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Saint Ignace de Loyola confesseur

31 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Ignace de Loyola confesseur

Collecte

Dieu, pour propager la plus grande gloire de votre nom, vous avez, par le bienheureux Ignace, procuré à votre Église militante de nouveaux renforts : accordez-nous, avec son secours et combattant à son exemple sur la terre, de mériter d’être couronnés avec lui dans le ciel.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Ignace de noble famille espagnole, et né à Loyola au pays des Cantabres, vécut d’abord à la cour du roi catholique, d’où il passa au service militaire. Ayant été grièvement blessé au siège de Pampelune, la lecture de livres pieux, qui lui tombèrent sous la main, l’enflamma d’un vif désir de marcher sur les traces de Jésus-Christ. Parti pour Mont-Serrat, il suspendit ses armes devant l’autel de la bienheureuse Vierge, et consacrant la nuit à veiller, fit ses débuts dans la milice sacrée. Retiré ensuite à Manrèse, couvert d’un sac qui remplaçait les riches habits qu’il avait donnés à un pauvre, il y demeura une année, mendiant le pain et l’eau dont il se nourrissait, jeûnant tous les jours excepté le dimanche, domptant sa chair au moyen d’une rude chaîne et d’un cilice, couchant sur la dure, et se flagellant jusqu’au sang avec des disciplines de fer. C’est alors que Dieu le favorisa de si grandes lumières, que plus tard il avait coutume de dire : « Quand même les saintes Écritures n’existeraient pas, je serais néanmoins prêt à mourir pour la foi, rien qu’en raison des choses que Dieu m’a dévoilées à Manrèse. » C’est alors également que cet homme, tout à fait ignorant dans les lettres, composa le livre des Exercices, livre admirable qui se recommande de l’approbation du Siège apostolique et du bien qu’en retirent les âmes.

Cinquième leçon. Afin de se rendre plus capable de travailler au salut des âmes, Ignace résolut de s’assurer le secours des lettres, et se mêla aux enfants pour commencer l’étude de la grammaire. Cependant il ne négligeait rien par rapport au salut d’autrui, et on ne saurait dire combien de fatigues et d’affronts il eut à subir en tous lieux, souffrant les plus dures épreuves, la prison et les coups, au point presque d’en mourir, ce qui ne l’empêchait pas d’en souhaiter bien davantage pour la gloire de son Maître. S’étant adjoint neuf compagnons de nations diverses, appartenant à l’Université de Paris, tous maîtres es arts et pourvus de leurs grades en théologie, il jeta les premiers fondements de son Ordre à Paris, sur le mont des Martyrs. L’ayant établi ensuite à Rome, ajoutant aux trois vœux ordinaires un quatrième vœu, relatif aux missions, il le mit sous l’étroite dépendance du Saint-Siège. Paul III d’abord l’admit et le confirma ; bientôt après, d’autres Pontifes et le concile de Trente l’approuvèrent. Ayant envoyé saint François Xavier prêcher l’Évangile aux Indes, et disséminé d’autres missionnaires dans les diverses parties du monde pour propager la religion, Ignace déclara lui-même la guerre à la superstition païenne et à l’hérésie. Cette lutte se continua avec un tel succès que, du sentiment universel appuyé sur le témoignage du souverain Pontife, il était évident que Dieu avait opposé Ignace et son institut à Luther et aux hérétiques d’alors, comme il avait suscité d’autres saints personnages à d’autres époques.

Sixième leçon. Ce qu’Ignace eut surtout à cœur, ce fut le renouvellement de la piété chez les catholiques. La beauté des temples, l’enseignement du catéchisme, la fréquentation des assemblées saintes et des sacrements durent beaucoup à son action. Il ouvrit partout des collèges pour former la jeunesse dans les lettres et la piété ; à Rome, il fonda le collège Germanique, des refuges pour les femmes perdues et les jeunes filles exposées à se perdre, des maisons pour recueillir tant les orphelins que les catéchumènes des deux sexes ; il s’appliquait encore avec un zèle infatigable à d’autres bonnes œuvres, afin de gagner des âmes à Dieu. Plus d’une fois on l’a entendu dire : « Si le choix m’était donné, j’aimerais mieux vivre incertain de la béatitude, tout en servant Dieu et en travaillant au salut du prochain, que de mourir immédiatement avec l’assurance de la gloire céleste. » Il exerça sur les démons un empire extraordinaire. Saint Philippe de Néri et plusieurs autres ont vu son visage tout radieux d’une lumière surnaturelle. Enfin, après avoir toujours eu sur les lèvres la plus grande gloire de Dieu, et l’avoir aussi cherchée en toutes choses, il quitta la terre dans sa soixante-cinquième année, pour aller s’unir au Seigneur. Ses grands mérites et ses miracles l’ayant rendu illustre dans l’Église, Grégoire XV ajouta son nom au calendrier des Saints, et Pie XI, accédant aux désirs des saints évêques, le déclara et l’établit céleste protecteur de tous ceux qui suivent les retraites dites exercices spirituels.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilía 17 in Evangelia

Septième leçon. Notre Seigneur et Sauveur nous instruit, mes bien-aimés frères, tantôt par ses paroles, et tantôt par ses œuvres. Ses œuvres elles-mêmes sont des préceptes, et quand il agit, même sans rien dire, il nous apprend ce que nous avons à faire. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples prêcher ; il les envoie deux à deux, parce qu’il y a deux préceptes de la charité : l’amour de Dieu et l’amour du prochain, et qu’il faut être au moins deux pour qu’il y ait lieu de pratiquer la charité. Car, à proprement parler, on n’exerce pas la chanté envers soi-même ; mais l’amour, pour devenir charité, doit avoir pour objet une autre personne.

Huitième leçon. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples deux à deux pour prêcher ; il nous fait ainsi tacitement comprendre que celui qui n’a point de charité envers le prochain ne doit en aucune manière se charger du ministère de la prédication. C’est avec raison que le Seigneur dit qu’il a envoyé ses disciples devant lui, dans toutes les villes et tous les lieux où il devait venir lui-même. Le Seigneur suit ceux qui l’annoncent. La prédication a lieu d’abord ; et le Seigneur vient établir sa demeure dans nos âmes, quand les paroles de ceux qui nous exhortent l’ont devancé, et qu’ainsi la vérité a été reçue par notre esprit.

Neuvième leçon. Voilà pourquoi Isaïe a dit aux mêmes prédicateurs : « Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits les sentiers de notre Dieu ». A son tour le Psalmiste dit aux enfants de Dieu : « Faites un chemin à celui qui monte au-dessus du couchant » . Le Seigneur est en effet monté au-dessus du couchant ; car plus il s’est abaissé dans sa passion, plus il a manifesté sa gloire en sa résurrection. Il est vraiment monté au-dessus du couchant : car, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu’il avait endurée. Nous préparons donc le chemin à Celui qui est monté au-dessus du couchant quand nous vous prêchons sa gloire, afin que lui-même, venant ensuite, éclaire vos âmes par sa présence et son amour.

Bien que le cycle du Temps après la Pentecôte nous ait maintes fois déjà manifesté la sollicitude avec laquelle l’Esprit divin préside à la défense de l’Église, l’enseignement resplendit aujourd’hui d’une manière nouvelle. Au XVIe siècle, un assaut formidable était livré à la cité sainte. Satan avait choisi pour chef de l’attaque un homme tombé comme lui des hauteurs du ciel. Luther, sollicité dans ses jeunes années par les grâces de choix qui font les parfaits, n’avait point su, dans un jour d’égarement, résister à l’esprit de révolte. Comme Lucifer, qui prétendit égaler Dieu, lui se posa en face du vicaire du Très-Haut sur la montagne du Testament ; bientôt, roulant aussi d’abîme en abîme, il entraînait de même à sa suite la troisième partie des étoiles du ciel de la sainte Église. Loi mystérieuse et terrible, que celle qui si souvent laisse à l’homme ou à l’ange déchu, dans les sphères du mal, la principauté qui devait s’exercer par eux pour le bien et l’amour ! Mais l’éternelle Sagesse n’est cependant jamais frustrée dans la divine loyauté de ce jeu sublime commencé avec le monde, et qui régit toujours les temps ; c’est alors qu’à l’encontre de la liberté pervertie de l’ange ou de l’homme, elle met en œuvre cette autre loi de substitution miséricordieuse dont Michel bénéficia le premier.

La vocation d’Ignace à la sainteté suit pas à pas dans ses développements la défection luthérienne. Au printemps de l’année 1521, Luther, jetant son défi à toutes les puissances, venait à peine de quitter Worms et de gagner la Wartbourg, qu’Ignace, à Pampelune, était frappé du coup qui devait le retirer du monde et bientôt le conduire à Manrèse. Valeureux comme ses nobles ancêtres, il s’était senti pénétrer dès ses premiers ans de l’ardeur belliqueuse qu’on les vit montrer sur les champs de bataille de la terre des Espagnes ; mais la campagne contre le Maure a pris fin dans les jours mêmes de sa naissance ; se pourrait-il qu’il n’eût, pour satisfaire ses chevaleresques instincts, que les querelles mesquines où la politique des rois va toujours plus s’abaisser ? Le seul vrai Roi resté digne de sa grande âme, se révèle à lui dans l’épreuve qui vient d’arrêter ses projets mondains ; une milice nouvelle s’offre, à son ambition ; une autre croisade commence ; et l’an 1522 voit, des monts de Catalogne à ceux de Thuringe, se développer la divine stratégie dont les Anges seuls ont encore le secret.

Admirable campagne, où l’on dirait que le ciel se contente d’observer l’enfer, lui laissant prendre les devants, ne se gardant que le droit de faire surabonder la grâce là où l’iniquité prétend abonder. De même que, l’année d’auparavant, le premier appel d’Ignace avait suivi de trois semaines la rébellion consommée de Luther : à trois semaines également de distance, voici qu’en celle-ci l’enfer et le ciel produisent leurs élus sous l’armure différente qui convient aux deux camps dont ils seront chefs. Dix mois de manifestations étranges et d’ascèse diabolique ont préparé le lieutenant de Satan dans la retraite forcée qu’il nomme sa Pathmos ; et le 5 mars, en rupture de ban, le transfuge du sacerdoce et du cloître quitte la Wartbourg transformé sous la cuirasse et le casque en chevalier de fausse marque. Le 25 du même mois, dans la glorieuse nuit où le Verbe prit chair, le brillant soldat des armées du royaume catholique, le descendant des Ognès et des Loyola, vêtu d’un sac comme de l’insigne de pauvreté qui révèle ses projets nouveaux, passe en prières au Mont-Serrat sa veille des armes ; il suspend à l’autel de Marie sa vaillante épée, et de là s’en va préludant aux combats inconnus qui l’attendent dans une lutte sans merci contre lui-même.

Au drapeau du libre examen, qui partout déjà fait flotter ses plis orgueilleux, il oppose sur le sien pour unique devise : À la plus grande gloire de Dieu ! Bientôt Paris, où Calvin recrute dans le secret les futurs huguenots, le voit enrôler, pour le compte du Dieu des armées, la compagnie d’avant-poste qui doit dans sa pensée couvrir l’armée chrétienne en éclairant sa marche, porter et recevoir les premiers coups. L’Angleterre vient-elle, aux premiers mois de 1534, d’imiter dans leur défection l’Allemagne et les pays du Nord, que, le 15 août de cette année, les premiers soldats d’Ignace scellent à Montmartre avec lui l’engagement définitif qu’ils doivent renouveler solennellement plus tard à Saint-Paul-hors-les-Murs. Car c’est à Rome qu’est fixé le point de ralliement de la petite troupe, qui s’accroîtra bientôt merveilleusement, mais dont la profession spéciale sera d’être toujours prête à se porter, au moindre signe, sur tous les points où le Chef suprême de l’Église militante jugera bon d’utiliser son zèle pour la défense de la foi ou sa propagation, pour le progrès des âmes dans la doctrine et la vie chrétienne.

Une bouche illustre a dit en nos temps que « ce qui frappe de prime abord dans l’histoire de la société de Jésus, c’est que pour elle l’âge mûr est contemporain de la première formation. Qui connaît les premiers auteurs de la compagnie, connaît la compagnie entière dans son esprit, dans son but, dans ses entreprises, dans ses procédés, dans ses méthodes. Quelle génération que celle qui préside à ses origines ! Quelle union de science et d’activité, de vie intérieure et de vie militante ! On peut dire que ce sont des hommes universels, des hommes de race gigantesque, en comparaison desquels nous ne sommes que des insectes : de genere giganteo, quibus comparati quasi locustae videbamur ».

Combien plus touchante n’en apparaît pas la simplicité si pleine de charmes de ces premiers Pères de la compagnie, faisant la route qui les sépare de Rome à pied et jeûnant, épuisés, mais le cœur débordant d’allégresse et chantant à demi-voix les psaumes de David ! Quand il fallut, pour répondre aux nécessités de l’heure présente, abandonner dans le nouvel institut les grandes traditions de la prière publique, il en coûta à plusieurs de ces âmes ; ce ne fut pas sans lutte que Marie, sur ce point, dut céder à Marthe : tant de siècles durant, la solennelle célébration des divins Offices avait paru l’indispensable tâche de toute famille religieuse, dont elle formait la dette sociale première, comme elle était l’aliment premier de la sainteté individuelle de ses membres !

Mais l’arrivée de temps nouveaux promenant partout la déchéance et la ruine, appelait une exception aussi insolite alors que douloureuse pour la vaillante compagnie qui dévouait son existence à l’instabilité d’alertes sans fin et de sorties perpétuelles sur les terres ennemies. Ignace le comprit ; et il sacrifia au but particulier qui s’imposait à lui l’attrait personnel qu’il ressentit jusqu’à la fin pour le chant sacré, dont les moindres notes parvenant à son oreille faisaient couler de ses yeux des larmes d’extase. Après sa mort, l’Église, qui jusque-là n’avait point connu d’intérêt primant la splendeur à donner au culte de l’Époux, voulut revenir sur une dérogation qui portait une atteinte si profonde aux instincts les plus chers de son cœur d’Épouse ; on vit Paul IV la révoquer absolument ; mais saint Pie V eut beau lui-même longtemps lutter contre elle, il dut enfin la subir.

Avec les derniers siècles et leurs embûches, l’heure des milices spéciales organisées en camps volants avait sonné pour l’Église. Mais autant il devenait plus difficile chaque jour d’exiger de ces troupes méritantes, absorbées dans de continuels combats au dehors, les habitudes de ceux que protégeaient la Cité sainte et ses anciennes tours de défense : autant Ignace répudiait le contre-sens étrange qui eût voulu réformer les mœurs du peuple chrétien d’après la manière de vivre entraînée par le service de reconnaissances et de grand’garde, auquel il se sacrifiait pour tous. La troisième des dix-huit règles qu’il pose, comme couronnement des EXERCICES SPIRITUELS, pour avoir en nous les vrais sentiments de l’Église orthodoxe, est de recommander aux fidèles les chants de l’Église, les psaumes, et les différentes Heures canoniales au temps marqué pour chacune. Et, en tête de ce livre qui est bien le trésor de la Compagnie de Jésus, établissant les conditions qui permettront de retirer le plus grand fruit possible des mêmes Exercices, il détermine, dans son annotation vingtième, que celui qui le peut devra choisir, pour le temps de leur durée, une habitation d’où il lui soit facile de se rendre aux Offices de Matines et des Vêpres ainsi qu’au divin Sacrifice. Que fait du reste en cela notre Saint, sinon conseiller pour la pratique des Exercices le même esprit dans lequel ils furent composés, en cette retraite bénie de Manrèse où l’assistance quotidienne à la Messe solennelle et aux Offices du soir fut pour lui la source de délices du ciel ?

La victoire qui triomphe du monde est notre foi. Une fois de plus vous l’avez montré, ô vous qui fûtes le grand triomphateur du siècle où le Fils de Dieu vous choisit pour relever son drapeau humilié devant l’étendard de Babel. Contre les bataillons sans cesse grossissant des révoltés, vous fûtes longtemps presque seul, laissant au Dieu des armées le soin de choisir son heure pour vous mettre aux prises avec les cohortes de Satan, comme il l’avait choisie pour vous retirer de la milice des hommes. Le monde, instruit alors de vos desseins, n’y eût vu qu’un objet de risée ; et toutefois nul certes aujourd’hui ne saurait le nier : ce fut un moment solennel pour l’histoire du monde, que celui où, pareil dans votre confiance aux plus illustres capitaines concentrant leurs armées, vous donniez ordre à vos neuf compagnons de gagner trois par trois la Ville sainte. Quels résultats durant les quinze années où cette troupe d’élite, que recrutait l’Esprit-Saint, vous eut à sa tête comme premier Général ! L’hérésie refoulée d’Italie, confondue à Trente, enrayée partout, immobilisée jusqu’en son foyer même ; d’immenses conquêtes sur des terres nouvelles, réparant les pertes subies dans notre Occident ; Sion elle-même rajeunissant sa beauté, relevée dans son peuple et ses pasteurs, assurée pour ses fils d’une éducation répondant à leurs célestes destinées : sur toute la ligne enfin où il avait imprudemment crié victoire, Satan rugissant, dompté à nouveau par ce nom de Jésus qui fait fléchir tout genou dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ! Quelle gloire pour vous, ô Ignace, eût jamais égalé celle-là dans les armées des rois de la terre ?

Du trône que vous avez conquis par tant de hauts faits, veillez sur ces fruits de vos œuvres, et montrez-vous toujours le soldat de Dieu. Au travers des contradictions qui ne leur manquèrent jamais, soutenez vos fils au poste d’honneur et de vaillance qui fait d’eux les sentinelles avancées de l’Église. Qu’ils soient fidèles à l’esprit de leur glorieux Père, « ayant sans cesse devant les yeux : premièrement Dieu ; ensuite, comme une voie qui conduit à lui, la forme de leur institut, consacrant tout ce qu’ils ont de forces à atteindre ce but que Dieu leur marque ; chacun pourtant suivant la mesure de la grâce qu’il a reçue de l’Esprit-Saint et le degré propre de sa vocation». Enfin, ô chef d’une si noble descendance, étendez votre amour à toutes les familles religieuses, dont le sort en face de .la persécution est devenu si étroitement solidaire aujourd’hui de celui de la vôtre ; bénissez spécialement l’Ordre monastique qui protégea de ses antiques rameaux vos premiers pas dans la vie parfaite, et la naissance de l’illustre Compagnie qui sera votre couronne immortelle dans les cieux. Ayez pitié de la France, de ce Paris dont l’université vous fournit les assises de l’inébranlable édifice élevé par vous à la gloire du Très-Haut. Que tout chrétien apprenne de vous à militer pour le Seigneur, à ne jamais renier son drapeau ; que tout homme, sous votre conduite, revienne à Dieu son principe et sa fin.

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Super Rom., cap. 8 l. 3

31 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

Super Rom., cap. 8 l. 3

Lectio 3

Super Rm., cap. 8 l. 3 Postquam apostolus proposuit, quod per Spiritum Sanctum dabitur nobis vita gloriosa quae omnem mortalitatem a corporibus nostris excludet, hic probationem inducit. Et primo ostendit, quod per Spiritum Sanctum huiusmodi gloriosa vita datur; secundo ostendit causam quare differtur, ibi si tamen compatimur, et cetera. Circa primum ponit talem rationem: quicumque sunt filii Dei consequuntur aeternitatem gloriosae vitae: sed quicumque reguntur Spiritu Sancto sunt filii Dei; ergo quicumque reguntur Spiritu Sancto, consequuntur haereditatem gloriosae vitae. Primo ergo ponit minorem praedictae rationis; secundo maiorem, ibi si autem, et cetera. Circa primum duo facit. Primo proponit quod intendit; secundo probat propositum, ibi non enim accepistis, et cetera. Circa primum duo consideranda sunt. Primo quidem quomodo aliqui aguntur a Spiritu Dei. Et potest sic intelligi: quicumque Spiritu Dei aguntur, id est reguntur sicut a quodam ductore et directore, quod quidem in nobis facit Spiritus, scilicet inquantum illuminat nos interius quid facere debeamus. Ps. CXLII, 10: Spiritus tuus bonus deducet me, et cetera. Sed quia ille qui ducitur, ex seipso non operatur, homo autem spiritualis non tantum instruitur a Spiritu Sancto quid agere debeat, sed etiam cor eius a Spiritu Sancto movetur, ideo plus intelligendum est in hoc, quod dicitur quicumque spiritu Dei aguntur. Illa enim agi dicuntur, quae quodam superiori instinctu moventur. Unde de brutis dicimus quod non agunt sed aguntur, quia a natura moventur et non ex proprio motu ad suas actiones agendas. Similiter autem homo spiritualis non quasi ex motu propriae voluntatis principaliter sed ex instinctu spiritus sancti inclinatur ad aliquid agendum, secundum illud Is. LIX, 19: cum venerit quasi fluvius violentus quem Spiritus Dei cogit; et Lc. IV, 1, quod Christus agebatur a Spiritu in deserto. Non tamen per hoc excluditur quin viri spirituales per voluntatem et liberum arbitrium operentur, quia ipsum motum voluntatis et liberi arbitrii Spiritus Sanctus in eis causat, secundum illud Ph. II, 13: Deus est qui operatur in nobis velle et perficere. Secundo considerandum est quomodo illi, qui Spiritu Dei aguntur, sunt filii Dei. Et hoc est manifestum ex similitudine filiorum carnalium, qui per semen carnale a patre procedentes generantur. Semen autem spirituale a patre procedens, est Spiritus Sanctus. Et ideo per hoc semen aliqui homines in filios Dei generantur. I Jn. III, 9: omnis qui natus est ex Deo peccatum non facit, quoniam semen Dei manet in eo. Deinde cum dicit non enim accepistis, etc., probat propositum scilicet quod Spiritum Sanctum accipientes sint homines filii Dei, et hoc tripliciter. Primo quidem ex distinctione donorum Spiritus Sancti; secundo, ex confessione nostra, ibi in quo clamamus, etc.; tertio, ex testimonio Spiritus, ibi ipse enim spiritus. Circa primum considerandum est, quod Spiritus Sanctus duos effectus facit in nobis: unum quidem timoris, Is. XI, 3: replebit eum Spiritus timoris domini, alium amoris, supra V, 5: charitas Dei diffusa est per Spiritum Sanctum in cordibus nostris, qui datus est nobis. Timor autem facit servos, non autem amor. Ad cuius evidentiam considerari oportet, quod timor habet duo obiecta, scilicet malum quod quis timendo refugit, et illud a quo sibi hoc malum imminere videt. Dicitur enim homo timere et occisionem et regem qui potest occidere. Contingit autem quandoque quod malum quod quis refugit, est contrarium bono corporali vel temporali quod quis interdum inordinate amat et refugit pati ab aliquo homine temporali. Et hic est timor humanus vel mundanus; et hic non est a Spiritu Sancto. Et hunc prohibet dominus. Mt. X, 28: nolite timere eos qui corpus occidunt. Alius autem est timor qui refugit malum quod contrariatur naturae creatae, scilicet malum poenae, sed tamen refugit hoc pati a causa spirituali, scilicet a Deo: et hic timor est laudabilis quantum ad hoc saltem, quod Deum timet. Dt. V, 29: quis det eos talem habere mentem ut timeant me? Et secundum hoc a Spiritu Sancto est. Sed inquantum talis timor non refugit malum quod opponitur bono spirituali, scilicet peccatum, sed solum poenam, non est laudabilis. Et istum defectum non habet a Spiritu Sancto sed ex culpa hominis: sicut et fides informis quantum ad id quod est fidei, est a Spiritu Sancto, non autem eius informitas. Unde et si per huiusmodi timorem aliquis bonum faciat, non tamen bene facit, quia non facit sponte, sed coactus metu poenae, quod proprie est servorum. Et ideo timor iste proprie dicitur servilis, quia serviliter facit hominem operari. Est autem tertius timor qui refugit malum quod opponitur bono spirituali, scilicet peccata vel separationem a Deo, et hoc quidem timet incurrere ex iusta Dei vindicta. Et sic quantum ad utrumque obiectum respicit rem spiritualem, sed tamen cum hoc habet oculum ad poenam. Et iste timor dicitur esse initialis, quia solet esse in hominibus in initio suae conversionis. Timent enim poenam propter peccata praeterita et timent separari a Deo per peccatum propter gratiam charitati infusam. Et de hoc dicitur in Ps. CX, 10: initium sapientiae timor Domini. Est autem quartus timor, qui ex utraque parte oculum habet solum ad rem spiritualem, quia nihil timet nisi a Deo separari. Et iste timor est sanctus qui permanet in saeculum saeculi, ut in Psalmo dicitur. Sicut autem timor initialis causatur ex charitate imperfecta: ita hic timor causatur ex charitate perfecta. I Jn. IV, 18: perfecta charitas foras mittit timorem. Et ideo timor initialis et timor castus non distinguuntur contra amorem charitatis, qui est causa utriusque, sed solum timor poenae; quia sicut hic timor facit servitutem, ita amor charitatis facit libertatem filiorum. Facit enim hominem voluntaria ad honorem Dei operari, quod est proprie filiorum. Lex igitur vetus data est in timore, quod significabant tonitrua et alia huiusmodi, quae facta sunt in datione veteris legis, ut dicitur Ex. XIX, 16 s. Et ideo dicitur He. XII, 21: et ita terribile erat quod videbatur. Et ideo lex vetus per inflictionem poenarum inducens ad mandata Dei servanda, data est in spiritu servitutis. Unde dicitur Ga. IV, 24: unum quidem in monte Sina in servitutem generans. Et ideo hic dicit: recte dictum est quod qui Spiritu Dei aguntur, etc., non enim iterum, in nova lege sicut in veteri lege fuit, accepistis spiritum servitutis in timore, scilicet poenarum, quem timorem Spiritus Sanctus faciebat; sed accepistis spiritum, scilicet charitatis, qui est adoptionis filiorum, id est, per quem adoptamur in filios Dei. Ga. IV, 5: ut adoptionem filiorum reciperemus. Non autem hoc dicitur quasi sit alius et alius spiritus, sed quia idem est spiritus, scilicet qui in quibusdam facit timorem servilem quasi imperfectum, in aliis facit amorem quasi quoddam perfectum. Deinde cum dicit in quo clamamus, etc., manifestat idem per nostram confessionem. Profitemur enim nos Patrem habere Deum instructi a Domino, cum dicimus orantes Pater noster qui es in caelis, ut habetur Mt. VI, 9. Hoc autem convenit dicere non solum Iudaeis, sed etiam gentibus. Et ideo duo ponit idem significantia, scilicet abba, quod est Hebraeum, et Pater, quod est Latinum vel Graecum, ut ostendat hoc ad utrumque populum pertinere. Unde et Dominus, Mc. XIV, 36: abba pater, omnia possibilia sunt tibi. Jr. III, 19: patrem vocabis me. Hoc autem dicimus non tantum sono vocis, quantum intentione cordis, quae quidem propter sui magnitudinem clamor dicitur, sicut et ad Moysen tacentem dicitur, Ex. XIV, 5: quid clamas ad me, scilicet intentione cordis? Sed ista magnitudo intentionis ex affectu filialis amoris procedit, quem in nobis scilicet, facit. Et ideo dicit in quo, scilicet Spiritu Sancto, clamamus: Abba, Pater. Unde Is. VI, 3 dicitur quod Seraphim qui interpretantur ardentes, quasi igne Spiritus Sancti, clamabant alter ad alterum. Deinde cum dicit ipse enim spiritus, etc., ostendit idem ex testimonio Spiritus Sancti, ne forte aliquis dicat, quod in nostra confessione decipimur; unde dicit: ideo dico, quod in Spiritu Sancto clamamus: Abba, Pater, ipse enim Spiritus testimonium reddit quod sumus filii Dei. Hic autem testimonium reddit non quidem exteriore voce ad aures hominum; sicut pater protestatus est de filio suo, Mt. III, 17, sed reddit testimonium per effectum amoris filialis, quem in nobis facit. Et ideo dicit quod testimonium reddit, non auribus, sed spiritui nostro, et cetera. Ac. III, 15: nos testes sumus horum verborum. Deinde cum dicit si autem filii, etc., ponit maiorem. Et, primo, ostendit quod filiis debetur haereditas, dicens: si autem aliqui filii, per Spiritum scilicet, sequitur etiam quod sint haeredes, quia non solum filio naturali, sed etiam adoptivo debetur haereditas. I P. I, 3 s.: regeneravit nos in spem vivam in haereditatem, et cetera. Ps. XV, 6: haereditas mea praeclara est mihi. Secundo ostendit quae sit ista haereditas. Et primo describit eam quantum ad Deum Patrem, dicens haeredes quidem Dei. Dicitur autem aliquis haeres alicuius existere, qui principalia eius bona percipit seu adipiscitur, non autem qui aliqua munuscula recipit, sicut legitur Gn. XXV, 5 quod Abraham dedit cuncta quae possedit Isaac, filiis autem concubinarum largitus est munera. Bonum autem principale quo Deus dives est, est ipsemet. Est enim dives per seipsum, et non per aliquid aliud, quia extrinsecorum bonorum non indiget, ut dicitur in Ps. XV, 2. Unde ipsum Deum adipiscuntur filii Dei pro haereditate. Unde Ps. XV, 5: Dominus pars haereditatis meae. Thren. III, 24: pars mea Dominus, dixit anima mea. Sed cum filius haereditatem non adipiscatur nisi patre defuncto, videtur quod homo non possit esse haeres Dei, qui numquam decidit. Dicendum est autem, quod illud habet locum in bonis temporalibus, quae simul a multis possideri non possunt, et ideo necesse est unum decedere ut alius succedat: sed bona spiritualia simul a multis haberi possunt, et ideo non oportet patrem decedere ut filii sint haeredes. Potest tamen dici quod Deus decedit nobis inquantum est in nobis per fidem: erit autem nostra haereditas, inquantum videbimus eum per speciem. Secundo describit hanc haereditatem ex parte Christi, dicens cohaeredes autem Christi, quia ipse cum sit principalis filius a quo nos filiationem participamus, ita est principalis haeres, cui in haereditate coniungimur. Mt. XXI, 38: hic est haeres, et cetera. Mi. I, 15: adhuc haeredem adducam tibi. Deinde cum dicit si tamen compatimur, etc., ostendit causam dilationis huius vitae gloriosae. Et primo ponit causam ex parte passionum; secundo, praeeminentiam gloriae ad passiones, ibi existimo enim, et cetera. Circa primum considerandum est quod Christus, qui est principalis haeres, ad haereditatem gloriae pervenit per passiones. Lc. ult.: nonne oportuit Christum pati, et ita intrare in gloriam suam? Non autem nos faciliori modo debemus haereditatem adipisci. Et ideo nos etiam oportet per passiones ad illam haereditatem pervenire. Ac. XIV, 21: per multas tribulationes oportet nos introire in regnum Dei. Non enim statim immortale et impassibile corpus accipimus, ut simul cum Christo pati possimus. Unde dicit si tamen compatimur, id est simul cum Christo patienter sustinemus tribulationes huius mundi, ut et cum Christo glorificemur. II Tm. II, 11: si commortui sumus, et conregnabimus.

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IXème dimanche après la Pentecôte

30 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

IXème dimanche après la Pentecôte

Introït

Voici que Dieu vient à mon aide, et que le Seigneur est le protecteur de ma vie. Faites retomber les maux de mes ennemis et exterminez-les dans votre vérité, Seigneur, mon protecteur. O Dieu, sauvez-moi par votre nom ; et rendez-moi justice par votre puissance.

Collecte

Seigneur, que les oreilles de votre miséricorde soient ouvertes aux prières de ceux qui l’implorent ; et afin que vous leur accordiez ce qu’ils désirent de vous, faites qu’ils ne vous demandent que ce qui vous est agréable.

Épitre 1. Cor. 10, 6-13

Mes Frères, ne convoitons pas les choses mauvaises, comme eux les convoitèrent. Ne devenez pas idolâtres, comme quelques-uns d’entre eux, selon qu’il est écrit : "Le peuple s’assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour se divertir." Ne nous livrons point à l’impudicité, comme quelques-uns d’entre eux s’y livrèrent ; et il en tomba vingt-trois mille en un seul jour. Ne tentons point le Christ, comme le tentèrent quelques-uns d’entre eux, qui périrent par les serpents. Ne murmurez point comme murmurèrent quelques-uns d’entre eux, qui périrent sous les coups de l’Exterminateur. Or toutes ces choses leur sont arrivées en figure, et elles ont été écrites pour notre instruction, à nous qui sommes arrivés à la fin des temps. Ainsi donc que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. Aucune tentation ne vous est survenue, qui n’ait été humaine ; et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces ; mais, avec la tentation, il ménagera aussi une heureuse issue en vous donnant le pouvoir de la supporter.

Évangile Lc. 19, 41-47

En ce temps-là, Jésus s’étant approché de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : Si tu connaissais, toi aussi, au moins en ce jour qui t’est donné, ce qui te procurerait la paix ! Mais maintenant cela est caché à tes yeux. Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées, où ils t’enfermeront et te serreront de toutes parts ; et ils te renverseront à terre, toi et tes enfants qui sont au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée. Et étant entré dans le temple, il se mit à chasser ceux qui y vendaient et ceux qui y achetaient, leur disant : il est écrit : Ma maison est une maison de prière ; mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. [Que dirait-il aujourd'hui ? Vous en avez fait une salle de concert, une salle de spectacle, un musée, une caverne de débauche pour sodomites, une maison de prostitution pour culte idolâtrique......] Et il enseignait tous les jours dans le temple.

Offertoire

Les justices du Seigneur sont droites, elles réjouissent les cœurs ; ses ordonnances sont plus douces que le miel et qu’un rayon plein de miel ; aussi votre serviteur les observe fidèlement.

Secrète

Accordez-nous, s’il vous plaît, Seigneur, d’assister souvent et dignement à ces saints mystères ; car chaque fois que l’on célèbre ce sacrifice commémoratif, les fruits de notre rédemption sont appliqués. Par Notre-Seigneur.

Office

Au premier nocturne.

Commencement du quatrième livre des Rois.

Première leçon. Après la mort d’Achab, Moab se révolta contre Israël. Comme Ochozias était tombé du balcon de son appartement à Samarie et qu’il allait mal, il envoya des messagers à qui il dit : « Allez consulter Belzéboub, dieu d’Eqron, pour savoir si je guérirai de mon mal présent. » L’Ange du Seigneur dit à Élie le Tisbite : « Debout ! monte à la rencontre des messagers du roi de Samarie et dis-leur : N’y a-t-il donc pas de Dieu en Israël, que vous alliez consulter Belzéboub, dieu d’Eqron ? C’est pourquoi ainsi parle le Seigneur : Le lit où tu es monté, tu n’en descendras pas, tu mourras certainement. »

Deuxième leçon. Et Élie s’en alla. Les messagers revinrent vers Ochozias, qui leur dit : « Pourquoi donc revenez-vous ? » Ils lui répondirent : « Un homme nous a abordés et nous a dit : Allez, retournez auprès du roi qui vous a envoyés, et dites-lui : Ainsi par le Seigneur : N’y a-t-il donc pas de Dieu en Israël, que tu envoies consulter Belzéboub, dieu d’Eqron ? C’est pourquoi le lit où tu es monté, tu n’en descendras pas, tu mourras certainement. »

Troisième leçon. Il leur demanda : « De quel genre était l’homme qui vous a abordés et vous a dit ces paroles ? » Et ils lui répondirent : « C’était un homme avec une toison et un pagne de peau autour des reins. » Il dit : « C’est Élie le Tisbite ! » Il lui envoya un cinquantenier et sa cinquantaine, qui monta vers lui – il était assis au sommet de la montagne et le cinquantenier lui dit : « Homme de Dieu ! Le roi a ordonné : Descends ! » Élie répondit et dit au cinquantenier : « Si je suis un homme de Dieu, qu’un feu descende du ciel et te dévore, toi et ta cinquantaine », et un feu descendit du ciel et le dévora, lui et sa cinquantaine.

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Augustin, évêque.

Quatrième leçon. Au cours des récits qui nous sont lus en ces jours, frères très chers, je vous ai souvent avertis de ne pas suivre la lettre qui tue, de ne pas abandonner l’esprit qui vivifie. C’est bien ce que dit l’Apôtre : « La lettre tue, l’Esprit vivifie ». Si nous ne voulons comprendre que les résonances de la lettre, nous ne retirerons des divines lectures, que peu ou point d’édification. Tous les récits que nous avons entendus sont un signe, une image des choses à venir. Figurées dans le Judaïsme, elles se sont accomplies au milieu de nous, par le don de la grâce de Dieu.

Cinquième leçon. Le bienheureux Élie est une figure du Seigneur, notre Sauveur. Tout comme Élie a souffert persécution de la part de Juifs, ainsi notre Seigneur, le véritable Élie, fut réprouvé et méprisé par des Juifs mêmes. Élie abandonne son peuple et le Christ déserte la synagogue. Élie s’en va au désert et le Christ vient dans le monde. Élie au désert est assisté par les corbeaux qui le nourrissent et le Christ dans le désert de ce monde est réconforté par la foi des Nations.

Sixième leçon. Car ces corbeaux qui, sur l’ordre du Seigneur, servaient le bienheureux Élie figuraient le peuple des Nations. Voilà pourquoi il est dit de l’Église des Nations : « Je suis noire mais pourtant belle, fille de Jérusalem ». Comment cette Église est-elle noire mais pourtant belle ? Noire par nature, belle par la grâce. Pourquoi noire ? « Vois, je suis né mauvais ma mère m’a conçu pécheur ». Pourquoi belle ? « Efface mon péché avec l’hysope, je serai pur, lave-moi, je serai plus blanc que neige ».

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, pape. Septième leçon. Quiconque a lu l’histoire de la chute de Jérusalem survenue sous les chefs romains Vespasien et Titus, reconnaît cette ruine que le Seigneur a décrite en pleurant. N’est-ce pas les chefs romains qu’il dénonce quand il dit : « Car des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’entoureront de tranchées » ? Et ces paroles aussi : « Ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre », témoignent du déplacement même de cette ville. Car si maintenant elle a été reconstruite en dehors de la porte, là où le Seigneur fut crucifié, c’est que la Jérusalem antérieure a été renversée de fond en comble, comme il est dit.

Huitième leçon. On indique pour quelle faute elle a subi la peine de sa ruine : c’est « parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu étais visitée ». Le Créateur de toutes choses avait, en effet, daigné la visiter par le mystère de son Incarnation. Mais elle ne s’est guère souciée ni de sa crainte ni de son amour. La prophétie y fait aussi allusion quand elle interpelle les oiseaux du ciel pour réprimander le cœur humain : « Même la cigogne, dans le ciel, connaît sa saison. La tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps de leur migration. Et mon peuple ne connaît pas le droit du Seigneur »

Neuvième leçon. Mais oui ! Le Rédempteur pleure la ruine de cette cité infidèle alors que cette cité même ne se doute en rien de ce qui va se passer. C’est bien a elle que le Seigneur dit en pleurant : « Si tu avais pu reconnaître, toi aussi, » – sous-entendu : tu pleurerais –. Mais parce que tu ignores ce qui t’attend tu jouis. Et c’est pourquoi il ajoute : « En ce jour qui était le tien, ce qui t’apportait la paix ». Car en son jour où elle se livrait aux désirs charnels et ne se souciait guère des malheurs à venir, elle avait ce qui pouvait lui apporter la paix.

ÉPÎTRE.

« Ma tristesse est grande, » s’écriait l’Apôtre des nations à la pensée de la réprobation qui s’apprêtait à frapper les Juifs ; « mon cœur est oppressé d’une douleur sans fin au sujet de mes frères, de ces hommes de mon sang pour qui j’eusse voulu être moi-même anathème. A eux, descendance d’Israël, appartenaient par héritage l’adoption des enfants, la gloire du peuple élu, le Testament, la Loi, le culte saint, les promesses d’en haut. Les patriarches formaient leur tige, et de leur race était le Christ selon la chair, le Christ Dieu béni dans les siècles ! » Et maintenant, dévoyés par leur faute, ils ne voient plus, ils n’entendent plus. La table somptueuse des Écritures, qui nourrissait leurs pères, n’est plus pour eux qu’une occasion de chute et un piège où ils se prennent eux-mêmes ; la nuit s’étend sur leur intelligence, et leur dos se courbe sous le châtiment pour des siècles.

O vous, gentils, qui avez pris la place de ces rameaux brisés sur la tige de l’alliance, que du moins leur chute vous serve d’exemple. Le Dieu qui se montrait pour vous prodigue d’une bonté toute gratuite, dans le temps même où il exerçait contre eux ses jugements, ne permettra pas sans doute que rien prévale en vous, malgré vous, contre les intentions de son amour. Si vous êtes fidèles à l’appel de sa grâce, il le sera de même pour éloigner les tentations que vous ne sauriez porter, ou faire en sorte que le secours divin élève toujours votre âme plus haut que l’épreuve ; vous trouverez en tout combat, non la défaite, mais le profit méritoire d’un triomphe d’autant plus glorieux qu’il aura semblé surpasser davantage les forces humaines. N’oubliez point toutefois que les mêmes causes qui ont amené la perte des Juifs pourraient aussi vous conduire à la ruine. Ils sont tombés à cause de leur incrédulité ; vous qui, autrefois, ne croyiez pas davantage et avez cependant obtenu miséricorde, c’est par la foi que vous êtes debout aujourd’hui : ne vous élevez donc point dans une vaine complaisance ; mais craignez que Dieu qui a pu rompre les branches naturelles de son arbre de choix ne vous épargne pas non plus, et considérez toujours, en même temps que sa bonté, l’inexorable rigueur de ses justices .

C’est donc bien opportunément que l’Église nous rappelle, dans l’Épître du jour, les antécédents lamentables du peuple déicide, et cette série de fautes et de châtiments qui préparèrent, avec le crime final, l’effondrement complet de la nation prévaricatrice. L’avantage de ceux qui vivent, comme nous le faisons, sur le soir du monde, est de pouvoir mettre à profit les leçons du passé. L’Esprit-Saint n’avait point d’autre but en écrivant, pour les âges futurs, l’histoire de l’ancien peuple ; il voulait nous manifester par les divers épisodes de cette histoire, groupés comme en autant de figures prophétiques, les règles de la Providence de Dieu sur le gouvernement du monde et de son Église. L’Église, établie par son Époux dans la vérité immuable, gardée par l’Esprit dans une sainteté indéfectible et toujours croissante, n’a point à craindre assurément de s’abîmer un jour, comme la synagogue, dans l’affreux naufrage dont nous sommes aujourd’hui les témoins ; la ruine des Juifs est l’annonce et l’image du renversement du monde qui aura rejeté l’Église, non de l’Église qui, alors, montera vers l’Époux consommée dans l’amour et la sainteté par les épreuves des derniers temps. Mais l’infaillible garantie de salut octroyée à la grande Épouse du Fils de Dieu ne s’étend point à ses membres individuels ou collectifs, qui sont les hommes et les nations. C’est à ceux-là, c’est à nous tous qu’il convient de méditer, pour l’éviter, le sort de Jérusalem et de ces pères du peuple juif qui, si longtemps avant la ruine de la ville sainte, couvraient déjà de leurs cadavres maudits toutes les routes du désert et ne parvenaient point à la terre promise.

Tous cependant, nous dit l’Apôtre, ils voyageaient, sur le chemin de la vie, protégés par la nuée mystérieuse sous laquelle la Sagesse les abritait durant le jour et les éclairait dans la nuit. Sous la conduite de Moïse figurant le chef divin du vrai peuple élu, tous ils avaient passé la mer. Baptisés dans les flots qui avaient englouti leurs ennemis, comme l’onde sainte engloutit les péchés des hommes, tous encore ils étaient nourris du même mets spirituel et s’abreuvaient à la même source divine sortant de la pierre qui était le Christ. Pourtant, si nombreux qu’ ils fussent, il y en eut bien peu en qui Dieu se complût. Mais combien les crimes des chrétiens ne l’emporteraient-ils pas en gravité sur les désirs mauvais, l’idolâtrie, la fornication, les murmures d’Israël, maintenant que les brillantes et substantielles réalités de la loi de la grâce remplacent partout les figures et les ombres ?

ÉVANGILE.

Le passage qu’on vient de lire dans le saint Évangile se rapporte au jour de l’entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem. Ce triomphe, que Dieu le Père ménageait à son Christ avant les jours de sa passion, n’était point, hélas ! On le vit bientôt, la reconnaissance de l’Homme-Dieu par la synagogue. Ni la douceur de ce roi qui venait à la fille de Sion monté sur l’ânesse, ni sa sévérité miséricordieuse contre les profanateurs du Temple, ni ses derniers enseignements dans la maison de son Père, ne devaient ouvrir des yeux obstinément fermés à la lumière du salut et de la paix. Les pleurs mêmes du fils de l’homme ne pouvaient donc arrêter la vengeance divine : il faut bien qu’enfin la justice ait son tour. « Malheur, s’écrient pour Dieu les prophètes, à la cité provocatrice, à la cité rachetée en vain qui n’a point écouté la voix de son Seigneur ! Ses princes, ses juges, ses prophètes et ses prêtres ont violé ma loi, faussé mes oracles, rempli ma maison d’iniquité et de tromperie. Broyez la ville, exterminez ses habitants ; quiconque ne sera pas marqué du Tau, tuez-le sans pitié. Mais commencez par mon sanctuaire, frappez les prêtres et les anciens ; souillez le Temple, et remplissez de cadavres ses parvis. »

La priorité dans le châtiment était bien due à ces chefs du peuple qui l’avaient eue dans le crime, à ces pontifes, à ces anciens qui avaient décrété la mort du juste et poussé la foule au reniement du prétoire. Jaloux des miracles de l’Homme-Dieu, ils disaient dans leur hypocrisie perfide : « Si nous le laissons faire ainsi, tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils détruiront notre ville. » Dieu a retourné contre Israël leur politique impie. Mais du moins, en ce qui les concerne, ils seront satisfaits : pas un d’eux ne verra les Romains ; dès avant l’arrivée des légions, Jean de Giscala et Simon fils de Gioras auront fait justice de cette aristocratie déicide, odieuse à la terre comme au ciel. Quand Titus, après ses combats, rentrera dans la ville éternelle, ces deux chefs de brigands, les vrais princes de la guerre, orneront son triomphe ; ils tiendront la place de la noblesse de Juda devant le char du vainqueur ; deux bandits représenteront Jérusalem dans les rues de Rome, sa rivale ! Justes représailles d’en haut pour les larrons dont la synagogue fit l’escorte de son Roi sur la voie douloureuse, et les compagnons du Christ au Calvaire ! Mais il convient de reprendre la suite des événements brièvement et par ordre.

Après la rupture avec Rome et la retraite de Cestius Gallus, le gouvernement de Jérusalem s’était trouvé remis aux soins du pontife Ananus beau-frère de Caïphe et le dernier des cinq fils d’Anne, le grand-prêtre, tous grands-prêtres eux-mêmes successivement comme l’avait été leur père. Par une disposition évidente de la justice souveraine, la famille coupable entre toutes du forfait du Calvaire devenait la tête de la nation au moment final, pour indiquer nettement le sens des vengeances de Jéhovah sur son peuple. Indépendamment du grand crime dont la responsabilité pesait sur sa race, Ananus d’ailleurs, personnellement, avait à expier la mort de saint Jacques le Mineur, martyrisé par ses ordres en l’année 62. Rationaliste ou Sadducéen comme ses proches, il déplorait la guerre et eût voulu renouer la paix. Mais il n’avait pas été libre de se soustraire à l’obligation d’organiser la défense : prince quoiqu’il en eût, selon l’expression d’Isaïe, toute cette ruine était dans ses mains ; il fallait qu’il en fût écrasé. Bientôt les fanatiques qui avaient amené la guerre et se faisaient appeler les Zélateurs, mécontents des ménagements d’Ananus, se soulevèrent et répandirent le sang des plus illustres personnages. Renforcés par tous les exaltés des autres villes et les pillards des campagnes qui affluaient chaque jour dans la ville sainte, ils s’emparèrent du Temple ; et, changeant par haine des vieilles familles sacerdotales l’ordre ancien de la sacrificature, ils établirent grand-prêtre un paysan, descendant obscur d’Aaron, si indigne d’une telle charge, qu’il ne savait même pas ce que c’était que le pontificat.

Vers le même temps, les débris des bandes galiléennes conduites par Jean de Giscala apportaient dans la capitale l’exaspération des premières défaites ; ils firent alliance avec les révoltés et accrurent encore leur rage insensée contre quiconque semblait vouloir pactiser avec Rome. Sur le conseil de Jean, les Zélateurs, pressés vivement par les troupes d’Ananus, et déjà refoulés dans le Temple intérieur, appelèrent à leur aide les pâtres de l’Idumée. Ces farouches auxiliaires, tombant sur Jérusalem à la faveur d’une nuit d’orage, taillèrent en pièces les gardes endormies. La terre, dit Josèphe, avait tremblé à leur approche, la veille au soir, et poussé des mugissements. Jusqu’au matin, sous le vent et la pluie, à la lueur des éclairs, mêlant leurs vociférations au bruit de la tempête, aux cris des blessés, aux hurlements des femmes, ils tuèrent sans pitié tout ce qui se trouva sous leurs pas. Quand le jour vint enfin porter sa I lumière sur les désastres de cette nuit terrible, huit mille cinq cents corps apparurent jonchant la terre et inondant de leur sang le pourtour du Temple. Le cadavre d’Ananus, insulté, dépouillé de ses vêtements, foulé aux pieds , fut jeté aux chiens. Les jours suivants, douze mille hommes, choisis parmi les premiers des habitants, périrent dans les tortures ou sous les coups des Iduméens. Après le départ de ces derniers, les Zélateurs, devenus maîtres de la ville, renchérirent encore sur leurs cruautés. Tous ceux dont le caractère indépendant, l’influence ou la naissance illustre excitaient les soupçons, étaient incontinent massacrés, sans qu’il fût permis aux survivants d’enterrer ou de pleurer leurs morts. Le menu peuple, les pauvres, les inconnus, échappaient seuls à ces atroces poursuites. La justice de Dieu passait sur les chefs de Juda.

Leur sang mêlé à la poussière, leurs corps sans sépulture, abandonnés comme le fumier sur les places, rappelèrent-ils à Sion les oracles qui avaient prédit ces jours de tribulation et d’angoisse, ces jours amers pour les puissants et les forts ? La chrétienté de Jérusalem, retirée au delà du Jourdain, se souvint alors, elle du moins, des paroles inspirées que saint Jacques, son évêque, adressait, huit ans auparavant, aux douze tribus de la dispersion : « Allez, riches ; pleurez maintenant ; hurlez sous le poids des misères qui vont fondre sur vous. Vos richesses ont pourri ; vous n’avez plus qu’un trésor de colère. Vos délices, vos festins somptueux vous ont engraissés pour le jour vengeur. Vous avez condamné le juste, et vous l’avez tué, sans qu’il vous résistât ; mais voici que le Seigneur approche. » C’était bien lui, en effet, qui se vengeait lui-même ; et Vespasien le comprenait, lorsqu’il répondait à ceux qui le pressaient de profiter de ces dissensions pour attaquer la ville : « Dieu est un plus grand général que moi ; laissons-le livrer les Juifs aux Romains sans travail de notre part, et nous donner sans danger la victoire. »

Jérusalem n’était encore qu’au commencement de ses douleurs et de ses guerres intestines. L’ambition de Jean de Giscala ne le laissa point rester longtemps en paix avec les Zélateurs. Séparé d’eux, il donna toute licence aux Galiléens qui soutenaient son pouvoir. Aux brigandages et aux tueries se joignirent les épouvantables débordements de cette race à moitié idolâtre qui avait remplace, au temps des rois Assyriens, les tribus d’Israël, et n’avait pris souvent du judaïsme qu’un fonds de superstition mélangé aux coutumes et aux vices de ses pères. La fille de Sion subit alors et vit s’étaler au grand jour les ignominies dont l’avaient menacée les prophètes du Seigneur. Humiliée, révoltée, la malheureuse cité voulut chercher à secouer son joug. Or, en ces jours, un voleur fameux ravageait l’Idumée, ruinant les villes et les bourgades, piétinant et brûlant les moissons, scrutant Édom, selon l’expression du prophète Abdias, et le fouillant jusqu’en ses entrailles. C’était Simon, fils de Gioras. Appelant à lui les esclaves, les malfaiteurs, les proscrits de toute sorte, les mécontents de tous les partis, il s’était fait une troupe déplus de vingt mille hommes pesamment armés, sans compter quarante mille autres qui le suivaient. Tel fut l’étrange Messie sur lequel Jérusalem jeta les yeux pour lui venir en aide. Une députation, présidée par un pontife, vint offrir la principauté au fils de Gioras. Celui-ci daigna consentir ; fier et hautain, raconte Josèphe, il agréa l’hommage de Sion suppliante, et fut introduit dans la ville de David, aux acclamations d’un peuple enthousiaste proclamant défenseur et Sauveur Simon le meurtrier, Simon le bandit ! O Jésus, fils de David et Fils de Dieu, comme vous êtes vengé à cette heure ! Ils le voulaient, ils l’avaient dit : « Non pas lui, mais Barabbas ! » Le choix fait par les fils répond aux préférences des pères ; Bar-Gioras acquittera dignement la dette de son prédécesseur et la sienne. Une fois entré dans la place, il traite en ennemis indistinctement ceux qui l’ont appelé et ceux contre lesquels ils avaient imploré sa venue. Massacrant jour et nuit, sa horde sauvage achève d’enlever à la population de Jérusalem ce qui pouvait lui rester encore d’hommes de mérite ou d’un crédit quelconque. Cependant les Galiléens, chassés de Sion et de la ville basse par les nouveaux arrivants, s’étaient repliés sur le Temple, dont ils occupaient la première enceinte. Les Zélateurs, de plus en plus en désaccord avec Jean de Giscala, se fortifièrent de leur côté dans le Temple intérieur. Moins nombreux que les deux autres partis, ils étaient défendus par leur situation dominante au sommet de la sainte montagne, et ne manquaient de rien, grâce aux prémices et aux oblations livrées sans défense à leurs mains souillées ; on les voyait passer le temps à s’enivrer et à faire bonne chère, pendant que les pierres lancées par les machines des Galiléens venaient devant eux frapper les prêtres jusque sur l’autel, et remplissaient de morts et de mourants les parvis sacrés. Sacrilège et ivrognerie, tel était donc le dernier mot de ces descendants des austères Pharisiens ! Ici encore le Christ était vengé. L’abomination de la désolation prédite par Daniel régnait dans le lieu saint. Jean de Giscala, assuré contre un retour offensif des Zélateurs par l’engourdissement où les plongeaient leurs festins copieux, tombait pendant ce temps comme un oiseau de proie sur la ville pour y chercher sa subsistance, mettant le feu, par haine de Simon, à ce qu’il ne pouvait emporter. Simon alors, au lieu d’éteindre l’incendie, l’étendait au contraire à tous les quartiers qui se trouvaient à portée des incursions de Jean, dans l’espoir de rendre impossible une autre fois le ravitaillement des Galiléens. D’immenses magasins de blé et d’autres provisions que la prudence des chefs de la nation avait entassées dans la pensée du siège à venir, lurent ainsi anéantis par ces deux hommes plus funestes à leur patrie que les Romains eux-mêmes. Ainsi se passa cette année 69, année de répit du côté de Rome déchirée par ses propres dissensions, et qui eût pu être si précieuse.

Il ne restait plus dans la ville que des vieillards et des femmes en dehors des bandes armées, lorsque l’approche de la Pâque de 70 produisit comme une trêve entre les partis. Jérusalem, épuisée d’habitants, se remplit de nouveau d’une multitude immense dépassant de beaucoup le chiffre de sa population ordinaire. A la suite du saccageaient par l’ennemi des provinces juives, après les douleurs de Sion punie de ses mains plus cruellement encore, c’était la nation tout entière qui accourait des quatre vents du monde au rendez-vous de la vengeance suprême. Tout entière elle avait de même été présente à la consommation du déicide ; la prédication des Apôtres n’avait pu lui arracher le désaveu de sa complicité dans le crime du Calvaire, et l’effrayante leçon des derniers événements ne l’avait pas éclairée davantage. Comme dans les jours de cette Pâque si salutaire aux hommes, si fatale à Juda, comme à la Pentecôte qui suivit, elle se retrouvait rassemblée de tous les pays qui sont sous le ciel ; non plus cette fois pour entendre prêcher la pénitence, mais pour subir l’extermination annoncée par Moïse et rappelée par saint Pierre à quiconque refuserait d’écouter le Messie du Seigneur.

Ainsi que l’Homme-Dieu l’avait dit, le jour fatal tomba subitement et comme un filet sur cette foule. L’empire était aux mains de Vespasien, la fortune romaine se rétablissait partout aux frontières, et Titus venait d’arriver à Césarée, chargé d’en finir du côté de l’Orient. Il envoya aux légions de Judée l’ordre d’opérer simultanément, des divers points qu’elles occupaient, leur concentration sur la capitale. Quand la dixième légion, venant de Jéricho, parut sur le mont des Oliviers, à la place même d’où Jésus pleurant sur Jérusalem avait prédit ce siège qui devait être sa ruine, la soudaineté imprévue de l’arrivée des Romains jeta la stupeur dans les rangs des pèlerins de la Pâque et changea les apprêts de la fête en dispositions belliqueuses. Mais vainement les partis, oubliant pour ce jour-là leurs querelles et unissant leurs forces, essayèrent-ils en deux sorties furieuses d’empêcher l’ennemi d’établir son camp sur la montagne : ils furent deux fois rejetés sur la ville. La Pâque qui se lève est bien pourtant toujours, et plus que jamais, le passage du Seigneur ; mais le Seigneur n’y conduit plus les fils de Jacob à la délivrance. Juda s’est fait l’ennemi de l’Agneau dont le sang doit marquer les rachetés de la Pâque. Quand le sang de cet Agneau divin inonde déjà toute la terre délivrée, quand la lumière du vainqueur de la mort illumine le monde, Juda n’en prétend pas moins garder encore ses figures et ses ombres ; plus endurci que l’Égyptien, plus criminel que Pharaon, s’il le pouvait, il enserrerait le véritable Israël dans les réseaux de sa loi d’esclavage, comme naguère il eût voulu retenir captif au tombeau le vrai Fils de Dieu. Mais le Seigneur s’est délivré dès longtemps, et, plus terrible qu’en Mesraïm, il passe aujourd’hui comme le vengeur de lui-même et de son Église ; et la Pâque, la fête des fêtes, dont chaque Dimanche ramène le vivant souvenir, reçoit aujourd’hui son dernier complément. « Qu’il sera terrible, disions-nous, le passage du Seigneur dans Jérusalem, lorsque l’épée romaine le suivra, exterminant à droite et à gauche un peuple tout entier ! »

« Malheur à toi, Ariel ! Ariel, ville de David, qui fus longtemps comme l’autel du Seigneur, tes années ont passé, tes fêtes ont fini leur cours. Les Psaumes, dans ta bouche, ont perdu leur sens ; ta lyre est faussée ; silence au bruit discordant de ces vains cantiques ! Le chant du deuil a retenti dans Israël ; voix de lamentation dans toutes les places ! partout on entend : Malheur, malheur ! »

Présage en effet terrible entre tous, sinistre annonce de l’accomplissement des anciens oracles : depuis la fête des Tabernacles de l’année 62, un homme étrange venu de la campagne, le paysan qu’appelait le prophète Amos, l’homme habile dans la science des lamentations, n’a point cessé de parcourir les rues de la cité maudite, criant jour et nuit : « Voix de l’Orient, voix de l’Occident, voix des quatre vents, voix sur Jérusalem et sur le Temple, voix sur les nouveaux époux et les nouvelles épouses, voix sur tout le peuple ! » Poursuivi, interrogé, frappé de verges, on a vu sa chair voler en lambeaux, ses os mis à nu, sans qu’il défaillît dans l’accomplissement de son effrayant ministère. Mais c’était surtout dans les fêtes, que le lugubre enthousiasme de ce précurseur des vengeances du fils de l’homme redoublait d’énergie, et donnait une vigueur surhumaine à ses accents. A chaque parole de bienveillance ou d’injure, à tout traitement bon ou mauvais, sans remercier ni se plaindre, il reprenait d’un ton toujours plus lamentable : « Malheur, malheur à Jérusalem ! » Enfin après sept ans et cinq mois durant lesquels jamais sa voix ne fut affaiblie ni enrouée, parcourant les murailles en vue des Romains dans les premiers jours du siège, et répétant toujours : « Malheur à la ville et au Temple, malheur au peuple », on l’entendit ajouter : « Malheur aussi sur moi ! » et il fût tué sur le coup d’une pierre lancée par une baliste.

Jérusalem a bu de la coupe d’assoupissement, et rien ne l’éclairé ; elle s’est enivrée au calice de la colère du Seigneur, et elle l’absorbe jusqu’à la lie. Quelle hideuse journée que cette dernière célébration de la Pâque juive, telle que l’historien nous la montre, sacrilège et sanglante, et marquée sous l’œil de l’ennemi par le réveil des dissensions factieuses ! Les Galiléens, profitant de l’ouverture des portes aux pèlerins, s’introduisent déguisés dans le Temple intérieur, et, démasquant soudain leurs armes, ils tombent sur la foule rangée autour de l’autel ; bâtonnant, égorgeant, foulant aux pieds mourants et morts, ils la repoussent en dehors des parvis dans un tumulte indescriptible, tandis que les Zélateurs surpris, épouvantés, sont contraints eux-mêmes de céder la place et s’enfuient dans les égouts. Fête odieuse, et que Dieu visiblement a rejetée ! Malheureux peuple accouru des extrémités de la terre à cette fatale solennité ! avant de céder à son empressement, que ne s’était-il appliqué la parole du Prophète disant : « Malheur à ceux qui désirent voir le jour du Seigneur ! qu’y gagnerez-vous à ce jour ? Ce jour du Seigneur, il sera de ténèbres et non de lumière. Vous y serez comme l’homme qui, fuyant de la face du lion, rencontre un ours, et qui, s’il entre dans la maison et appuie sa main sur la muraille, est mordu d’un serpent. » Les Romains dans leur camp, Simon dans la ville, et Jean, désormais seul maître au Temple, ont vérifié la prophétie.

De même qu’au temps de Jérémie, le glaive et la faim se disputent comme une proie toute cette multitude. Car dès le commencement, grâce aux déprédations antérieures, la famine s’est montrée ; son intensité, qui croît tous les jours, excite encore les instincts sauvages des bandes armées contre quiconque n’est pas dans leurs rangs. On tue maintenant dans Sion, non plus seulement par haine, mais aussi pour voler et pour vivre. Sous prétexte de conspiration, Simon et Jean traduisent les riches à leur barre ; joignant à l’injustice l’ironie sanglante, ces deux hommes, qui ne cessent point de se faire entre eux une guerre mortelle dans les intervalles des combats contre les Romains, s’envoient mutuellement, en signe de dérisoire entente, ceux qu’ils ont dépouillés de leurs biens pour qu’il soit statué sur leur vie. Moins de quarante ans auparavant, dans ces mêmes rues où tous les jours les principaux du peuple juif sont ainsi traînés ignominieusement de Simon à Jean et de Jean à Simon, une autre victime devenait de même, aux applaudissements des chefs de la nation, le gage d’une réconciliation hypocrite, et se voyait renvoyée d’Hérode à Pilate sous un vêtement de dérision pour chercher sa sentence.

Pendant que les tyrans se jouaient de la misère publique, une foule d’infortunés, que la disette contraignait de sortir de nuit dans la campagne pour tacher d’en rapporter quelques herbes sauvages, tombaient aux mains des Romains qui, se refusant à garder tant de prisonniers, les crucifiaient en vue des murs. On en prenait par jour jusqu’à cinq cents et plus ; et, détail affreux mais significatif en face du Calvaire, il arriva de leur grand nombre, dit Josèphe, que l’espace manqua pour planter les croix, et le bois pour en faire.

Titus avait espéré pouvoir réduire en peu de temps Jérusalem. Sans tenir compte des prophéties qui annonçaient l’investissement de la ville déicide, il avait choisi la voie des négociations et des assauts de préférence aux lenteurs du blocus. Mais ses parlementaires ne recevaient en retour de leurs paroles de paix que des injures et des flèches ; et la valeur des légions restait impuissante contre les forteresses derrière lesquelles se retranchait la rage des factieux. Après deux mois d’efforts, la ville basse, ruinée d’avance par les partis, était seule encore au pouvoir des Romains, tandis que Sion et Moriah dressaient toujours au-dessus d’eux leurs têtes inexpugnables. Il fallut donc se résigner à remettre à plus tard Rome et ses plaisirs, et enserrer Jérusalem dans cette ligne puissante de circonvallation que décrit l’Évangile. L’exécution littérale du plan tracé par Dieu primait l’impatience de Titus. Les légionnaires se mirent à l’œuvre ; la bêche et la pioche remplacèrent le javelot dans leurs mains. On eût dit qu’ils avaient conscience de la parole auguste dont ils étaient en ce moment les servants fidèles : une impulsion divine les animait, dit Josèphe. Dans l’espace de trois jours, ils achevèrent un mur en terrassement de près de deux lieues de circuit et flanqué de redoutes, qui eût semblé demander des mois. « J’investirai Ariel, avait dit Jéhovah ; je l’entourerai comme d’un cercle de forteresses, et elle sera triste et désolée, et elle sera vraiment pour moi comme Ariel, n’étant plus dans son étendue qu’un autel qui regorge »

La famine prit alors d’épouvantables proportions, toute possibilité de sortie dans la campagne étant désormais enlevée aux malheureux qui avaient pu jusque-là se nourrir tant bien que mal de graines et de racines rapportées des champs au péril de leur vie. Le boisseau de blé se vendait un talent (6,000 fr.). Pendant que ceux qui pouvaient y prétendre donnaient tout ce qu’ils avaient de plus précieux pour un morceau de pain, la multitude cherchait dans les cloaques. On dévorait gloutonnement des détritus immondes ; on réservait en grand secret, comme un trésor, des ordures sans nom, que l’époux disputait à l’épouse et la mère à ses enfants. Les factieux s’étaient ri jusque-là de la détresse du peuple ; bientôt ils sentirent eux-mêmes les atteintes du fléau. On les vit alors s’attaquer en furieux à tous ceux qui passaient pour garder des vivres ; taxant de feinte la faiblesse des mourants, dénonçant dans ceux qui marchaient encore le peu de forces qui leur restait comme un indice qu’ils détenaient par devers eux quelque aliment caché, ils torturaient d’une manière affreuse ces malheureux pour leur faire avouer leur prétendu crime. Pareils à des chiens affamés, selon l’expression commune de l’historien et du psalmiste, ils couraient la ville, enfonçant les portes des maisons soupçonnées, furetant partout, et revenant jusqu’à deux et trois fois en une heure. Un jour, une odeur succulente, qui s’exhalait d’une maison plusieurs fois déjà visitée ainsi, frappa soudain quelques-uns d’eux ; ils se précipitent ; une femme était là, qu’ils menacent de tuer si elle ne leur livre aussitôt son festin : « C’est mon fils, leur dit-elle ; en voici les restes ! » La malheureuse était Marie, fille d’Eléazar, dame opulente naguère et d’une illustre naissance, qui, dans l’égarement de la faim, avait tué son enfant à la mamelle et s’en était nourrie.

Tant d’horreurs n’arrivaient point à fléchir l’obstination féroce de Jean de Giscala et de Simon fils de Gioras. En dépit néanmoins de leurs précautions et des cruautés qu’ils exerçaient contre quiconque était soupçonné de pensées d’évasion, une foule d’assiégés gagnaient chaque jour le camp romain en se jetant du haut des murs. Titus, ému d’une si grande misère, les recevait avec bienveillance et leur rendait la liberté. Mais « Dieu, c’est Josèphe qui parle, avait condamné tout ce peuple, et il faisait que les voies mêmes de salut tournaient à sa perte. » Plusieurs arrivaient tellement épuisés, qu’ils trouvaient la mort en prenant une nourriture trop longtemps différée. D’autres, en plus grand nombre, tombaient sous les coups des Arabes et des Syriens qui suivaient l’armée romaine. Car le bruit s’étant répandu que quelques transfuges avalaient leur or en quittant la ville, pour le cacher plus sûrement, ces auxiliaires, étrangers à la discipline des légions et ennemis héréditaires du peuple juif, attiraient les infortunés dans des guets-apens et les dépeçaient sans pitié, dans l’espoir de trouver de la sorte à satisfaire leur avarice monstrueuse. Pendant une seule nuit on en compta deux mille dont les entrailles palpitâmes furent ainsi répandues. C’était la mort de Judas, le supplice de la trahison déicide. Tout ce peuple n’avait-il pas été traître, en effet, au même titre que l’apôtre infidèle ? Judas avait livré le fils de l’homme aux princes des prêtres et aux chefs de sa nation ; les Juifs le livrèrent aux païens ; et le prophète Zacharie fait porter sur eux tous la responsabilité du marché infâme qui ouvrit les scènes de la passion.

Dans la ville, les ravages de la famine dépassaient toute idée « Aucune ville en aucun temps, dit encore l’historien juif reprenant à son insu le mot du Seigneur, ne vit jamais tribulation pareille. » En quelques mois on releva le chiffre effroyable de six cent mille morts auxquels fut encore accordé un semblant de sépulture. Quant aux autres, on ne put les compter. Car la force manqua aux survivants, et on laissa les victimes de la faim pourrir pêle-mêle dans les maisons ou sur les places.

Cependant, le 12 juillet, une épreuve plus grande frappa Jérusalem et toute la nation : faute de victimes, le sacrifice perpétuel cessa comme au temps d’Antiochus ; mais cette fois c’était pour toujours. C’était la fin : la fin ouvertement déclarée du mosaïsme et de son culte, remplacé désormais sans conteste par le Sacrifice de la loi d’amour ; la fin à bref délai d’un siège et d’une guerre qui n’avaient plus leur raison d’être. Une douleur immense, sans compensation, succéda dans les cœurs juifs à la vaine espérance qu’y avaient maintenue jusqu’au bout les faux prophètes.

L’opiniâtreté de Simon et de Jean n’en rejeta pas moins, même alors, les avances de Titus qui offrait toujours d’épargner le Temple et la ville. La lutte reprit donc, implacable et sans merci. Mais la vigueur des soldats juifs ne répondait plus au fanatisme de leurs chefs ; épuisés par la faim, ils n’avaient plus la force persévérante qui eût été nécessaire pour repousser les assauts continus des Romains. Déjà la tour Antonia, qui commandait le Temple, était au pouvoir de ces derniers, et chaque jour les voyait serrer de plus près l’édifice sacré. Ses défenseurs voulurent tenter un dernier effort ; s’excitant par la considération de l’extrémité de leurs maux, ils se ruèrent par la vallée du Cédron sur la circonvallation ennemie et chargèrent avec rage le poste établi à la montagne des Oliviers. On eût dit que l’instinct de la vengeance divine qui pesait sur eux les ramenait fatalement, pour les derniers combats, à cette place de la prophétie et des pleurs du fils de l’homme où s’était de même engagée, nous l’avons vu, la première bataille. Repoussés, désespérés, en rentrant dans la ville pour n’en plus sortir, ils mirent eux-mêmes le feu aux portiques extérieurs du Temple et abandonnèrent aux Romains la première enceinte.

Titus cependant voulait sauver le Temple à tout prix. « Mais, dit Josèphe, Dieu l’avait dès longtemps condamné au feu, et ce furent les Juifs qui de nouveau, quelque temps après, posèrent la cause de l’incendie, au jour fatal marqué par les décrets divins. » C’était le 4 août 70, un jour de sabbat, anniversaire de la première ruine du saint lieu sous Nabuchodonosor. Les gardiens du Temple exaspérés par la souffrance, hébétés par la faim, en vinrent aux prises avec les soldats qui, sur l’ordre de Titus, éteignaient à l’extérieur les restes des incendies allumés dans les jours précédents. Ils furent bientôt rejetés dans le Temple, mais cette fois n’y rentrèrent pas seuls. Pendant qu’ils tombent en foule sous le fer des Romains devenus à l’improviste les maîtres de l’enceinte intérieure, un soldat oubliant les instructions données, poussé, dit l’historien, par une force divine, s’empare d’un tison embrasé et le jette par une fenêtre dans une des salles attenantes au sanctuaire. La flamme éclate et se propage ; vainement Titus veut l’arrêter. De la montagne de Sion les soldats de Simon la voient s’élever jusqu’au ciel. A son apparition sinistre, affamés et blessés, tournés vers le Temple qui s’écroule, oublient leurs tortures. De toutes ces poitrines, remuées enfin d’un même sentiment, s’échappe une acclamation immense de désespoir, qui, s’unissant aux clameurs des soldats païens, retentit jusque dans les montagnes de la Pérée au delà du Jourdain et de la mer Morte. Tandis que Moriah tout en feu semble brûler jusqu’en ses fondements, le sang y lutte avec la flamme ; le nombre des tués est tel que nulle part on ne voit la terre, et qu’on marche partout sur des monceaux de cadavres. Les prêtres réfugiés sur le faite de leur Temple, les enfants et les femmes entassés par milliers dans les galeries, périssent dans les flammes avec les trésors du sanctuaire.

Jean de Giscala, rassemblant les débris de sa troupe, s’était fait jour à travers les bataillons ennemis et avait rejoint Simon dans la ville haute. La lutte devait s’y prolonger quelques semaines encore ; mais c’était l’agonie. Le 1er septembre, Sion était prise, saccagée et brûlée comme Moriah, comme la ville basse. La prédiction de notre Évangile était accomplie. Jérusalem, renversée à terre elle et ses fils, n’était plus qu’un amas de décombres fumants. Onze cent mille hommes avaient péri durant le siège. De quatre-vingt-dix-sept mille prisonniers faits dans toute la guerre, sept cents furent triés pour le triomphe du vainqueur ; ceux des autres qui passaient dix-sept ans furent envoyés aux mines ou réservés pour l’amphithéâtre ; le reste alimenta quelque temps les marchés d’esclaves de l’empire.

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Sainte Marthe vierge mémoire de Saint Félix Pape et des Saints Simplice Faustin et Béatrice Martyrs

29 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Marthe vierge mémoire de Saint Félix Pape et des Saints Simplice Faustin et Béatrice Martyrs

Collecte

Exaucez-nous, ô Dieu notre salut : et comme nous trouvons un sujet de joie dans la fête de la bienheureuse Marthe, votre Vierge : faites que nous goûtions les enseignements et la ferveur d’une pieuse dévotion.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Marthe, issue de parents nobles et riches, est célèbre par l’hospitalité qu’elle donna au Seigneur. Après l’ascension de Jésus dans les cieux, les Juifs s’emparèrent d’elle, de son frère, de sa sœur, de Marcelle leur servante et de beaucoup d’autres Chrétiens, parmi lesquels Maximin, l’un des soixante-douze disciples, qui avait baptisé toute cette famille. Marthe fut embarquée sur un vaisseau sans voiles ni rames, et exposée à un naufrage certain sur l’immensité de la mer ; mais la main de Dieu dirigea le navire, qui les conduisit tous sains et saufs à Marseille.

Cinquième leçon. Leur prédication, jointe à ce miracle, convertit à Jésus-Christ les habitants de cette ville, puis ceux d’Aix et les populations voisines. Lazare fut créé Évêque de Marseille, et Maximin, Évêque d’Aix. Madeleine, qui avait eu coutume de se tenir aux pieds du Seigneur et d’écouter sa parole, alla s’enfermer dans une vaste caverne sur une haute montagne, afin de jouir de la meilleure part qu’elle s’était réservée, à savoir la contemplation du bonheur céleste ; elle y vécut trente ans, privée de tout rapport avec les hommes, et chaque jour les Anges relevaient dans les airs pour qu’elle entendît les louanges des esprits célestes.

Sixième leçon. Pour ce qui est de Marthe, dont l’éminente sainteté de vie et la charité provoquèrent l’amour et l’admiration de tous les Marseillais, elle se retira avec quelques femmes d’une haute vertu dans un lieu solitaire ; elle y vécut de longues années avec une grande réputation de piété et de prudence. Enfin, après s’être illustrée par des miracles et avoir prédit longtemps à l’avance le jour de sa mort, elle s’en alla vers le Seigneur, le quatrième jour des calendes d’août. A Tarascon on entoure son corps d’une grande vénération.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, Évêque. Sermo 26 de verbis Domini

Septième leçon. Les paroles de notre Seigneur Jésus-Christ qu’on vient de lire dans l’Évangile, nous rappellent qu’il est une seule chose à laquelle nous devons tendre, au milieu des soins multiples de ce monde. Or, nous y tendons comme étrangers et non comme citoyens ; comme étant sur la route et non dans la patrie ; comme aspirants et non comme possesseurs. Tendons-y néanmoins, et tendons-y sans paresse et sans relâche, afin de pouvoir y arriver un jour. Marthe et Marie étaient deux sœurs, sœurs non seulement par la chair, mais par la religion ; toutes deux s’attachèrent au Seigneur ; toutes deux d’un commun accord, servirent le Seigneur pendant les jours de sa vie mortelle.

Huitième leçon. Marthe le reçut comme on reçoit un hôte, mais c’était néanmoins la servante qui recevait son Seigneur, une malade qui recevait son Sauveur, la créature qui recevait son Créateur. Elle le reçut pour lui donner la nourriture du corps, et pour recevoir de lui la nourriture de l’âme. Car le Seigneur a voulu prendre la forme d’esclave, et, dans cette forme d’esclave, être nourri par ses serviteurs, et cela par bonté, non par nécessité. Ce fut en effet de sa part une bonté que de se laisser nourrir. Sans doute, il avait une chair sujette à la faim et à la soif ; mais ignorez-vous que des Anges lui apportèrent à manger, quand il eut faim au désert ? Si donc il a voulu être nourri, ç’a été dans l’intérêt de quiconque le nourrissait. Et quoi d’étonnant, puisqu’il a fait ainsi du bien à une veuve, en nourrissant par elle le saint Prophète Élie, qu’il avait nourri auparavant par le ministère d’un corbeau ? Est-ce qu’il est impuissant à nourrir le Prophète, pour l’envoyer à cette veuve ? Nullement, mais il se proposait de bénir la pieuse veuve, en raison du service rendu à son serviteur.

Neuvième leçon. C’est donc ainsi que le Seigneur fut reçu en qualité d’hôte ; « lui qui est venu chez lui, et les siens ne l’ont point reçu, mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu », adoptant des esclaves et les prenant pour enfants, rachetant des captifs et les faisant ses cohéritiers. Qu’il n’arrive cependant à aucun de vous de dire : ô bienheureux ceux qui ont eu l’honneur de recevoir le Christ dans leur propre maison ! Garde-toi de te plaindre et de murmurer de ce que tu es né à une époque où tu ne vois plus le Seigneur en sa chair. Il ne t’a point privé de cette faveur. « Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces plus petits d’entre mes frères, dit-il, c’est à moi que vous l’avez fait ». En voilà assez sur la nourriture corporelle à offrir au Seigneur. Quant à la nourriture spirituelle qu’il nous donne, nous en dirons quelques mots à l’occasion.

 

Madeleine, cette fois, avait été la première au-devant du Seigneur. Huit jours à peine étaient écoulés depuis son glorieux passage, que rendant à sa sœur le bon office qu’elle en reçut autrefois, elle venait lui dire à son tour : « Le bien-aimé est là, et il t’appelle ». Et Jésus, prenant les devants, paraissait lui-même : « Viens, disait-il, « mon hôtesse ; viens de l’exil, tu seras couronnée ». Hôtesse du Seigneur, tel sera donc au ciel comme ici-bas le nom de Marthe et son titre de noblesse éternel.

« En quelque ville ou village que vous entriez, disait l’Homme-Dieu à ses disciples, informez-vous qui en est digne, et demeurez chez lui ». Or, raconte saint Luc, il arriva que comme ils marchaient, lui-même entra en un certain village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison, Où chercher plus bel éloge, où trouver plus sûre louange de la sœur de Madeleine, que dans le rapprochement de ces deux textes du saint Évangile ?

Ce certain lieu où elle fut, comme en étant digne, élue par Jésus pour lui donner asile, ce village, dit saint Bernard, est notre humble terre, perdue comme une bourgade obscure dans l’immensité des possessions du Seigneur. Le Fils de Dieu, parti des cieux, faisait route à la recherche de la brebis perdue, guidé par l’amour. Sous le déguisement de notre chair de péché, il était venu dans ce monde qui était son œuvre, et le monde ne l’avait point connu ; Israël, son peuple, n’avait pas eu pour lui, même une pierre où il pût reposer sa tête, et l’avait laissé dans sa soif mendier l’eau des Samaritains. Nous, ses rachetés de la gentilité, qu’à travers reniements et fatigues il poursuivait ainsi, n’est-il pas vrai que sa gratitude doit être aussi la nôtre pour celle qui, bravant l’impopularité du moment, la persécution de l’avenir, voulut solder envers lui notre dette à tous ?

Gloire donc à la fille de Sion, descendante des rois, qui, fidèle aux traditions d’hospitalité des patriarches ses premiers pères, fut bénie plus qu’eux dans l’exercice de cette noble vertu ! Plus ou moins obscurément encore, ils savaient pourtant, ces ancêtres de notre foi, que le désiré d’Israël et l’attente des nations devait paraître en voyageur et en étranger sur la terre. Aussi, eux-mêmes pèlerins d’une patrie meilleure, sans demeure fixe, ils honoraient le Sauveur futur en tout inconnu se présentant sous leur tente ; comme nous leurs fils dans la foi des mêmes promesses, accomplies maintenant, vénérons le Christ dans l’hôte que sa bonté nous envoie. Pour eux comme pour nous, cette relation qui leur était montrée entre Celui qui devait venir et l’étranger cherchant un asile, faisait de l’hospitalité, fille du ciel, une des plus augustes suivantes de la divine charité. Plus d’une fois, la visite d’Anges se prêtant sous des traits humains aux bons offices de leur zèle, manifesta en effet la complaisance qu’y prenaient les cieux. Mais s’il convient d’estimer à leur prix ces célestes prévenances dont notre terre n’était point digne, combien pourtant s’élève plus haut le privilège de Marthe, vraie dame et princesse de la sainte hospitalité, depuis qu’elle en a placé l’étendard au sommet vers lequel convergèrent tous les siècles de l’attente et ceux qui suivirent !

S’il fut grand d’honorer le Christ, avant sa venue, dans ceux qui de près ou de loin étaient ses figures ; si Jésus promet l’éternelle récompense à quiconque, depuis qu’il n’est plus avec nous, l’abrite et le sert en ses membres mystiques : celle-là est plus grande et mérita plus, qui reçut en personne Celui dont le simple souvenir ou la pensée donne à la vertu dans tous les temps mérite et grandeur. Et de même que Jean l’emporte sur tous les Prophètes, pour avoir montré présent le Messie qu’ils annonçaient à distance ; ainsi le privilège de Marthe, tirant son excellence de la propre et directe excellence du Verbe de Dieu qu’elle secourut dans la chair même qu’il avait prise pour nous sauver, établit la sœur de Madeleine au-dessus de tous ceux qui pratiquèrent jamais les œuvres de miséricorde.

Si donc Madeleine aux pieds du Seigneur garde pour elle la meilleure part, ne croyons pas que celle de Marthe doive être méprisée. Le corps est un, mais il a plusieurs membres, et tous ces membres n’ont pas le même rôle ; ainsi l’emploi de chacun dans le Christ est différent selon la grâce qu’il a reçue, soit pour prophétiser, soit pour servir. Et l’Apôtre, exposant cette diversité de l’appel divin : « Par la grâce qui m’a été donnée, disait-il, je recommande à tous ceux qui sont parmi vous de ne point être sage plus qu’il ne convient d’être sage, mais de se tenir à la mesure du don que Dieu départit à chacun dans la foi ». O discrétion, gardienne de la doctrine autant que mère des vertus, que de pertes dans les âmes, que de naufrages parfois, vous feriez éviter !

« Quiconque, dit saint Grégoire avec son sens si juste toujours, quiconque s’est donné entièrement à Dieu, doit avoir soin de ne pas se répandre seulement dans les œuvres, et tendre aussi aux sommets de la contemplation. Cependant il importe extrêmement ici de savoir qu’il y a une grande variété de tempéraments spirituels. Tel qui pouvait vaquer paisible à la contemplation de Dieu, tombera écrasé sous les œuvres ; tel que l’usuelle occupation des humains eût gardé dans une vie honnête, se blesse mortellement au glaive d’une contemplation qui dépasse ses forces : ou faute de l’amour qui empêche le repos de tourner en torpeur, ou faute de la crainte qui garde des illusions de l’orgueil et des sens. L’homme qui désire être parfait doit à cause de cela s’exercer dans la plaine d’abord, à la pratique des vertus, pour monter plus sûrement aux hauteurs, laissant en bas toute impulsion des sens qui ne peuvent qu’égarer les recherches de l’esprit, toute image dont les contours ne sauraient s’adapter à la lumière sans contours qu’il désire voir. A l’action donc le premier temps, à la contemplation le dernier. L’Évangile loue Marie, mais Marthe n’y est point blâmée, parce que grands sont les mérites de la vie active, quoique meilleurs ceux de la contemplation ».

Et si nous voulons pénétrer plus avant le mystère des deux sœurs, observons que, bien que Marie soit la préférée, ce n’est pourtant point dans sa maison, ni dans celle de Lazare leur frère, mais dans la maison de Marthe, que l’Homme-Dieu nous est montré faisant séjour ici-bas avec ceux qu’il aime. Jésus, dit saint Jean, aimait Marthe, et sa sœur Marie, et Lazare : Lazare, figure des pénitents que sa miséricordieuse toute-puissance appelle chaque jour de la mort du péché à la vie divine ; Marie, s’adonnant dès ce monde aux mœurs de l’éternité ; Marthe enfin, nommée ici la première comme l’aînée de son frère et de sa sœur, la première en date mystiquement selon ce que disait saint Grégoire, mais aussi comme celle de qui l’un et l’autre dépendent en cette demeure dont l’administration est remise à ses soins. Qui ne reconnaîtrait là le type parfait de l’Église, où, dans le dévouement d’un fraternel amour sous l’œil du Père qui est aux cieux, le ministère actif tient la préséance de gouvernement sur tous ceux que la grâce amène à Jésus ? Qui ne comprendrait aussi les préférences du Fils de Dieu pour cette maison bénie ? L’hospitalité qu’il y recevait, toute dévouée qu’elle fût, le reposait moins de sa route laborieuse que la vue si achevée déjà des traits de cette Église qui l’avait attiré du ciel en terre.

Marthe par avance avait donc compris que quiconque a la primauté doit être le serviteur : comme le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir ; comme plus tard le Vicaire de Jésus, le prince des prélats de la sainte Église, s’appellera Serviteur des serviteurs de Dieu. Mais en servant Jésus, comme elle servait avec lui et pour lui son frère et sa sœur, qui pourrait douter que plus que personne elle entrait en part des promesses de cet Homme-Dieu, lorsqu’il disait : « Qui me sert me suit ; et où je serai, là aussi sera mon serviteur ; et mon Père l’honorera ». Et cette règle si belle de l’hospitalité antique, qui créait entre l’hôte et l’étranger admis une fois à son foyer des liens égaux à ceux du sang, croyons-nous que dans la circonstance l’Emmanuel ait pu n’en pas tenir compte, lorsqu’au contraire son Évangéliste nous dit qu’« à tous ceux qui le reçurent il a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu ». C’est qu’en effet « quiconque le reçoit, déclare-t-il lui-même, ne reçoit pas lui seulement, mais le Père qui l’envoie » .

La paix promise à toute maison qui se montrerait digne de recevoir les envoyés du ciel, la paix qui ne va point sans l’Esprit d’adoption des enfants, s’était reposée sur Marthe avec une incomparable abondance. L’exubérance trop humaine qui d’abord s’était laissée voir dans sa sollicitude empressée, avait été pour l’Homme-Dieu l’occasion de montrer sa divine jalousie pour la perfection de cette âme si dévouée et si pure. Au contact sacré, la vive nature de l’hôtesse du Roi pacifique dépouilla ce qu’il lui restait de fébrile inquiétude ; et servante plus active que jamais, plus agréée qu’aucune autre, elle puisa dans sa foi ardente au Christ Fils du Dieu vivant l’intelligence de l’unique nécessaire et de la meilleure part qui devait un jour être aussi la sienne. Oh ! quel maître de la vie spirituelle, quel modèle ici Jésus n’est il pas de discrète fermeté, de patiente douceur, de sagesse du ciel dans la conduite des âmes aux sommets !

Jusqu’à la fin de sa carrière mortelle, selon le conseil de stabilité que lui-même il donnait aux siens, l’Homme-Dieu resta fidèle à l’hospitalité de Béthanie : c’est de là qu’il partit pour sauver le monde en sa douloureuse Passion ; c’est de Béthanie encore que, quittant le monde, il voulut remonter dans les cieux. Alors cette demeure, paradis de la terre, qui avait abrité Dieu, la divine Mère, le collège entier des Apôtres, parut bien vide à ceux qui l’habitaient. L’Église tout à l’heure nous dira par quelles voies, toutes d’amour pour nous Gentils, l’Esprit de la Pentecôte transporta dans la terre des Gaules la famille bénie des amis de l’Homme-Dieu.

Sur les rives du Rhône, Marthe restée la même apparut comme une mère, compatissant à toutes misères, s’épuisant en bienfaits Jamais sans pauvres, dit l’ancien historien des deux sœurs, elle les nourrissait avec une tendre sollicitude des mets que le ciel fournissait abondamment à sa charité, n’oubliant qu’elle-même, ne se réservant que des herbes ; et en mémoire du glorieux passé, comme elle avait servi le Chef de l’Église en sa propre personne, elle le servait maintenant dans ses membres, toujours aimable pour tous, affable à chacun. Cependant les pratiques d’une effrayante pénitence étaient ses délices. Mille fois martyre, de toutes les puissances de son âme Marthe la très sainte aspirait aux cieux. Son esprit, perdu en Dieu, s’absorbait dans la prière et y passait les nuits. Infatigablement prosternée, elle adorait régnant au ciel Celui qu’elle avait vu sans gloire en sa maison. Souvent aussi elle parcourait les villes et les bourgs, annonçant aux peuples le Christ Sauveur.

Avignon et d’autres villes de la province Viennoise l’eurent pour apôtre. Tarascon fut par elle délivré de l’ancien serpent, qui sous une forme monstrueuse perdait les corps comme au dedans il tyrannisait les âmes. Ce fut là qu’au milieu d’une communauté de vierges qu’elle avait fondée, elle entendit le Seigneur l’appeler en retour de son hospitalité d’autrefois à celle des cieux. C’est là qu’aujourd’hui encore elle repose, protégeant son peuple de Provence, accueillant en souvenir de Jésus l’étranger. La paix des bienheureux qui respire en sa noble image, pénètre le pèlerin admis à baiser ses pieds apostoliques ; et en remontant les degrés de la crypte sacrée pour reprendre sa route dans cette vallée d’exil, il garde, comme un parfum de la patrie, le souvenir de l’unique et touchante épitaphe : SOLLICITA NON TURBATUR ; zélée toujours, elle n’est plus troublée.

Entrée pour jamais comme Madeleine en possession de la meilleure part, votre place, ô Marthe, est belle dans les cieux. Car celui qui sert dignement s’acquiert un rang élevé, dit saint Paul, et sa confiance est grande à juste titre dans la foi du Christ Jésus : le service que les diacres dont parlait l’Apôtre accomplissent pour l’Église, vous l’avez accompli pour son Chef et son Époux ; vous avez bien gouverné votre maison, qui était la figure de cette Église aimée du Fils de Dieu. Or, assure encore le Docteur des nations, « Dieu n’est point injuste, pour oublier vos œuvres et l’amour que vous avez témoigné pour son nom, vous qui avez servi les saints ». Et le Saint des saints, devenu lui-même votre hôte et votre obligé, ne nous laisse-t-il pas déjà entrevoir assez vos grandeurs, lorsque parlant seulement du serviteur fidèle établi sur sa famille pour distribuer à chacun la nourriture au temps voulu, il s’écrie : « Heureux ce serviteur que le Maître, quand il viendra, trouvera agissant de la sorte ! en vérité, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens ». O Marthe, l’Église tressaille en ce jour où le Seigneur vous trouva, sur notre terre des Gaules, continuant de l’accueillir en ces plus petits où il déclare que nous devons maintenant le chercher. Il est donc venu le moment de la rencontre éternelle ! Assise désormais, dans la maison de cet hôte fidèle plus qu’aucun aux lois de l’hospitalité, vous le voyez faire de sa table votre table, et se ceignant à son tour, vous servir comme vous l’avez servi.

Du sein de votre repos, protégez ceux qui continuent de gérer les intérêts du Christ ici-bas, dans son corps mystique qui est toute l’Église, dans ses membres fatigués ou souffrants qui sont les pauvres et les affligés de toutes sortes. Multipliez et bénissez les œuvres de la sainte hospitalité ; que le vaste champ de la miséricorde et de la charité voie ses prodigieuses moissons s’accroître encore en nos jours. Puisse rien ne se perdre de l’activité si louable où se dépense le zèle de tant d’âmes généreuses ! et dans ce but, ô sœur de Madeleine, apprenez à tous, comme vous-même l’avez appris du Seigneur, à mettre au-dessus de tout l’unique nécessaire, à estimer à son prix la meilleure part. Après la parole qui vous fut dite moins pour vous que pour tous, quiconque voudrait troubler Madeleine aux pieds de Jésus, ou l’empêcher de s’y rendre, verrait à bon droit le ciel froissé stériliser ses œuvres.

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Super He. cap. 13 l. 3

28 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

Super He. cap. 13 l. 3

Lectio 3

Super He. cap. 13 l. 3 Supra monuit apostolus, quomodo se debent habere ad praelatos mortuos, ut scilicet in fide ipsorum permaneant, hic monet eos, qualiter se debeant habere ad viventes, et primo quomodo ad alios; secundo quomodo ad seipsum Paulum, ibi orate pro nobis, et cetera. Dicit ergo obedite praepositis vestris. Ubi considerandum est, quod duo debemus praelatis, scilicet obedientiam ut ipsorum mandata impleamus, unde dicit obedite. I R. XV, 22: melior est obedientia quam victimae. Item reverentia, ut eos honoremus tamquam patres, et ipsorum disciplinam toleremus, et ideo dicit subiacete eis. I P. II, 13: subiecti estote omni humanae creaturae. Rm. XIII, 2: qui potestati resistit, Dei ordinationi resistit. Rationem subiectionis subdit, dicens ipsi enim pervigilant. Quare enim debeamus obedire et subiici praelatis, hoc est ideo quia incumbit eis labor et periculum imminet. Unde, quantum ad laborem sollicitudinis, qui eis incumbit de regimine subditorum, dicit quod ipsi pervigilant, id est perfecte vigilant. Rm. XII, 8: qui praeest in sollicitudine. Vigilare enim super gregem commissum incumbit praelatis. Unde Lc. II, 8 dicitur: pastores, per quos designantur praelati, erant vigilantes et custodientes vigilias noctis super gregem suum; quia dum dormiunt homines, inimicus homo superseminat zizania in medio tritici, ut dicitur Mt. XIII, 24 ss. Quantum autem ad periculum quod imminet, dicit quasi pro animabus vestris reddituri rationem. Hoc est enim maximum periculum, hominem de factis alterius rationem reddere, qui pro suis non sufficit. III R. XX, 39: custodi virum istum, qui si Reg. XX, 39: custodi virum istum, qui si lapsus fuerit, erit anima tua pro anima illius. Reddent enim praelati in die iudicii rationem de sibi commissis, quando fiet eis illa quaestio Jr. XIII, 20: ubi est grex qui datus est tibi, pecus inclytum tuum? Quid dices, cum visitaverit te? Tu enim docuisti eos adversum te, scilicet loquendo bona et faciendo mala, et erudisti in caput tuum, per mala tua exempla. Gregorius: scire debent praelati, quod tot mortibus digni sunt, quot exempla perditionis ad subditos transmittunt. Pr. VI, 1 s.: fili, si spoponderis pro amico tuo, defixisti apud extraneum manum tuam, illaqueatus es verbis oris tui, et captus propriis sermonibus. Fac ergo quod dico, fili mi, et temetipsum libera, quia incidisti in manum proximi tui. Discurre, festina, suscita amicum tuum, et cetera. Praelatus enim manu, id est exemplo boni operis, et ore, id est praedicatione, obligat se Christo pro subditis. Dicitur autem Christus extraneus, quia, ut dicit Bernardus, amicus est in sponsione, sed extraneus in exigenda ratione. Sed non videtur, quod aliquis teneatur reddere rationem nisi pro se tantum. II Cor. V, 10: omnes nos manifestari oportet ante tribunal Christi, ut recipiat unusquisque propria corporis, prout gessit. Respondeo. Dicendum est, quod quilibet principaliter reddet rationem de factis suis. Sed inquantum actus sui quodammodo pertinent ad alium, in tantum reddet rationem de illo. Facta autem praelati pertinent ad subditos, secundum illud Ez. III, 17: fili hominis speculatorem dedi te domui Israel, et audies de ore meo verbum, et annuntiabis eis ex me. Ubi sequitur quod si praelatus (qui nomine speculatoris intelligitur) non annuntiaverit impio, ipse quidem impius in iniquitate sua morietur, sed sanguis de manu speculatoris requiretur. Si igitur pervigilant, quasi reddituri rationem pro nobis, et nos debemus quod in nobis est facere, scilicet obedire et non rebellare, ut ipsi cum gaudio hoc faciant, et non gementes, idest sustineant periculum et laborem pro nobis cum gaudio et non cum gemitu, quia bonus praelatus multum gaudet, quando videt subditos bene operantes; quia tunc labor suus non est inanis. III Jn. 4: maiorem horum non habeo gratiam, quam ut audiam filios meos in veritate ambulare. Ph. IV, 1: itaque, fratres mei charissimi et desideratissimi, gaudium meum et corona mea, sic state in Domino charissimi. Ipsi autem gemunt in rebellione vestra. Ga. IV, 19: filioli mei, quos iterum parturio donec formetur Christus in vobis. Jr. IX, 1: quis dabit capiti meo aquam, et oculis meis fontem lacrymarum, et plorabo die ac nocte interfectos filiae populi mei? Gemunt etiam compatiendo, quando propter rebellionem nostram non consequimur fructum laborum ipsorum, qui est fructus aeternae haereditatis. Is. XXXIII, 7: ecce videntes clamabunt foris, Angeli pacis amare flebunt. Subdit autem rationem, quare debemus obedire eis, quia hoc enim non expedit vobis, quod scilicet ipsi gemant pro nobis ex rebellione nostra. Deus enim vindicabit pro ipsis. Ps. CV, 16 s.: irritaverunt Moysen in castris Aaron sanctum Domini. Aperta est terra, et deglutivit Dathan, et operuit super congregationem Abiron. Is. LXIII, 10: ipsi autem ad iracundiam provocaverunt eum, et afflixerunt Spiritum Sanctum eius. Sequitur: et conversus est eis in inimicum, et ipse debellavit eos. Nota autem quod dicit non expedit vobis, non enim dicit: non expedit illis. Gemere enim pro commissis subditorum bene expedit praelatis. Sic gemebat Samuel super reprobatione Saulis, I R. XV, 35. Deinde cum dicit orate pro nobis, monet apostolus, qualiter se debeant habere ad ipsum. Petit enim quod ipsi orent pro eo. Simile habetur Rm. XV, 30: obsecro vos, fratres, per Dominum nostrum Iesum Christum, et per charitatem spiritus sancti, ut adiuvetis me in orationibus vestris, quia, sicut dicit Glossa, impossibile est, id est, valde difficile, preces multorum non exaudiri. Mt. XVIII, 19: si duo ex vobis consenserint super terram, de omni re quamcumque petierint, fiet eis a Patre meo. In hoc ergo, quod apostolus, qui certus erat quod Deo erat acceptus, petit orari pro se, percutit superbiam aliquorum qui dedignantur ab aliis preces petere, ut dicit Glossa. Rationem suae petitionis assignat, dicens confidimus enim, etc.; quod potest duobus modis intelligi. Uno modo respectu ipsorum, quorum petit orationes: quia cum apostolus Iudaeis non praedicaret, sed tantum gentibus, non videbatur eis acceptus. Et ideo poterant se excusare, ne exaudirent petitionem eius; et ideo dicit, quasi se excusando, quod ipse non habet conscientiam quin bonum ipsorum velit. Unde dicit confidimus enim, quia habemus bonam conscientiam, volentes vos etiam bene conversari in omnibus. Per quod dat intelligere, quod intendit eis prodesse cum poterit. Quia vero bonum conscientiae est a solo Deo, ideo illud attribuit fiduciae quam gerit de ipso. Vel potest referri ad ipsum apostolum, quia cum non praedicaret Iudaeis, non videbatur dignus quod orationes pro ipso fierent, quia Dominus non exaudiret eos, quia hostis fidei ipsorum videbatur, sicut dicitur Jr. VII, 16: tu ergo noli orare pro populo hoc, neque assumas pro eis laudem et orationem, et non obsistas mihi, quia non exaudiam te. Hoc ergo removet apostolus dicens orate pro nobis quia non habemus conscientiam alicuius peccati nec alicuius malefacti, sed confidimus. Nec ait certi sumus, quia delicta quis intelligit? Si. IX, 1: nescit homo utrum amore an odio dignus sit. I Cor. IV, 4: nihil conscius sum, sed in hoc Cor. IV, 4: nihil conscius sum, sed in hoc non iustificatus sum. Quia ergo bonam conscientiam habemus, bene volentes conversari in omnibus, ideo non repugnat mihi quin orationes vestrae sint utiles. Deinde cum dicit amplius autem deprecor, assignat aliam rationem, quare debent orare pro ipso; quia scilicet hoc erit eis utile. Unde dicit amplius, id est propter aliud, deprecor hoc vos facere, scilicet orare, quo restituar vobis celerius, quod erit ad utilitatem vestram. Rm. I, 11: desidero videre vos, ut aliquid impartiar vobis gratiae spiritualis. Apostolus autem, qui sic pro omnibus factis suis recurrit ad orationem, insinuat nobis quod omnes viae eius et facta ordinabantur ab ipso, secundum Dei dispositionem. Jb. XXXVII, 11 s.: nubes spargunt lumen suum, quae lustrant cuncta per circuitum, quocumque eas voluntas gubernantis duxerit. Per nubes enim praedicatores et apostoli intelliguntur. Is. LX, 8: qui sunt isti qui ut nubes volant? Deinde cum dicit Deus autem pacis, orat apostolus pro ipsis, et primo orat; secundo aliquid ab ipsis petendo se excusat, ibi rogo autem vos, fratres. Circa primum, prius describit eum quem orat, dicens Deus autem pacis. Proprius enim effectus Dei est facere pacem. Non enim est Deus dissensionis, sed pacis, I Cor. XIV, 33. Item II Cor. XIII, 11: pacem habete, et Deus pacis et dilectionis erit vobiscum. Pax enim nihil aliud est, nisi unitas affectuum. Quos unire est proprium solius Dei, quia per charitatem, quae a solo Deo est, uniuntur corda. Deus enim novit colligere et unire, quia Deus est charitas, quae est vinculum perfectionis. Unde ipse habitare facit unanimes in domo, Ps. LXVII, 7. Homo inter se et Deum, pacem fecit per mysterium Christi. Et ideo dicit qui eduxit de mortuis pastorem magnum ovium. Quandoque autem dicitur Christus suscitatus per virtutem patris. Rm. VIII, 11: si spiritus eius, qui suscitavit Iesum Christum a mortuis. Quandoque vero dicitur seipsum suscitasse. Ps. III, 6: ego dormivi, et soporatus sum. Quae tamen non sunt contraria, quia surrexit virtute Dei, quae est una, Patris et Filii, et Spiritus Sancti. Eduxit ergo de mortuis, id est, de sepulchro, quod est locus mortuorum. Rm. VI, 4: quomodo surrexit Christus a mortuis per gloriam patris, ita et nos in novitate vitae ambulemus. Dicitur autem Christus magnus pastor ovium, id est fidelium et humilium. Jn. X, 11: ego sum pastor bonus, et cetera. Oves enim sunt qui Deo obediunt. Ibidem 16: et oves meae, vocem meam audiunt. Dicit autem ipsum pastorem magnum, quia omnes alii sunt vicarii eius, quia ipse pascit oves proprias; alii vero oves Christi. Jn. ult.: pasce oves meas. I P. V, 4: cum apparuerit princeps pastorum, percipietis immarcescibilem gloriae coronam. Eduxit autem ipsum in sanguine testamenti aeterni, id est in virtute sanguinis Christi, per quem confirmatur testamentum novum, in quo aeterna promittuntur ad differentiam veteris. Christus enim sanguinem suum dicit sanguinem novi testamenti, apostolus autem dicit aeterni. Et ideo in consecratione sanguinis in forma ponitur utrumque. Ipse vero Christus per passionem suam meruit sibi et nobis gloriam resurrectionis, ideo dicit quod eduxit Dominum nostrum Iesum Christum de mortuis in sanguine testamenti aeterni. Ph. II, 8: humiliavit semetipsum, et cetera. Za. IX, 11: tu vero in sanguine testamenti tui eduxisti vinctos de lacu, in quo non erat aqua. Consequenter subiungit petitionem suam, cum dicit aptet vos in omni bono. Voluntas enim humana, cum sit quaedam inclinatio rationis, est principium actuum humanorum, sicut gravitas est principium motus gravium deorsum, unde se habet ad actus rationis, sicut inclinatio naturalis ad actus naturales. Res autem naturalis dicitur apta ad illud ad quod habet inclinationem. Sic etiam homo quando habet voluntatem benefaciendi, dicitur aptus esse ad illud. Deus etiam quando immittit homini bonam voluntatem, aptat eum, id est facit ipsum aptum. Et ideo dicit aptet vos in omni bono, ut faciatis eius voluntatem, id est, faciat vos velle omne bonum. Pr. XI, 23: desiderium iustorum omne bonum. Haec est enim voluntas Dei, scilicet quod Deus vult nos velle. Aliter enim non est bona voluntas nostra. Voluntas autem Dei est bonum nostrum. I Th. IV, 3: haec est voluntas Dei, sanctificatio vestra. Rm. XII, 2: ut probetis, quae sit voluntas Dei bona et beneplacens et perfecta. Dupliciter autem aptatur homo ad benefaciendum. Uno modo exterius operando, ut sic unus homo aptat alium persuadendo vel comminando. Alio modo aliquid interius exhibendo, et sic solus Deus aptat voluntatem, qui solus ipsam potest immutare. Pr. XXI, 1: cor regis in manu Domini, quocumque voluerit, inclinabit illud. Unde dicitur faciens in vobis. Ph. II, 13: Deus est, qui operatur in nobis velle et perficere. Quid autem faciet? Quod placitum est coram se, id est faciet vos velle quod placet ei. Haec autem sunt fides et mansuetudo et timor Domini. Si. I, 34 s.: beneplacitum est ei fides et mansuetudo. Ps. CXLVI, 11: beneplacitum est Deo super timentes eum. Haec autem omnia habent per Christum. Nihil enim a Patre impetratur, nisi per Filium. Jn. XVI, 23: si quid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis. Et ideo dicit per Iesum Christum. II P. I, 4: per quem maxima et pretiosa nobis promissa donavit. Rm. V, 2: per quem accessum habemus, et cetera. Cui scilicet Christo, est gloria in saecula saeculorum, amen, id est, gloria sempiterna. I Tm. I, 17: regi saeculorum immortali, invisibili, soli Deo honor et gloria in saecula saeculorum, amen. Haec enim gloria sibi debetur inquantum est Deus. Deinde cum dicit rogo autem vos, fratres, etc., subdit petitionem suam, in qua excusat se; deinde concludit epistolam, ibi gratia Dei. Circa primum tria facit quia primo ponit excusationem suam; secundo recommendationem nuntii per quem scribit; tertio ponit quasdam salutationes. Dicit ergo quantum ad primum rogo vos, fratres, ut sufferatis verbum solatii, id est patienter portetis verba epistolae huius, in qua etsi in aliquo vos reprehendi, totum est ad consolationem vestram. Rm. XV, 4: quaecumque scripta sunt, ad nostram doctrinam scripta sunt. Et quare debent patienter portare, ostendit, dicens quia perpaucis, id est valde paucis, scripsi vobis, quod verum est respectu mysteriorum, quae in ipsa continentur. In ista enim epistola fere omnia mysteria veteris testamenti continentur. Sermones autem breves valde accepti sunt, quia si sunt boni, inde avidius audiuntur, si vero mali, parum gravant. Si. V, 1: pauci sunt sermones tui. Consequenter recommendat illum, per quem scribit, dicens cognoscite fratrem nostrum Timotheum dimissum, scilicet a carcere, in quo cum apostolo erat, vel a me dimissum ad praedicandum et ad vos missum. Cognoscite, id est gratiose recipite: tum quia, ut habetur Ac. XVI, 3, fuerat circumcisus; tum etiam quia si celerius venerit, cum ipso videbo vos. In quo ostendit dilectionem quam ad ipsos habebat. Hoc etiam dicit quia etsi ad ipsos non venerit, quia Romae passus est, tamen incertus erat utrum vel ad tempus deberet dimitti. Consequenter ponit salutationes suas. Et primo iniungit eis salutationem aliorum, dicens salutate omnes praepositos, id est apostolos adhuc viventes, et omnes sanctos, scilicet alios discipulos. Istis autem non scribit, quia non intendebat scribere, nisi contra observantes legalia. Et ideo quia ista epistola est instructiva, non intendebat instruere apostolos, quia erant antecessores sui in fide. Secundo salutat eos ex parte aliorum, dicens salutant vos fratres de Italia. Scripsit enim epistolam istam a Roma. Tertio, more solito concludens, et quasi pro sigillo, ponit salutationem, dicens gratia Dei cum omnibus vobis, amen, id est, peccatorum remissio, et omnia alia Dei dona, quae per gratiam Dei habentur, sint firmiter cum omnibus vobis. Amen, confirmatio est omnium.


 

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Saints Nazaire et Celse, martyrs Victor pape et martyr et Innocent Ier pape

28 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saints Nazaire et Celse, martyrs Victor pape et martyr et Innocent Ier papeSaints Nazaire et Celse, martyrs Victor pape et martyr et Innocent Ier pape

Collecte

Que la bienheureuse profession de foi de vos saints Nazaire, Celse, Victor et Innocent nous fortifie, Seigneur : et qu’elle obtienne de votre bonté des secours pour notre faiblesse.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Nazaire, baptisé par le Pape saint Lin, passa en Gaule et y baptisa le jeune Celse, qu’il avait pieusement instruit des préceptes chrétiens : ils allèrent ensemble à Trêves, et pendant la persécution de Néron, ils furent jetés tous les deux à la mer, mais ils en sortirent miraculeusement. Ils vinrent ensuite à Milan ; comme ils répandaient la foi du Christ, et confessaient sa divinité avec la plus grande constance, le préfet Anolinus leur fit trancher la tête ; leurs corps, ensevelis en dehors de la porte Romaine, y restèrent longtemps, mais, sur une indication céleste, saint Ambroise les découvrit, portant les traces d’un sang aussi vermeil que s’ils avaient souffert le martyre tout récemment ; ils furent transportés à Rome et renfermés dans un sépulcre honorable.

Cinquième leçon. Victor, né en Afrique, gouverna l’Église sous l’empereur Sévère. Il confirma le décret de Pie Ier, réglant que Pâques serait célébrée le dimanche ; dans le but de faire passer cette loi dans la pratique, il se tint des conciles en beaucoup de lieux ; le premier synode de Nicée décréta enfin qu’on célébrerait la fête de Pâques après la quatorzième lune, afin que les Chrétiens ne parussent pas imiter les Juifs. Le Pape Victor décida qu’on pourrait baptiser en cas de nécessité avec n’importe quelle eau, pourvu qu’elle fût naturelle. Il rejeta du sein de l’Église le corroyeur byzantin Théodote, qui prétendait que le Christ n’avait été qu’un homme, écrivit un traité sur la solennité pascale et quelques autres opuscules. En deux ordinations faites au mois de décembre, il ordonna quatre Prêtres, sept Diacres et sacra douze Évêques pour divers lieux. Ayant reçu la couronne du martyre, il fut enseveli au Vatican, le cinq des calendes d’août, après avoir siégé neuf ans, un mois et vingt-huit jours.

Sixième leçon. Innocent, d’Albano, vécut au temps de saint Augustin et de saint Jérôme. Celui-ci, écrivant à la vierge Démétriade, disait de lui : « Gardez la foi de saint Innocent, qui siège sur la chaire apostolique, et qui est le successeur et le fils spirituel d’Anastase, d’heureuse mémoire ; ne recevez pas une autre doctrine, si sage et si séduisante qu’elle paraisse. » L’écrivain Orose, comparant Innocent au juste Lot que la divine Providence a préservé, dit que ce Pape fut amené à Ravenne pour qu’il eût la vie sauve et ne vît pas la ruine du peuple romain. Après la condamnation de Pelage et de Célestius, il porta ce décret au sujet de leurs hérésies : qu’il fallait régénérer par le baptême les petits enfants, fussent-ils nés d’une mère chrétienne, afin de purifier en eux au moyen de cette régénération spirituelle, la souillure contractée par la génération naturelle. Il approuva aussi le jeûne du samedi, en mémoire de la sépulture de notre Seigneur. Il siégea quinze ans, un mois et dix jours. En quatorze ordinations au mois de décembre, il ordonna trente Prêtres, quinze diacres, et sacra cinquante-quatre Évêques pour divers lieux. Il fut enseveli dans le cimetière nommé : Ad Ursum pileatum.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 35 in Evangelia

Septième leçon. Notre Seigneur et Rédempteur annonce les calamités qui doivent précéder la fin du monde, afin qu’au moment où elles viendront, elles causent d’autant moins de trouble qu’elles auront été connues à l’avance. Les traits dont on prévoit l’atteinte sont, en effet, moins dangereux ; et les maux de ce monde nous semblent plus supportables quand la prévoyance nous munit contre eux comme d’un bouclier. Voici donc ce que nous dit le Sauveur : « Quand vous entendrez parler de guerres et de séditions, n’en soyez point effrayés, il faut auparavant que ces choses arrivent ; mais ce n’est pas encore sitôt la fin ». Il faut peser ces paroles par lesquelles notre Rédempteur nous déclare ce que nous aurons à souffrir, soit au dedans soit au dehors. En effet, par guerres, on désigne des combats contre les ennemis extérieurs, et par séditions, des luttes entre concitoyens. Afin donc de nous faire entendre que nous rencontrerons des sujets de trouble au dedans comme au dehors, Jésus-Christ nous dit que nous aurons à souffrir des peines de la part de nos ennemis, et d’autres de la part de nos frères.

Huitième leçon. Mais parce que la fin ne suivra pas immédiatement ces maux qui auront lieu d’abord, le Seigneur ajoute : « Une nation se soulèvera contre une nation, un royaume contre un royaume. Il y aura de grands tremblements de terre en divers lieux, et des pestes et des famines, et des signes effrayants dans le ciel, et de grands prodiges ». Beaucoup de tribulations préviennent la dernière tribulation ; et les calamités qui se succèdent alors en si grand nombre sont l’indice des maux éternels, réservés aux méchants. Aussi, après les guerres et les séditions, n’est-ce pas encore la fin. Un grand nombre de malheurs doivent la précéder, afin qu’ils puissent faire présager le malheur qui n’aura pas de fin.

Neuvième leçon. Après avoir énuméré tant de signes de la perturbation finale, il nous faut maintenant considérer brièvement chacun d’eux en particulier, puisque nécessairement, nous subirons ces maux qui nous viennent les uns du ciel, les autres de la terre ; ceux-ci des éléments, ceux-là des hommes. Notre Seigneur dit : « Une nation se soulèvera contre une autre nation » : voilà la perturbation venant des hommes. « Il y aura de grands tremblements de terre en divers lieux », c’est la colère divine qui éclate d’en haut. « Il y aura des pestes », c’est la désorganisation se manifestant dans les corps ; « de la famine » : cela vient de la stérilité de la terre ; « des signes effrayants dans le ciel et des tempêtes » ; ce sont les troubles atmosphériques. Parce que toutes choses doivent être détruites, il se produira avant cette consommation des troubles universels et nous qui avons par le péché abusé de toutes les créatures, nous les verrons servir toutes à notre châtiment, afin que cette parole s’accomplisse : « Toute la terre combattra avec lui contre les insensés ».

La gloire de l’Église de Milan, Nazaire et Celse apparaissent au Cycle en ce jour. Oubliés trois siècles dans l’obscurité de la tombe qui, au temps de Néron, avait caché leurs dépouilles sacrées, ils reçoivent maintenant les hommages de l’Orient et de l’Occident réunis dans leur culte. Neuf ans s’étaient écoulés depuis la journée triomphale où, non moins ignorés de la ville témoin jadis de leurs combats, Gervais et Protais étaient venus, comme d’eux-mêmes, se ranger près d’un illustre Pontife attaqué pour la divine consubstantialité du même Christ qui avait eu leur amour et leur foi. Ambroise, que le martyre fuyait, mais qu’aimaient les Martyrs, était près de recevoir la blanche couronne réservée à ses œuvres saintes, quand le ciel lui révéla le nouveau trésor dont la découverte allait, une fois de plus, « illustrer les temps de son épiscopat ». Théodose n’était plus ; Ambroise allait mourir ; partout déjà les Barbares se montraient. Mais comme si, avec la menace de la destruction imminente de l’ancien monde, l’heure de la première résurrection dont parle saint Jean eût sonné, les Martyrs se levaient de leurs tombes, et ils allaient régner mille ans avec le Christ sur un monde renouvelé.

Elle est tombée, elle est tombée la grande Babylone qui abreuvait tous les peuples du vin de sa fornication, et dans laquelle s’est trouvé tout le sang des saints qui furent tués sur la terre. Le grand Pape saint Innocent Ier, dont la mémoire semble venir aujourd’hui compléter tout exprès celle des Martyrs, n’est-il pas là pour rendre en effet témoignage du cataclysme dans lequel, aux jours de son pontificat, Rome païenne périt enfin et fit place entière à la Jérusalem nouvelle descendue des cieux ? Pas plus que l’antique Sion, la Rome des Césars ne s’était rendue aux avances du Dieu qui pouvait seul répondre à ses espérances d’immortalité. Depuis même le triomphe de la Croix sous Constantin, aucune ville de l’empire n’était restée si opiniâtrement éprise des idoles aux pieds desquelles avait coulé par sa criminelle folie, tant qu’elle était demeurée libre, le sang généreux qui aurait pu renouveler sa jeunesse. Après pourtant la défaite de ses vains simulacres, la patience divine s’était résolue de l’attendre un siècle entier, dont les dix dernières années ne furent qu’une suite de menaces salutaires et d’interventions miséricordieuses, où se montrait ce Christ qu’elle s’obstinait à repousser. Or les marches et contremarches des Goths, alliés la veille, ennemis le lendemain, promenant l’anarchie, furent l’occasion pour elle de revenir aux superstitions que les empereurs chrétiens ne toléraient plus ; et l’on vit sa sénile démence sourire à la liberté que le siège mis par Alaric devant ses murs rendait aux aruspices toscans, venus à son secours, d’y rétablir le culte des dieux. Le réveil fut terrible, lorsqu’au matin du 24 août 410, le vrai Dieu des armées prit sa revanche enfin, et qu’on vit la foudre, tandis que les Barbares massacraient et pillaient, mettre en feu la ville et pulvériser les statues dans lesquelles si longtemps elle avait mis sa confiance et sa gloire.

Les justiciers de Dieu, renversant Babylone, avaient respecté la tombe des deux fondateurs de la Rome éternelle. Sur ces fondements apostoliques, Innocent reprit en sous-œuvre l’édification de la cité sainte. Bientôt, sur les sept collines purifiées par le feu, elle reparaissait plus éclatante que jamais comme le foyer prédestiné du monde des intelligences. C’est en l’année 417, dernière du pontificat d’Innocent, que retentissait dans l’Église l’acclamation d’Augustin à la condamnation portée contre l’hérésie pélagienne : « Des lettres de Rome sont arrivées ; la cause est finie ».

Les conciles de Carthage et de Milève qui, dans la circonstance, avaient sollicité du Siège apostolique la confirmation de leurs décrets, ne faisaient en cela, du reste, que reprendre la tradition ininterrompue des Églises à l’égard de la suréminente principauté reconnue par toutes à leur Maîtresse et Mère. C’est ce qu’atteste éloquemment le saint Pape Victor, associé aux Martyrs dans la Liturgie de ce jour. Son grand nom nous rappelle en effet les conciles qui, par son ordre, se tinrent au second siècle dans l’Église entière au sujet de la Pâque ; la condamnation exécutée ou projetée par lui contre les Églises d’Asie, sans que personne méconnût le droit qu’il avait de la prononcer ; enfin les anathèmes incontestés dont il frappa Montan et les précurseurs d’Arius.

Glorieux élus qui, soit par l’effusion de votre sang dans l’arène, soit par les décrets rendus sur le Siège apostolique, avez exalté la foi du Seigneur, bénissez nos prières. Donnez-nous de comprendre l’enseignement qui résulte pour nous de votre rencontre au Cycle sacré. Ni martyrs, ni pontifes, nous pouvons mériter pourtant d’être associés à votre gloire ; car le motif qui explique votre commun rendez-vous dans la béatitude en ce jour, doit être aussi pour chacun de nous, à des degrés divers, la raison du salut : dans le Christ Jésus, rien ne vaut, dit l’Apôtre, que la foi qui opère parla charité ; c’est uniquement de cette foi, pour laquelle vous avez travaillé ou souffert, que nous aussi espérons la justice et attendons la couronne.

Nazaire, qui aviez tout quitté pour annoncer le Christ aux contrées qui ne le connaissaient pas ; Celse qui, tout enfant, ne craignîtes point de sacrifier comme lui au Seigneur Jésus votre famille, votre pays, votre vie même : obtenez-nous l’estime du trésor que tout fidèle est appelé à faire valoir par la confession des œuvres et de la louange. Victor, gardien jaloux des traditions de cette divine louange en ce qui regarde le jour de la solennité des solennités, vengeur de l’Homme-Dieu dans sa nature divine ; Innocent, oracle incorruptible de la grâce du Christ Sauveur, témoin aussi de ses inexorables justices : apprenez-nous et la confiance et la crainte, et la rectitude de la croyance et la susceptibilité qui sied au chrétien en ce qui touche cette foi, fondement unique pour lui de la justice et de l’amour. Martyrs et Pontifes, ensemble attirez-nous parla voie droite qui mène au ciel.

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Super Heb., cap. 13

27 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

Super Heb., cap. 13

Caput 13

Lectio 1

Super Heb., cap. 13 l. 1 Postquam supra monuit eos apostolus, qualiter se debent habere ad perferenda mala, hic monet quomodo se debeant habere ad operandum bona. Unde secundum Glossam ab isto loco incipit moralis instructio post commendationem et exhortationem ad imitandum ipsum. Et circa hoc duo facit; primo enim hortatur ipsos ad bona; secundo orat pro eis, ibi Deus autem pacis. Circa primum tria facit: primo enim ostendit, quomodo debent bonum operari, quantum ad proximos; secundo quantum ad seipsos, ibi honorabile connubium; tertio quantum ad praelatos, ibi mementote praepositorum. Dicit ergo quantum ad primum sic: dictum est, quod promissum est nobis regnum immobile, ad quod si volumus pervenire, necesse est nos charitatem habere. Ergo charitas fraternitatis maneat in vobis. I Jn. IV, 20: qui non diligit fratrem suum, quem videt, Deum quem non videt, quomodo potest diligere? Item I P. II, 17: omnes invicem honorate, fraternitatem diligite. Quia vero charitas non est otiosa, ut dicit Gregorius, ideo hortatur ad opera charitatis. I Jn. III, 18: non diligamus verbo neque lingua, sed opere et veritate. Ideo dicit, quod debemus ostendere charitatem peregrinis per hospitalitatem, vinctis per compassionem, pauperibus per subventionem. Et primum ponit, ibi et hospitalitatem nolite oblivisci; secundum, ibi mementote vinctorum; tertium, ibi et laborantium. Dicit ergo quantum ad primum nolite oblivisci hospitalitatem. Et dicit oblivisci quia isti aliquando in prosperitate sua multum fuerant hospitales, sed modo depauperati erant, et ideo non ita bene poterant; tamen animat eos ad continuandum secundum possibilitatem suam. Rm. XII, 13: hospitalitatem sectantes. Et specialiter facit mentionem de hospitalitate, quia qui peregrinos recipit, tria opera misericordiae simul implet, quia et recipit, et cibat, et potat. I P. IV, 9: hospitales invicem sine murmuratione. Et subdit rationem, quia per hanc multi placuerunt, Angelis hospitio receptis, sicut patet de Abraham et Lot, Gn. XIX, 2 ss. Alia littera habet: per hanc quasi nescientes, receperunt Angelos; quia non credebant eos esse Angelos, quod verum est in principio; unde quod Abraham adoravit eos, putavit quod essent viri sancti a Deo missi, et adoravit eos adoratione duliae, quae exhibetur sanctis, et quasi hominibus cibos obtulit. Sed postmodum intellexit eos Angelos, in quibus Deus loquebatur, et locutus est eis sicut Deo, dicens: non est hoc tuum, qui iudicas omnem terram, et similiter Lot. Quantum ad secundum dicit mementote vinctorum illorum, scilicet qui propter Deum missi sunt in carcerem; mementote visitando et redimendo, tamquam essetis simul corporaliter cum eis vincti. Hoc enim est aliud opus misericordiae. Mt. XXV, 36: in carcere eram, et venistis ad me. Contra quod Is. XIV, 17, dicitur: vinctis eius non aperuit carcerem. Hoc ipsi aliquando fecerunt, sicut patet supra X, 34. Specialiter autem hoc pertinet ad opus misericordiae, alienam miseriam suam reputare. Quantum ad tertium dicit et laborantium, sive labore corporali. Ps. CXXVII, 2: laboresanuum tuarum, quia manducabis. Sive sollicitudine spirituali. II Tm. II, 6: laborantem agricolam oportet primum de fructibus percipere. Sive in malis sustinendis. Eccle. I, 17: et cognovi, quod in his quoque esset labor et afflictio spiritus. Breviter, tota praesens vita labor quidam est. Jb V, 7: homo ad laborem nascitur, et avis ad volatum. Supple: mementote, tamquam et ipsi in corpore morantes. Per quod experti estis, quid necesse sit laborantibus. Eccli. XXXI, 18: intellige quae sunt proximi tui ex teipso. Mt. VII, 12: omnia quaecumque vultis, ut faciant vobis homines, eadem et vos facite illis. Deinde cum dicit honorabile connubium, monet bona facere quantum ad seipsum. Et circa hoc duo facit. Primo enim ponit monitionem contra concupiscentias carnalium delectationum; secundo contra cupiditatem rerum exteriorum ibi sint mores sine avaritia. Primo ergo ponit monitionem, dicens honorabile, et cetera. Circa quod sciendum est, quod circa venerea contingit dupliciter peccatum. Uno modo per illicitam coniunctionem soluti cum soluta, et quantum ad hoc dicit honorabile connubium, supple: sit in omnibus, qui continere nolunt, non coniunctio fornicatoria. Et dicitur honorabile, quando fit secundum debitas circumstantias matrimonii. Ex quo patet quod actus matrimonialis potest esse sine peccato, quod est contra haereticos. I Cor. VII, 28: si nupserit virgo, non peccavit. Unde Dominus ad ostendendum bonum esse actum matrimonii, primum signum fecit in nuptiis et matrimonium nobilitavit praesentia sua corporali et nasci voluit de coniugata. Alio modo per violentiam thori maritalis, quando scilicet vir accedit ad alterius uxorem, vel mulier ad alterius virum. Et quantum ad hoc dicit et thorus immaculatus. Et Sg. XIV, 24: neque vitam, neque nuptias mundas iam custodiunt, sed alius alium per iniustitiam occidit, aut adulterans contristat. Item III, 13: felix sterilis et incoinquinata, quae nescivit thorum in delicto, habebit fructum in respectione animarum sanctarum. Subdit autem apostolus rationem, dicens fornicatores enim et adulteros iudicabit Deus. In quo elidit errorem aliquorum dicentium, quod Deus peccata carnalia non punit, nec curat. Ep. V, 6: nemo vos seducat inanibus verbis, propter haec enim, scilicet propter peccata carnalia, quae praemiserat, venit ira Dei in filios diffidentiae. Ideo dicit hic fornicatores, propter hoc quod dixit honorabile connubium, et adulteros, propter hoc quod dixit thorus immaculatus, Deus iudicabit, id est, condemnabit. Ep. V, 5: omnis fornicator aut immundus, aut avarus, quod est idolorum servitus, non habet partem in regno Dei et Christi. Deinde cum dicit sint mores, prohibet cupiditatem bonorum exteriorum: circa quae contingit peccare duobus modis. Uno enim modo per tenacitatem; alio modo per cupiditatem. Liberalitas enim est virtus, quae ponit medium circa pecunias, quantum ad dationem et quantum ad acceptionem. Quantum ad primum, scilicet contra tenacitatem, dicit sint mores sine avaritia. Avarus enim dicitur nimis tenax, quasi avidus aeris. Unde Eccli. X, 9: avaro nihil est scelestius. Quantum ad secundum dicit contenti praesentibus. Illi qui super his quae habent, volunt alia cumulare, non sunt contenti praesentibus. I Tm. VI, 8: habentes alimenta et quibus tegamur, his contenti simus. Vel quod dicitur sint mores sine avaritia, prohibet avaritiam quantum ad cupiditatem et tenacitatem. Cum vero dicit contenti praesentibus, excludit causam avaritiae, scilicet sollicitudinem. Mt. VI, 34: nolite solliciti esse, et cetera. Non enim prohibetur, quod homo non sollicitetur de rebus in posterum necessariis, sed quod cura et sollicitudo non praeoccupet mentem. Sic enim qui praeoccupat futuram sollicitudinem, sollicitus est in crastinum. Deinde cum dicit ipse enim dixit, ponit monitionis rationem. Et est ratio, quare non debemus superflue esse solliciti, sed tamen facere quod in nobis est, scilicet cum fiducia divini auxilii. Ipse enim dixit, Js. I, 5: non te deseram, scilicet quin ministrem tibi necessaria, neque derelinquam, scilicet fame perire. Ps. XXXVI, 25: non vidi iustum derelictum, nec semen eius quaerens panem. Vel non derelinquam, quin liberem te a malis. Et ex hoc causatur fiducia in corde, ita ut confidenter dicamus. Is. XII, 2: fiducialiter agam, et non timebo. Et quid dicemus? Illud Ps. CXVII, 6: Dominus mihi adiutor, non timebo quid faciat mihi homo. Adiutor inquantum a malis liberat. Ps. XLV, 2: adiutor in tribulationibus, quae invenerunt nos nimis. Et ideo non timebo quid faciat mihi homo, id est, adversarius quicumque carnalis. Is. LI, v. 12: quis tu, ut timeas ab homine mortali? Vel Diabolus, qui dicitur homo ab homine victo; sicut Scipio Africanus a devicta Africa dictus est Africanus. Mt. XIII, 28: inimicus homo hoc fecit. Deinde cum dicit mementote praepositorum, etc., ostendit quomodo debent bonum operari, quantum ad praelatos. Et circa hoc facit duo: primo enim ostendit, quomodo se debent habere ad mortuos, scilicet ut eorum sequantur exempla; secundo quomodo ad viventes, scilicet ut eis obediant, ibi obedite praepositis vestris. Quantum ad primum duo facit. Primo enim ostendit, quomodo bonorum doctrinam imitentur; secundo quomodo malorum doctrinam devitent, ibi doctrinis variis. Dicit ergo mementote praepositorum vestrorum, qui vobis locuti sunt verbum Dei, id est, apostolorum qui vobis praedicaverunt. Is. LI, 2: attendite ad Abraham patrem vestrum, et cetera. Non solum autem praedicaverunt verbo, sed etiam facto ostenderunt. Mc. ult.: sermonem confirmante sequentibus signis. Non solum mementote verborum, sed etiam intuemini exitum. I M. II, 51: mementote operum patrum, quae fecerunt in generationibus suis, et accipietis gloriam magnam, et cetera. Jc. V, 10: exemplum accipite, fratres mei, mali exitus, et longanimitatis, et laboris, et patientiae, prophetas qui locuti sunt in nomine Domini, et cetera. Sed non solum hoc imitemini, scilicet exitum, ut scilicet pro Christo patienter sustineatis, sed etiam conversationem, ad bonam enim mortem venitur per bonam conversationem; imitamini etiam fidem illorum ut ab illa non declinetis. Sequitur Iesus Christus heri, et hodie ipse et in saecula; secundum Glossam sic introducitur littera ista: ipse enim supra dixerat, quod scilicet dictum est Jos. I, 5: non te deseram, neque derelinquam; poterant isti dicere: ille cui hoc dictum est, bene debebat confidere de Dei adiutorio, nos autem non sic, quibus non est dictum. Hoc removet apostolus, dicens quod Christus, qui hoc dixit Josue, manet in aeternum. Et ideo sicut tunc potuit ipsum iuvare, ita potest modo auxiliari nobis. Ideo dicit Iesus Christus heri et hodie, et cetera. Vel potest referri ad immediate dictum. Iam enim dixerat, quod deberent imitari apostolos. Poterant dicere, quod non est simile, quia illi immediate instructi fuerunt a Christo et servierunt sibi, nos autem non sic. Et ideo dicit apostolus quod Christus manet ideo et instruit nos ad serviendum sibi. Unde dicit Iesus Christus heri, scilicet in tempore primitivorum apostolorum, et hodie scilicet in tempore isto; ipse et in saecula. Mt. ult.: ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem saeculi. Ap. I, 8 dicit Dominus Deus qui erat, et qui est, et qui venturus est, omnipotens. Ps. CI, 28: tu autem idem ipse es, et anni tui non deficient. In hoc ergo ostendit apostolus aeternitatem Christi.

 

Lectio 2

Super Heb., cap. 13 l. 2 Supra monuit apostolus ad imitandum exempla et conversationem eorum, qui decesserunt, hic monet ad insistendum doctrinae eorum. Et circa hoc duo facit. Primo enim ponit monitionem suam; secundo assignat rationem, ibi habemus altare. Iterum prima in duas. Primo enim ponit monitionem suam in generali; secundo explicat ipsam, ibi optimum enim est gratia. Dicit ergo nolite abduci variis et peregrinis doctrinis, quasi dicat: ita dixi quod debetis imitari fidem apostolorum. Ergo a doctrina ipsorum per quamcumque aliam doctrinam nolite abduci, id est removeri. Ubi sciendum est, quod cum veritas consistat in medio, cuius est unitas, et ideo uni vero multa falsa opponi possunt, sicut uni medio multa extrema. Doctrina ergo fidei una est, quia a puncto in punctum non convenit ducere nisi unam rectam lineam. Omnes aliae doctrinae multae sunt, quia a recto multis modis contingit deviare. Et ideo dicit doctrinis variis, id est divisis. Os. X, 2: divisum est cor eorum, nunc interibunt. Hae sunt illae doctrinae, de quibus I Tm. IV, 1 s.: doctrinis Daemoniorum in hypocrisi loquentium mendacium. Item sunt peregrinae, scilicet a fide Catholica; a nobis autem tales doctrinae non sunt sustinendae, quia non sumus hospites et advenae, sed sumus cives sanctorum et domestici Dei, Ep. II, 19. Deinde cum dicit optimum est enim gratia, explicat in speciali, quae sunt variae et peregrinae doctrinae. Unde sciendum est, quod in primitiva Ecclesia fuit unus error, quod ad salutem necessaria erat observantia legalium, quae praecipue consistebat in quibusdam cibis sumendis, puta agni paschalis, Ex. XII, 3 ss., et in abstinendo a quibusdam cibis, sicut patet Lv. XI, et in aliis multis locis. Alius error fuit, quod passim licebat uti delectationibus corporalibus. Et iste fuit error Nicolaitarum. Et de utroque possunt haec verba exponi, sed magis proprie de primo. Dixit ergo supra: nolite abduci a veritate fidei, per varias et peregrinas doctrinas. II Th. II, 2: non cito moveamini a sensu vestro. Ga. I, 6: miror quod sic tam cito transferimini ab eo qui vos vocavit in gratiam Christi in aliud Evangelium. Deus enim a nobis requirit cor. Pr. XXIII, 26: praebe, fili mi, cor tuum mihi. Et ideo optimum est gratia stabilire, nam debet esse firmum et stabile. Contra quod dicitur Ps. XXXIX, 13: cor meum dereliquit me. Hoc autem non stabilitur escis corporalibus, sed per gratiam iustificantem. Rm. III, 24: iustificati gratis per gratiam ipsius et per redemptionem, quae est in Christo Iesu. Et ideo dicit non escis, quae non profuerunt. Rm. XIV, 17: non est regnum Dei esca et potus, sed iustitia et pax, et cetera. Non est ergo stabilimentum cordis in moderata vel superflua sumptione cibi, sed magis in gratia Dei. Ps. CXI, 7 s.: paratum cor eius sperare in Domino, confirmatum est cor eius, non commovebitur, donec, et cetera. Spes autem est quasi anchora stabiliens corda. Supra VI, 18 s.: confugimus ad tenendam propositam nobis spem, quam sicut anchoram habemus animae tutam et firmam. Et dicit, quod non profuerunt ambulantibus in eis, id est sperantibus in eis, quia illis qui eis utuntur ad necessitatem prosunt ad salutem corporis; sed qui totum studium ponunt in eis, ambulant in ipsis, et talibus nec proficiunt ad salutem animae nec corporis. Jr. XI, 15: numquid carnes sanctae auferent a te malitias tuas, in quibus gloriata es? Deinde cum dicit habemus altare, assignat rationem, et est valde subtilis. Sicut enim legitur Lv. XVI, 29 s., decima die septimi mensis, summus sacerdos sanguinem vituli et hirci inferebat intra sancta, pro sua ignorantia, et illorum corpora cremabantur extra castra. Et quia erat oblatio sacerdotum, non comedebantur carnes eorum. Quod enim offerebant pro peccato sacerdotum non comedebant, sed extra castra comburebant. Ex ista ergo figura trahit apostolus mysterium. Per sanguinem enim illum figurabatur sanguis Christi, ut supra dictum est, cap. IX. Vitulus enim et hircus Christum figurabant, quia vitulus erat hostia sacerdotalis, et hircus immolabatur pro peccato. In quo figurabatur, quod Christus debebat immolari pro peccato, non suo, sed populi. Vitulus ergo et hircus immolatus, est Christus sacerdos seipsum offerens pro peccatis nostris. Sanguis ergo Christi illatus est intra sancta, et caro cremata est extra castra. Ubi duplex est significatum. Unum, quod Christus in civitate immolatus est linguis Iudaeorum. Unde et Marcus dicit ipsum hora tertia crucifixum, licet hora sexta fuerit in cruce levatus. Aliud quod per virtutem passionis suae Christus intra caelestia sancta nos introducit ad Patrem. Quod autem corpora illorum cremabantur extra castra, quantum ad caput nostrum, significat quod Christus passurus erat extra portam: quantum vero ad nos, qui sumus membra, significat quod pro illis, qui sunt extra castra legalium vel exteriorum sensuum, immolatur Christus. Qui enim erant in castris, de carnalibus illis non comedebant. Haec est ergo figura, quam proponit apostolus, cuius primo ponit significatum; secundo ponit figuram, ibi quorum enim animalium; tertio inducit conclusionem exeamus igitur. Dicit ergo: stabiliamus corda nostra non escis, sed gratia. Aliter enim non possumus, quia habemus altare. Istud altare vel est crux Christi, in qua Christus pro nobis immolatus est; vel ipse Christus, in quo, et per quem preces nostras offerimus. Et hoc est altare aureum, de quo dicitur Ap. VIII. De isto ergo altari non habent potestatem edere, id est, fructum passionis Christi percipere et ipsi tamquam capiti incorporari, qui tabernaculo legalium deserviunt. Ga. V, 2: si circumcidimini, Christus vobis nihil proderit. Vel tabernaculo corporis deserviunt, qui carnales delectationes sequuntur. Rm. XIII, v. 14: carnis curam ne feceritis in desideriis. Talibus enim nihil prodest. I Cor. XI, 29: qui enim manducat et bibit indigne, iudicium sibi manducat et bibit. Dicitur autem corpus tabernaculum, quia in ipso tamquam in bello habitamus contra hostes, et modicum manet. II P. I, 14: velox est depositio tabernaculi mei. Et ideo non est ei deserviendum. Deinde cum dicit quorum enim animalium, prosequitur figuram ipsam. Et primo figuram veteris legis; secundo figuram novi testamenti, ibi propter quod et Iesus. Quantum ad primum dicit quorum enim animalium, et cetera. Et potest legi littera ista duobus modis. Uno modo sic: horum animalium corpora cremantur extra castra, scilicet vituli et hirci, quorum sanguis infertur in sancta per pontificem pro peccato sacerdotum et multitudinis. Aliter sic, ut per illa animalia intelligatur Christus vel sancti eius. Per omnes enim hostias veteris legis figurabatur Christus et per consequens membra eius: Christi ergo corpus, cuius sanguis illatus est in sancta caelestia pro peccato totius mundi, igne passum in ara crucis, extra portas Ierusalem, quasi extra castra crematum est. Vel etiam sancti extra castra, id est extra communem societatem hominum, igne charitatis, ieiuniis, orationibus et aliis operibus misericordiae se cremant. Quorum, id est, pro quibus efficaciter sanguis Christi in sancta illatus est. Primus sensus litteralis est. Propter quod, adaptat id quod fuit in novo testamento figurae veteris testamenti, ut sit consonantia inter ipsa. Unde dicit propter quod et Iesus, et cetera. Et patet totum. Deinde cum dicit exeamus igitur ad eum, inducit duas conclusiones. Secunda, ibi per ipsum ergo. Quantum ad primum dicit: ita dictum est quod nos habemus altare, quod est extra castra. Duo ergo debemus facere, scilicet ad ipsum accedere, et super illud sacrificare. Modus accedendi ponit primo, dicens, quod sicut Christus passus est et improperium passionis extra portam sustinuit, sic et nos exeamus ad eum extra castra, id est, extra communem societatem carnalium, vel extra observantiam legalium, vel extra sensus corporis. Portantes improperium eius, scilicet Christi, id est signa passionis Christi, per quae Christus factus est opprobrium hominum et abiectio plebis. Ps. LXVIII, 21: improperium expectavit cor meum et miseriam. Vel improperium portemus, id est, renuntiemus legalibus, adveniente veritate, propter quod sumus Iudaeis improperium, id est propter signa poenitentiae quae a carnalibus improperantur. Supra XI, 26: maiores divitias aestimans thesauris Aegyptiorum, improperium Christi. Sicut enim accusatus est Christus, quod subverteret legem, ita apostolo improperabatur, quod praedicaret non debere servari legalia. Ga. V, 11: ego autem, fratres, si circumcisionem adhuc praedico, quid adhuc persecutionem patior? Subdit autem rationem eius, dicens non enim habemus hic manentem civitatem, sed futuram inquirimus. Homo enim libenter manet in loco suo proprio. Finis enim noster non sunt legalia, nec temporalia, sed finis noster Christus est. Rm. X, 4: finis noster Christus est, ad salutem omni credenti. Non ergo habemus hic manentem civitatem, sed ubi est Christus: ergo exeamus ad ipsum. Col. III, 1: si consurrexistis cum Christo, quae sursum sunt quaerite, ubi Christus est in dextera Dei sedens, et cetera. Is. XXXIII, 20: respice Sion, civitatem solemnitatis nostrae. Supra XI, 10: expectabat fundamenta habentem civitatem, cuius artifex et conditor Deus. Item meliorem civitatem appetunt, id est caelestem. Ad ipsum enim intendimus transferri, sicut ad locum et altare nostrum. Ergo exeundum est ad illud. Deinde cum dicit per ipsum ergo afferamus, ponit secundam conclusionem, quod scilicet super istud altare sacrificare debemus, et qualia sacrificia. Duplex est autem sacrificium, quod super altare Christi offerre debemus, scilicet devotionem ad Deum, et miserationem ad proximum. Quantum ad primum dicit quod postquam non sunt offerenda sacrificia legalia, Ps. XXXIX, 7: sacrificium et oblationem noluisti ergo per ipsum, id est per Christum, offeramus semper Deo hostiam laudis. Ps. XLIX, 23: sacrificium laudis honorificabit me. Istud autem sacrificium laudis vocat fructum labiorum, id est confessionem vocis. Melius enim laudatur Deus ore, quam occisione animalium. Unde dicit fructum labiorum confitentium nomini eius. Hoc est enim necessarium. Rm. X, 10: corde creditur ad iustitiam, ore autem confessio fit ad salutem. Os. XIV, 3: reddemus vitulos labiorum nostrorum. Is. LVII, 19: creavi fructum labiorum, pacem. Hoc autem sacrificium debet esse semper, id est continue: sicut in lege erat iuge sacrificium, sicut patet Nm. XXVIII. Ps. XXXIII, 2: benedicam Dominum in omni tempore, semper laus eius in ore meo. Aliud sacrificium ponit, cum dicit beneficentiae autem et communionis nolite oblivisci, quasi dicat: olim opere exhibebatis opera misericordiae, modo autem saltem corde, si non potestis opere. Et ideo dicit nolite oblivisci beneficentiae, id est, liberalitatis, quantum ad ea quae datis. Largus enim beneficus dicitur. Ga. VI, 9: bonum autem facientes, non deficiamus. Si. XII, 6: benefac humili, et non dederis impio. Et nolite oblivisci communionis, quantum ad ea quae servatis, ut tempore suo communicetis. Ac. II, 44: omnes etiam qui credebant, erant pariter et habebant omnia communia. Rm. XII, 13: necessitatibus sanctorum communicantes. Vel communionis, scilicet charitatis, per quam sunt omnia communia. Quare autem istud duplex beneficium offerre debeamus, ostendit dicens quia talibus hostiis promeretur, passive, Deus, id est, possumus Deum mereri talibus sacrificiis: ipse enim est merces nostra, quam istis operibus possumus acquirere. Gn. XV, 1: ego protector tuus sum, et merces tua magna nimis. Ps. l, 21: tunc acceptabis sacrificium iustitiae, et cetera. Is. XIX, 21: colent eum in hostiis et muneribus, et vota vovebunt Domino, et solvent.

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Sainte Anne mère de la Très Sainte Vierge Marie

26 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Anne mère de la Très Sainte Vierge Marie

Collecte

Dieu, vous avez daigné donner à sainte Anne la grâce de mériter d’être la mère de celle par laquelle votre Fils unique est né : faites que nous soyons aidés de son patronage en ce jour où nous célébrons sa solennité.

Office

4e leçon

Sermon de saint Jean Damascène.

On ouvre devant nous la chambre nuptiale de sainte Anne, où s’offrent à nos regards deux modèles à la fois : l’un de vie conjugale, dans la mère ; et l’autre, de virginité, dans la fille. La première a été récemment délivrée de l’opprobre de la stérilité ; et bientôt la seconde, par un enfantement étranger aux lois de la nature, donnera naissance au Christ, que l’opération divine aura formé et formé semblable à nous. C’est donc à bon droit que, remplie de l’Esprit de Dieu, Anne fait ainsi éclater son bonheur et son allégresse : Réjouissez-vous avec moi de ce que mes entrailles stériles ont porté le rejeton que le Seigneur m’avait promis, et de ce que mon sein nourrit, selon mes vœux, le fruit de la bénédiction d’en haut. J’ai mis de côté le deuil de la stérilité, pour revêtir les habits de fête de la fécondité. Qu’en ce jour, Anne, la rivale de Phénenna, se réjouisse avec moi, et célèbre par son exemple le nouveau et si étonnant prodige opéré en moi.

5e leçon

Que Sara, comblée de joie en ses vieux jours par une grossesse qui était la figure de ma fécondité tardive, s’unisse à mes transports. Que les femmes qui n’ont jamais conçu célèbrent avec moi l’admirable visite que le ciel a daigné me faire. Que toutes celles qui ont eu cette joie de là maternité disent également : Béni soit le Seigneur qui a exaucé les prières et rempli les vœux de ses servantes, et qui, rendant féconde une épouse stérile, lui a donné ce fruit incomparable d’une Vierge devenue Mère de Dieu selon la chair, une Vierge dont le sein très pur est un ciel, où celui qu’aucun lieu ne peut contenir a voulu demeurer. Mêlons nos voix aux leurs pour offrir aussi nos louanges à celle qu’on appelait stérile, et qui maintenant est mère d’une mère vierge. Disons-lui avec l’Écriture : Heureuse la maison de David dont vous êtes issue ! Heureux le sein dans lequel le Seigneur lui-même a construit son arche de sanctification, c’est-à-dire Marie, qui l’a conçu sans le concours de l’homme.

6e leçon

Vous êtes vraiment heureuse et trois fois heureuse, Anne, d’avoir mis au monde une fille à qui le Seigneur a donné en partage la béatitude, cette Vierge Marie, que son nom même rend singulièrement vénérable, le rejeton qui a produit la fleur de vie, Jésus-Christ ; cette Vierge dont la naissance a été glorieuse, et dont l’enfantement sera plus sublime que tout au monde. Nous vous félicitons encore, ô bienheureuse Anne, d’avoir eu le privilège de donner à la terre l’espérance de tous les cœurs, le rejeton objet des divines promesses. Oui, vous êtes bienheureuse, et bienheureux est le fruit de vos entrailles. Les âmes pieuses glorifient celle que vous avez conçue, et toute langue célèbre avec joie votre enfantement. Et certes il est digne, il est on ne peut plus juste, de louer une sainte que la bonté divine a favorisée d’un oracle, et qui nous a donné le fruit merveilleux duquel est sorti le très doux Jésus.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Si le Seigneur, mes très chers frères, nous dépeint le royaume des cieux comme semblable à des objets terrestres, c’est pour que notre esprit s’élève, de ce qu’il connaît, à ce qu’il ne connaît pas ; qu’il se porte vers les biens invisibles par l’exemple des choses visibles, et, qu’excité par des vérités dont il a l’expérience, il s’enflamme de telle sorte, que l’affection qu’il éprouve pour un bien connu lui apprenne à aimer aussi des biens inconnus. Voici « que le royaume des cieux est comparé à un trésor caché dans un champ ; celui qui l’a trouvé, le cache, et à cause de la joie qu’il en a, il va et vend tout ce qu’il a, et il achète ce champ ».

8e leçon

Il faut remarquer dans ce fait, que le trésor une fois trouvé, on le cache afin de le conserver. C’est parce que celui qui ne met pas à l’abri des louanges humaines l’ardeur des désirs qu’il ressent pour le ciel, ne parvient pas à les défendre contre les malins esprits. Nous sommes, en effet, dans la vie présente comme dans un chemin par lequel nous nous dirigeons vers la patrie ; et les esprits malins infestent notre route, comme le feraient des voleurs. C’est vouloir être dépouillé que de porter un trésor à découvert sur le chemin. Je ne dis pas cela, néanmoins, pour empêcher que le prochain soit témoin de nos bonnes œuvres, selon ce qui est écrit : « Qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » ; mais afin que nous ne recherchions pas, dans le motif qui nous fait agir, les louanges du dehors. Que l’action soit publique, mais que notre intention demeure cachée, pour que nous donnions ainsi à notre prochain l’exemple d’une bonne œuvre, et cependant que par l’intention que nous avons de plaire uniquement à Dieu, nous souhaitions toujours le secret.

9e leçon

Or, le trésor, c’est le désir du ciel, et le champ où est caché ce trésor, c’est une vie digne du ciel. Il vend bien tout ce qu’il a pour acheter ce champ, celui qui, renonçant aux voluptés charnelles, foule aux pieds tous ses désirs terrestres, par la pratique exacte de cette vie digne du ciel, en sorte que plus rien de ce qui flatte les sens ne lui plaise, et que son esprit ne redoute rien de ce qui détruit la vie charnelle.

Joignant le sang des rois à celui des pontifes, Anne apparaît glorieuse plus encore de son incomparable descendance au milieu des filles d’Ève. La plus noble de toutes celles qui conçurent jamais en vertu du Croissez et multipliez des premiers jours, à elle s’arrête, comme parvenue à son sommet, comme au seuil de Dieu, la loi de génération de toute chair ; car de son fruit Dieu même doit sortir, fils uniquement ici-bas de la Vierge bénie, petit-fils à la fois d’Anne et de Joachim.

Avant d’être favorisés de la bénédiction la plus haute qu’union humaine dût recevoir, les deux saints aïeuls du Verbe fait chair connurent l’angoisse qui purifie l’âme. Des traditions dont l’expression, mélangée de détails de moindre valeur, remonte pourtant aux origines du christianisme, nous montrent les illustres époux soumis à l’épreuve d’une stérilité prolongée, en butte à cause d’elle aux dédains de leur peuple, Joachim repoussé du temple allant cacher sa tristesse au désert, et Anne demeurée seule pleurant son veuvage et son humiliation. Quel exquis sentiment dans ce récit, comparable aux plus beaux que nous aient gardes les saints Livres !

« C’était le jour d’une grande fête du Seigneur. Maigre sa tristesse extrême, Anne déposa ses vêtements de deuil, et elle orna sa tête, et elle se revêtit de sa robe nuptiale. Et vers la neuvième heure, elle descendit au jardin pour s’y promener ; et voyant un laurier, elle s’assit à son ombre et répandit sa prière en présence du Seigneur Dieu, disant : « Dieu de mes pères, bénissez-moi « et exaucez mes supplications, comme vous avez « béni Sara et lui avez donné un fils ! »

Et levant les yeux au ciel, elle vit sur le laurier un nid de passereau, et gémissant elle dit : « Hélas ! quel sein m’a portée, pour être ainsi malédiction en Israël ?
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux oiseaux du ciel ; car les oiseaux sont bénis de vous, Seigneur.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux animaux de la terre ; car eux aussi sont féconds devant vous.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux eaux ; car elles ne sont point stériles en votre présence, et les fleuves et les océans poissonneux vous louent dans leurs soulèvements ou leur cours paisible.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer à la terre même ; car la terre elle aussi porte ses fruits en son temps, et elle vous bénit, Seigneur ».

Or voici qu’un Ange du Seigneur survint, lui disant :
« Anne, Dieu a exaucé ta prière ; tu concevras et enfanteras, et ton fruit sera célébré dans toute terre habitée ».

Et le temps venu, Anne mit au monde une fille, et elle dit : « Mon âme est magnifiée à cette heure ».

Et elle nomma l’enfant Marie ; et lui donnant le sein, elle entonna ce cantique au Seigneur :

« Je chanterai la louange du Seigneur mon Dieu ; car il m’a visitée, il a éloigné de moi l’opprobre, il m’a donné un fruit de justice. Qui annoncera aux fils de Ruben qu’Anne est devenue féconde ? Écoutez, écoutez, douze tribus : voici qu’Anne allaite ! »

La fête de Joachim, que l’Église a placée au Dimanche dans l’Octave de l’Assomption de sa bienheureuse fille, nous permettra de compléter bientôt l’exposé si suave d’épreuves et de joies qui furent aussi les siennes. Averti par le ciel de quitter le désert, il avait rencontré son épouse sous la porte Dorée donnant accès au temple du côté de l’Orient. Non loin, près de la piscine Probatique, où les agneaux destinés à l’autel lavaient leur blanche toison avant d’être offerts au Seigneur, s’élève aujourd’hui la basilique restaurée de Sainte-Anne, appelée primitivement Sainte-Marie de la Nativité. C’est là que, dans la sérénité du paradis, germa sur la tige de Jessé le béni rejeton salué du Prophète et qui devait porter la divine fleur éclose au sein du Père avant tous les temps. Séphoris, patrie d’Anne, Nazareth, où vécut Marie, disputent, il est vrai, à la Ville sainte l’honneur que réclament ici pour Jérusalem d’antiques et constantes traditions. Mais nos hommages à coup sûr ne sauraient s’égarer, quand ils s’adressent en ce jour à la bienheureuse Anne, vraie terre incontestée des prodiges dont le souvenir renouvelle l’allégresse des cieux, la fureur de Satan, le triomphe du monde.

Anne, point de départ du salut, horizon qu’observaient les Prophètes, région du ciel la première empourprée des feux de l’aurore ; sol béni, dont la fertilité si pure donna dès lors à croire aux Anges qu’Éden nous était rendu ! Mais dans l’auréole d’incomparable paix qui l’entoure, saluons en elle aussi la terre de victoire éclipsant tous les champs de bataille fameux : sanctuaire de l’Immaculée Conception, là fut repris par notre race humiliée le grand combat commencé près du trône de Dieu par les célestes phalanges ; là le dragon chassé des deux vit broyer sa tête, et Michel surpassé en gloire remit joyeux à la douce souveraine qui, dès son éveil à l’existence, se déclarait ainsi, le commandement des armées du Seigneur.

Quelle bouche humaine, si le charbon ardent ne l’a touchée, pourra dire l’admiratif étonnement des angéliques principautés, lorsque la sereine complaisance de la Trinité sainte, passant des brûlants Séraphins jusqu’aux derniers rangs des neuf chœurs, inclina leurs regards de feu à la contemplation de la sainteté subitement éclose au sein d’Anne ? Le Psalmiste avait dit de la Cité glorieuse dont les fondations se cachent en celle qui auparavant fut stérile : Ses fondements sont posés sur les saintes montagnes ; et les célestes hiérarchies couronnant les pentes des collines éternelles découvrent là des hauteurs inconnues qu’elles n’atteignirent jamais, des sommets avoisinant la divinité de si presque déjà elle s’apprête à y poser son trône. Comme Moïse à la vue du buisson ardent sur Horeb, elles sont saisies d’une frayeur sainte, en reconnaissant au désert de notre monde de néant la montagne de Dieu, et comprennent que l’affliction d’Israël va cesser. Quoique sous le nuage qui la couvre encore, Marie, au sein d’Anne, est en effet déjà cette montagne bénie dont la base, le point de départ de grâce, dépasse le faîte des monts où les plus hautes saintetés créées trouvent leur consommation dans la gloire et l’amour.

Oh ! Combien donc justement Anne, par son nom, signifie grâce, elle qui, neuf mois durant, resta le lieu des complaisances souveraines du Très-Haut, de l’extase des très purs esprits, de l’espoir de toute chair ! Sans doute ce fut Marie, la fille et non la mère, dont l’odeur si suave attira dès lors si puissamment les cieux vers nos humbles régions. Mais c’est le propre du parfum d’imprégner de lui premièrement le vase qui le garde, et, lors même qu’il en est sorti, d’y laisser sa senteur. La coutume n’est-elle pas du reste que ce vase lui aussi soit avec mille soins préparé d’avance, qu’on le choisisse d’autant plus pure, d’autant plus noble matière, qu’on le relève d’autant plus riches ornements que plus exquise et plus rare est l’essence qu’on se propose d’y laisser séjourner ? Ainsi Madeleine renfermait-elle son nard précieux dans l’albâtre. Ne croyons pas que l’Esprit-Saint, qui préside à la composition des parfums du ciel, ait pu avoir de tout cela moins souci que les hommes. Or le rôle de la bienheureuse Anne fut loin de se borner, comme fait le vase pour le parfum, à contenir passivement le trésor du monde. C’est de sa chair que prit un corps celle en qui Dieu prit chair à son tour ; c’est de son lait qu’elle fut nourrie ; c’est de sa bouche que, tout inondée qu’elle fût directement de la divine lumière, elle reçut les premières et pratiques notions de la vie. Anne eut dans l’éducation de son illustre fille la part de toute mère ; non seulement, quand Marie dut quitter ses genoux, elle dirigea ses premiers pas ; elle fut en toute vérité la coopératrice de l’Esprit-Saint dans la formation de cette âme et la préparation de ses incomparables destinées : jusqu’au jour où, l’œuvre parvenue à tout le développement qui relevait de sa maternité, sans retarder d’une heure, sans retour sur elle-même, elle offrit l’enfant de sa tendresse à celui qui la lui avait donnée.

Sic fingit tabernaculum Deo, ainsi elle crée un tabernacle à Dieu : c’était la devise que portaient, autour de l’image d’Anne instruisant Marie, les jetons de l’ancienne corporation des ébénistes et des menuisiers, qui, regardant la confection des tabernacles de nos églises où Dieu daigne habiter comme son œuvre la plus haute, avait pris sainte Anne pour patronne et modèle auguste. Heureux âge que celui où ce que l’on aime à nommer la naïve simplicité de nos pères, atteignait si avant dans l’intelligence pratique des mystères que la stupide infatuation de leurs fils se fait gloire d’ignorer ! Les travaux du fuseau, de tissage, de couture, de broderie, les soins d’administration domestique, apanage de la femme forte exaltée au livre des Proverbes, rangèrent naturellement aussi dans ces temps les mères de famille, les maîtresses de maison, les ouvrières du vêtement, sous la protection directe de la sainte épouse de Joachim. Plus d’une fois, celles que le ciel faisait passer par l’épreuve douloureuse qui, sous le nid du passereau, avait dicté sa prière touchante, expérimentèrent la puissance d’intercession de l’heureuse mère de Marie pour attirer sur d’autres qu’elle-même la bénédiction du Seigneur Dieu.

L’Orient précéda l’Occident dans le culte public de l’aïeule du Messie. Vers le milieu du VIe siècle, Constantinople lui dédiait une église. Le Typicon de saint Sabbas ramène sa mémoire liturgique trois fois dans l’année : le 9 septembre, en la compagnie de Joachim son époux, au lendemain de la Nativité de leur illustre fille ; le 9 décembre, où les Grecs, qui retardent d’un jour sur les Latins la solennité de la Conception immaculée de Notre-Dame, célèbrent cette fête sous un titre qui rappelle plus directement la part d’Anne au mystère ; enfin le 25 juillet, qui, n’étant point occupé chez eux par la mémoire de saint Jacques le Majeur anticipée au 30 avril, est appelé Dormition ou mort précieuse de sainte Anne, mère de la très sainte Mère de Dieu : ce sont les expressions mêmes que le Martyrologe romain devait adopter par la suite.

Si Rome, toujours plus réservée, n’autorisa que beaucoup plus tard l’introduction dans les Églises latines d’une fête liturgique de sainte Anne, elle n’avait point attendu cependant pour diriger de ce côté, en l’encourageant, la piété des fidèles. Dès le temps de saint Léon III,et parle commandement exprès de l’illustre Pontife, on représentait l’histoire d’Anne et de Joachim sur les ornements sacrés destinés aux plus nobles basiliques de la Ville éternelle. L’Ordre des Carmes, si dévot à sainte Anne, contribua puissamment, par son heureuse transmigration dans nos contrées, au développement croissant d’un culte appelé d’ailleurs comme naturellement par les progrès de la dévotion des peuples à la Mère de Dieu. Cette étroite relation des deux cultes est en effet rappelée dans les termes de la concession par laquelle, en 1381, Urbain VI donnait satisfaction aux vœux des fidèles d’Angleterre et autorisait pour ce royaume la fête de la bienheureuse Anne. Déjà au siècle précédent, l’Église d’Apt en Provence était en possession de cette solennité : priorité s’expliquant chez elle par l’honneur insigne qui lui échut pour ainsi dire avec la foi, lorsqu’au premier âge du christianisme elle reçut en dépôt le très saint corps de l’aïeule du Messie.

Depuis que le Seigneur remonté aux cieux a voulu que, comme lui, Notre-Dame y fût couronnée sans plus tarder dans la totalité de son être virginal, n’est-il pas vrai de dire que les reliques de la Mère de Marie doivent être doublement chères au monde : et comme toutes autres, en raison de la sainteté de celle dont ils sont les restes augustes ; et plus qu’aucunes autres, par ce côté qui nous les montre en voisinage plus immédiat qu’aucune avec le mystère de la divine Incarnation ? Dans son abondance, l’Église d’Apt crut pouvoir se montrer prodigue ; si bien qu’il nous serait impossible d’énumérer les sanctuaires qui, soit de cette source incomparable, soit d’ailleurs pour de plus ou moins notables portions, se trouvent aujourd’hui enrichis d’une part de ces restes précieux. Nous ne pouvons omettre de nommer cependant, parmi ces lieux privilégiés, l’insigne Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs ; dans une apparition à sainte Brigitte de Suède, Anne voulut confirmer elle-même l’authenticité du bras que l’église où repose le Docteur des nations, conserve d’elle comme un des plus nobles joyaux de son opulent trésor.

Ce fut seulement en 1584, que Grégoire XIII ordonna la célébration de la fête du 26 juillet dans le monde entier, sous le rit double. C’était Léon XIII qui devait, de nos jours (1879), l’élever en même temps que celle de saint Joachim à la dignité des solennités de seconde Classe. Mais auparavant, en 1622, Grégoire XV, guéri d’une grave maladie par sainte Anne, avait déjà mis sa fête au nombre des fêtes de précepte entraînant l’abstention des œuvres serviles.

Anne recevait enfin ici-bas les hommages dus au rang qu’elle occupe au ciel ; elle ne tardait pas à reconnaître par des bienfaits nouveaux la louange plus solennelle qui lui venait delà terre. Dans les années 1623, 1624, 1625, au village de Keranna près Auray en Bretagne, elle se manifestait à Yves Nicolazic, et lui faisait trouver au champ du Bocenno, qu’il tenait à ferme, l’antique statue dont la découverte allait, après mille ans d’interruption et de ruines, amener les peuples au lieu où l’avaient jadis honorée les habitants de la vieille Armorique. Les grâces sans nombre obtenues en ce lieu, devaient en effet porter leur renommée bien au delà des frontières d’une province à laquelle sa foi, digne des anciens âges, venait de mériter la faveur de l’aïeule du Messie ; Sainte-Anne d’Auray allait compter bientôt parmi les principaux pèlerinages du monde chrétien.

Plus heureuse que l’épouse d’Elcana, qui vous avait figurée par ses épreuves et son nom même, ô Anne, vous chantez maintenant les magnificences du Seigneur. Où est la synagogue altière qui vous imposait ses mépris ? Les descendants de la stérile sont aujourd’hui sans nombre ; et nous tous, les frères de Jésus, les enfants comme lui de Marie votre fille, c’est dans la joie qu’amenés par notre Mère, nous vous présentons avec elle nos vœux en ce jour. Quelle fête plus touchante au foyer que celle de l’aïeule, quand autour d’elle, comme aujourd’hui, viennent se ranger ses petits-fils dans la déférence et l’amour ! Pour tant d’infortunés qui n’eussent jamais connu ces solennités suaves, ces fêtes de famille, de jour en jour, hélas ! Plus rares, où la bénédiction du paradis terrestre semble revivre en sa fraîcheur, quelle douce compensation réservait la miséricordieuse prévoyance de notre Dieu ! lia voulu, ce Dieu très haut, tenir à nous de si près qu’il fût un de nous dans la chair ; il a connu ainsi que nous les relations, les dépendances mutuelles résultant comme une loi de notre nature, ces liens d’Adam dans lesquels il avait projeté de nous prendre] et où il se prit le premier. Car, en élevant la nature au-dessus d’elle-même, il ne l’avait pas supprimée ; il faisait seulement que la grâce, s’emparant d’elle, l’introduisît jusqu’aux cieux : en sorte qu’alliées dans le temps par leur commun auteur, nature et grâce demeurassent pour sa gloire unies dans l’éternité. Frères donc par la grâce de celui qui reste à jamais votre petit-fils par nature, nous devons à cette disposition pleine d’amour de la divine Sagesse de n’être point, sous votre toit, des étrangers en ce jour ; vraie fête du cœur pour Jésus et Marie, cette solennité de famille est aussi la nôtre.

Donc, ô Mère, souriez à nos chants, bénissez nos vœux. Aujourd’hui et toujours, soyez propice aux supplications qui montent vers vous de ce séjour d’épreuves. Dans leurs désirs selon Dieu, dans leurs douloureuses confidences, exaucez les épouses et les mères. Maintenez, où il en est temps encore, les traditions du foyer chrétien. Mais déjà, que de familles où le souffle de ce siècle a passé, réduisant à néant le sérieux de la vie, débilitant la foi, ne semant qu’impuissance, lassitude, frivolité, sinon pis, à la place des fécondes et vraies joies de nos pères ! Oh ! Comme le Sage, s’il revenait parmi nous, dirait haut toujours : « Qui trouvera la femme forte ? » Elle seule, en effet, par son ascendant, peut encore conjurer ces maux, mais à la condition de ne point oublier où réside sa puissance ; à savoir dans les plus humbles soins du ménage exercés par elle-même, le dévouement qui se dépense obscurément, veilles de nuit, prévoyance de chaque heure, travaux de la laine et du lin, jeu du fuseau : toutes ces fortes choses qui lui assurent confiance et louange de la part de l’époux, autorité sur tous, abondance au foyer, bénédiction du pauvre assisté par ses mains, estime de l’étranger, respect de ses fils, et pour elle-même, dans la crainte du Seigneur, noblesse et dignité, beauté autant que force, sagesse, douceur et contentement, sérénité du dernier jour.

Bienheureuse Anne, secourez la société qui se meurt parle défaut de ces vertus qui furent vôtres. Vos maternelles bontés, dont les effusions sont devenues plus fréquentes, ont accru la confiance de l’Église ; daignez répondre aux espérances qu’elle met en vous. Bénissez spécialement votre Bretagne fidèle ; ayez pitié de la France malheureuse, que vous avez aimée si tôt en lui confiant votre saint corps, que vous avez choisie plus tard de préférence comme le lieu toujours cher d’où vous vouliez vous manifester au monde, que naguère encore vous avez comblée en lui remettant le sanctuaire qui rappelle dans Jérusalem votre gloire et vos ineffables joies : ô vous donc qui, comme le Christ, aimez les Francs, qui dans la Gaule déchue daignez toujours voir le royaume de Marie, continuez-nous cet amour, tradition de famille pour nous si précieuse. Que votre initiative bénie vous fasse connaître par le monde à ceux de nos frères qui vous ignoreraient encore. Pour nous qui dès longtemps avons connu votre puissance, éprouvé vos bontés, laissez-nous toujours chercher en vous, ô Mère, repos, sécurité, force en toute épreuve ; à qui s’appuie sur vous, rien n’est à craindre ici-bas : ce que votre bras porte est bien porté.

 

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Saint Jacques apôtre mémoire de Saint Christophe Martyre

25 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jacques apôtre mémoire de Saint Christophe Martyre

Collecte

Seigneur, soyez le sanctificateur de votre peuple et son gardien : afin qu’aidé par l’assistance de votre Apôtre Jacques, il mène une vie qui vous soit agréable et vous serve avec tranquillité et confiance.

Office

4e leçon

Jacques, fils de Zébédée et frère de l’Apôtre Jean, était Galiléen. Appelé, ainsi que son frère, à prendre rang parmi les premiers Apôtres, il quitta son père et ses filets et suivit le Seigneur. Jacques et Jean furent appelés par Jésus lui-même Boanergès, c’est-à-dire fils du tonnerre. Jacques fut l’un des trois Apôtres que le Sauveur aima le plus, qu’il choisit pour témoins de sa transfiguration, et de la résurrection de la fille du chef de la synagogue, et qui l’accompagnèrent le jour où il se retira sur le mont des Oliviers pour y prier son Père, quelques heures avant de tomber aux mains des Juifs.

5e leçon

Après l’ascension de Jésus-Christ au ciel, Jacques prêcha sa divinité dans la Judée et la Samarie, et détermina beaucoup d’hommes à embrasser la foi chrétienne. Il partit bientôt pour l’Espagne, et y convertit quelques personnes au Christ. De ce nombre, il y en eut sept que saint Pierre ordonna Évêques dans la suite et qui furent envoyés les premiers en Espagne. Jacques étant revenu à Jérusalem, le magicien Hermogène fut un de ceux auxquels il inculqua les vérités de la foi. Comme l’Apôtre proclamait librement la divinité de Jésus-Christ, Hérode Agrippa, élevé à la royauté sous l’empereur Claude et désireux de se concilier les Juifs, le condamna à la peine capitale. Celui qui l’avait conduit au tribunal ayant vu son courage pour le martyre, déclara sur-le-champ que lui aussi était chrétien.

6e leçon

Tandis qu’on les emmenait au supplice, le nouveau chrétien demanda pardon à saint Jacques : « Que la paix soit avec toi » lui répondit celui-ci en l’embrassant. Ils furent tous deux frappés de la hache ; l’Apôtre avait, un moment auparavant, guéri un paralytique. Le corps du Saint a été plus tard transporté à Compostelle, où son culte est en très grand honneur, et où se rassemblent des pèlerins amenés de tous les points du monde par leur piété et leurs vœux. Pour célébrer la mémoire de la naissance du saint Apôtre à la vie du ciel, l’Église a pris le jour qui est celui de la translation de son corps ; car c’est aux environs de la fête de Pâques, que, le premier d’entre les Apôtres, il a rendu témoignage à Jésus-Christ par l’effusion de son sang, dans la ville de Jérusalem.

7e leçon

Homélie de saint Jean Chrysostome.

Que personne ne se trouble, si nous disons qu’il y avait tant d’imperfection chez les Apôtres. Car le mystère de la croix n’était pas encore consommé, et la grâce du Saint-Esprit n’avait pas encore été répandue dans leurs âmes. Si vous voulez savoir qu’elle a été leur vertu, considérez ce qu’ils furent après avoir reçu la grâce du Saint-Esprit et vous les trouverez vainqueurs de toute inclination mauvaise. Leur imperfection n’est ignorée de personne aujourd’hui, afin qu’on apprécie mieux à quel point la grâce les a tout d’un coup transformés. Qu’ils n’aient rien sollicité de spirituel, et qu’ils n’aient pas même eu la pensée du royaume céleste, cela est évident. Mais examinons comment ils abordent Jésus-Christ, et lui adressent la parole. « Nous voudrions, disent-ils, que tout ce que nous vous demanderons, vous le fissiez pour nous. Mais le Christ leur répondit : Que voulez-vous ? » Non qu’il l’ignorât, certes, mais pour les obliger à s’expliquer, afin de mettre à nu leur plaie et d’être ainsi à même d’y appliquer le remède.

8e leçon

Mais eux, rougissant de honte et confus, parce qu’ils en étaient venus à des sentiments humains, ayant pris Jésus en particulier, lui firent en secret leur demande. Ils marchèrent en effet devant les autres, comme l’insinue l’Évangéliste, à dessein de n’être pas entendus. Et c’est ainsi qu’ils exprimèrent enfin ce qu’ils voulaient. Or, ce qu’ils voulaient, le voici, je présume. Comme ils lui avaient ouï dire que ses Apôtres seraient assis sur douze trônes, ils désiraient occuper les premiers de ces trônes. Sans doute ils savaient que Jésus les avait en prédilection ; mais redoutant que Pierre ne leur fût préféré, ils eurent la hardiesse de dire : « Ordonnez que nous soyons assis, l’un à votre droite et l’autre à votre gauche », ils le pressent par ce mot : ordonnez. Que va-t-il donc répondre ? Pour leur faire entendre qu’ils ne demandaient rien de spirituel, et qu’ils ne savaient pas même ce qu’ils sollicitaient, car s’ils le savaient, ils n’oseraient pas le demander, il leur fait cette réponse : « Vous ne savez pas ce que vous demandez » : vous ignorez combien cette chose est grande, combien elle est admirable, et dépassant même les plus hautes Vertus des cieux.

9e leçon

Et Il ajouta : « Pouvez-vous boire le calice que je vais boire », et être baptisé du baptême dont je suis baptisé ? Remarquez comment, tout en les entretenant de choses bien opposées, il les éloigne aussitôt de cette espérance. Vous me parlez, dit-il, d’honneur et de couronnes ; et moi, je vous parle de combats et de travaux. Ce n’est point ici le temps des récompenses, et cette gloire, qui m’appartient, n’apparaîtra pas de sitôt ; c’est à présent le temps de la persécution et des périls. Mais observez comme, par cette interrogation même, il les exhorte et les attire. Il ne leur dit point : Pouvez-vous endurer les mauvais traitements ? pouvez-vous verser votre sang ? il dit seulement : « Pouvez-vous boire le calice ? » et pour les attirer, il ajoute : « que je vais boire » afin de les mieux disposer à souffrir, par la perspective même de partager ses souffrances.

Saluons l’astre brillant qui se lève sur l’Église. Compostelle jadis resplendit par lui de l’éclat de tels feux que, pendant mille années, l’univers subit l’attraction de la ville obscure devenue, avec Jérusalem et Rome, l’un des foyers puissants de la piété des peuples. Tant que dura la chrétienté, Jacques le Grand le disputa, pour la gloire de sa tombe, à celle du sépulcre où Pierre repose soutenant l’Église.

Parmi les Saints de Dieu, il n’en est pas qui manifeste mieux la mystérieuse survivance des élus à leur carrière mortelle, dans la poursuite des intérêts que leur confia le Seigneur. La vie de Jacques fut courte après l’appel qui le faisait Apôtre ; le résultat de son apostolat apparut presque nul en cette Espagne qui lui était donnée. A peine l’avait-on vu comme prendre possession du sol de l’Ibérie dans sa course rapide ; et empressé à boire le calice qui devait satisfaire sa persévérante ambition d’être près du Seigneur, le premier des douze il ouvrait dans l’arène la marche glorieuse que l’autre fils de Zébédée devait clore. O Salomé, qui les mîtes au monde et fûtes près de Jésus l’interprète de leurs prétentions, tressaillez d’une double allégresse : vous n’êtes point rebutée ; vous avez pour complice celui qui fit le cœur des mères. N’est-ce pas lui qui déjà dès ce monde, à l’exclusion de tous autres et en la compagnie du seul Simon son vicaire, appelait les enfants que vous lui aviez donnés au spectacle des plus profondes œuvres de sa puissance, à la contemplation de sa gloire au Thabor, à la divine confidence de son trouble mortel au jardin de l’agonie ? Or voici qu’aujourd’hui l’aîné de votre sein devient le premier-né du collège sacré dans la mort ; protomartyr apostolique, ainsi quant à lui reconnut-il l’amour spécial du Seigneur Christ.

Comment pourtant sera-t il le messager de la foi, celui dont le glaive d’Hérode Agrippa] vient d’arrêter subitement la mission ? Comment justifiera-t-il son nom de fils du tonnerre, l’Apôtre dont quelques disciples au plus entendirent la voix dans le désert de l’infidélité ? Ce nom nouveau qui mettait à part encore une fois les deux frères, Jean le réalisa en déchirant la nue par les éclairs sublimes qui révélèrent au monde dans ses écrits les profondeurs de Dieu ; pour lui, comme pour Simon nommé Pierre par le Christ et devenu à jamais le fondement du temple, l’appellation reçue de l’Homme-Dieu fut prophétie et non vain titre ; pour Jacques aussi bien que pour Jean, l’éternelle Sagesse ne peut s’être trompée.

Ne croyons pas que le glaive d’un Hérode quelconque puisse déconcerter le Très-Haut dans les appels qu’il fait entendre aux hommes de sa droite. La vie des Saints n’est jamais tronquée ; leur mort, toujours précieuse, l’est plus encore quand c’est pour Dieu qu’elle semble arriver avant l’heure. C’est alors doublement qu’on peut dire en toute vérité que leurs œuvres les suivent, Dieu même étant tenu d’honneur et pour eux et pour lui à ce que rien ne manque à leur plénitude. « Il les a reçus comme une hostie d’holocauste, dit l’Esprit-Saint ; mais ils reparaîtront dans leur temps. On les verra scintiller comme la flamme qui court parmi les roseaux. Ils jugeront les nations, dompteront les peuples ; et le « Seigneur régnera par eux éternellement ». Oh ! Combien littéral devait, en ce qui touche notre Saint, se montrer l’oracle !

A l’extrémité nord de la péninsule ibérique, sur le tombeau où la piété de deux disciples avait jadis comme à la dérobée ramené son corps, près de huit siècles avaient passé, qui pour les habitants des cieux sont moins qu’un jour. Durant ce temps, la terre de son héritage, si rapidement parcourue naguère, avait vu les Barbares ariens succéder aux Romains idolâtres, puis le Croissant ramener plus profonde la nuit un moment dissipée. Un jour, au-dessus des ronces recouvrant le monument oublié, ont étincelé des lueurs, appelant l’attention sur ce lieu qui ne sera plus connu désormais que sous le nom de champ des étoiles. Mais soudain quelles clameurs retentissent, descendant des montagnes, ébranlant les échos des vallées profondes ? Quel est le chef inconnu ramenant au combat, contre une armée immense, la petite troupe épuisée que le plus vaillant héroïsme n’a pu la veille sauver d’une défaite ? Prompt comme l’éclair, brandissant d’une main son blanc étendard à la croix rouge, il fond haut l’épée sur l’ennemi éperdu, dont soixante-dix mille cadavres teignent de leur sang les pieds de son cheval de bataille. Salut au chef de la guerre sainte dont tant de fois cette Année liturgique a rappelé le souvenir ! Saint Jacques ! Saint Jacques ! Espagne, en avant ! C’est la rentrée en scène du pêcheur galiléen, que l’Homme-Dieu appela autrefois de la barque où il raccommodait ses filets ; c’est la réapparition de l’aîné des fils du tonnerre, libre enfin de lancer la foudre sur les Samaritains nouveaux qui prétendent honorer l’unité de Dieu en ne voyant qu’un prophète dans son Christ. Désormais Jacques sera pour l’Espagne chrétienne la torche ardente qu’avait vue le Prophète, le feu qui dévore à droite et à gauche les nations enserrant la cité sainte, jusqu’à ce qu’elle ait retrouvé ses anciennes limites, et soit habitée au même lieu qu’autrefois par ses fils.  Et quand, après six siècles et demi que la mémorable lutte doit durer encore, ses porte-enseigne, les rois Catholiques, auront rejeté par delà les flots les restes de la tourbe infidèle qui n’aurait jamais dû les franchir, le vaillant chef des armées des Espagnes déposera sa brillante armure, le tueur de Maures redeviendra le messager de la foi. Montant sur sa barque de pêcheur d’hommes et groupant autour d’elle les flottes intrépides des Christophe Colomb, des Vasco de Gama, des Albuquerque, il les guidera sur les mers inconnues à la recherche de rivages où jusque-là n’ait point été porté le nom du Seigneur. Pour sa part de contribution aux travaux des douze, Jacques amènera de l’Occident, de l’Orient, du Midi, des mondes nouveaux qui renouvelleront la stupeur de Pierre à la vue de telles prises. Et celui dont on avait pu croire, au temps du troisième Hérode, l’apostolat brisé dans sa fleur avant d’avoir donné ses fruits, pourra dire lui aussi : « Je ne m’estime point inférieur aux plus grands des Apôtres ; car, par la grâce de Dieu, j’ai travaillé plus qu’eux tous ».

Patron des Espagnes, n’oubliez pas l’illustre peuple qui vous dut à la fois sa noblesse dans les cieux et sa prospérité de ce monde ; protégez-le contre l’amoindrissement des vérités qui firent de lui en ses beaux jours le sel de la terre ; qu’il pense à la terrible sentence portant que, si le sel s’affadit, il n’est plus bon qu’à être foulé aux pieds. Mais en même temps souvenez-vous, ô Apôtre, du culte spécial dont vous honore l’Église entière. Aujourd’hui encore, ne garde-t-elle pas sous la protection immédiate du Pontife romain et votre corps sacré si heureusement retrouvé dans nos temps, et le vœu d’aller en pèlerin vénérer ces restes précieux ?

Que sont devenus les siècles où, si grande que se manifestât votre force d’expansion au dehors, elle était dépassée par la merveilleuse puissance d’attirer tout à vous, que vous avait communiquée le Seigneur ? Qui donc, sinon Celui qui compte les astres du firmament, pourrait nombrer les Saints, les pénitents, les rois, les guerriers, les inconnus de tout ordre, multitude infinie, renouvelée sans cesse, gravitant autour de vos reliques saintes comme sous l’empire de ces immuables lois qui règlent au-dessus de nos têtes les mouvements des cieux ; armée alors sans cesse en marche vers ce champ de l’étoile d’où s’exerçait votre rayonnement sur le monde ? Et n’était-ce donc pas le sens de la vision mystérieuse prêtée, dans nos antiques légendes, au grand empereur par qui l’Europe chrétienne était fondée, lorsqu’au soir d’une journée de labeur, des bords de la mer de Frise, il contemplait la longue zone étoilée qui, partageant le ciel, semblait passer entre les Gaules, l’Allemagne et l’Italie, pour de là, traversant Gascogne, pays Basque et Navarre, gagner les terres de la lointaine Galice ? On raconte que vous-même apparûtes alors à Charles, et lui dîtes : « Ce chemin d’étoiles marque la route qui s’offre à toi pour délivrer ma tombe, et que suivront après toi tous les peuples ». Et Charlemagne, passant les monts, donna le signal pour la chrétienté de cette marche en avant sur les terres Sarrasines qu’on appela la Croisade ; ébranlement immense, qui fut le salut aussi bien que la gloire des races latines, en rejetant la peste musulmane sur le foyer où elle avait pris naissance.

Mais quand nous venons à considérer que deux tombeaux furent, aux deux points extrêmes, les pôles voulus par Dieu de ce mouvement absolument incomparable dans l’histoire des nations : l’un qui fut celui où Dieu même se coucha dans la mort, et l’autre, ô fils de Zébédée, qui garde vos cendres ; comment ne point nous écrier, dans la stupéfaction du Psalmiste : Vos amis sont honorés jusqu’à l’excès, ô Dieu ! Et du Fils de l’homme à son humble Apôtre, quelles recherches de l’amitié n’agréant d’honneurs que ceux qu’elle partage, jusque dans l’établissement de ces Ordres hospitaliers et militaires qui, de part et d’autre, devenus la terreur du Croissant, n’eurent d’autre but à l’origine que de recueillir et de protéger les pèlerins dans leur route vers l’un ou l’autre des saints tombeaux ! Puisse l’impulsion d’en haut, dont le retour aux grands pèlerinages catholiques est un des signes les plus heureux de nos temps, ramener aussi vers Compostelle les fils de vos clients d’autrefois ! Pour nous du moins, avec notre saint Louis balbutiant encore de ses lèvres mourantes en face de Tunis la Collecte de votre fête, nous redirons en finissant : « Soyez, Seigneur, pour votre peuple, sanctificateur et gardien ; fortifié du secours de votre Apôtre Jacques, qu’il vous plaise dans ses mœurs et vous serve d’un cœur tranquille ».

 

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Super Psalmo 2

24 Juillet 2023 , Rédigé par Ludovicus

Super Psalmo 2

Super Psalmo 2

Super Psalmo 2 n. 1 Praemisso Psalmo, in quo quasi universaliter descripsit statum et processum humani generis, in hoc procedit ad materiam propriam, scilicet tribulationes suas signantes tribulationes Christi: et circa hoc tria facit. Primo implorat divinum auxilium contra tribulationes imminentes orando. Secundo gratias agit exauditus, et hoc in octavo Psalmo: Domine dominus noster, quam admirabile est nomen tuum in universa terra? Tertio ostendit fiduciam inde conceptam, et hoc in decimo Psalmo: in Domino confido: quomodo dicitis animae meae, transmigra in montem sicut passer. In tribulationibus autem potest homo duo petere. Primo petit ut liberetur. Secundo, ut hostes deprimantur; et hoc facit in septimo Psalmo: Domine Deus meus in te et cetera. Circa primum duo facit. Primo implorat auxilium contra tribulantes. Secundo contra decipere molientes, et hoc in quinto Psalmo: verba mea. Circa primum tria facit. Primo commemorat machinationes insurgentium contra ipsum. Secundo implorat auxilium contra jam insurgentes, et hoc in tertio Psalmo: Domine quid multiplicati. Tertio confidens se exauditum, invitat alios ad confidendum de Deo; et hoc in quarto Psalmo: cum invocarem. Sed attendendum est, quod totus iste Psalmus nihil continet de oratione, sed de malitia insurgentium. Circa quem Psalmum in generali sciendum est, quod de eo fuit duplex opinio. Quidam enim dixerunt, quod idem est cum primo Psalmo: et haec fuit Gamalielis. Et propter hoc dicebant, quod sicut ille Psalmus: beatus vir qui etc.; ita iste quasi pars ipsius finit: beati omnes qui confidunt in eo, ut sit quasi circularis. Sed contra hoc sunt duo. Primo quia sic non essent centum quinquaginta Psalmi. Sed ad hoc respondetur, quia addunt unum qui invenitur in pluribus Psalteriis: et incipit, pusillus eram et cetera. Et secundo, quia in Hebraeo Psalmi secundum ordinem literarum ordinantur, ut quotus sit Psalmus statim occurrat: nam in primo est aleph, ad designandum quod sit primus; in secundo est Beth, ut designetur quod sit secundus; in tertio est gimel, et sic est in aliis. Quia ergo Beth, quae littera est secunda in ordine alphabeti, ponitur in principio hujus Psalmi, patet quod est secundus Psalmus, et hoc tenet Augustinus. Dicendum est ergo, quod Psalmus iste in ordine Psalmorum est secundus, sed primus in titulo: et hic est titulus ejus. Psalmus proprie dicitur a Psalterio, quod est quoddam instrumentum decachordum, quod manu tangitur: unde dicitur a psallere, quod est manu tangere, et habet tactum a superiori: unde Psalmus proprie dicitur canticum, quod David cantabat, vel cantari faciebat ad Psalterium. Mystice autem per decachordum Psalterium signatur lex Dei, quae in decem praeceptis consistit, et oportet quod tangatur manu, idest bona operatione, et a superiori, quia praecepta sunt implenda propter spem aeternorum, alias tangeretur ex inferiori. Est ergo Psalmus David, quia ab eo compositus, et de regno ejus in figura regni Christi agit. Per David enim Christus convenienter significatur, quia David dicitur manu fortis, et Christus Dei virtus, 1 Cor. 1. Dicitur etiam David aspectu desiderabilis, et Christus splendor gloriae, He. 1: ipse est in quem desiderant Angeli prospicere, 1 P. 1. Quare fremuerunt gentes, et populi meditati sunt inania? Psalmus iste dividitur in duas partes. In prima narratur machinatio molientium contra regnum David et Christi. In secunda ponitur eorum repressio, ibi, qui habitat in caelis irridebit eos. Circa primum tria facit. Primo narrat machinantium rebellionem. Secundo contra quem machinatur. Tertio propositum machinantium. Secundum ibi, adversus Dominum. Tertium ibi, dirumpamus vincula eorum. Primo ergo historialiter sciendum, quod quando populus molitur rebellionem, primo surgit murmur in populo, post accedit auxilium magnatum ad perficiendum. Primo ergo ponit conatum populi murmurantis. Secundo auxilium magnatum, ibi, astiterunt reges terrae, et principes convenerunt in unum. In populo autem sunt quidam minus habentes de ratione, qui sunt impetuosi: quidam plus, qui cauti dicuntur. Primi non moventur sensu ad rebellandum, sed magis impetu; et ideo dicit de his, fremuerunt, quod est bestiarum: Pr. 19: sicut fremitus leonis, ita et regis ira. Secundi moventur consilio; et ideo de his dicit: meditati sunt inania. Quia vanae sunt cogitationes hominum, Ps. 93. Populus est multitudo hominum juris consensu sociata. Et ideo Judaei dicuntur populus, quia cum lege et sub lege Dei sunt. Alii dicuntur gentes, quia non sunt sub lege Dei. Vel ad litteram. In regno David erant gentes subjugatae, et Judaei fideles; et utrique moliebantur contra eum; ideo dicit: quare fremuerunt gentes, et populi meditati sunt inania? Non interrogat sed increpat, sicut ibi Sg. 5: quid nobis profuit superbia, aut divitiarum jactantia quid contulit nobis? Item minores nihil per se facere possent, nisi haberent auxilium majorum: unde ponit quosdam praebentes auxilium: primo per potentiam adjuvando et quantum ad hoc dicit: astiterunt reges terrae, et principes convenerunt in unum adversus Dominum, et adversus Christum ejus; quasi dicat, illi fremuerunt, sed alii astiterunt, idest affuerunt huic malitiae. Item quidam praebuerunt auxilium per sapientiam consulendo; et quantum ad hoc dicit, convenerunt in unum, scilicet ad consiliandum. Littera Hieronymi habet tractabant pariter. Hier. 5: ibo igitur ad optimates, et loquar eis: ipsi enim cognoverunt viam Domini, et judicium Dei sui et cetera. Deinde cum dicit, adversus Dominum, et adversus Christum ejus etc. ponit patientes rebellionem. Ostendit enim contra quos fuit rebellio, quia contra Dominum, et contra regem ejus: reges enim dicuntur Christi, idest uncti: Ps. 104: nolite tangere christos meos. Qui ergo rebellat regi instituto per Deum, rebellat etiam Deo: Rm. 13: qui potestati resistit, Dei ordinationi resistit. Et ideo dicit, adversus Dominum, et adversus Christum ejus. Rm. 8: non te abjecerunt, sed me. Mystice haec dicta sunt sub similitudine David de Christo: Ac. 4: Domine, tu dixisti per os patris nostri pueri tui David, quare fremuerunt gentes et cetera. Convenerunt enim vere in civitate ista adversus sanctum puerum tuum Jesum, quem unxisti et cetera. Et secundum hoc intelligendum est, quod gentes, scilicet milites, convenerunt contra Christum: et populi, scilicet Judaei, meditati sunt inania, credentes eum occidere totaliter, scilicet quod non resurgeret: et reges terrae, scilicet Herodes Ascalonita prior qui occidit infantes: et posterius Herodes Antipas ejusdem filius qui Pilato consensit: et principes, idest Pilatus, ut ponatur plurale pro singulari per synecdochem. Vel principes sacerdotum convenerunt in unum, idest unam pravam voluntatem, adversus dominum et adversus Christum ejus.

Super Psalmo 2 n. 2 Consequenter ponit propositum machinantium: unde dicit: dirumpamus vincula eorum et cetera. Quod proprie dicitur: nam regis dominium dicitur jugum. 3 R. 12, dicitur ad Roboam, quod alleviaret de jugo quod imposuerat eis Salomon. Sicut enim boves junguntur jugo ad opus, ita homines ad dominium regni. Jugum autem removeri non potest nisi solvantur vincula. Vincula autem sunt in regno illa quibus firmatur potestas regia in regno, sicut milites, castra, et arma. Primo ergo oportet ista dissolvere, et tunc removere jugum. Spiritualiter in Christo est jugum lex caritatis: Mt. 11: jugum meum suave est et cetera. Vincula sunt virtutes, spes, fides, caritas: Ep. 4: soliciti servare unitatem spiritus, in vinculo pacis. Eccl. 6: vincula illius alligatura salutaris. Quod ergo conscientia hominis non sit sub jugo legis Christi, non potest esse nisi prius rumpantur haec vincula: quod faciunt qui dicunt Deo, recede a nobis, scientiam viarum tuarum nolumus et cetera. Jb 12 Hier. 2: a saeculo confregisti jugum, dirupisti vincula, et dixisti, non serviam. Vel hoc dicitur in persona David a Christo ad suos servos: Glossa quasi ipsi ita moliuntur: sed o mei dirumpamus etc. sed non facit ad propositum.

Super Psalmo 2 n. 3 Deinde cum dicit, qui habitat, ponitur oppressio molientium in regnum David. Et circa hoc duo facit. Primo ostenditur quomodo opprimuntur a Domino. Secundo quomodo a Christo ejus, ibi, ego autem constitutus et cetera. Contra hos, scilicet Dominum et contra Christum ejus moliti sunt, ut dictum est. Circa primum nota quatuor: scilicet irrisionem, subsannationem, iratam locutionem, et conturbationem. Nam sicut aliquis puer nullius virtutis et potestatis, si pugnat contra gigantem, irridetur a gigante: ita si aliquis nullius potestatis moliri vult contra eum qui habitat in caelis, irridetur ab eo. Jb 35: suspice caelum et intuere et contemplare aethera, quod altior te sit. Si peccaveris quid ei nocebit? Et si perseveret impotens, tunc ille qui est potentior reprehendit et subsannat. Irrisio namque fit bucca, secundum Hieronymum in Glossa; sed subsannatio rugato naso atque contracto, ex quadam scilicet levi indignatione. Pr. 1: ego quoque in interitu vestro ridebo, et subsannabo, cum vobis id quod timebatis advenerit. Si autem nullo modo desistat, procedit ad vindictam; et ideo dicit, tunc loquetur ad eos in ira sua, idest proferet sententiam vindictae contra eos: nam in Deum non cadit ira: sed quod est creaturae, aliquando attribuitur creatori per antropospatos, quod est humana propassio. Ps. 6: Domine ne in ira tua et cetera. Ultimo autem sententia executioni mandatur; et ideo dicit, et in furore suo conturbabit eos, in corde et in anima in aeterna poena: hoc est sua virtute puniet eos. Jb 15: cum se moverit ad quaerendum panem, novit quod paratus sit in manu ejus tenebrarum dies: terrebit eum tribulatio, et angustia vallabit eum. Haec quatuor erunt in judicio. Quia irridebit statuens eos a sinistris: Mt. 25: subsannabit, dicens: esurivi et cetera. Improperando. Loquetur in ira, sententiando: ite maledicti in ignem aeternum et cetera. Conturbabit, sententiam exequendo: ibunt hi in supplicium aeternum et cetera.

Super Psalmo 2 n. 4 Sequitur consequenter ostendere, quomodo comprimantur a Christo ejus, cum dicit, ego autem. Insurrexerunt autem contra Christum David, populus, gentes, et principes. Primo ergo ostendit, quomodo Christus se habeat ad populum. Secundo quomodo ad gentes, ibi, Dominus dixit ad me. Tertio quomodo ad reges, ibi, et nunc reges intelligite et cetera. Dicit ergo: ego autem constitutus sum rex ab eo super Sion montem sanctum ejus et cetera. Sciendum est autem, quod constitutus est rex a Deo in Hierusalem, et sua praedicatione reduxit populum; quasi dicat: illi sic faciunt, sed intentum suum habere non possunt, quia sum constitutus, idest stabilitus rex super Sion, idest super populum Judaeorum, qui erat in Hierusalem, cujus arx est Sion: ab eo, scilicet a Deo: Ps. 117: Dominus mihi adjutor, non timebo quid faciat mihi homo. Jb 17: pone me Domine juxta te, et cujusvis manus pugnet contra me. Sum autem constitutus rex super Sion montem sanctum ejus, non propter me, sed ut regam populum secundum legem Dei; et ideo dicit, praedicans praeceptum ejus. Mystice autem constitutus est rex, secundum illud Hier. 23: regnabit rex, et sapiens erit et cetera. Sion, idest Ecclesiam Judaeorum, quae dicitur mons sanctus, quia prius recepit radios solis: Mt 14: non sum missus nisi ad oves et cetera. 2 R. 19: an ignoro me hodie regem factum super Israel? Praedicans praeceptum, idest Evangelium. Vel illud speciale praeceptum de quo dicitur Jn. 13: mandatum novum do vobis, ut diligatis invicem; et ejusdem 15: hoc est praeceptum meum et cetera. Hoc autem praeceptum personaliter praedicavit Judaeis, in persona scilicet propria: Mt. 4: circuibat Jesus totam Galilaeam docens in synagogis eorum, et praedicans Evangelium regni. Rm. 5: dico autem Christum Jesum ministrum fuisse circumcisionis propter veritatem Dei et cetera.

Super Psalmo 2 n. 5 Deinde cum dicit, Dominus, ex eadem historia ostenditur, quomodo se habet ad gentes: et circa hoc duo facit. Primo ostendit quod Christo convenit habere potestatem super gentes. Secundo ponit usum potestatis, reges eos. Circa primum duo facit. Primo ostendit quo jure potestas sibi competit super gentes. Secundo ponit acceptionem ipsius potestatis, ibi, dabo tibi gentes. Dicit ergo, Dominus dixit ad me. Hoc non usquequaque completur de David; et ideo intelligitur de Christo cui competit dominium super gentes duplici jure: scilicet hereditario, et meritorio. Primo ergo ponit jus. Secundo meritum, ibi, postula et cetera. Est autem Christus rex universorum, sicut dicitur He. 1: et hoc competit ei, quia filius: Ga. 4: si filius, et heres per Deum: et ideo agit de aeterna generatione Christi: in qua tria notantur. Primo modus generationis. Secundo proprietas filiationis. Tertio aeternitas filii generati. Modus ostenditur in hoc quod dicit: Dominus dixit: quia scilicet processit per modum intellectus. Uniuscujusque generatio est per modum ejus. Modus divinae naturae non est carnalis, sed intellectualis, immo est ipsum intelligere. Secundo generatio est processio secundum originem quae invenitur in re intelligibili, quae est secundum conceptionem verbi procedens ab intellectu; et hoc est dicere verbum in corde; et ideo dicit, dominus dixit, quasi, dicendo me generavit. Unde Filius est Verbum quod Pater dixit, idest gignendo produxit. Proprietas vero ostenditur in hoc, quod dicit, filius meus, non adoptivus, sicut illi, de quibus dicitur Jn. 1: dedit eis potestatem filios Dei fieri etc.; sed proprietate naturae. Unde filius meus es tu naturalis, singularis, consubstantialis: Mt. 17: hic est filius meus dilectus. Aeternitas ponitur in hoc, quod subjungit: ego hodie genui te, idest aeternaliter: non enim est nova, sed aeterna generatio; et ideo dicit: hodie genui te: quia hodie praesentiam signat, et quod aeternum est, semper est. Dicit etiam, genui te, et non genero, ad designandum generationis perfectionem: cum enim generatio sit sine motu, simul est generari et generatum esse. Dicit etiam hodie, ut designet praesentialitatem cum claritate quae conveniunt Christo, qui et lucem inhabitat inaccessibilem, 1 Tm. 6; et qui vere est, in quo nihil est praeteritum, vel futurum, vel obscurum, sed clarum.

Super Psalmo 2 n. 6 Supra positum est privilegium aeternae generationis, ex quo Christo competit dominium gentium jure hereditario; hic ostendit, quomodo acquisivit per suum meritum. Ubi considerandum est: quod sicut in naturalibus formae infunduntur secundum dispositionem materiae; ita Deus gratuita dona largitur: Ph. 2: Deus est qui operatur in nobis velle et perficere etc.; et ideo vult ut recipiamus dona petendo et orando: hoc exemplum voluit ostendere per Christum, quia voluit quod peteret, quod sibi jure hereditario competebat. Haec autem postulatio pro gentibus vocandis potest intelligi dupliciter. Primo per orationem, quia pro eis oravit: Jn. 17: non pro eis rogo tantum, sed pro eis qui credituri sunt per verbum eorum in me. Item per passionem: He. 9: ut morte intercedente in redemptionem earum praevaricationum quae erant sub priori testamento, repromissionem recipiant, qui vocati sunt aeternae hereditatis: quae quidem postulatio non fuit vacua, quia in omnibus exauditus est pro sua reverentia He. 6. Unde subditur concessio, cum subditur, et dabo tibi gentes. Ubi notandum est, quod ad Christum nullus venit nisi dono Patris: Jn. 6: nemo potest venire ad me nisi Pater qui misit me traxerit eum. Datio autem gentilium est pure donum: nam Judaei quasi redditi sunt, quia ante dati erant: Rm. 15: dico Jesum Christum ministrum fuisse circumcisionis etc.: et ideo dicit: dabo tibi gentes, ut scilicet subjiciantur tibi, et sint tua hereditas: Ph. 2: ut in nomine Jesu omne genuflectatur, caelestium, terrestrium et Infernorum: Ps. 115: hereditas mea praeclara est mihi. Item non habet eas sicut ministri habent, ut Petrus vel Paulus, sed sicut dominus: He. 5: et Moyses quidem fidelis erat in tota domo ejus tamquam famulus, in testimonium eorum quae dicenda erant: Christus vero tamquam filius in domo sua, quae domus sumus nos. Et ideo dicit, possessionem tuam: Is. 49: ut possideres haereditates dissipatas, ut diceres his qui vincti sunt, exite, et his qui sunt in tenebris, revelamini: terminos terrae: quia per totum mundum aedificata est Ecclesia. Sed postmodum per Nicolaum haereticum, et Mahumetum ad infidelitatem redierunt. Vel expectatur fundanda: Is. 49: parum est, ut sis mihi servus ad suscitandas tribus Jacob, et faeces Israel convertendas. Dedi te in lucem gentium, ut sis salus mea usque ad extremum terrae: He. 1: quem constituit heredem universorum et cetera.

Super Psalmo 2 n. 7 Deinde cum dicit, reges, ponitur executio potestatis: et secundum historiam posset exponi, quia erat constitutus rex Judaeorum, ideo et dominabatur gentibus aliquibus quas subjugaverat in figura universalis dominii Christi. Sed quia aliter reguntur cives, nam cives reguntur regimine misericordiae, aliter hostes subjugati, scilicet regimine severae justitiae; ideo dicit: in virga ferrea. Sed melius est ut referatur ad dominium spirituale Christi: necesse est enim quod qui regit, habeat virgam: Ps. 44: virga directionis, virga regni tui. Ad hoc enim necessarii sunt reges, ut virgam habeant disciplinae qua puniant delinquentes. Et quia Christus constitutus est rex a Deo ad populum regendum, ideo dicit: reges eos in virga ferrea. Et addit, ferrea, ad designandum inflexibilem justitiae disciplinam. Virga namque qua regebantur Judaei, non fuit ferrea, quia frequenter excusserunt se adorando idola. Sed haec est virga ferrea qua regit gentes, quia non recedent amplius a dominio Christi, quando plenitudo gentium intraverit: Ap. 12: mulier peperit masculum, qui recturus erat omnes gentes in virga ferrea. Et tamquam vas figuli confringes eos; quod exponitur per illud Hier. 18: descendi in domum figuli, et ecce ipse faciebat opus super rotam, et dissipatum est vas quod ipse faciebat e luto manibus suis. Conversusque fecit illud vas alterum. Et post, sicut lutum in manu figuli, sic vos in manu mea. Quando enim vas figuli est recens, frangitur de facili a mala forma, et restituitur in bonam. Judaei conversi erant, unde non erant confringendi: eadem enim est fides eorum et nostra. Gentiles autem erant idolatrae: et ideo erant confringendi, ut aliam formam acciperent, idest aliam fidem veram. Vel aliter: in virga ferrea, bonos scilicet, et tamquam vas figuli, malos qui finaliter conterendi sunt: Lc. 2: ecce positus est hic in ruinam, et in resurrectionem multorum: Is. 30: subito dum non speratur, veniet contritio ejus, et comminuentur sicut conteritur lagena figuli contritione pervalida etc. ut sic, qui justus est, justificetur adhuc, et qui in sordibus est, sordescat adhuc. Ap. ult.

Super Psalmo 2 n. 8 Deinde cum dicit, et nunc, ostenditur quomodo se habeat ad reges. Reprimit autem eos admonendo et attrahendo ad servitutem Dei. Circa hoc ergo duo facit. Primo ponit admonitionem. Secundo assignat admonitionis rationem, ibi, ne quando irascatur. Monet autem ad tria. Ad doctrinae veritatem, ad obsequii humilitatem, ad correctionis susceptionem. Secundum, ibi servite. Tertium, ibi, apprehendite. Veritas autem dupliciter cognosci potest ab aliquo: vel per inventiones, et tales dicuntur bene intelligentes; vel per eruditionem, et tales dicuntur bene docibiles. Item regentium duplex est gradus. Quibusdam enim committitur universalis gubernatio, qui dicuntur reges. Quibusdam aliquod speciale judicium, et hi dicuntur judices. Primos ergo exhortatur ad intelligendum: nam intelligens gubernacula possidebit, Pr. 1. Secundos ad erudiendum, ut scilicet ab aliis formam judicii accipiant; et ideo dicit, intelligite et erudimini: Sg. 6: audite reges et intelligite, discite judices finium terrae.

Super Psalmo 2 n. 9 Deinde cum dicit, servite: post intellectum convenienter ponit servitutem, quia servitus Dei, quae est latria, est professio fidei. Et ideo primo oportet quod credat, et postea confiteatur et serviat: Rm. 10: corde creditur ad justitiam, ore autem et cetera. Dicit autem Domino: qui enim servit homini, sufficit ut exterius subjiciatur ei obediendo; sed qui servit Deo, oportet quod interius secundum animam subjiciatur ei, bonum affectum habendo: Ps. 61: nunc Deo subjecta erit anima mea et cetera. Dicit autem in timore, qui sanctus permanet, nec sinit peccare, ut qui stare se existimat, videat ne cadat. Rm. 10. Et notandum secundum Augustinum: quod rex servit Deo inquantum homo, in se juste vivendo, sed inquantum rex, leges ferendo contra ea quae sunt contra Dei justitiam: unde in hoc Psalmo praefiguratur status Ecclesiae: nam a principio reges terrae faciebant leges contra Christum et Christianos, sed postea condiderunt leges pro Christo. Et primum ostenditur cum dixit: astiterunt: secundum ibi, servite domino. Ne autem haec servitus, miseria videatur, addidit: et exultate ei cum tremore. Quia timor Domini non est miseriae, sed gaudii: propter quod Lv. 10: respondit Aaron ad Moysen, quomodo possunt placere Deo mente lugubri? Sed ne ista laetitia praesumptionem haberet vel negligentiam, ideo subjungit, cum tremore, qui est metus subitaneus: Ph. 2: cum metu et tremore vestram salutem operamini. Consequenter monet ad susceptionem, cum subdit, apprehendite: ut nemo vivat ut libet, sed ut decet. Et ideo dicit disciplinam, praecepta et bonos mores, vel adversa quasi praesidium et munimentum: Ps. 17: et disciplina tua et cetera. Et ponitur ratio admonitionis, ne quando irascatur: et est duplex ratio: ad evitandam poenam, et ad consequendam gloriam, ibi, beati omnes qui confidunt in eo. Dicit autem: nequando propter patientiam Dei, quia in hoc saeculo diu sustinet: Ps. 7: numquid irascetur per singulos dies? Dicens: nisi conversi fueritis; quasi dicat, servetis admonitionem ne veniat tempus punitionis. Ne pereatis de via justa, scilicet justitiae et societatis bonorum, quod est valde poenosum his qui dulcedinem justitiae gustaverunt. Littera Hieronymi habet, pereatis de via; non est ibi justa. Quando enim homo in mundo est, est sicut in via: nam si cadit, potest resurgere. Nec dicitur perire quod reparari potest, etiam quod non cadit de via, sed in via. Sed si perit de via irreparabilis est, Jb 5. Et quia nullus intelligit, in aeternum peribunt. Et ideo dicit cum.

Super Psalmo 2 n. 10 Ponitur alia ratio, quae est ad consequendam gloriam; quasi dicat, apprehendite disciplinam, quia cum exarserit et cetera. Beati erunt omnes qui confidunt in eo. Bene dicit cum exarserit: modo enim non ardet, cum castigat ut pater; sed in futuro absorbebit et ardebit, quando puniet poena aeterna Is. 30: ecce nomen Domini venit de longinquo: ardens furor ejus, et gravis ad portandum: labia ejus repleta sunt indignatione, et lingua ejus quasi ignis devorans. Dicit autem in brevi, quia non singula peccata separatim sed simul omnia discutiet. Unde illud judicium in brevi fiet, nec durabit per mille annos, ut Lactantius dixit: 1 Cor. 15: in momento, in ictu oculi, in novissima tuba: et tunc omnes boni in immortalitatis gloriam immutabuntur: unde, beati qui confidunt; quasi dicat: vindicta non modo non attinget confidentes, sed beati erunt, quia ad regnum pervenient: quae beatitudo vel gloria major apparebit ex poena malorum: Hier. 17: beatus vir qui confidit in Domino, et erit Dominus fiducia ejus et cetera.


 

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