu mort sur une croix ». Mais si pourtant ce Dieu mort s’est ressuscité, que devient sa mort, sinon la base inébranlable sur laquelle s’appuie l’évidence de sa divinité ? Il était mort et il s’est ressuscité ; il avait annoncé qu’il mourrait et qu’il ressusciterait ; quel autre qu’un Dieu peut tenir entre ses mains « les clefs de la mort et du tombeau »?
Or il est ainsi. Jésus mort est sorti vivant du tombeau. Comment le savons-nous ? — Par le témoignage de ses Apôtres, qui L’ont vu vivant après sa mort, auxquels il s’est donné à toucher, avec Lesquels il a conversé durant quarante jours. Mais ces Apôtres, devons-nous les en croire ? — Et qui pourrait douter du témoignage le plus sincère que le monde entendit jamais ? Car quel intérêt auraient ces hommes à publier la gloire du maître auquel ils s’étaient donnés, et qui leur avait promis qu’après sa mort il ressusciterait, s’ils savaient qu’après avoir péri dans un supplice ignominieux pour eux aussi bien que pour lui, il n’a pas rempli sa promesse ? Que les princes des Juifs, pour décrier le témoignage de ces hommes, soudoient les gardes du tombeau, afin de leur faire dire que, pendant qu’ils dormaient, ces pauvres disciples que la frayeur avait dispersés, sont venus durant la nuit enlever le corps ; on est en droit de leur répondre par cet éloquent sarcasme de saint Augustin : « Ainsi donc les témoins que vous produisez sont des témoins qui dormaient ! Mais n’est-ce pas vous-mêmes qui dormez, quand vous vous épuisez à chercher une telle défaite ? » Mais où les Apôtres auraient-ils pris le motif de prêcher une résurrection qu’ils auraient su n’être pas arrivée ? « A leurs yeux, remarque saint Jean Chrysostome, leur maître ne doit plus être qu’un faux prophète et un imposteur ; et ils iront défendre sa mémoire contre une nation tout entière ! Ils se dévoueront à tous les mauvais traitements pour un homme qui les aurait trompés ! Serait-ce dans l’espérance des promesses qu’il leur avait faites ? Mais s’ils savent qu’il n’a pas rempli sa promesse de ressusciter, quel fond peuvent-ils faire sur les autres? » Non, il faut nier la nature humaine, ou reconnaître que le témoignage des Apôtres est un témoignage sincère.
Ajoutons maintenant que ce témoignage fut le plus indépendant de tous : car il ne procurait d’autres avantages aux témoins que les supplices et la mort ; qu’il révélait dans ceux qui l’émettaient une assistance divine : car il faisait voir en eux, si timides la veille, une fermeté que rien ne fit jamais faiblir, et dans des hommes du peuple une assurance humainement inexplicable, et qui les accompagna jusqu’au sein des capitales les plus civilisées, où ils firent de nombreuses conquêtes. Disons encore que les prodiges les plus frappants venaient confirmer leur témoignage, et réunir autour d’eux dans la foi de la Résurrection de leur maître des multitudes de toute langue et de toute nation ; qu’enfin, lorsqu’ils disparurent de la terre, après avoir scellé de leur sang le grand fait dont ils étaient dépositaires, ils avaient répandu dans toutes les régions du monde, et bien au-delà des frontières de l’Empire romain, la semence de leur doctrine, qui germa promptement et produisit une moisson dont la terre entière se vit bientôt couverte. Tout ceci n’engendre-t-il pas la plus ferme de toutes les certitudes sur le fait étonnant dont ces hommes étaient porteurs ? Les récuser, ne serait-ce pas récuser en même temps les lois de la raison ? O Christ ! Votre résurrection est certaine comme votre mort ; la vérité a pu seule faire parler vos Apôtres ; seule elle peut expliquer le succès de leur prédication.
Mais le témoignage des Apôtres a cessé ; et un autre témoignage non moins imposant, celui de l’Église, est venu continuer le premier, et il proclame avec non moins d’autorité que Jésus n’est plus parmi les morts. L’Église attestant la résurrection de Jésus, c’est la voix de toutes ces centaines de millions d’hommes qui, chaque année depuis dix-huit siècles, ont fêté la Pâque. En face de ces milliards de témoignages de foi, y a-t-il place pour le doute ? Qui ne se sent écrasé sous le poids de cette acclamation qui n’a pas fait défaut une seule année, depuis que la parole des Apôtres est venue l’ouvrir ? Et dans cette acclamation, il est juste de distinguer la voix de tant de milliers d’hommes doctes et profonds qui ont aimé à sonder toute vérité, et n’ont donne leur adhésion à la foi qu’après avoir tout pesé dans leur raison ; de tant de millions d’autres qui n’ont accepté le joug d’une croyance si peu favorable aux passions humaines, que parce qu’ils ont vu clairement que nulle sécurité après cette vie n’était possible en dehors des devoirs qu’elle impose ; enfin, de tant de millions d’autres qui ont soutenu et protégé la société humaine par leurs vertus, et qui ont été la gloire de notre race, uniquement parce qu’ils ont fait profession de croire au Dieu mort et ressuscité pour les hommes.
Ainsi s’enchaîne d’une façon sublime l’incessant témoignage de l’Église, c’est-à-dire de la portion la plus éclairée et la plus morale de l’humanité, à celui des premiers témoins que le Christ daigna se choisir lui-même : en sorte que ces deux témoignages n’en font qu’un seul. Les Apôtres attestèrent ce qu’ils avaient vu ; nous, nous attestons, et nous attesterons jusqu’à la dernière génération, ce que les Apôtres ont prêché. Les Apôtres s’assurèrent par eux-mêmes du fait qu’ils avaient à annoncer ; nous nous assurons de la véracité de leur parole. Après expérience, ils crurent ; et après expérience, nous aussi nous croyons. Ils ont été assez heureux pour voir, dès ce monde, le Verbe de vie, pour l’entendre, pour le toucher de leurs mains ; nous, nous voyons et nous entendons l’Église qu’ils avaient établie en tous lieux, mais qui ne faisait encore que sortir du berceau, lorsqu’ils furent enlevés de la terre. L’Église est le complément du Christ, qui l’avait annoncée aux Apôtres comme devant couvrir le monde, bien que sortie du faible grain de sénevé. Sur ce sujet, saint Augustin, dans un de ses Sermons sur la Pâque, dit ces admirables paroles : « Nous ne voyons pas encore le Christ ; mais nous voyons l’Église ; croyons donc au Christ. Les Apôtres, au contraire, virent le Christ ; mais ils ne voyaient l’Église que par la foi. L’une des deux choses leur était montrée, et l’autre était l’objet de leur croyance ; il en est de même pour nous. Croyons au Christ que nous ne voyons pas encore ; et en nous tenant attachés à l’Église que nous voyons, nous arriverons à celui dont la vue ne nous est que différée. »
Ayant donc, ô Christ, par une si magnifique attestation, la certitude de votre Résurrection glorieuse, comme nous avons celle de votre mort sur l’arbre de la croix, nous confessons que vous êtes le grand Dieu, l’auteur et le souverain Seigneur de toutes choses. Votre mort vous a abaissé, et votre résurrection vous a élevé ; et c’est vous-même qui avez été l’auteur de votre abaissement et de votre élévation. Vous aviez dit devant vos ennemis : « Personne ne m’ôte la vie ; c’est moi-même qui la dépose ; j’ai le pouvoir de la quitter, et j’ai aussi celui de la reprendre » ; un Dieu pouvait seul réaliser cette parole : vous l’avez accomplie dans toute son étendue ; en confessant votre Résurrection, nous confessons donc votre Divinité : rendez digne de vous l’humble et heureux hommage de notre foi.
A propos du Linceul de Turin une demande pressante à François
A.-A. Upinsky
Directeur du Symposium Scientifique International de Rome
S.S. le Pape François
Cité du Vatican
V00120
Paris, ce 29 mars 2015, dimanche des Rameaux
Votre Sainteté,
A l’heure du Massacre des Chrétiens d’Orient, de la revendication du « droit au blasphème », de la croisade pour la défense de la « Liberté d’expression » et de la nouvelle ostension du Linceul de Turin, du 19 avril au 24 juin 2015, le moment n’est-il pas venu d’en finir avec cette Censure sans fin qui prive cette pièce archéologique la mieux mesurée au monde de la Reconnaissance officielle de son authenticité « religieuse » par l’Église, alors même que la Reconnaissance de son authenticité « scientifique » est déjà acquise, depuis sa proclamation officielle par le Symposium Scientifique International de Rome en 1993 ?
Vrai ou faux, relique ou icône, objet de science, de foi ou de spéculations hasardeuses ? L’intolérable ambiguïté demeure, perfidement distillée au goutte-à-goutte dans les média depuis 1988. Elle doit cesser ! Lors de votre prochain face-à-face avec le Saint Suaire, le 21 juin prochain à Turin, que répondrez-vous, vous-même « en Vérité » à l’ultime question qu’il vous posera : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » A la réponse courageuse à cette question, se trouve suspendu le défi à la « Liberté d’expression » le plus décisif pour l’avenir scientifique, politique et religieux, de l’Humanité : son rapport nécessaire à cette Vérité dont l’« Homme du Linceul » s’est justement fait le Verbe incarné ! Mais le Linceul étant d’abord un objet scientifique (sans laquelle nul ne saurait conclure sur ce qu’il est, ce qu’il signifie, ce à quoi doit servir), encore faut-il pour que vous puissiez trancher le nœud d’infamie de cette ambiguïté, que vous disposiez des raisons scientifiques comminatoires qui obligent votre Sainteté, qui font que vous ne puissiez plus jamais dire : « Je ne savais pas » !
C’est donc en qualité de Directeur du Symposium de Rome, qu’au nom de la Science ayant permis d’établir l’authenticité certaine du Linceul, je dois aujourd’hui m’adresser à Votre Sainteté pour lui demander de bien vouloir engager, pour le 21 juin, le processus de Reconnaissance officielle par l’Église de l’authenticité du Linceul de Turin, attendu du monde entier. Lors de son homélie du 24 mai 1998, déclarant que « Le Suaire est provocation à l’intelligence », le pape Jean-Paul II avait « confié aux hommes de science la tâche de continuer à trouver des réponses appropriées aux problèmes [Datation au C14] liés à ce Linceul qui, selon la tradition, aurait enveloppé le corps de notre Rédempteur lorsqu’il fut déposé de la croix ». Or, après la confirmation intrinsèque de l’erreur de datation au C14 du Linceul, de 1988, déjà acquise au Symposium de Rome et médiatisée lors de l’ostension de 2010, il ne reste plus la moindre raison de différer la Reconnaissance officielle de l’authenticité du Linceul par l’Église, qui consiste tout simplement à revenir au statu quo ante de véritable Relique de la Passion et de la Résurrection d’avant 1988, puisque l’authenticité du Linceul fut officiellement reconnue par l’Église, d’une manière ininterrompue de 1473 à 1988, date de son interruption depuis 27 ans !
En Vérité, l’Église n’a donc plus le choix ! Sauf à vouloir persister dans l’erreur, pour respecter le verdict de la Science ainsi que l’engagement de Jean-Paul II, elle se trouve déjà dans l’impérieuse obligation d’acter, à son tour, la Reconnaissance officielle de l’authenticité du Linceul.
Mais il y a plus grave concernant Votre Sainteté : l’ouverture de l’ostension et votre prochain face-à-face du 21 juin, avec le Saint Suaire, font de cette obligation d’authentification une urgence absolue, pour d’impérieuses raisons s’imposant plus que tout à la chaire de Vérité de Pierre : la plus intéressée à faire sortir le Linceul de l’intolérable situation d’ambiguïté dans laquelle l’a plongé la brutale dégradation du Linceul, du statut de « Relique » véritable au rang d’« icône » factice, par le custode pontifical du Linceul, Anastasio Ballestrero, le 13 octobre 1988, à la suite de la datation au C14. Sauf à vous exposer à paraître le complice de cette tromperie, comment pourriez-vous affronter sereinement votre face-à-face du 21 juin, avec le visage du « Divin Rédempteur » (1) en tolérant qu’il puisse être indifféremment vu, « au choix » :
par les uns, comme celui du Christ de la Passion et de la Résurrection ;
par certains, comme celui du plus grand faux de tous les temps ;
par d’autres enfin, comme celui d’un homme assassiné par des chrétiens ayant cherché à forger le simulacre d’une fausse pièce à conviction de la Résurrection (2) !
Sauf à accepter de passer pour indifférent à la Vérité elle-même, enfin, comment pourriez-vous tolérer plus longtemps la persistance du statut officiel de faux caractérisé (sans le mot !) attaché au Linceul par l’Église depuis 1988 et que son Custode, le cardinal Giovanni Saldarini, à l’ouverture de l’ostension du centenaire scientifique, le 18 avril 1998, a tenu à proclamer avec force devant la presse internationale en ces termes excluant tout doute : « C’est une icône, ce n’est pas une relique ! »
En conséquence, dans votre face-à-face du 21 juin, comment allez-vous nommer le vrai-faux Linceul ? Relique ou icône, image, miroir… Allez-vous le vénérer ou l’adorer ? Comment Votre Sainteté pourrait-elle ne pas être saisie d’effroi par les trois raisons comminatoires lui imposant de mettre un terme à cette insupportable ambiguïté pour l’Intelligence :
1) Concernant l’ostension, si le statut officiel de faux n’est pas rectifié et inversé, inviter à y participer revient à dire aux fidèles : « Venez voir mon faux Suaire ! » ;
2) Concernant votre homélie du 21 juin, pouvez-vous véritablement cacher aux fidèles le « statut liturgique » d’authenticité du Linceul actuellement en vigueur (3) ? Pouvez-vous raisonnablement leur laisser ignorer l’authentification de 1473 par le pape Sixte IV déclarant que « sur le linceul » se voient « Le vrai sang et l’image de Jésus-Christ Lui-même » ? Pouvez-vous décemment ne pas nourrir leur enthousiasme de certitude en leur rappelant la magnificence des termes sans équivoque de la bulle du pape Jules II, du 26 avril 1506, d’instauration de la fête du Saint Suaire fondée sur son authenticité certaine, conjuguant science et théologie, avec sa formule solennelle : « en considération du divin Sang dont il est teint »… « nous force obligatoire à vénérer et adorer (4) le Saint Suaire sur lequel… sont bien visibles les traces de l’humanité du Christ avec la divinité qui se sont unis avec lui » ;
3) Concernant votre face-à-face du 21 juin, enfin, la formule d’instauration de la messe du Saint Suaire vous fait obligation d’adorer le Saint Suaire, en raison de la présence du « divin sang » (et donc non pas seulement de le vénérer comme vous l’avez annoncé par voie de presse).
Faute d’authentification, vous êtes donc devant un double « empêchement » : si le Linceul est un faux (situation officielle depuis 1988), vous ne pouvez le vénérer ; s’il est authentique, vous devez l’adorer ! Telles sont les raisons comminatoires vous imposant de trancher le nœud d’infamie persistant du Linceul (interdisant tout face-à-face décent du « Vicaire » de l’« Homme du Linceul » avec son « Saint Suaire », tant que la duplicité de son statut trompeur ne sera pas aboli) en l’authentifiant pour le 21 juin 2015.
Devant de telles monstruosités contradictoires – scientifiques, sémantiques et religieuses –, comment mieux vous convaincre que l’actuel statut de duplicité appliqué au Linceul ne saurait s’accorder avec la Vérité incarnée de l’Homme du Linceul ? a fortiori de la part de son Vicaire qu’elles condamnent au négatif de l’impasse et du déshonneur. A l’inverse, en positif, comment concevoir que son Vicaire puisse ne pas brûler d’enthousiasme de faire au plus vite toute la Vérité :
1) Sur l’objet de Science qu’est son Linceul ; sur le fait qu’il constitue le film témoin du moment singulier à l’origine de notre ère, recélant la Preuve des Preuves scientifique (5) du fait fondateur du christianisme : la « dématérialisation » d’un cadavre (cf. « résurrection » des Évangiles) datant le Linceul par l’évènement unique dans l’histoire à l’origine de notre calendrier ;
2) Sur l’objet de foi qui en résulte en raison de la nature « prophétique » du Message encrypté, d’une actualité brûlante, qu’il recèle, scellé dans la trame de son lin depuis 2000 ans : le « Signe de Jonas » ? A cet égard, est-il possible d’ignorer que ce Linceul de Turin est précisément celui du premier acte de foi des chrétiens, celui devant lequel en effet l’apôtre Jean « Vit et il crut ! », les linges affaissés lui révélant la signification prophétique du « Signe de Jonas » évoqué par Jésus de Nazareth pour annoncer sa future résurrection à ses disciples : « Vous n’aurez qu’un seul signe, le signe de Jonas ! » Signe comminatoire auquel répondra l’apostrophe de l’apôtre Paul : « Si le Christ n’est ressuscité, votre foi est vaine ! » Ce qui fait du Linceul de Turin, du Message de son empreinte-image, une partie intégrante de la Révélation lui conférant son statut indéniable d’« objet de foi » pour notre temps ;
3) Sur le rôle historique que lui assigne sa vocation manifeste dans le cadre de l’« économie de la Révélation » ; sur sa destination à porter remède à l’« apostasie générale », à réveiller l’instinct de survie de la Chrétienté ; sur sa prédestination symbolique à représenter le retour figuré de « l’Homme du Linceul », préfigurant son deuxième avènement glorieux de la Parousie, frappée aux portails royaux des cathédrales. Comment ne pas voir dans la structure d’inversion logique de positif-négatif du Linceul, la figure emblématique d’un monde déboussolé où, pour retrouver la Vérité, il faut inverser les choses ! Comment ne pas voir enfin que cet objet le plus chargé de sens de tous les temps – dans ses trois dimensions scientifiques, sémantiques et religieuses – représente la « figure géopolitique » clef – victorieuse d’Intelligence – de la problématique d’un XXIème siècle, en pleine « guerre de Civilisation », qui selon la célèbre formule attribuée à André Malraux « sera religieux ou ne sera pas » !
En conclusion, d’un côté, la Science et les « hommes de science » ont relevé le suprême défi à l’Intelligence auquel le pape Jean-Paul II en a appelé, en proclamant la Reconnaissance officielle de l’authenticité du Linceul à Rome, en 1993, saluée par la presse unanime à la Une « La science s’était trompé, l’Église s’était trompé, le Linceul est authentique » ! Plus aucun des arguments que m’avaient fait valoir tant le pape Jean-Paul II, à Rome, que le Nonce apostolique du Saint Siège à Paris, ne persistent, et la fausseté de la datation au C14 de 1988 est désormais incontestablement établie depuis 2010.
Mais en revanche, de son côté, l’Église n’a toujours pas rempli ses obligations de répondre positivement au défi à l’Intelligence qu’elle a lancé, en respectant le verdict d’authenticité établi par la Science, pour en revenir ainsi à la Reconnaissance de l’authenticité qu’elle avait établi en 1473 (Sixte IV) et scellée dans son Instauration de la Messe du Saint Suaire, et sa liturgie en 1506 (Jules II). Et, concernant les temps modernes, qu’on ne nous dise plus que l’Église ne saurait, de principe, mettre en œuvre ses moyens propres dans la quête scientifique ! C’est le Président Nicola Cabibbo, lui-même, en tant que Président de l’Académie Pontificale des Sciences, qui a tenu à m’écrire personnellement l’engagement que celle-ci avait pris lors de la datation C14, sans oublier l’implication scientifique et technique permanente qu’elle doit bien prendre en ce qui concerne la conservation du Linceul. C’est d’ailleurs bien le Saint Siège qui a engagé la funeste datation au C14 et le Cardinal Ballestrero qui a annoncé son résultat erroné. C’est donc bien à lui qu’il incombe en retour de réparer sa faute. Tout scientifique comprend immédiatement que tout frein à l’urgente nécessité de Reconnaissance de l’authenticité du Linceul, par l’Église, ne saurait désormais s’expliquer – en l’absence de toute trace d’imperfection capable de le « confondre » comme l’a reconnu, lui-même, le British Museum dans sa définition 117 – que par une raison « religieuse ». Que par le manque de courage d’affronter l’exigence de Vérité inhérent à son Message « acheiropoïètos » : la Preuve des Preuves « non faite de main d’homme » de l’authenticité du fait fondateur « unique » de notre ère, valant authenticité exclusive de la religion chrétienne, elle-même, la plaçant de facto, de par la « Révélation » de Saint Suaire témoin scientifique « sans pareil » au-dessus de toute religion, en position de suprématie absolue rappelant le « Je suis la voie, la vérité et la vie », le « est est, non non », le « Hors de l’Église pas de salut », plaçant le suprême défi de l’« Intelligence religieuse » sur le même plan que celui de l’« Intelligence scientifique », de par l’exigence même de Vérité du « tiers exclus » de la logique du Verbe ![L’intelligence de la foi est, au-dessus, de l’intelligence scientifique, car fondée sur la Vérité divine elle-même, mais elles ne peuvent pas être en opposition] Mais un tel manque de courage est-il compatible avec la chaire de Vérité de Pierre ? Comment sans se renier, dans ce qui est l’essence même de sa mission, le Saint-Siège pourrait-il censurer la suprême Vérité, là où les premiers papes et les chrétiens ont toujours poussé leur « liberté d’expression » de la Vérité jusqu’au martyre ?
Pour Votre Sainteté, c’est désormais l’heure de Vérité du 21 juin 2015 ! Vous êtes devant la nécessité de trancher le nœud d’infamie de l’équivoque à rompre pour réhabiliter le Linceul de Turin.
Celui qui a dit « Je ne serai pas confondu ! » (6) de faire perdurer la tromperie ou de proclamer le triomphe de Pâques en inversant la fausse définition du « C’est une icône, ce n’est pas une relique » en « Ce n’est pas une icône, c’est l’authentique Relique la plus insigne de la Chrétienté, de la Passion et de la Résurrection ! » En cela faut-il tant de courage puisqu’il ne s’agit que d’en revenir à la situation qui a toujours prévalu, accordant science et tradition apostolique, comme en témoignent notamment les déclarations suivantes :
— scientifique de Pie XI, du 5 septembre 1936, après cinq ans d’études du Linceul : « Ce sont des images de son Divin Fils. Elles viennent précisément de cet objet encore mystérieux (mais certainement non fait de main d’homme, ceci on peut le dire déjà démontré), qu’est le Saint Linceul de Turin. Nous avons dit mystérieux, parce que beaucoup de mystère entoure encore cette chose sacrée ; mais certainement c’est une chose sacrée comme peut-être nulle autre ; et assurément on peut désormais dire la chose avérée de la façon la plus positive, même en faisant abstraction de toute idée de foi et de piété chrétienne, ce n’est certainement pas une œuvre humaine » (7) ;
— religieuse de Jean-Paul II en 1980 : c’est « La Relique la plus splendide de la Passion et de la Résurrection ».
Si, dans la perspective de votre futur « face à face » du 21 juin avec le Saint Suaire des chrétiens, le Linceul des scientifiques, j’ai tenu à vous rappeler toutes ces raisons comminatoire de satisfaire à l’exigence de Vérité, pleine et entière, qui vous incombe en tant que Vicaire de l’« Homme du Linceul », c’est pour ne plus laisser la moindre chance au maintien de la duplicité actuelle bloquant la Reconnaissance de l’Authenticité du Linceul ; c’est pour que vous ne puissiez plus jamais dire « Je ne savais pas ! » ; pour vous éviter, à 2000 ans d’écart, de renouveler le reniement de Pierre contraint par manque de courage, en face à face, de dire : « Je ne connais pas cet homme » !
Que vous procédiez à l’annonce de l’authentification du Linceul, comme exigence de Vérité par l’Église, pour le 21 juin 2015, tel est aujourd’hui la demande de la communauté scientifique internationale engagée dans les recherches, en reconnaissance de ses travaux sans pareil, et du monde entier.
Dans cette entreprise consistant à répondre au suprême « défi à l’Intelligence » lancé par Jean Paul II, auquel vous ne pouvez pas ne pas répondre, la Communauté Scientifique ne peut que vous rappeler sa célèbre apostrophe : « N’ayez-pas peur ! »
Recevez, Votre Sainteté, l’assurance de mes sentiments les plus respectueux.
Arnaud-Aaron Upinsky,
Directeur du Symposium Scientifique International de Rome
Jeudi de Pâques
Collecte
Dieu, qui avez réuni la diversité des nations dans la confession de votre nom : faites que, pour ceux qui ont eu la grâce de renaître dans la fontaine baptismale, la foi de l’esprit et la piété des œuvres soient une même chose.
Lecture
En ce temps-là, un Ange du Seigneur parla à Philippe, et lui dit : Lève-toi et va vers le midi, sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; cette route est déserte. Et se levant, il partit. Et voici qu’un Éthiopien, eunuque, officier de Candace, reine d’Ethiopie, et intendant de tous ses trésors, était venu adorer à Jérusalem. Il s’en retournait, assis sur son char, et lisait le prophète Isaïe. Alors l’Esprit dit à Philippe : Approche-toi et rejoins ce char. Et Philippe, accourant, l’entendit lire le prophète Isaïe, et lui dit : Crois-tu comprendre ce que tu lis ?
Il répondit : Et comment le pourrais-je, si quelqu’un ne me dirige ? Et il pria Philippe de monter et de s’asseoir auprès de lui. Or le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci : Comme une brebis il a été mené à la boucherie, et comme un agneau muet devant celui qui le tond, il n’a point ouvert la bouche. Dans son abaissement son jugement a été aboli. Qui racontera sa génération, car sa vie sera retranchée de la terre ? L’eunuque, répondant à Philippe, lui dit : Je t’en prie, de qui le prophète dit-il cela ? de lui-même ou de quelque autre ?
Alors Philippe, ouvrant la bouche et commençant par ce passage de l’Écriture, lui annonça Jésus.
Et chemin faisant, ils rencontrèrent de l’eau ; et l’eunuque dit : Voici de l’eau ; qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ?
Philippe dit : Si tu crois de tout ton cœur, cela est possible.
Il répondit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Il fit arrêter le char, et ils descendirent tous deux dans l’eau, et Philippe baptisa l’eunuque. Lorsqu’ils furent remontés hors de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus ; mais il continua son chemin, plein de joie.
Quant à Philippe, il se trouva dans Azot, et il annonçait la bonne nouvelle au nom de Jésus-Christ à toutes les villes par où il passait, (jusqu’à ce qu’il fût arrivé à Césarée).
Evangile
En ce temps-là : Marie se tenait dehors, près du sépulcre, pleurant. Et tout en pleurant elle se baissa, et regarda dans le sépulcre. Et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête, et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait été déposé le corps du Christ. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ?
Elle leur dit : Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur, et que je ne sais où ils l’ont mis. Ayant dit cela, elle se retourna, et vit Jésus debout ; mais elle ne savait pas que ce fut Jésus.
Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? qui cherches-tu ?
Pensant que c’était le jardinier, elle lui dit ; Seigneur, si c’est toi qui l’as enlevé, dis-moi où tu l’as mis, et je l’emporterai.
Jésus lui dit : Marie !
Elle se retourna, et lui dit : Rabboni (c’est-à-dire, Maître) !
Jésus lui dit : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
Marie-Madeleine vint annoncer aux disciples : J’ai vu te Seigneur, et voici ce qu’il m’a dit.
Bréviaire Saint grégoire
Marie-Madeleine qui avait été « connue dans la ville pour une pécheresse » a lavé de ses larmes les taches de ses iniquités en aimant la vérité, et elle est accomplie, cette parole de la Vérité, disant : « Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé ». Madeleine, qui auparavant était demeurée dans la froideur en péchant, brûlait dans la suite d’une véhémente ardeur en aimant. Quand elle vint au sépulcre et n’y trouva point le corps du Seigneur, elle crut qu’il avait été enlevé, et l’annonça aux disciples. Ceux-ci vinrent, regardèrent, et pensèrent qu’il en était comme cette femme l’avait dit. C’est d’eux qu’il est écrit immédiatement après : « Les disciples donc s’en retournèrent chez eux. » Et aussitôt l’Évangile ajoute : « Mais Marie se tenait dehors, près du sépulcre, pleurant. »
Il faut considérer à ce sujet avec quelle force l’amour divin s’était allumé dans l’âme de cette femme, qui ne quittait point le sépulcre du Seigneur bien que les disciples se retirassent. Elle cherchait avec soin celui qu’elle n’avait pas trouvé, elle pleurait en le cherchant, et, embrasée du feu de son amour, elle brûlait du désir de retrouver celui qu’elle croyait enlevé. Aussi arriva-t-il que Madeleine seule le vit alors, elle qui était restée pour le chercher ; car, ce qui donne de l’efficacité aux bonnes œuvres, c’est la persévérance, et la Vérité a dit. « Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé »
« Or, tout en pleurant, Marie se pencha, et regarda dans le sépulcre. » Elle avait déjà vu le sépulcre vide, et déjà elle avait annoncé que le corps du Seigneur était enlevé ; pourquoi s’incline-t-elle de nouveau, et désire-t-elle voir encore ? C’est qu’il ne suffit pas à celui qui aime d’avoir regardé une seule fois, car la force de l’amour multiplie les soins et l’attention de la recherche. Elle le chercha donc d’abord et ne le trouva pas ; elle persévéra à le chercher, et c’est ainsi qu’elle obtint de le trouver. Il arriva que ses désirs augmentèrent d’autant plus que leur réalisation fut différée, et que, dans leur accroissement, ils purent jouir du bien qu’ils avaient obtenu.
La mort nous attend ; elle est prête à nous saisir ; nous ne fuirons pas sa faux meurtrière. « La mort est la solde du péché, » dit le livre sacré ; avec cette explication, tout est compris : et la nécessité de la mort, et son universalité. La loi n’en est pas moins dure ; et nous ne pouvons nous empêcher de voir un effrayant désordre dans cette rupture violente du lien qui unissait ensemble, dans une vie commune, ce corps et cette âme que Dieu avait lui-même unis. Si nous voulons comprendre la mort telle qu’elle est, souvenons-nous que Dieu créa l’homme immortel ; nous nous rendrons raison alors de l’invincible horreur que la destruction inspire à l’homme, horreur qui ne peut être surmontée que par un sentiment supérieur à tout égoïsme, par le sentiment du sacrifice. Il y a dans la mort de chaque homme un monument honteux du péché, un trophée pour l’ennemi du genre humain ; et pour Dieu même il y aurait humiliation, si sa justice n’y paraissait, et ne rétablissait ainsi l’équilibre.
Quel sera donc le désir de l’homme, sous la dure nécessité qui l’opprime ? Aspirer à ne pas mourir ? Ce serait folie. La sentence est formelle, et nul n’y échappera. Se flatter de l’espoir qu’un jour ce corps, qui devient d’abord un cadavre, et qui ensuite se dissout jusqu’à ne plus laisser la moindre trace visible de lui-même, pourrait revivre et se sentir uni de nouveau à l’âme, pour laquelle il avait été créé ? Mais qui opérera cette réunion impossible d’une substance immortelle avec une autre substance qui lui fut unie un jour, et qui depuis semble être retournée aux éléments desquels elle avait été empruntée ? O homme ! Il en est pourtant ainsi. Tu ressusciteras ; ce corps oublié, dissous, anéanti en apparence, revivra et te sera rendu. Que dis-je ? Aujourd’hui même il sort du tombeau, en la personne de l’Homme-Dieu ; notre résurrection future s’accomplit dès aujourd’hui dans la sienne ; il devient aujourd’hui aussi certain que nous ressusciterons qu’il est assuré que nous mourrons ; et c’est là encore la Pâque. Dieu, dans son courroux salutaire, cacha d’abord à l’homme cette merveille de son pouvoir et de sa bonté. Sa parole fut dure à Adam : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre de laquelle tu as été tiré ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière ». Pas un mot, pas une allusion qui donne au coupable la plus légère espérance au sujet de cette portion de lui-même vouée ainsi à la destruction, à la honte du sépulcre, il fallait humilier l’ingrat orgueil qui avait voulu s’élever jusqu’à Dieu. Plus tard, le grand mystère fut manifesté, quoique avec mesure ; et il y a quatre mille ans, un homme dont le corps, dévoré d’affreux ulcères, tombait par lambeaux, pouvait dire déjà : « Je sais que j’ai un Rédempteur qui est vivant, et qu’au dernier jour je me lèverai de terre ; que mes membres seront de nouveau recouverts de ma peau, et que je verrai Dieu dans ma chair. Cette espérance repose dans mon cœur ».
Mais pour que l’attente de Job se réalisât, il fallait que ce Rédempteur, en qui il espérait, parût sur la terre, qu’il vint attaquer la mort, lutter corps à corps avec elle, qu’il la terrassât enfin. Il est venu au temps marqué, non pour faire que nous ne mourions pas : l’arrêt est trop formel ; mais pour mourir lui-même, et ôter ainsi à la mort tout ce qu’elle avait de dur et d’humiliant Semblable à ces médecins généreux que l’on a vus s’inoculer à eux-mêmes le virus de la contagion, il a commencé, selon l’énergique expression de saint Pierre, par « absorber la mort ». Mais la joie de cette ennemie de l’homme a été courte ; car il est ressuscité pour ne plus mourir, et il a acquis en ce jour le même droit à nous tous.
De ce moment, nous avons dû considérer le tombeau sous un nouvel aspect. La terre nous recevra, mais pour nous rendre, comme elle rend l’épi, après avoir reçu le grain de blé. Les éléments, au jour marqué, seront contraints, par la puissance qui les tira du néant, de restituer ces atomes qu’ils n’avaient reçus qu’en dépôt ; et au son de la trompette de l’Archange, le genre humain tout entier se lèvera de terre, et proclamera la dernière victoire sur la mort. Pour les justes ce sera la Pâque : mais une Pâque qui ne sera que la suite de celle d’aujourd’hui.
Avec quel ineffable bonheur nous retrouverons cet ancien compagnon de notre âme, cette partie essentielle de notre être humain, dont, nous aurons été séparés si longtemps ! Depuis des siècles, peut-être, nos âmes étaient ravies dans la vision de Dieu ; mais notre nature d’hommes n’était pas représentée tout entière dans cette béatitude souveraine ; notre félicité, qui doit être aussi la félicité du corps, n’avait pas son complément ; et au sein de cette gloire, de ce bonheur, il restait encore une trace non effacée du châtiment qui frappa la race humaine, dès les premières heures de son séjour sur la terre. Pour récompenser les justes par sa vue béatifique, le grand Dieu a daigné ne pas attendre le moment où leurs corps glorieux seront réunis aux âmes qui les animèrent et les sanctifièrent ; mais le ciel tout entier aspire à cette dernière phase du sublime mystère de la Rédemption de l’homme. Notre Roi, notre Chef divin qui, du haut de son trône, prononce avec majesté ces paroles : « Je suis vivant, et j’ai été mort, » veut que nous les répétions à notre tour dans l’éternité. Marie qui, trois jours après son trépas, reprit sa chair immaculée, désire voir autour d’elle, dans leur chair purifiée par l’épreuve du tombeau, les innombrables fils qui l’appellent leur Mère.
Les saints Anges, dont les élus de la terre doivent renforcer les rangs, se réjouissent dans l’attente du magnifique spectacle qu’offrira la cour céleste, lorsque les corps des hommes glorifiés, comme les fleurs du monde matériel, émailleront de leur éclat la région des esprits. Une de leurs joies est de contempler par avance le corps resplendissant du divin Médiateur qui, dans son humanité, est leur Chef aussi bien que le nôtre ; d’arrêter leurs regards éblouis sur l’incomparable beauté dont resplendissent les traits de Marie qui est aussi leur Reine. Quelle fête complète sera donc pour eux le moment où leurs frères de la terre, dont les âmes bienheureuses jouissent déjà avec eux de la félicité, se revêtiront du manteau de cette chair sanctifiée qui n’arrêtera plus les rayons de l’esprit, et mettra enfin les habitants du ciel en possession de toutes les grandeurs et de toutes les beautés de la création ! Au moment où, dans le sépulcre, Jésus, rejetant les linceuls qui le retenaient, se dressa ressuscité dans toute sa force et sa splendeur, les Anges qui l’assistaient furent saisis d’une muette admiration à la vue de ce corps qui leur était inférieur par sa nature, mais que les splendeurs de la gloire rendaient plus éclatant que ne le sont les plus radieux des Esprits célestes ; avec quelles acclamations fraternelles n’accueilleront-ils pas les membres de ce Chef victorieux se revêtant de nouveau d’une livrée glorieuse à jamais, puisqu’elle est celle d’un Dieu !
L’homme sensuel est indifférent à la gloire et à la félicité du corps dans l’éternité ; le dogme de la résurrection de la chair ne le touche pas. Il s’obstine à ne voir que le présent ; et, dans cette préoccupation grossière, son corps n’est pour lui qu’un jouet dont il faut se hâter de profiter ; car il ne dure pas. Son amour pour cette pauvre chair est sans respect ; voilà pourquoi il ne craint pas de la souiller, en attendant qu’elle aille aux vers, sans avoir reçu d’autre hommage qu’une préférence égoïste et ignoble. Avec cela, l’homme sensuel reproche à l’Église d’être l’ennemie du corps ; à l’Église qui ne cesse d’en proclamer la dignité et les hautes destinées. C’est trop d’audace et d’injustice. Le christianisme nous avertit des dangers que l’âme court de la part du corps ; il nous révèle la dangereuse maladie que la chair a contractée dans la souillure originelle, les moyens que nous devons employer pour faire servir à la justice nos membres qui pourraient se prêter à l’iniquité; mais, loin de chercher à nous déprendre de l’amour de notre corps, il nous le montre destiné à une gloire et à une félicité sans fin. Sur notre lit funèbre, l’Église l’honore par le Sacrement de l’Huile sainte, dont elle marque tous ses sens pour l’immortalité ; elle préside aux adieux que l’âme adresse à ce compagnon de ses combats, jusqu’à la future et éternelle réunion ; elle brûle respectueusement l’encens autour de cette dépouille mortelle devenue sacrée depuis le jour où l’eau du baptême coula sur elle ; et à ceux qui survivent elle adresse avec une douce autorité ces paroles : « Ne soyez pas tristes comme ceux qui n’ont point d’espérance. » Or quelle est notre espérance, sinon celle qui consolait Job : Dans ma propre chair, je verrai Dieu ?
C’est ainsi que notre sainte foi nous révèle l’avenir de notre corps, et favorise, en l’élevant, l’amour d’instinct que l’âme porte à cette portion essentielle de notre être. Elle enchaîne indissolublement le dogme de la Pâque à celui de la résurrection de notre chair ; et l’Apôtre ne fait pas difficulté de nous dire que « si le Christ n’était pas ressuscité, notre foi serait vaine ; de même que si la résurrection de la chair n’avait pas lieu, celle de Jésus-Christ aurait été superflue » ; tant est étroite la liaison de ces deux vérités qui n’en font, pour ainsi dire, qu’une seule. Aussi devons-nous voir un triste signe de l’affaiblissement du véritable sentiment de la foi, dans l’espèce d’oubli où semble tombé, chez un grand nombre de fidèles, le dogme capital de la résurrection de la chair. Ils le croient, assurément, puisque le Symbole le leur impose ; ils n’ont pas même à ce sujet l’ombre d’un doute ; mais l’espérance de Job est rarement l’objet de leurs pensées et de leurs aspirations. Ce qui leur importe pour eux-mêmes et pour les autres, c’est le sort de l’âme après cette vie ; et certes, ils ont grandement raison ; mais le philosophe aussi prêche l’immortalité de l’âme et les récompenses pour le juste dans un monde meilleur. Laissez-le donc répéter la leçon qu’il a apprise de vous, et montrez que vous êtes chrétiens ; confessez hardiment la Résurrection de la chair, comme fit Paul dans l’Aréopage. On vous dira peut-être, ainsi qu’il lui fut dit : « Nous vous entendrons une autre fois sur ce sujet » ; mais que vous importe ? vous aurez rendu hommage à Celui qui a vaincu la mort, non seulement en lui-même, mais en vous ; et vous n’êtes en ce monde que pour rendre témoignage à la vérité révélée, et par vos paroles et par vos œuvres.
Lorsque l’on parcourt les peintures murales des Catacombes de Rome, on est frappé d’y rencontrer partout les symboles de la résurrection des corps ; c’est, avec le Bon Pasteur, le sujet qui se retrouve le plus souvent sur ces fresques de l’église primitive ; tant ce dogme fondamental du christianisme occupait profondément les esprits, à l’époque où l’on ne pouvait se présenter au baptême sans avoir rompu violemment avec le sensualisme. Le martyre était le sort au moins probable de tous les néophytes ; et quand l’heure de confesser leur foi était arrivée, pendant que leurs membres étaient broyés ou disloqués dans les tortures, on les entendait, ainsi que leurs Actes en font foi à chaque page, proclamer le dogme de la résurrection de la chair comme l’espérance qui soutenait leur courage. Plusieurs d’entre nous ont besoin de s’instruire à cet exemple, afin que leur christianisme soit complet, et s’éloigne toujours davantage de cette philosophie qui prétend se passer de Jésus-Christ, tout en dérobant çà et là quelques lambeaux de ses divins enseignements.
L’âme est plus que le corps ; mais dans l’homme le corps n’est ni un étranger, ni une superfétation passagère. C’est à nous de le conserver avec un souverain respect pour ses hautes destinées ; et si, dans son état présent, nous devons le châtier, afin qu’il ne se perde pas et l’âme avec lui, ce n’est pas dédain, c’est amour. Les martyrs et les saints pénitents ont aimé leur corps plus que ne l’aiment les voluptueux ; en l’immolant, afin de le préserver du mal, ils l’ont sauvé ; en le flattant, les autres l’exposent au plus triste sort. Que l’on y prenne garde : l’alliance du sensualisme avec le naturalisme est facile à conclure. Le sensualisme suppose la destinée de l’homme autre qu’elle n’est, afin de pouvoir le dépraver sans remords ; le naturalisme craint les vues de la foi ; mais c’est par la foi seule que l’homme peut pénétrer son avenir et sa fin. Que le chrétien se tienne donc pour averti ; et si, en ces jours, son cœur ne tressaille pas d’amour et d’espérance à la vue de ce que le Fils de Dieu a fait pour nos corps, en ressuscitant glorieux, qu’il sache que la foi est faible en lui ; et s’il ne veut pas périr, qu’il s’attache désormais avec une entière docilité à la parole de Dieu, qui seule lui révélera ce qu’il est dès à présent, et ce qu’il est appelé à devenir.
Mercredi de Pâques
Collecte
Dieu, qui chaque année, nous réjouissez en la solennité de la résurrection du Seigneur : faites, dans votre bonté ; qu’au moyen de ces fêtes que nous célébrons dans le temps, nous méritions d’arriver aux joies éternelles.
Lecture
En ces jours-là, Pierre prenant la parole, dit : Hommes d’Israël, et vous qui craignez Dieu, écoutez : Le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son fils Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate, quand il jugeait qu’il fallait le relâcher. Mais vous, vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât la grâce d’un meurtrier ; et vous avez fait mourir l’auteur de la vie, que Dieu a ressuscité d’entre les morts ; ce dont nous sommes témoins.
Et maintenant, mes frères, je sais que vous avez agi par ignorance aussi bien que vos chefs. Mais Dieu, qui avait prédit par la bouche de tous les prophètes que son Christ devait souffrir, l’a ainsi accompli.
Faites donc pénitence, et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés.
Evangile
En ce temps-là : Jésus se manifesta de nouveau à ses disciples, près de la mer de Tibériade. Il se manifesta ainsi. Simon Pierre, et Thomas, appelé Didyme, et Nathanaël, qui était de Cana, en Galilée, et les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples, étaient ensemble. Simon-Pierre leur dit : Je vais pêcher. Ils lui dirent : Nous y allons aussi avec toi. Ils sortirent donc, et montèrent dans une barque ; et cette nuit-là, ils ne prirent rien. Le matin étant venu, Jésus parut sur le rivage ; mais les disciples ne reconnurent pas que c’était Jésus. Jésus leur dit donc : Enfants, n’avez-vous rien à manger ?
Ils lui dirent : Non.
Il leur dit : Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez.
Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la multitude des poissons.
Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C’est le Seigneur.
Dès que Simon-Pierre eut entendu que c’était le Seigneur, il se ceignit de sa tunique, car il était nu, et il se jeta à la mer. Les autres disciples vinrent avec la barque, car ils étaient peu éloignés de la terre (environ de deux cents coudées), tirant le filet plein de poissons.
Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent des charbons allumés, et du poisson placé dessus, et du pain. Jésus leur dit : Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre.
Simon-Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet, plein de cent cinquante-trois gros poissons. Et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne fut pas rompu. Jésus leur dit : Venez, mangez.
Et aucun de ceux qui prenaient part au repas n’osait lui demander : Qui êtes-vous ? Car ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus vint, prit le pain, et le leur donna, ainsi que du poisson. C’était la troisième fois que Jésus se manifestait à ses disciples, depuis qu’il était ressuscité d’entre les morts.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Nous entendons encore aujourd’hui la voix du Prince des Apôtres proclamant la résurrection de l’Homme-Dieu. Lorsqu’il prononça ce discours, il était accompagné de saint Jean, et venait d’opérer, à l’une des portes du temple de Jérusalem, son premier miracle, la guérison d’un boiteux. Le peuple s’était attroupé autour des deux disciples ; et c’était la seconde fois que Pierre prenait la parole en public. Le premier discours avait amené trois mille hommes au baptême ; celui-ci en conquit cinq mille. L’Apôtre exerça véritablement dans ces deux occasions la qualité de pêcheur d’hommes que le Sauveur lui assigna tout d’abord, lorsqu’il le vit pour la première fois. Admirons avec quelle charité saint Pierre appelle les Juifs à reconnaître en Jésus le Messie qu’ils attendaient ; ces mêmes Juifs qui l’avaient renié, comme il cherche à les rassurer sur le pardon, en mettant une partie de leur crime sur le compte de leur ignorance ! Ils ont demandé la mort de Jésus faible et abaissé ; qu’ils consentent du moins, aujourd’hui qu’il est glorifié, à le reconnaître pour ce qu’il est, et leur péché sera pardonné. En un mot, qu’ils s’humilient, et ils seront sauvés. Dieu appelait ainsi à lui les hommes droits, les hommes de bonne volonté ; et il continue de le faire de nos jours. Jérusalem en fournit un certain nombre ; mais la plupart repoussèrent l’invitation. Il en est de même en nos temps ; prions, et demandons sans cesse que la pêche soit toujours plus abondante, et le festin de la Pâque toujours plus nombreux.
Le Mercredi de Pâques est célébré à Rome par la bénédiction des Agnus Dei : cérémonie qui est accomplie par le Pape la première année de son pontificat, et ensuite tous les sept ans. Les Agnus Dei sont des disques en cire sur lesquels est empreinte, d’un côté l’image de l’Agneau de Dieu, et de l’autre celle de quelque saint. L’usage de les bénir, à la fête de Pâques, est fort ancien ; on en trouve des traces dans les monuments de la liturgie dès le VIIe siècle ; et lorsque, en 1544, on fit à Rome l’ouverture du tombeau de l’impératrice Marie, femme d’Honorius et fille de Stilicon, morte avant le milieu du Ve siècle, on y trouva un de ces Agnus Dei, semblable à ceux que le Pape bénit encore aujourd’hui.
On a donc eu tort de dire que cette pratique aurait été instituée en mémoire du baptême des néophytes, à l’époque où l’on cessa d’administrer ce sacrement aux fêtes de Pâques. Il parait même démontré que les nouveaux baptisés recevaient de la main du Pape chacun un Agnus Dei, le Samedi de Pâques ; d’où l’on doit conclure, ainsi que du fait d’une de ces empreintes de cire trouvée dans le tombeau de l’impératrice Marie, que l’administration solennelle du baptême et la bénédiction des Agnus Dei sont deux rites qui ont coexisté pendant un certain temps.
La cire qui s’emploie dans la confection des Agnus Dei est celle du cierge pascal de l’année précédente, à laquelle on en ajoute beaucoup d’autre ; autrefois même on y mêlait le saint Chrême. Au moyen âge, le soin de pétrir cette cire et de lui donner les empreintes sacrées était dévolu aux sous-diacres et aux acolytes du palais ; aujourd’hui, il appartient aux religieux de l’Ordre de Cîteaux, qui habitent à Rome le monastère de Saint-Bernard.
La cérémonie a lieu dans le palais pontifical, dans une salle où l’on a préparé un grand bassin rempli d’eau bénite. Le Pape s’approche de ce bassin, et il récite d’abord cette prière :
Seigneur Dieu. Père tout-puissant, créateur des éléments, conservateur du genre humain, auteur de la grâce et du salut éternel, vous qui avez ordonné aux eaux qui sortaient du paradis d’arroser toute la terre ; vous dont le Fils unique a marché à pied sec sur les eaux et reçu le baptême dans leur sein ; lui qui a répandu l’eau mêlée au sang de son très sacré côté, et a commandé à ses disciples de baptiser toutes les nations : soyez-nous propice, et répandez votre bénédiction sur nous qui célébrons toutes ces merveilles ; afin que soient bénis et sanctifiés par vous ces objets que nous allons plonger dans ces eaux, et que l’honneur et la vénération qu’on leur portera méritent à nous, vos serviteurs, la rémission des péchés, le pardon et la grâce, enfin la vie éternelle avec vos saints et vos élus.
Le Pontife, après ces paroles, répand le baume et le saint Chrême sur l’eau du bassin, demandant à Dieu de la consacrer pour l’usage auquel elle doit servir. Il se tourne ensuite vers les corbeilles dans lesquelles sont accumulées les empreintes de cire et prononce cette prière :
O Dieu, auteur de toute sanctification, et dont la bonté nous accompagne toujours ; vous qui, lorsque Abraham, le père de notre foi, se disposait à immoler son fils Isaac pour obéir à votre ordre, avez voulu qu’il consommât le sacrifice par l’offrande d’un bélier que le buisson avait retenu ; vous qui avez commandé par Moïse, votre serviteur, le sacrifice annuel des agneaux sans tache : daignez, à notre prière, bénir ces formes de cire qui portent l’empreinte du très innocent Agneau, et les sanctifier par l’invocation de votre saint Nom ; afin que, par leur contact et par leur vue, les fidèles soient invités à la prière, les orages et les tempêtes éloignés, et les esprits de malice mis en fuite par la vertu de la sainte Croix qui y est marquée, devant laquelle tout genou fléchit, et toute langue confesse que Jésus-Christ, ayant vaincu la mort par le gibet de la croix, est régnant dans la gloire de Dieu le Père. C’est lui qui, ayant été conduit à la mort comme la brebis à la boucherie, vous a offert, à vous son Père, le sacrifice de son corps, afin qu’il pût ramener la brebis perdue qui avait été séduite par la fraude du diable, et la rapporter sur ses épaules pour la réunir au troupeau de la patrie céleste.
Dieu tout-puissant et éternel, instituteur des cérémonies et des sacrifices de la Loi, qui consentiez à apaiser votre colère qu’avait encourue l’homme prévaricateur, lorsqu’il vous offrait les hosties d’expiation ; vous qui avez agréé les sacrifices d’Abel, de Melchisédech, d’Abraham, de Moïse et d’Aaron ; sacrifices qui n’étaient que des figures, mais qui, par votre bénédiction, étaient rendus saints et salutaires à ceux qui vous les offraient humblement : daignez faire que, de même que l’innocent Agneau, Jésus-Christ votre Fils, immolé par votre volonté sur l’autel de la croix, a délivré notre premier père de la puissance du démon ; ainsi ces agneaux sans tache que nous présentons à la bénédiction de votre majesté divine reçoivent une vertu bienfaisante. Daignez les bénir, les sanctifier, les consacrer, leur donner la vertu de protéger ceux qui les porteront dévotement sur eux contre la malice des démons, contre les tempêtes, la corruption de l’air, les maladies, les atteintes du feu et les embûches des ennemis, et faire qu’ils soient efficaces pour protéger la mère et son fruit, dans les périls de l’enfantement ; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur.
Après ces prières, le Pape, étant ceint d’un linge, s’assied près du bassin. Ses officier ; lui apportent les Agnus Dei ; il les plonge dans l’eau, figurant ainsi le baptême de nos néophytes. Des prélats les retirent ensuite de l’eau, et les déposent sur des tables couvertes de linges blancs. Alors le Pontife se lève, et prononce cette prière :
Esprit divin, qui fécondez les eaux, et les avez fait servir à vos plus grands mystères ; vous qui leur enlevez leur amertume et les rendez douces, et qui, les sanctifiant par votre souffle, vous servez d’elles, pour effacer tous les péchés par l’invocation de la sainte Trinité : daignez bénir, sanctifier et consacrer ces agneaux qui ont été jetés dans l’eau sainte, et imbibés du baume et du saint Chrême ; qu’ils reçoivent de vous la vertu contre les efforts de la malice du diable ; que tous ceux qui les porteront sur eux demeurent en sûreté ; qu’ils n’aient à craindre aucun péril ; que la méchanceté des hommes ne leur soit point nuisible ; et daignez être leur force et leur consolation.
Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui êtes l’Agneau innocent, prêtre et victime : vous que les Prophètes ont appelé la Vigne et la Pierre angulaire ; vous qui nous avez rachetés dans votre sang, et qui avez marqué de ce sang nos cœurs et nos fronts, afin que l’ennemi passant près de nos maisons ne nous atteigne pas dans sa fureur : c’est vous qui êtes l’Agneau sans tache dont l’immolation est continuelle ; l’Agneau pascal devenu, sous les espèces du Sacrement, le remède et le salut de nos âmes ; qui nous conduisez à travers la mer du siècle présent à la résurrection et à la gloire de l’éternité. Daignez bénir, sanctifier et consacrer ces agneaux sans tache, qu’en votre honneur nous avons formés de cire vierge et imbibés de l’eau sainte, du baume et du Chrême sacrés, honorant en eux votre divine conception qui fut l’effet de la Vertu divine. Défendez ceux qui les porteront sur eux de la flamme, de la foudre, de la tempête, de toute adversité ; délivrez par eux les mères qui sont dans les douleurs de l’enfantement, comme vous avez assisté la vôtre lorsqu’elle vous mit au jour ; et de même que vous avez sauvé Susanne de la fausse accusation, la bienheureuse vierge martyre Thècle du bûcher, et Pierre des liens de la captivité : ainsi daignez nous affranchir des périls de ce monde, et faites que nous méritions de vivre avec vous éternellement.
Les Agnus Dei sont ensuite recueillis avec respect, et réservés pour la distribution solennelle qui doit s’en faire le Samedi suivant. Il est aisé de voir le lien de cette cérémonie avec la Pâque : l’Agneau pascal y est sans cesse rappelé ; en même temps que l’immersion des agneaux de cire présente une allusion évidente avec l’administration du baptême, qui fut durant tant de siècles le grand intérêt de l’Église et des fidèles dans cette solennelle Octave. Les prières que nous avons données ci-dessus, en les abrégeant un peu, ne sont pas de la plus haute antiquité ; mais le rite qui les accompagne montre suffisamment l’allusion au baptême, bien qu’on ne l’y retrouve pas directement exprimée. Les faits prouvent, comme nous l’avons fait voir, que l’usage de bénir les Agnus Dei n’a pas été institué, ainsi que quelques auteurs l’ont prétendu, à l’époque où l’on cessa de baptiser solennellement à Pâques ; il est antérieur de plusieurs siècles, et sert à confirmer, d’une manière touchante, l’importance que l’Église a attachée et attachera toujours au culte du mystère de l’Agneau en ces saints jours.
Les Agnus Dei, par leur signification, par la bénédiction du Souverain Pontife et la nature des rites employés dans leur consécration, sont un des objets les plus vénérés de la piété catholique. De Rome ils se répandent dans le monde entier ; et bien souvent la foi de ceux qui les conservent avec respect a été récompensée par des prodiges. Sous le pontificat de saint Pie V, le Tibre se déborda d’une manière effrayante, et menaçait d’inonder plusieurs quartiers de la ville ; un Agnus Dei jeté sur les vagues les fit reculer aussitôt. Toute la ville demeura témoin de ce miracle, qui fut discuté plus tard dans le procès de la Béatification de ce grand Pape.
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