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Vendredi dans l’Octave de la Fête-Dieu

9 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

Vendredi dans l’Octave de la Fête-Dieu

Collecte

Dieu, vous nous avez laissé sous un Sacrement admirable le mémorial de votre passion : accordez-nous, nous vous en prions, de vénérer les mystères sacrés de votre Corps et de votre Sang ; de manière à ressentir toujours en nous le fruit de votre rédemption.

Office

4e leçon

Du sermon de saint Thomas d’Aquin

Il convient donc à la dévotion des fidèles de célébrer solennellement l’institution d’un Sacrement si salutaire et si admirable, afin de vénérer le mode ineffable de la présence divine sous un Sacrement visible, afin de louer la puissance de Dieu opérant tant de merveilles dans un même Sacrement ; et aussi afin de rendre à Dieu, pour un bienfait si salutaire et si suave, les actions de grâces qui lui sont dues. Mais, bien qu’au jour de la Cène, où, comme on le sait, ce Sacrement fut institué, il soit fait une mention spéciale de son institution dans la Messe, néanmoins tout le reste de l’Office de ce jour se rapporte à la passion du Christ, que l’Église est alors occupée à vénérer.

5e leçon

Afin donc que le peuple fidèle honorât l’institution d’un si grand Sacrement par l’Office tout entier d’un jour solennel, le Pontife romain Urbain IV, pénétré de dévotion envers ce Sacrement, a pieusement ordonné que le premier jeudi après l’Octave de la Pentecôte, la mémoire de cette institution dont nous avons parlé fût célébrée par tous les fidèles ; donnant ainsi à ceux qui usent pour leur salut de ce Sacrement pendant tout le cours de l’année, le moyen d’honorer spécialement son institution au temps même où l’Esprit-Saint, éclairant les cœurs des fidèles, leur en donnait une pleine connaissance. Car ce fut aussi dans ce temps-là que les fidèles commencèrent à fréquenter ce Sacrement.

6e leçon

Et, pour qu’en cette Fête et pendant l’Octave qui la prolonge, on fasse plus dignement mémoire de cette institution salutaire, pour donner plus d’éclat à la solennité, au lieu de ces distributions matérielles que reçoivent dans les églises cathédrales ceux qui sont présents aux Heures canoniales, nocturnes et diurnes, le Pontife romain dont nous avons parlé, déployant une libéralité apostolique, enrichit de largesses spirituelles tous ceux qui assisteraient en personne aux dites Heures, en vue d’attirer à la solennité d’une si grande fête, un plus avide et plus nombreux concours de fidèles.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque

Nous avons entendu, dans l’Évangile, les paroles du Seigneur faisant suite à celles que notre dernier discours eut pour sujet. Vos esprits, plus encore que vos oreilles, en attendent l’explication, et cette explication ne peut manquer de vous être agréable aujourd’hui. Car il est question du corps du Seigneur, qu’il promettait de donner à manger pour la vie éternelle. Or, c’est afin d’établir jusqu’où irait cette communication, ce don de lui-même, en quelle manière il donnerait sa chair à manger, qu’il a dit : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Le signe que le fidèle a mangé et qu’il a bu, le voici : Si le Christ demeure en lui, et lui dans le Christ ; si le Christ habite en lui, et lui dans le Christ ; s’il adhère au Christ, au point de n’en être pas détaché.

8e leçon

Voilà donc l’enseignement et la leçon qu’il nous donne par ces paroles pleines de mystère, c’est que nous devons faire partie de son corps, être de ses membres, soumis à lui comme à notre chef, et manger sa chair, sans jamais nous séparer de son unité. Mais un grand nombre de ceux qui étaient présents ne comprirent point et se scandalisèrent, car entendant ces choses, ils ne concevaient rien que de charnel, étant charnels eux-mêmes. Or l’Apôtre dit, et c’est la vérité : « Juger selon la chair, c’est la mort ». Le Seigneur nous donne sa chair à manger ; et juger selon la chair, c’est la mort. Lorsqu’il dit de sa chair que la vie éternelle s’y trouve, il ne faut donc pas que nous jugions de sa chair selon la chair, que nous soyons semblables à ceux dont l’Évangile ajoute : « Plusieurs » non de ses ennemis, mais « de ses disciples l’ayant entendu, dirent : Cette parole est dure, et qui peut l’écouter ? 

9e leçon

Si cette parole parut dure à ses disciples, quelle impression dut-elle faire sur ses ennemis ? Et cependant le Sauveur devait s’exprimer ici de manière à n’être point compris de tous. Le secret de Dieu doit nous faire attentifs, non pas hostiles. Mais la foi de ces disciples défaillit en entendant le Seigneur Jésus-Christ tenir un tel langage. Ils ne crurent pas qu’il énonçait quelque chose de grand, et que ses paroles voilaient une grâce nouvelle ; mais ils les entendirent à leur gré et d’une façon tout humaine, pensant que Jésus était capable, ou que Jésus avait dessein de distribuer, comme par morceaux, à ceux qui croiraient en lui, la chair dont le Verbe s’était revêtu. « Cette parole est dure, dirent-ils, et qui peut l’écouter ? »

Dieu a donne satisfaction aux désirs enflammes du cœur de l’homme. La maison du festin des noces, élevée par la divine Sagesse au sommet des monts, a vu les nations affluer vers elle. Hier, par tout le monde catholique ému d’un même amour, les peuples assemblés s’excitaient mutuellement aux saints transports d’une même reconnaissance : « Venez ; montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob, du Dieu fort d’Israël. » Hier le germe du Seigneur a été vu dans la magnificence et la gloire ; porté en triomphe, l’épi divin, fruit de la terre, excitait l’enthousiasme des foules qui, croissant à chaque pas, tressaillaient devant lui comme on tressaille au jour de la moisson.

Moisson céleste, attente des siècles ! Épi précieux dédaigné d’Israël, et cueilli par Ruth l’étrangère au champ du vrai Booz en Bethléem ! C’est pour ce jour du triomphe de la gentilité, de la grande assemblée des nations prédite par Isaïe, que le Seigneur tenait en réserve sur la montagne le banquet de délivrance à la victime incomparable, le festin de vendange au vin délicieux et très pur. Les pauvres en ont mangé, et ils ont éclaté dans la louange ; les riches en ont mangé, et ils se sont abîmés dans l’adoration ; et toutes les familles des nations, prosternées en sa présence, ont reconnu le Christ-Roi à son divin banquet. « C’est lui, disaient-elles ; c’est notre Dieu attendu si longtemps, le désiré de notre âme au sein des nuits, pour qui dès le matin veillaient nos pensées ; c’est le Seigneur, dont les délais n’ont pu effacer en nous le souvenir. O Dieu, votre mémorial était l’aspiration de nos cœurs dans les longs sentiers de l’attente. Seigneur, je vous louerai, parce que vous avez accompli d’admirables prodiges. Tels étaient donc bien vos divins projets, vos pensées éternelles ! »

L’amour qui s’exprimait ainsi n’est en effet que l’écho de l’amour infini, écho affaibli, réponse de l’homme mortel aux divines avances. Le divin Esprit, qui a noué l’union merveilleuse des fils d’Adam et de la Sagesse éternelle, nous montre partout dans les saints Livres l’adorable Sagesse impatiente des délais, combattant les obstacles, et préludant en toutes manières à la rencontre fortunée du banquet nuptial.

Nous n’aurons point trop des deux premiers jours de l’Octave qui commence aujourd’hui, pour esquisser brièvement cette histoire de la préparation eucharistique. La vive lumière qu’elle jettera sur le dogme lui-même en fera sentir assez l’importance. Qu’on ne s’étonne pas d’y voir l’éternelle Sagesse remplissant ces deux jours de ses divines recherches envers notre nature. Prenant les Écritures pour guide en cette exposition, comme dans tout le reste de cet ouvrage, nous avons dû prendre aussi leur langage. Or, c’est ainsi qu’elles s’expriment avant l’Incarnation : la seconde personne de l’auguste Trinité y parait ouvertement sous ce nom de SAGESSE, et à titre d’Épouse, jusqu’à ce que son union avec l’homme étant accomplie au degré le plus élevé qu’elle dût atteindre dans le Christ Jésus, elle s’efface, pour ainsi dire, devant l’Époux, et semble perdre jusqu’à son nom. On savait toutefois ne pas l’oublier, ce nom béni, dans les âges de foi vive, dans les grands siècles nourris des Écritures. C’est à cette noble souveraine de ses pensées que le premier empereur chrétien dédiait le trophée de sa victoire sur le paganisme et du triomphe des martyrs : totus Sapientia Dei exœstuans, nous dit Eusèbe, Constantin consacrait sous son nom à lui-même l’antique Byzance au Dieu des Martyrs, et dédiait à la Sagesse éternelle le monument principal de la nouvelle Rome, Sainte-Sophie, resté longtemps le plus beau temple du monde. Sachons donc, à la suite de nos pères, honorer la divine Sagesse, et reconnaître l’amour qui la presse ineffablement de s’unir à l’homme dès l’éternité.

Tel est, en effet, le secret de l’exultation mystérieuse qui la transporte aux premiers jours, alors que, le péché n’étant point encore venu rompre l’harmonie de l’œuvre du Très-Haut, le monde s’épanouit sous l’œil de Dieu dans sa fraîcheur native. Chaque manifestation de la puissance créatrice augmente son allégresse, en ajoutant une beauté nouvelle au théâtre prédestiné des divines merveilles qu’a projetées son amour. Sans relâche elle tressaille devant le Créateur, elle se joue dans l’orbe de la terre ; car elle voit s’avancer l’homme, dont le palais qui s’achève annonce la prochaine arrivée, et ses délices sont d’être avec les enfants des hommes.

Insondable amour, qui précède le péché, mais le prévoit néanmoins sans en être affaibli ! Délices mystérieuses, attrait divin dont ne peut triompher l’amertume des noires ingratitudes de l’avenir ! La chute de l’homme aura comme conséquence de modifier profondément et cruellement, pour la divine Sagesse, les conditions de sa terrestre existence. Mais pour le bien saisir, et pénétrer mieux aussi l’incompréhensible amour qui ne s’est point rebuté de tels bouleversements, continuons de suivre aujourd’hui par la pensée les divines intentions dans l’état d’innocence. Quoique les saintes Lettres, écrites pour l’homme pécheur, aient trait surtout à l’état de chute et au grand mystère de la réhabilitation, la pensée première du Seigneur s’y fait jour, en plus d’un endroit, assez clairement pour nous permettre de rétablir sans trop de difficulté les grandes lignes du plan divin primitif.

« Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies », dit la Sagesse. N’est-elle pas elle-même en effet la première des créatures, non sans doute dans cette forme divine dont parle l’Apôtre, et qui la rend égale à Dieu, mais dans cet être humain qu’entre toutes les natures possibles elle a élu de préférence pour s’unir en lui à l’être fini ? Libre choix d’un amour sans bornes et tout gratuit, plaçant l’homme dès avant tous les âges au sommet de l’œuvre divine, et constituant à notre avantage le type et la loi de la création entière. Car, nous disent les saints Livres, « le très haut et tout-puissant Créateur a créé tout d’abord dans le Saint-Esprit l’adorable Sagesse ; et la prenant pour exemplaire, pour mesure et pour nombre, il l’a répandue sur toutes ses œuvres et sur toute chair ». A la plénitude des temps elle-même doit venir, comme lien commun, manifester aux mondes rassemblés dans son unité la raison de leur existence : joignant à l’hommage de sa divine personnalité l’hommage de toute créature, elle consommera dans une adoration universelle et infinie la gloire extérieure de Dieu son Père. Alors apparaîtra l’incomparable dignité de cette nature humaine élue par la divine Sagesse dès le commencement comme sa forme créée, pour être l’organe de cet hommage envers le Père dont la nature divine qu’elle tient de lui n’était point susceptible. L’éternelle Sagesse ne sera plus qu’un avec le Fils de la Vierge très pure ; l’épithalame sera chanté par toutes les voix de la terre et du ciel ; et par ce fils de l’homme devenu l’Époux, elle continuera jusqu’au dernier jour, dans l’intime de chaque âme, l’ineffable mystère de ses noces divines avec l’humanité tout entière.

Mais quel sera le moyen de l’union déifiante ? De tous les sacrements que le Christ aurait pu établir dans l’état d’innocence, il n’en est point, dit Suarez, qui présente plus de probabilités en sa faveur que l’Eucharistie. Il n’en est point en effet qui, plus désirable en soi-même, soit aussi plus indépendant du péché ; car le souvenir d’expiation, qui s’y rattache aujourd’hui comme mémorial de la Passion du Sauveur, peut en être exclu sans atteindre l’essence même du Sacrement, qui est la réelle présence du Seigneur et l’intime rapprochement par lequel il nous unit à lui. Le Sacrifice, comme nous le verrons, ne suppose pas davantage l’idée du péché dans sa notion première ; or, le Sacrifice doit demander au Christ chef du monde une offrande digne de Dieu et de lui-même, quand il viendra ici-bas pour accomplir, au nom de nous tous et du monde entier, cet acte solennel. Époux et Pontife à jamais dans la vertu de l’onction souveraine, c’est par l’Eucharistie qu’il sera tel en effet, s’assimilant l’humanité dans l’étroit embrassement des Mystères, pour l’offrir à Dieu divinisée dans l’unité de son propre corps.

Mais à l’Époux qui doit venir il faut un cortège nombreux, pour l’entourer et chanter ses louanges, au moment où se fera son entrée dans le lieu du festin nuptial ; et d’ici que la terre, suffisamment peuplée, puisse présenter au Roi-Pontife une cour digne de lui, un long temps doit s’écouler encore. Que fera ce pendant la divine Sagesse ? Aux jours de la création, nous avons vu les transports de son active allégresse. Mais voici que, son œuvre achevée, le Créateur s’est retiré dans le repos du septième jour. Assise à la droite du Père dans les splendeurs des Saints, attendra-t-elle maintenant inactive le moment où Celui qui l’a engendrée avant l’aurore et fiancée à l’humanité, l’enverra sur terre consommer cette alliance objet des éternels désirs de son amour ?

Le portrait que nous en tracent les saints Livres ne le donne point à supposer. Impétueuse en sa douceur, plus agile que le mouvement, plus pénétrante que tout, est la Sagesse. En elle réside l’esprit d’intelligence, ami de l’homme, que rien n’arrête, subtil, fécond en ressources, alerte, stable et calme à la fois, sûr de ses œuvres et de leur issue, parce qu’il est tout-puissant, prévoit toutes choses, et renferme en soi tous les esprits dans la force et la suavité de la lumière incréée, dont cette divine Sagesse est la splendeur très pure. Facilement elle se laisse voir à ceux qui l’aiment, et trouver par ceux qui la cherchent ; elle prévient ceux qui la désirent et se découvre à eux la première. Celui qui veille pour elle dès le matin sera vite en repos ; car elle-même s’en va cherchant ceux qui sont dignes d’elle, se montre à eux dans le chemin pleine de grâce, et vient en toute sollicitude à leur rencontre. Sans quitter donc le trône de gloire dont elle fait la beauté dans le sanctuaire des cieux, préparant de loin le jour des noces, elle influera sur l’homme en toutes manières, l’accompagnant dans ses sentiers, l’entretenant de son amour, et lui manifestant, sous des symboles précurseurs adaptés par elle à la jeunesse du monde, les merveilleux projets que garde l’avenir.

Le Seigneur Dieu, dit l’Écriture, avait planté dès le commencement un jardin délicieux, pour y placer l’homme qu’il ne devait créer que le sixième jour. Au milieu du jardin s’élevait un arbre à la signification mystérieuse ; beau entre tous, il se nommait l’arbre de vie. Un fleuve, qui se divisait en quatre canaux, arrosait ce lieu de délices ; appelé de même le fleuve de vie, saint Jean nous le montre, en son Apocalypse, sortant du trône de Dieu et brillant comme le cristal. Arbre et fleuve dont le symbole ne suppose point le péché futur : placés par Dieu avant l’homme même en ce séjour de l’innocence, ils entrent comme éléments dans la notion du plan divin primitif, ne signifiant, n’annonçant rien qui, de soi, ne se rapporte d’abord à l’état d’innocence.

Or, nous dit un ancien auteur publié sous le nom de saint Ambroise, « l’arbre de vie au milieu du Paradis, c’est le Christ au milieu de son Église ». — « Le Christ était donc l’arbre de vie », dit de son côté saint Augustin, « Dieu n’ayant point voulu que l’homme vécût dans le Paradis, sans avoir présents sous les yeux, en de sensibles images, les mystères de l’ordre spirituel. L’homme trouvait dans les autres arbres un aliment, en celui-ci un mystérieux symbole ; et que signifiait-il, sinon la Sagesse, dont il est a dit : Elle est l’arbre de vie pour ceux qui l’embrassent  ? C’est à bon droit qu’on donne au Christ les noms des choses qui l’ont signifié dans les temps antérieurs ». Saint Hilaire témoigne, lui aussi, de cette interprétation traditionnelle, quand il dit, citant le même texte des Proverbes : « La Sagesse, qui est le Christ, est appelée l’arbre de vie, en mémoire de ce prophétique symbole annonçant la future incarnation. On connaît l’arbre à son fruit, dit de lui-même le Seigneur dans l’Évangile. Cet arbre donc est vivant, et non seulement vivant, mais doué de raison, comme donnant son fruit quand il lui plaît : car il le donnera en son temps, d’après le Psaume. Et dans quel temps ? En celui dont parle l’Apôtre, où doit nous être manifeste le mystère de la divine volonté, selon le bon plaisir de sa grâce établie dans le Christ, pour être dispensée à la plénitude des temps. Alors donc il nous donnera son fruit. »

Mais quel sera le fruit de cet arbre, dont les feuilles, qui ne tombent jamais, sont la santé des nations, sinon la divine Sagesse elle-même en sa substance ? Aliment des Anges en sa forme divine, elle sera celui de l’homme en sa double nature, afin que, par la chair arrivante l’âme, elle la remplisse de sa divinité : ainsi chantait la Bienheureuse Julienne en son Office.

La divine Sagesse avait donc prévenu l’homme au Paradis ; il n’était point encore, que, dans la hâte de son amour, elle s’y était fixée, pour l’attendre, en cet arbre de vie qu’elle-même avait planté de concert avec le Très-Haut, comme l’inspiratrice de ses ouvrages. « Tel qu’un pommier fécond entre les arbres stériles des forêts, dit l’Épouse du Cantique, tel mon Bien-Aimé entre les fils des hommes ; sous l’ombre de celui que j’avais désiré je me suis assise, et son fruit est doux à ma bouche ». Fruit délicieux de l’arbre dévie, qui figurait l’Eucharistie !

Mais c’est du pain que la divine Sagesse nous conviait hier à manger en sa maison, et non son fruit dans le jardin. D’où vient en la réalité cette transformation qui ne répond plus à la figure ? Soudaine révolution, lamentable point de départ de l’histoire humaine ! L’homme a goûté dans son orgueil un fruit mauvais, fruit défendu, qui l’a perdu par la désobéissance ; il a été chassé du séjour de délices ; un chérubin à l’épée flamboyante garde le chemin de l’arbre de vie. Au lieu des fruits du Paradis, l’homme aura désormais le pain pour nourriture, le pain qui coûte le travail et la sueur, le pain qui suppose le broiement par la meule, le passage par le feu, des éléments qui le composent. Telle est la sentence portée par un Dieu justement irrité. Mais, hélas ! Cette trop juste sentence ira plus loin que le coupable ; par delà l’homme, elle va frapper la divine Sagesse elle-même qui s’est donnée à l’homme pour nourriture et pour compagne. Car, dans l’immensité de son amour, elle ne méprisera point cette nature tombée ; elle l’embrassera, pour la sauver, jusque dans les conséquences de la chute, se faisant avec l’homme passible et mortelle. Les ombrages de l’Éden ne verront point cette alliance pour les têtes de laquelle ils gardaient jalousement leurs gazons embaumés, leurs fruits si beaux à voir, destinés à être l’aliment savoureux d’une jeunesse éternelle. Pour arriver jusqu’à l’homme, l’éternelle Sagesse devra se frayer un passage à travers les ronces et les buissons de sa nouvelle demeure. Une maison, bâtie péniblement contre les intempéries de la terre d’exil, abritera le festin des noces ; et l’aliment de ce festin ne sera plus le fruit spontané de l’arbre de vie, mais le divin froment, broyé par la souffrance, et rôti sur l’autel de la croix.

Le Sacrifice du Christ est le point culminant de l’histoire, comme il est le centre auquel toute création vient aboutir. La raison en est que Dieu poursuit dans la création et le gouvernement du monde sa propre gloire comme fin dernière, et que le Sacrifice du Verbe incarné rend seul à Dieu la gloire infinie qui répond à sa grandeur.

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Super Eph., cap. 2

8 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

Super Eph., cap. 2

Caput 2

Lectio 1

Super Eph., cap. 2 l. 1 Supra enumeravit apostolus beneficia humano generi per Christum communiter exhibita, hic apostolus commemorat eadem per comparationem ad eorum statum praeteritum. Status autem eorum praeteritus dupliciter considerari potest. Primo quidem quantum ad statum culpae; secundo quantum ad statum gentilitatis eorum. Apostolus ergo duo facit, quia primo commemorat beneficia quantum ad primum statum eis exhibita; secundo commemorat ea per comparationem ad statum secundum, ibi propter quod memores estote, et cetera. Prima iterum in duas, quia primo recitat apostolus statum culpae ipsorum; secundo beneficium gratiae iustificationis, ibi Deus autem, qui dives est, et cetera. Prima iterum in duas, quia primo commemorat statum culpae quantum ad gentiles; secundo quantum ad Iudaeos, ibi in quibus et nos, et cetera. Prima iterum in duas, quia primo praemittit beneficii generalitatem; secundo subdit huius necessitatem, ibi cum essemus mortui, et cetera. Dicit ergo: dico quod Deus magnifice operatur in fidelibus secundum operationem potentiae virtutis eius, quam operatus est in Christo, et hoc quia suscitavit illum a mortuis; secundum hanc ergo operationem ad huius operationis exemplum convivificavit nos, vita scilicet gratiae de morte peccati. Os. VI, 3: vivificabit nos post duos dies, in die tertia suscitabit nos, et cetera. Col. III, 1: si consurrexistis cum Christo, quae sursum sunt quaerite, et cetera. Necessitatem vero huius beneficii ostendit, cum dicit cum essetis mortui, et cetera. Ubi optime describit eorum culpam. Primo quantum ad multitudinem, quia cum essetis mortui, scilicet morte spirituali, quae pessima est. Ps. XXXIII, 22: mors peccatorum pessima. Peccatum enim mors dicitur, quia per ipsum homo a Domino, qui est vita, separatur. Jn. XIV, 6: ego sum via, veritas, et vita. Mortui, inquam, in delictis et peccatis vestris, ecce multitudo. In delictis quidem quantum ad omissa, Ps. XVIII, 13: delicta quis intelligit, etc., et peccatis quantum ad commissa. In quibus aliquando ambulastis, quod ideo dicit, ut multitudinem peccatorum exaggeret. Nam aliqui si ad horam mortui sunt in peccatis et in delictis, cessant tamen aliquando, et peccare desistunt; sed isti, de malo in peius procedentes et ambulantes, proficiebant. Simile habetur Ph. III, 18: multi enim ambulant, quos saepe dicebam vobis, nunc autem et flens dico, et cetera. Jr. II, 5: ambulaverunt post vanitatem suam, et vani facti sunt. Secundo describit eorum culpam quantum ad causam quae ponitur duplex. Una ex parte huius mundi, quia alliciebantur a rebus mundi. Et quantum ad hoc dicit secundum saeculum mundi huius, id est secundum saecularem vitam rerum mundanarum, quae vos alliciunt. I Jn. II, 15: si quis diligit mundum, non est charitas Patris in eo. Propter quod praemittit: nolite diligere mundum. Alia causa est ex parte Daemonum, quibus serviebant, de quibus dicitur Sg. XIV, 27: infandorum idolorum cultura, omnis mali causa est et initium. Et quantum ad hoc dicit et secundum principem potestatis. Quam quidem causam describit tripliciter. Primo quidem quantum ad potestatem, dicens secundum principem potestatis, id est, potestatem exercentem, non quod habeat eam naturaliter, cum nec Dominus, nec creator sit ex natura, sed inquantum dominatur hominibus qui se ei peccando subiiciunt. Jn. XII, 31: nunc princeps huius mundi eiicietur foras. Et XIV, 30: venit princeps huius mundi, et in me non habet quidquam. Secundo quantum ad habitationem, quia aeris huius, id est qui habet potestatem in hoc aere caliginoso. Ubi sciendum est quod de istis Daemonibus duplex est opinio apud doctores. Quidam enim dixerunt Daemones qui ceciderunt, non fuisse de supremis ordinibus, sed de inferioribus, qui praesunt corporibus inferioribus. Constat autem totam creaturam corporalem administrari a Deo, ministerio Angelorum. Et haec est opinio Ioannis Damasceni, scilicet quod primus eorum qui ceciderunt, praeerat ordini terrestrium, quod forte sumptum est ex dicto Platonis, qui ponebat quasdam substantias caelestes seu mundanas. Et secundum hoc exponitur hoc quod dicit aeris huius, id est ad hoc creati, ut praesiderent aeri huic. Alii vero volunt, et melius, quod fuerint de supremis ordinibus, ita quod hoc quod dicit aeris huius, sit ad ostendendum ipsum aerem esse habitationem ipsorum in poenam eorum. Unde Iudas in sua canonica dicit: Angelos vero qui non servaverunt suum principatum, sed dereliquerunt suum domicilium, in iudicium Dei magni, vinculis aeternis sub caligine reservavit. Ratio autem quare non statim post eorum casum retrusi sunt in Infernum, sed dimittuntur in aere, est, quia Deus noluit quod ipsis peccantibus eorum creatio totaliter frustraretur, et ideo dedit eos hominibus in exercitium quo bonis praepararent coronam, malis autem aeternam mortem. Et quia usque ad diem iudicii est nobis tempus belli et merendi, ideo usque tunc in aere permanebunt; post diem vero iudicii retrudentur in Infernum. Advertendum etiam quod una littera habet spiritus, et sic est genitivi casus, et ponitur singulare pro pluralibus, quasi dicat: spirituum. Alia littera habet spiritum, et tunc est accusativi casus, ut dicatur: secundum principem spiritum, id est, qui princeps est spiritus. Tertio quantum ad operationem, ibi, cum dicit qui nunc operatur in filios diffidentiae, id est in illos qui a se repellunt fructum passionis Christi, qui erant filii diffidentiae. Vel quia de aeternis non habent fidem, nec spem salutis per Christum: et in talibus princeps potestatis aeris huius libere operatur, ducens eos quo vult: de quibus infra IV, 19, dicitur: qui desperantes semetipsos tradiderunt impudicitiae, in operationem immunditiae. Vel diffidentiae, id est de quibus eis est diffidendum, id est qui ex malitia peccant, in quibus princeps huius mundi etiam operatur ad nutum. De his enim qui ex ignorantia et infirmitate peccant, non est diffidendum, nec in eis princeps iste operatur ad nutum. Sed contra. De nemine est desperandum quamdiu vivit. Respondeo. Dicendum est quod de aliquo potest esse duplex spes. Una ex parte hominis, alia ex parte divinae gratiae. Et sic de aliquo potest desperari ex parte sua, de quo tamen desperandum non est ex parte Dei, sicut desperandum erat de Lazaro iacente in sepulcro, quod resurgeret ex parte sua, de quo tamen desperandum non erat ex parte Dei, a quo resuscitatus est. De illis ergo, qui ex malitia sunt multum in peccatis demersi, si attendatur eorum virtus, desperari potest, Ps. LXVIII, 3: infixus sum in limo profundi, et non est substantia, non tamen si attendatur virtus divina. De istis autem filiis diffidentiae dicitur infra V, 6: nemo vos seducat inanibus verbis. Propter hoc enim venit ira Dei in filios diffidentiae. Deinde cum dicit in quibus et nos omnes, etc., commemorat apostolus statum culpae quantum ad Iudaeos, ostendens eos omnes in peccato fuisse, secundum illud Rm. III, 9: causati sumus Iudaeos et Graecos omnes sub peccato esse. Attendenda est tamen differentia circa hoc, quia apostolus, agens de culpa gentilium, assignavit duas causas culpae fuisse. Unam scilicet ex parte mundi, aliam ex parte Daemonum, quos colebant. Quia ergo Iudaei erant similes gentilibus in statu culpae, quantum ad primam causam, non autem quantum ad secundam, ideo apostolus non facit mentionem de culpa eorum, nisi quantum ad causam quae est ex parte mundi. Circa quod tria facit. Primo commemorat eorum culpam quantum ad peccatum cordis; secundo quantum ad peccatum operis; tertio quantum ad peccatum originis. Peccatum vero cordis insinuat per desideria carnis, et quantum ad hoc dicit in quibus, scilicet peccatis seu delictis, nos omnes, scilicet Iudaei, aliquando conversati sumus, agentes vitam nostram, in desideriis carnis nostrae, id est, carnalibus. Tt. III, 3: eramus enim aliquando et nos insipientes et increduli, errantes et servientes desideriis et voluptatibus variis, et cetera. Rm. XIII, 14: carnis curam ne feceritis in desideriis. Peccatum vero operis nihil aliud est quam expressio interioris concupiscentiae. Est autem quaedam concupiscentia carnis, sicut sunt concupiscentiae naturales, puta cibi per quam conservatur individuum, et venereorum per quam conservatur species; et quantum ad hoc dicit facientes voluntatem, etc., id est, ea in quibus caro delectatur. Rm. VIII, 8: qui autem in carne sunt, Deo placere non possunt. Quaedam vero est concupiscentia cognitionis, eorum scilicet quae non veniunt ex desideriis carnis, sed ex ipso appetitu animae, ut honoris ambitio et propriae excellentiae, et huiusmodi; et quantum ad hoc dicit et cogitationum, id est exequentes illas concupiscentias, quae causantur ex instinctu cogitationum nostrarum. Peccatum vero originis insinuat dicens et eramus natura filii irae. Quod quidem peccatum ex primo parente non solum in gentiles, sed etiam in Iudaeos transfunditur. Rm. V, 12: sicut per unum hominem in hunc mundum peccatum intravit, et per peccatum mors; ita et in omnes homines mors pertransivit, in quo omnes peccaverunt. Et sicut homines per Baptismum mundantur a peccato originali solum quantum ad personas proprias, unde generant filios baptizandos, ita circumcisio mundabat ab originali personas solum, sed generabant adhuc circumcidendos. Et hoc est quod dicit eramus natura, id est per originem naturae, non quidem naturae ut natura est, quia sic bona est et a Deo, sed naturae ut vitiata est, filii irae, id est vindictae, poenae et Gehennae, et hoc sicut et caeteri, id est gentiles.

Lectio 2

Super Eph., cap. 2 l. 2 Postquam exaggeravit apostolus statum culpae inficientis, hic commendat beneficium gratiae iustificantis. Circa quam duo facit. Primo ipsum beneficium ponit; secundo seipsum exponit, ibi gratia enim estis, et cetera. Beneficium autem illud describit quantum ad tres causas. Primo quantum ad causam efficientem; secundo quantum ad causam formalem, seu exemplarem; tertio quantum ad causam finalem. Efficiens autem causa beneficii divini iustificantis, est charitas Dei. Et quantum ad hoc dicit Deus autem qui dives est in misericordia, propter nimiam charitatem. Dicit autem propter nimiam charitatem, quia dilectionis divinae possumus considerare quadruplicem bonitatem et efficientiam. Primo quia nos in esse produxit. Sg. XI, 25: diligis enim omnia quae sunt, et nihil odisti eorum quae fecisti, et cetera. Secundo quia ad imaginem suam nos fecit, et capaces beatitudinis suae. Dt. XXXIII, 2-3: cum eo sanctorum millia, in dextra illius ignea lex, dilexit populos, omnes sancti in manu illius sunt. Tertio quia homines per peccatum corruptos reparavit. Jr. XXXI, 3: in charitate perpetua dilexi te, et ideo, et cetera. Quarto quia pro salute nostra filium proprium dedit. Jn. III, 16: sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret. Unde Gregorius: o inaestimabilis dilectio charitatis. Ut servum redimeres, Filium tradidisti. Dicit autem qui dives est in misericordia, quia cum amor hominis causetur ex bonitate eius qui diligitur, tunc homo ille qui diligit, diligit ex iustitia, inquantum iustum est quod talem amet. Quando vero amor causat bonitatem in dilecto, tunc est amor procedens ex misericordia. Amor autem quo Deus amat nos, causat in nobis bonitatem, et ideo misericordia ponitur hic quasi radix amoris divini. Is. LXIII, 7: largitus est in eis secundum indulgentiam suam, et secundum multitudinem misericordiarum suarum. Ibidem: multitudo viscerum tuorum et miserationum tuarum super me. Dicitur autem Deus dives in misericordia, quia habet eam infinitam et indeficientem, quod non habet homo. In tribus enim homo miseretur cum termino et limitatione. Primo quidem largiendo beneficia temporalia, et haec misericordia est finita, non excedens limites propriae facultatis. Tb. IV, 8: quomodo potueris, ita esto misericors; sed Deus dives est etiam in omnes qui invocant illum, ut dicitur Rm. X, 12. Secundo est finita misericordia hominis quia non remittit nisi offensam propriam, et in hoc etiam modus esse debet, ut scilicet non sic passim remittat, ut ille cui remittit efficiatur procacior, pronior et facilior ad iterum offendendum. Eccle. VIII, 11: etenim quia non profertur cito contra malos sententia, absque timore ullo filii hominum perpetrant mala. Deo autem nihil nocere potest, et ideo potest omnem offensam remittere. Jb. XXXV, 6: si peccaveris, quid ei nocebis? Et parum post: porro si iuste egeris, quid donabis ei? Tertio, homo miseretur poenam remittendo, et in hoc etiam est modus servandus, scilicet ut non facias contra legis superioris iustitiam: Deus autem poenam omnium remittere potest, cum non obstringatur aliqua superioris lege. Jb XXXIV, 13: quem constituit alium super terram, et quem posuit super orbem quem fabricatus est? Sic ergo misericordia Dei est infinita, quia non coarctatur angustiis divitiarum, neque timore nocumenti restringitur, et neque lege superioris. Causa vero exemplaris beneficii est, quia in Christo collata est. Et quantum ad hoc dicit cum essemus mortui peccatis, convivificavit nos in Christo, et cetera. Ubi tangit triplex beneficium, id est: iustificationis, resurrectionis a mortuis, et ascensionis in caelum, per quae tria Christo assimilamur. Dicit ergo quantum ad primum, ut legatur littera suspensive, Deus autem, qui dives est, etc., cum essemus mortui peccatis, convivificavit nos in Christo, id est simul vivere fecit cum Christo. Os. VI, 3: vivificabit nos post duos dies, et cetera. Convivificavit, inquam, hic scilicet per viam iustitiae. Ps. LXV, v. 9: qui posuit animam meam ad vitam. Et hoc in Christo, id est per gratiam Christi, cuius, scilicet Christi, gratia estis salvati. Rm. VIII, 24: spe enim salvi sumus. Quantum vero ad secundum dicit et conresuscitavit nos cum Christo, quantum ad animam in re, et spe quantum ad corpus. Rm. VIII, 11: qui suscitavit ipsum a mortuis, vivificabit et mortalia corpora nostra, et cetera. Quantum vero ad tertium dicit et consedere fecit in caelestibus in Christo Iesu, scilicet nunc per spem, et tandem in futuro in re, quia, ut dicitur Jn. XII, 26: ubi ego sum, illic et minister meus erit, et cetera. Item Ap. III, 21: qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo, sicut et ego vici, et sedi cum Patre meo in throno eius. Utitur autem in his apostolus praeterito pro futuro, enuntians tamquam iam factum quod futurum est, pro certitudine spei. Sic ergo convivificavit quantum ad animam, tandem resuscitavit quantum ad corpus, consedere fecit quantum ad utrumque. Consequenter cum dicit ut ostenderet, etc., ostendit causam finalem collati beneficii. Quod quidem potest dupliciter legi, quia saecula supervenientia vel possunt accipi in vita ista, vel in vita futura. Si enim accipiantur in vita ista, tunc saeculum est quaedam mensura temporis et periodus unius generationis, ut dicatur sic: dico quod nos, qui sumus primitiae dormientium, convivificavit in Christo, et hoc ut ostenderet in saeculis supervenientibus, id est his qui futuri sunt post nos, abundantes divitias gratiae suae, et hoc non meritis nostris, sed bonitate sua, quae est scilicet super nos in Christo Iesu, id est per Christum Iesum. I Tm. I, 15 s.: Iesus Christus venit in hunc mundum peccatores salvos facere, quorum primus ego sum. Sed ideo misericordiam consecutus sum, ut in me ostenderet Christus omnem patientiam ad informationem illorum qui credituri sunt illi in vitam aeternam. Sic ergo Deus largitus est sanctis primitivis abundantia dona gratiae, ut posteri facilius convertantur ad Christum. Vel potest aliter accipi saeculum, scilicet in alia vita, de quibus dicitur Eccli. XXIV, 14: et usque ad futurum saeculum non desinam. Sed licet ibi sit unum saeculum, quia ibi est aeternitas, dicit tamen in saeculis supervenientibus, propter multitudinem sanctorum participantium aeternitatem: ut dicantur ibi tot saecula, quot sunt aeternitates participatae. De his saeculis dicitur in Ps. CXLIV, 13: regnum tuum regnum omnium saeculorum. Dicit ergo secundum hunc sensum: dico quod vivificavit nos in spe, scilicet per Christum, vel in gratia, ut ostenderet in saeculis supervenientibus, id est in alia vita compleret, abundantes divitias gratiae suae, id est abundantem gratiam, quam etiam in hoc mundo, dum multa dimittit peccata et maxima dona concedit, dicit: quae quidem superabundat in vita alia, quia ibi indeficienter habetur. Jn. X, 10: ego veni ut vitam, scilicet gratiae, habeant in hoc mundo, et abundantius habeant, scilicet gloriae in patria. Et hoc in bonitate sua. Ps. LXXII, 1: quam bonus Israel Deus. Thren. III, 25: bonus est Dominus sperantibus in eum, animae quaerenti illum. Et hoc supra nos, id est supra nostrum desiderium, supra nostrum intellectum, et supra capacitatem nostram. Is. LXIV, 4: oculus nos vidit, Deus, absque te, quae praeparasti expectantibus te. Et hoc in Christo Iesu, id est, per Christum Iesum, quia sicut gratia nobis confertur per Christum, ita et gloria consummata. Ps. LXXXIII, 12: gratiam et gloriam dabit Dominus. Per ipsum enim beatificamur, per quem iustificamur. Dicit autem ut ostenderet, quia thesaurus gratiae in nobis est occultus, quia habemus ipsum in vasis fictilibus, ut dicitur II Cor. IV, 7; et I Jn. III, 1: videte qualem charitatem dedit nobis Pater: ut filii Dei nominemur et simus. Et parum post: nunc filii Dei sumus, et nondum apparuit, et cetera. Sed ille thesaurus occultus, quia nondum apparuit, in saeculis supervenientibus ostenditur, quia in patria omnia erunt nobis aperta, quae ad manifestam sanctorum gloriam pertinent. Rm. VIII, 18: non sunt condignae passiones huius temporis ad futuram gloriam, quae revelabitur in nobis.


 

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Fête-Dieu ou Fête du Très Saint Sacrement

8 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

Fête-Dieu ou Fête du Très Saint Sacrement

Collecte

Dieu, vous nous avez laissé sous un Sacrement admirable le mémorial de votre passion : accordez-nous, nous vous en prions, de vénérer les mystères sacrés de votre Corps et de votre Sang ; de manière à ressentir toujours en nous le fruit de votre rédemption.

Lecture 1. Cor. 11, 23-29

Mes frères : j’ai appris du Seigneur ce que je vous ai moi-même transmis : que le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain, et après avoir rendu grâces, le rompit, et dit : Prenez et mangez ; ceci est mon corps, qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même le calice, après avoir soupé, en disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous en boirez. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain, et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. C’est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que l’homme s’éprouve donc lui-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice. Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur.

Sequéntia. Séquence.
Lauda, Sion, Salvatórem, lauda ducem et pastórem in hymnis et cánticis. Loue, Sion, ton Sauveur, loue ton chef et ton pasteur, par des hymnes et des cantiques.
Quantum potes, tantum aude : quia maior omni laude, nec laudáre súffícis. Autant que tu le peux, ose le chanter, car il dépasse toute louange, et tu ne suffis pas à le louer.
Laudis thema speciális, panis vivus et vitális hódie propónitur. Le sujet spécial de louange, c’est le pain vivant et vivifiant, qui nous est proposé aujourd’hui.
Quem in sacræ mensa cenæ turbæ fratrum duodénæ datum non ambígitur. Le pain qu’au repas de la sainte Cène, aux douze, ses frères, Jésus donna réellement.
Sit laus plena, sit sonóra, sit iucúnda, sit decóra mentis iubilátio. Que la louange soit pleine et vivante ; qu’elle soit joyeuse et magnifique, la jubilation de l’âme.
Dies enim sollémnis agitur, in qua mensæ prima recólitur huius institútio. Car c’est aujourd’hui la solennité, qui rappelle la première institution de la Cène.
In hac mensa novi Regis, novum Pascha novæ legis Phase vetus términat. A cette table du nouveau Roi, la nouvelle Pâque de la nouvelle loi met fin à la Pâque antique.
Vetustátem nóvitas, umbram fugat véritas, noctem lux elíminat. Au rite ancien succède le nouveau, la vérité chasse l’ombre, la lumière dissipe la nuit.
Quod in cœna Christus gessit, faciéndum hoc expréssit in sui memóriam. Ce que le Christ accomplit à la Cène, il a ordonné de le faire en mémoire de lui.
Docti sacris institútis, panem, vinum in salútis consecrámus hóstiam. Instruits par ses ordres saints, nous consacrons le pain et le vin en l’hostie du salut.
Dogma datur Christiánis, quod in carnem transit panis et vinum in sánguinem. C’est une vérité proposée aux chrétiens, que le pain devient la chair et le vin le sang du Christ.
Quod non capis, quod non vides, animosa fírmat fides, præter rerum órdinem. Sans comprendre et sans voir, la foi vive l’atteste contre l’ordre habituel des choses.
Sub divérsis speciébus, signis tantum, et non rebus, latent res exímiæ. Sous des espèces diverses, simples apparences et non réalités, se cachent des réalités sublimes.
Caro cibus, sanguis potus : manet tamen Christus totus sub utráque spécie. La chair est nourriture, le sang breuvage : cependant le Christ demeure tout entier, sous l’une et l’autre espèce.
A suménte non concísus, non confráctus, non divísus : ínteger accípitur. On le reçoit sans le diviser, ni le briser, ni le rompre : il est reçu tout entier.
Sumit unus, sumunt mille : quantum isti, tantum ille : nec sumptus consúmitur. Un seul le reçoit, mille le reçoivent : celui-là autant que ceux-ci : on s’en nourrit sans le consumer.
Sumunt boni, sumunt mali sorte tamen inæquáli, vitæ vel intéritus. Les bons le reçoivent, les méchants aussi : mais que leur sort est différent, c’est la vie ou c’est la mort !
Mors est malis, vita bonis : vide, paris sumptiónis quam sit dispar éxitus. Mort pour les méchants, vie pour les bons ; voyez combien du même festin, différente est l’issue.
Fracto demum sacraménto, ne vacílles, sed meménto, tantum esse sub fragménto, quantum toto tégitur. Si l’on divise la sainte Hostie, n’hésitez pas, mais souvenez-vous qu’il est autant sous chaque parcelle que dans le tout.
Nulla rei fit scissúra : signi tantum fit fractúra : qua nec status nec statúra signáti minúitur. Du Corps divin nulle brisure : seul, le signe est rompu ; ni l’état, ni la grandeur de la réalité signifiée n’est diminuée.
Ecce panis Angelórum, factus cibus viatórum : vere panis filiórum, non mitténdus cánibus. Voici le Pain des Anges devenu l’aliment des hommes voyageurs : c’est vraiment le pain des enfants, qui ne doit pas être jeté aux chiens.
In figúris præsignátur, cum Isaac immolátur : agnus paschæ deputátur : datur manna pátribus. D’avance il est désigné par des figures, l’immolation d’Isaac, l’Agneau pascal, la manne donnée à nos pères.
Bone pastor, panis vere, Iesu, nostri miserére : tu nos pasce, nos tuére : tu nos bona fac vidére in terra vivéntium. Bon pasteur, pain véritable, Jésus, ayez pitié de nous : Nourrissez-nous, gardez-nous, faites-nous jouir des vrais biens, dans la terre des vivants.
Tu, qui cuncta scis et vales : qui nos pascis hic mortáles : tuos ibi commensáles, coherédes et sodáles fac sanctórum cívium. Amen. Allelúia Vous qui savez et pouvez tout, qui nous nourrissez en cette vie mortelle : faites de nous là-haut les commensaux, les cohéritiers et les compagnons des saints du ciel, ainsi soit-il. Alléluia.

Évangile 1. Jn. 6, 56-59

En ce temps-là : Jésus, dit aux Juifs : Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui m’a envoyé est vivant, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi. C’est ici le pain qui est descendu du ciel. Ce n’est pas comme la manne que vos pères ont mangée, après quoi ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra éternellement.

Postcommunion

Nous vous en supplions, Seigneur, faites que nous soyons rassasiés par la jouissance éternelle de votre divinité : jouissance dont la réception dans le temps, de votre précieux Corps et de votre Sang, nous est une figure à l’avance.

Office

4e leçon

Sermon de saint Thomas d’Aquin

Les immenses bienfaits de la divine largesse accordés au peuple chrétien lui confèrent une dignité inestimable. Il n’est point, en effet, et il ne fut jamais de nation si grande, qui eût ses dieux s’approchant d’elle comme notre Dieu est près de nous]. Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a pris notre nature, afin que, fait homme, il divinisât les hommes. En outre, tout ce qu’il avait pris de nous, il le livra pour notre salut. Car son sang, il l’a, pour notre réconciliation, offert comme victime à Dieu son Père sur l’autel de la croix ; son sang, il l’a répandu tout à la fois et comme le prix de notre liberté, et comme le bain sacré qui nous lave, afin que nous fussions tout ensemble rachetés d’un misérable esclavage et purifiés de tous nos péchés. Mais, afin que nous gardions à jamais en nous la mémoire d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles, sous l’apparence du pain et du vin, son corps pour être notre nourriture et son sang pour être notre breuvage.

5e leçon

O festin précieux et admirable, salutaire et plein de toute suavité ! Que peut-il y avoir en effet de plus précieux que ce festin dans lequel on nous offre à manger, non la chair des veaux et des boucs, comme jadis sous la loi, mais le Christ, vrai Dieu ? Quoi de plus admirable que ce Sacrement ? En lui, en effet, le pain et le vin sont changés substantiellement au corps et au sang du Christ, tellement que le Christ, Dieu et homme parfait, est contenu sous l’apparence d’un peu de pain et d’un peu de vin ! Il est donc mangé par les fidèles sans être aucunement mis en pièces ; bien plus, si l’on divise le Sacrement, il demeure entier sous chacune des parties après la division. Les accidents subsistent dans sans leur sujet ou substance, afin que la foi ait à s’exercer, alors que l’on reçoit invisiblement ce corps, visible en soi, mais caché sous une apparence étrangère ; et afin que les sens soient préservés d’erreur, eux qui jugent d’accidents dont la connaissance leur appartient.

6e leçon

Aucun sacrement n’est plus salutaire que celui-ci ; par lui les péchés sont effacés, les vertus s’accroissent, et l’âme est engraissée de l’abondance de tous les dons spirituels. Il est offert dans l’Église pour les vivants et pour les morts, afin que serve à tous ce qui a été établi pour le salut de tous. Personne enfin ne peut dire la suavité de ce Sacrement, où l’on goûte à sa source la douceur spirituelle, où l’on célèbre la mémoire de cet excès de charité que le Christ a manifesté dans sa passion. Aussi, pour que l’immensité de cette charité s’imprimât plus profondément dans les cœurs des fidèles, ce fut à la dernière cène, lorsqu’ayant célébré la Pâque avec ses disciples, il allait passer de ce monde à son Père, qu’il institua ce Sacrement, comme le mémorial perpétuel de sa passion, l’accomplissement des anciennes figures, le plus merveilleux de ses ouvrages ; et il le laissa aux siens comme une singulière consolation dans les tristesses de son absence.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque

Les hommes, dans la nourriture et le breuvage, se proposent de n’avoir plus ni faim ni soif. Mais ils n’y peuvent parvenir dans la vérité que par cette unique nourriture et cet unique breuvage, qui rendent immortels et incorruptibles ceux qui les reçoivent. Et c’est là cette société des saints, où se trouve la paix et la parfaite unité. C’est pour cela, ainsi que l’ont entendu les hommes de Dieu qui nous ont précédés, que notre Seigneur Jésus-Christ, nous laissant son corps et son sang, a choisi pour ce dessein des matières dont l’unité est composée de beaucoup de parties. De ces matières, l’une est faite un seul pain de beaucoup de grains de froment ; l’autre, un seul vin du suc mêlé de beaucoup de grains de raisin. Le Seigneur à la fin expose ce dont il parle, et ce que c’est que manger son corps et boire son sang.

8e leçon

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Manger cette nourriture et boire ce breuvage, c’est donc demeurer dans le Christ et avoir le Christ demeurant en soi. Et par suite, celui qui ne demeure pas dans le Christ et en qui le Christ ne demeure pas, celui-là sans nul doute ne mange pas sa chair et ne boit point spirituellement son sang, bien que selon la chair et visiblement il presse de ses dents le Sacrement du corps et du sang du Christ ; mais au contraire, c’est pour son jugement qu’il mange et boit un si grand mystère, ayant osé s’approcher avec une conscience souillée du Sacrement du Christ, qu’on ne peut recevoir dignement que si l’on est pur, et selon cette parole : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu »

9e leçon

« De même que mon Père qui est vivant m’a envoyé, dit le Seigneur, et que moi, je vis par mon Père ; ainsi celui qui me mange, vivra aussi par moi. » C’est comme s’il disait : Que je vive, moi, par mon Père, c’est-à-dire, que je rapporte ma vie à lui comme à plus grand que moi, c’est le résultat de l’anéantissement dans lequel il m’a envoyé ; que quelqu’un ensuite vive par moi, c’est l’effet de la communion en laquelle il entre avec moi quand il me mange. Humilié, je vis par mon Père ; celui qui me reçoit est élevé et vit par moi. Si le Christ dit : « Je vis par mon Père », parce que lui, il procède de son Père, et que le Père ne procède pas de lui ; ces paroles ne portent aucun détriment à son égalité avec le Père. Cependant lorsqu’il ajoute : « Et celui qui me mange, vivra aussi par moi, » il ne veut point signifier que nous sommes ses égaux ; mais il nous manifeste quelle grâce il nous apporte comme médiateur.

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Saint Norbert évêque et confesseur

6 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Norbert évêque et confesseur

Collecte

Dieu, vous avez fait du bienheureux Norbert, votre Confesseur et Pontife, un excellent prédicateur de votre parole, et vous avez donné par lui à votre Église une nouvelle famille : faites, nous vous en supplions, qu’aidés de ses mérites, nous puissions, grâce à votre secours, mettre en pratique ce qu’il a enseigné par ses paroles et par ses œuvres.

Office

Quatrième leçon. Norbert, issu de très nobles parents, reçut dans sa jeunesse une éducation distinguée. Placé ensuite à la cour même de l’empereur, il méprisa les attraits du monde et désira s’enrôler dans la milice ecclésiastique. Ayant été initié aux saints ordres, il ne voulut plus porter de vêtements qui sentissent la mollesse ou la somptuosité et, couvert d’une melote, se donna tout entier à la prédication de la parole de Dieu. Après avoir renoncé à des prébendes assez importantes et distribué son patrimoine aux pauvres, il commença un genre de vie d’une austérité remarquable, ne faisant par jour qu’un seul repas, le soir, et cela avec les seuls aliments permis pendant le carême, marchant nu-pieds et portant des vêtements en lambeaux, malgré les rigueurs de l’hiver. Ainsi puissant en œuvres et en paroles, il ramena quantité d’hérétiques à la foi, de pécheurs à la pénitence, d’ennemis à la paix et à la concorde.

Cinquième leçon. Comme il était à Laon, l’Évêque le pria de ne pas s’éloigner de son diocèse. S’étant alors choisi une retraite dans un lieu désert appelé Prémontré, et après y avoir réuni treize compagnons, il institua l’Ordre de Prémontré pour lequel, dans une vision miraculeuse, saint Augustin lui donna une règle. La renommée de sa sainteté se répandait de plus en plus et un grand nombre de disciples venant à lui tous les jours, son Ordre fut confirmé par Honorius II et d’autres Papes ; il construisit de nombreux monastères et son institut se propagea d’une façon admirable.

Sixième leçon. Appelé à Anvers, il y détruisit la détestable hérésie de Tanquelin. Son esprit prophétique et ses miracles le rendirent célèbre. Finalement, ayant été élevé, malgré sa résistance, sur le siège archiépiscopal de Magdebourg, il s’y montra ferme à défendre la discipline ecclésiastique et particulièrement le célibat des Prêtres. Au concile de Reims, il seconda singulièrement Innocent II, et s’étant rendu à Rome avec d’autres Évêques, il réprima le schisme de Pierre de Léon. Enfin cet homme de Dieu, plein de l’Esprit-Saint et chargé de mérites, s’endormit dans le Seigneur à Magdebourg, l’an du salut mil cent trente-quatre, le six juin.

L’Esprit divin multiplie les secours sur la route de l’Église. Il semble vouloir nous montrer aujourd’hui que la puissance de son action ne doit point s’amoindrir avec les années ; voici que douze siècles après sa venue, éclatent dans le monde les mêmes miracles de conversion et de grâces qui signalèrent son glorieux avènement du ciel en terre.

Norbert, qui porte en ses veines le sang des empereurs et des rois, s’est vu convier surnaturellement, dès le sein de sa mère Hadwige, à une noblesse plus haute ; et cependant, trente-trois années d’une vie qui n’en doit guère compter plus de cinquante, ont été données par lui sans réserve aux plaisirs. Il est temps pour l’Esprit divin de hâter sa conquête. Un jour, dans un orage soudainement survenu, la foudre tombe au-devant du prodigue ; elle le précipite de son cheval, et creuse un abîme entre lui et le but où le porte une soif inassouvie de vanités qui n’arrivent pointa combler le vide de son cœur. Alors, au plus intime de son âme retentit la voix qu’entendit Saul sur le chemin de Damas : « Norbert, où vas-tu ? » Et le miséricordieux dialogue continue entre Dieu et ce nouveau Paul : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? — Éloigne-toi du mal, et fais le bien ; cherche la paix et poursuis-la ». Vingt ans après, Norbert est au ciel, occupant parmi les pontifes un trône illustre, et rayonnant de l’éclat qui marque dans la patrie les fondateurs des grands Ordres religieux.

Quelle trace profonde, durant les années de sa pénitence, il a laissée sur terre ! L’Allemagne et la France évangélisées, Anvers délivré d’une infâme hérésie, Magdebourg arraché par son archevêque aux dérèglements qui souillaient la maison de Dieu : tant d’œuvres dignes de remplir une longue et sainte vie, ne sont point pourtant les plus beaux titres de Norbert à la reconnaissance de l’Église. Avant d’être appelé malgré lui aux honneurs de l’épiscopat, l’ancien hôte de la cour impériale avait choisi dans les forêts du diocèse de Laon, pour prier Dieu et châtier son corps, une solitude inhabitable. Mais bientôt Prémontré a vu ses marécages envahis par des multitudes ; les plus beaux noms de la noblesse venaient demander au grand pénitent la science du salut. En même temps, Notre-Dame lui montrait l’habit blanc que ses disciples devaient revêtir ; saint Augustin leur donnait sa Règle. Une famille nouvelle de Chanoines réguliers, la plus illustre, était fondée ; ajoutant aux obligations du culte divin solennel les austérités de sa pénitence ininterrompue, elle dévouait également ses membres au service des âmes par la prédication et l’administration des paroisses.

Il fallait, dans l’Église de Dieu, ce complément à l’œuvre des moines qui avaient relevé, au siècle précédent, l’épiscopat et la papauté du servilisme féodal. Les moines, quoique n’excluant de leur vie aucune œuvre sainte, ne pouvaient cependant, aussi nombreux qu’il eût été nécessaire, quitter leurs cloîtres et prendre sur eux la charge des âmes, que tant de pasteurs indignes du second ordre continuaient de trahir, dans le douzième siècle, au profit de leurs passions simoniaques et concubinaires. Seule, néanmoins, la vie religieuse pouvait relever le sacerdoce, depuis les hauts sommets de la hiérarchie jusqu’aux derniers rangs de la milice sainte. Norbert fut élu de Dieu pour une part de cette œuvre immense ; et l’importance de sa mission explique la prodigalité sublime avec laquelle l’Esprit-Saint multiplia autour de lui les vocations. Le nombre et la rapidité des fondations permirent de porter bientôt partout le secours ; l’Orient lui-même vit presque aussitôt se lever sur lui la lumière de Prémontré. Au XVIIIe siècle, malgré les destructions des Turcs et les ravages de la prétendue Réforme dans les pays où sa diffusion avait été la plus grande, l’Ordre, divisé en vingt-huit provinces, renfermait encore dans presque toutes ses maisons de cinquante à cent vingt chanoines, et l’on comptait toujours par milliers les paroisses confiées à ses soins.

Les religieuses, dont la sainte vie et les prières sont l’ornement et le secours de l’Église militante, occupèrent dès l’origine la place qui leur était due dans cette innombrable famille ; au temps du fondateur ou peu après sa mort, on en comptait plus de mille à Prémontré même. Un tel chiffre pourra nous donner une idée de la propagation vraiment prodigieuse de l’Ordre à ses débuts. Norbert étendit également sa charité aux personnes qui, comme Thibault comte de Champagne, eussent voulu le suivre au désert, et que la volonté de Dieu retenait dans le monde ; il préluda aux pieuses associations que nous verrons saint Dominique et saint François organiser, au siècle suivant, sous le nom de tiers-ordres.

Vous sûtes racheter le temps comme il convenait, ô Norbert, en ces jours mauvais où vous-même, entraîné par l’exemple de la multitude insensée, aviez frustré Dieu si longtemps dans ses desseins d’amour. Les années refusées par vous d’abord au service du seul vrai Maître du monde lui sont revenues multipliées à l’infini, augmentées de toutes celles que lui ont données vos fils et vos filles. En vingt ans, vos œuvres personnelles ont, elles aussi, rempli le monde. Le schisme abattu, l’hérésie terrassée pour la plus grande gloire du divin Sacrement qu’elle attaquait dès lors, les droits de l’Église revendiqués intrépidement sur les princes de ce monde et tous les détenteurs injustes, le sacerdoce rendu à sa pureté première, la vie chrétienne affermie sur ses véritables fondements qui sont la prière et la pénitence : tant de triomphes en si peu d’années, sont dus à la générosité qui vous empêcha de regarder en arrière, même un instant, du jour où l’Esprit-Saint toucha votre cœur. Faites donc comprendre aux hommes qu’il n’est jamais trop tard pour commencer à servir Dieu. Fût-on, comme vous, déjà sur le soir de la vie, ce qu’il reste de temps suffit à faire de nous des saints, si nous donnons pleinement ce reste au ciel.

Foi et patience furent vos vertus chéries ; répandez-les sur notre triste siècle, qui ne sait plus que douter et que jouir en allant stupidement à l’abîme. N’oubliez point dans le ciel, ô apôtre, les contrées que vous avez évangélisées, malgré leur oubli, malgré leur retour aux tromperies de l’enfer. Saint pontife, Magdebourg a perdu l’antique foi, et avec elle le dépôt qu’elle ne méritait plus de votre saint corps ; Prague possède aujourd’hui vos reliques sacrées ; en bénissant l’hospitalière cité, priez pour la ville ingrate qui n’a pas su garder son double trésor. Enfin, ô fondateur de Prémontré, souriez à la France qui se réclame de votre plus pure gloire. Obtenez de Dieu que, pour le salut de nos temps malheureux, il rende à votre puissant Ordre quelque peu de son ancienne splendeur. Bénissez dans leur trop petit nombre, ceux de vos fils et de vos filles qui cherchent, en dépit des hostilités ridicules et odieuses du pouvoir, à faire revivre chez nous vos bienfaits. Maintenez en eux votre esprit : qu’ils sachent trouver dans la paix avec eux-mêmes le secret du triomphe sur les forces de Satan ; que les splendeurs du culte divin soient toujours pour eux la montagne aimée d’où, comme Moïse, ils rapportent au peuple chrétien, nouvel Israël, la connaissance des volontés du Seigneur.

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Saint Boniface évêque et martyr

5 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Boniface évêque et martyr

Collecte

O Dieu, qui avez daigné appeler une multitude de peuples à la connaissance de votre nom par le zèle du bienheureux Boniface, votre Martyr et Pontife, accordez-nous, dans votre bonté, que, célébrant sa fête, nous ressentions les effets de sa protection.

Office

Quatrième leçon. Boniface, nommé d’abord Winfrid, naquit en Angleterre, à la fin du septième siècle. Dès son enfance, il n’eut que de l’éloignement pour le monde, et tourna ses vœux vers la vie monastique. Son père ayant tenté vainement de changer sa résolution en faisant valoir à ses yeux les attraits du siècle, il entra dans un monastère, et, sous la direction du bienheureux Wolfard, se forma à toute espèce de vertus et de sciences. A l’âge de trente ans il reçut le caractère sacerdotal. Prédicateur assidu de la parole divine, il n’était animé, dans cette fonction, que du désir de gagner des âmes. Ayant à cœur de voir s’étendre le règne de Jésus-Christ, il ne cessait de pleurer en pensant à la multitude de barbares qui, plongés dans l’ignorance, étaient asservis au démon. Comme ce zèle des âmes s’accroissait de jour en jour avec une ardeur inextinguible, il consulta la volonté divine par des prières accompagnées de larmes, et obtint du supérieur du monastère la permission de partir pour les rivages de la Germanie.

Cinquième leçon. Quittant l’Angleterre en bateau avec deux compagnons, il vint à la ville de Doreste en Frise ; mais comme une guerre très violente s’était déclarée entre Radbod, roi des Frisons, et Charles Martel, il prêcha l’Évangile sans résultat ; il revint donc en Angleterre, et retourna dans son monastère, au gouvernement duquel on l’éleva malgré lui. Deux ans après, il abdiqua sa charge du consentement de l’Évêque de Winchester, et partit pour Rome, afin que l’autorité apostolique le déléguât à la conversion des Gentils. Arrivé à Rome, Grégoire II le reçut avec bonté et changea son nom de Winfrid en celui de Boniface. Envoyé en Germanie, il annonça le Christ aux peuples de la Thuringe et de la Saxe ; et comme pendant ce temps-là le roi des Frisons, Radbod, ennemi acharné du nom chrétien, était mort, Boniface se dirigea de nouveau vers la Frise, où, en compagnie de saint Willibrod, il prêcha durant trois ans l’Évangile avec tant de fruit, que, les statues des idoles ayant été détruites, d’innombrables églises furent élevées au vrai Dieu.

Sixième leçon. Sollicité par saint Willibrod pour qu’il acceptât la dignité épiscopale, il s’y refusa afin de travailler plus librement et plus activement au salut des infidèles. S’étant avancé en Germanie, il détourna plusieurs milliers de Hessois du culte du démon. Appelé à Rome par le Pape Grégoire, il fut sacré Évêque, après avoir fait une admirable profession de foi. De là, il retourna vers les peuples germains et délivra presque entièrement la Hesse et la Thuringe des restes de l’idolâtrie. De si grand mérites valurent à Boniface d’être élevé par Grégoire III à la dignité archiépiscopale. S’étant rendu à Rome pour la troisième fois, il fut nommé par le souverain Pontife légat du Siège apostolique. Revêtu de cette autorité, il fonda quatre évêchés et réunit plusieurs synodes, parmi lesquels le mémorable concile de Leptines, dans le diocèse de Cambrai, en Belgique, et contribua alors puissamment à augmenter la foi parmi les Belges. Créé Archevêque de Mayence par le Pape Zacharie, il sacra par l’ordre du même Pontife, Pépin, roi des Francs. Après la mort de saint Willibrod, l’Église d’Utrecht lui fut confiée et il la gouverna d’abord par l’intermédiaire d’Eoban, ensuite par lui-même, lorsque, déchargé de l’Église de Mayence, il vint se fixer à Utrecht. Les Frisons étant retombés dans l’idolâtrie, il entreprit de nouveau de leur prêcher l’Évangile. Comme il était occupé de ce devoir pastoral, des hommes barbares et impies l’attaquèrent aux bords de la Burda. Enveloppé dans un sanglant massacre avec Eoban, associé à son épiscopat, et beaucoup d’autres, il eut comme eux les honneurs de la palme du martyre. Le corps de saint Boniface fut transporté à Mayence, puis enseveli, comme il l’avait demandé de son vivant, dans le monastère de Fulda, fondé par lui et devenu illustre par les nombreux miracles de ce Saint. Le souverain Pontife Pie IX a étendu son Office et sa Messe à l’Église universelle.

Le Fils de l’homme, proclamé Roi dans les hauteurs des cieux au jour de son Ascension triomphante, laisse à l’Épouse qu’il s’est donnée le soin et la gloire de faire reconnaître ici-bas son domaine souverain. La Pentecôte est le signal des conquêtes de l’Église ; c’est alors qu’elle s’éveille au souffle de l’Esprit-Saint ; toute remplie de cet Esprit d’amour, elle aspire comme lui aussitôt à posséder la terre. Les Anglo-Saxons et les Francs viennent de prêter en ses mains leur serment de foi et hommage au Christ, à qui toute puissance fut donnée sur la terre et au ciel. Winfrid aujourd’hui, réalisant le beau nom de Boniface ou bienfaisant que lui donna Grégoire II, se présente entouré des multitudes arrachées par lui du même coup au paganisme et à la barbarie. Grâce à l’apôtre de la Germanie, l’heure bientôt va venir pour l’Église de constituer dans ce monde à l’Époux, indépendamment de sa principauté sur les âmes, un empire plus puissant qu’aucun de ceux qui l’auront précédé ou suivi.

Le Père éternel attire à son Fils, non pas seulement les hommes, mais les nations ; elles sont dans le temps son héritage, non moins que le ciel l’est pour l’éternité. Or il ne suffit pas aux complaisances de Dieu pour son Verbe fait chair, que les nations viennent isolément chacune reconnaître en lui leur Seigneur et maître. C’est le monde qui lui fut promis comme possession, sans distinction de peuples, sans limites autres que les bornes de la terre ; reconnu ou non, son pouvoir est universel. Chez plusieurs sans doute, la méconnaissance ou l’ignorance du droit royal de l’Homme-Dieu doit durer jusqu’au delà du temps ; pour tous encore, nous le savons trop, la révolte sera possible. Il convenait cependant que l’Église, dès qu’elle le pourrait, mît à profit son influence sur les nations baptisées, pour les rassembler dans l’unité d’un même acquiescement extérieur à cette royauté source de toutes les autres. A côté du Pontife, vicaire de l’Homme-Dieu en ce qui touche les intérêts du ciel et des âmes, il y avait place, dans le domaine de la vie présente, pour un chef de la chrétienté qui ne fût tel qu’à titre de lieutenant du Christ Seigneur des seigneurs. Ainsi devait se trouver réalisée en toute plénitude, pour le fils de David, la principauté grandiose que les prophètes avaient annoncée.

Institution vraiment digne du nom qui lui sera donné de Saint-Empire ; dernier résultat de la glorieuse Pentecôte, comme étant la consommation du témoignage rendu par l’Esprit à Jésus pontife et roi. Aussi, quelques jours encore ; et Léon III, l’auguste Pontife appelé par l’Esprit-Saint à poser le couronnement de son œuvre divine, proclamera, aux applaudissements du monde, l’établissement de cet empire nouveau sous le sceptre de l’Homme-Dieu, dans la personne de Charlemagne représentant du Roi des rois. Telle que nous pouvions la prévoir jusqu’ici néanmoins par les enseignements de la sainte Liturgie, cette œuvre merveilleuse n’était pas encore suffisamment préparée ; de vastes régions, celles-là même qui doivent former l’apanage principal du futur empire, ne connaissaient pas même le nom du Seigneur Jésus, ou ne conservaient d’une prédication première, étouffée sous le tumulte des invasions, qu’un mélange confus de pratiques chrétiennes et de superstitions idolâtriques. Et c’est pourquoi, précurseur de Léon III, Boniface se lève, revêtu de la force d’en haut. Descendant de ces Angles à figure d’anges, par qui l’ancienne Bretagne est devenue l’île des Saints, il brûle de porter à la Germanie d’où sortirent ses aïeux, la lumière qui est venue les trouver dans la terre de leur conquête.

Trente ans d’une vie monastique commencée dès l’enfance malgré les caresses et les larmes d’un père, ont préparé son âme ; mûri dans la retraite et le silence d’un si long temps, rempli de la science divine, accompagné des prières de ses frères, il peut en toute sécurité suivre l’attrait qui l’appelle. Rome le voit d’abord soumettant ses vues au vicaire de l’Homme-Dieu, source féconde autant qu’unique de toute mission dans l’Église. Grégoire II, digne en tout des grands papes honorés du même nom, exerçait alors sur le monde chrétien la vigilance apostolique ; entre les écueils dressés par l’astuce lombarde et l’hérétique démence de Léon l’Isaurien, sa ferme et prudente main conduisait sûrement la barque de Pierre aux gloires souveraines qui l’attendaient en ce siècle huitième. Dans l’humble moine prosterné à ses pieds, l’immortel Pontife a bientôt reconnu l’auxiliaire puissant que lui envoie le ciel ; et, muni de la bénédiction apostolique, Winfrid, devenu Boniface, sent l’Esprit-Saint l’entraîner à des conquêtes que Rome même autrefois n’avait point rêvées.

Par les sentiers qu’il trace au delà du Rhin dans les régions non frayées de la terre barbare, l’Épouse du Fils de Dieu pénètre plus avant que ne firent les légions, renversant les dernières idoles des faux dieux, civilisant et sanctifiant les hordes farouches, fléau du vieux monde. Fils de saint Benoît, le moine anglo-saxon donne à son œuvre une stabilité qui défiera les siècles. Partout s’élèvent des monastères, prenant pour Dieu possession du sol même, fixant autour d’eux par la force de l’exemple et leurs bienfaits les tribus nomades. Sur tous les fleuves, du sein des forêts, en guise des cris de vengeance et de guerre, monte maintenant l’accent de la prière et de la louange au Dieu très-haut. Disciple chéri de Boniface, Sturm préside à cette colonisation pacifique, qui laisse loin derrière elle les colonies de vétérans dans lesquelles Rome païenne mettait la principale force de son empire.

Voici qu’à la même heure, en ces sauvages régions où la violence jusque-là régnait en souveraine, s’organise la milice sainte des épouses du Seigneur. L’Esprit de la Pentecôte a soufflé dans la terre des Angles, et, comme au Cénacle, les saintes femmes en ont eu leur part ; les vierges consacrées, obéissant à l’impulsion céleste, ont quitté leur patrie et le monastère où s’abrita leur enfance. Après avoir pourvu de loin d’abord aux besoins de Winfrid, copié pour lui en lettres d’or les livres saints, elles rejoignent l’apôtre ; intrépides, elles ont passé la mer, et sont venues, sous la garde de l’Époux, prendre leur part des travaux entrepris pour sa gloire. Lioba les conduit : Lioba, dont la douce majesté, dont les traits célestes élèvent la pensée au-dessus de la terre ; qui, par sa science des Écritures, des Pères et des saints Canons, égale les plus célèbres docteurs ; mais l’Esprit divin a plus encore enrichi son âme d’humilité et de saint héroïsme. Elle sera mère de la nation allemande. Les hères Germaines, avides de sang, qui, au jour de leurs noces, n’agréaient pour dons qu’un cheval de bataille avec le bouclier et la framée, apprendront d’elle les qualités de la femme forte. On ne les verra plus s’enivrer de carnage et ramener au combat leurs maris vaincus ; mais les vertus de l’épouse et de la mère remplaceront en elles la fureur des camps ; la famille sera fondée sur le sol germanique, et, avec elle, la patrie.

C’est ce qu’avait compris Boniface, en appelant à lui Lioba, Walburge, et leurs compagnes. Épuisé de travaux, fatigué plus encore, hélas ! Comme il arrive à tous les hommes de Dieu, par de mesquines jalousies se couvrant d’un faux zèle, l’athlète du Christ ne dédaignait pas de venir lui-même trouver près de sa fille bien-aimée conseil et réconfort. Appréciant à sa valeur la part qu’elle avait eue dans son œuvre, il la voulut pour compagne de son repos dans la tombe, en sa chère abbaye de Fulda.

Mais l’apôtre est loin encore d’être au soir de sa vie. Il doit assurer le sort spirituel des convertis sans nombre qu’a faits sa parole, et placer à leur tête ceux que l’Esprit-Saint désigne gouverner l’Église de Dieu. Par ses soins, la hiérarchie sacrée se constitue et se développe ; le sol se couvre d’églises ; et sous la houlette d’évêques élus de Dieu, des peuples nouveaux, créés comme par enchantement, vivent à la gloire de la Trinité sainte en ces contrées hier païennes, où Satan avait cru pouvoir éterniser sa domination.

Vainement d’autre part, Arius, Manès, divers corrupteurs de la foi sainte anciens et nouveaux, chassés de partout, végètent encore sur les confins ignorés du paganisme germain ; vainement la cupidité d’indignes ministres du Seigneur se flatte d’exploiter toujours l’ignorance de chrétientés trop éloignées du centre vital, et jusque-là forcément délaissées. L’éclat inaltéré du Verbe divin, qui revêt Boniface comme une robe de gloire, rayonne de lui jusqu’au fond des retraites obscures où l’hérésie se dérobe ; le fouet dont l’Homme-Dieu s’arma pour expulser les vendeurs du temple est dans les mains de son apôtre, et il chasse loin de leurs troupeaux sacrilègement abusés les prêtres infâmes qui, à prix égal, offrent au Dieu très-haut l’hostie du salut, ou immolent des bœufs et des boucs aux divinités vaincues de la Germanie. Au bout de quarante années d’un fécond apostolat, l’Allemagne, convertie ou délivrée des pasteurs mercenaires, est acquise au Christ.

Mais le vaillant précurseur du Saint-Empire ne doit pas borner son action puissante à préparer la race germanique aux grandes destinées qui l’attendent. La France, fille aînée de l’Église, est, dans ses princes, appelée la première à porter le globe d’or surmonté de la croix, auguste emblème de l’universelle royauté du Fils de Dieu. Or, si la France de Clotilde, pure d’hérésie, reste fidèle à son baptême, elle-même cependant réclame du ciel à cette heure le secours nécessaire au salut des nations dans les périodes critiques de leur histoire. Les descendants de Clovis n’ont conservé de son royal héritage que le titre vain d’un pouvoir qu’ils n’ont plus, tandis que la vraie puissance est passée aux mains d’une famille nouvelle : race vigoureuse, qui vient de donner sa mesure en écrasant près de Poitiers l’immense armée des Maures. Mais en sauvant la chrétienté, Charles Martel conduit l’Église de France à deux doigts de sa ruine par la distribution qu’il fait des sièges épiscopaux, des abbayes, aux compagnons de sa victoire. Sous peine d’une situation non moins désastreuse que ne l’eût faite la victoire d’Abdrame, il faut déposséder de leurs crosses usurpées ces étranges titulaires, et renvoyer du moins leurs fils aux armées franques ; avec autant de douceur que de fermeté, par l’ascendant de la vertu, il faut amener le héros de Poitiers et sa descendance au respect du droit des Églises.

Victoire plus glorieuse que la défaite des Maures, et qui fut celle de notre Boniface ! Triomphe de la sainteté désarmée, aussi profitable aux vaincus qu’à l’Église même ; car il devait faire du farouche soldat, bâtard de Pépin d’Herstal, la souche pour les Francs d’une deuxième dynastie dont la gloire allait surpasser l’illustration des rois de la première race.

Légat de saint Zacharie comme il l’avait été de Grégoire III son prédécesseur, Boniface avait fixé à Mayence son siège épiscopal, pour mieux garder au Christ en même temps et la Germanie, conquête de son premier apostolat, et la France sauvée par ses derniers labeurs. Comme un autre Samuel, lui-même consacra de ses mains la nouvelle royauté, en conférant, par un rite nouveau chez les Francs, l’onction sacrée à Pépin le Bref, fils de Charles Martel. On était arrivé à l’année 752. Encore enfant, un autre Charles, héritier futur du trône qu’il venait d’affermir ainsi par la force de l’huile sainte, attirait les bénédictions du vieillard. Mais Fonction royale de cet enfant était réservée au Pontife suprême ; et un diadème plus auguste encore que celui des rois francs devait plus tard se poser sur son front, pour manifester en lui, à la tète de l’Empire romain renouvelé, le lieutenant du Christ.

L’œuvre personnelle de Boniface était achevée ; comme le vieillard Siméon, il avait vu l’objet des ambitions et des labeurs de sa vie, le salut préparé par Dieu au nouvel Israël. Lui aussi ne songe plus qu’à s’en aller dans la paix du Seigneur ; mais l’entrée dans la paix pour un tel apôtre, et il l’entend bien ainsi, ne saurait être que le martyre. L’heure va sonner ; le vieil athlète a choisi son dernier champ de bataille. C’est la Frise, encore à demi païenne ; il y a un demi-siècle, au début de sa carrière apostolique, il avait fui cette contrée pour échapper à l’épiscopat que saint Willibrord voulait lui imposer dès lors ; aujourd’hui qu’elle n’a plus que la mort à lui offrir, il aspire à s’y rendre. Dans une lettre d’humilité sublime, il se prosterne aux pieds d’Étienne III qui vient de succéder à Zacharie, et remet au Siège apostolique la correction de ce qu’il appelle les maladresses et les fautes de sa longue vie ; il laisse à Lull, son très cher fils, l’Église de Mayence ; il recommande au roi des Francs les prêtres disséminés dans toute la Germanie, les moines, les vierges qui l’ont suivi dans ces lointaines contrées. Puis, faisant disposer parmi les quelques livres qu’il emporte avec lui le suaire qui doit envelopper son corps, il désigne les compagnons de son dernier voyage, et part avec eux pour cueillir la couronne.

Vous avez été, grand apôtre, le serviteur fidèle de Celui qui vous avait choisi comme ministre de sa parole sainte et propagateur de son règne. En quittant la terre afin d’aller faire reconnaître sa royauté des célestes phalanges, le Fils de l’homme n’en restait pas moins le roi de ce monde qu’il abandonnait pour un temps. Il comptait sur l’Église pour lui garder sa principauté d’ici-bas.

Bien faible encore était, à l’heure de son Ascension, le nombre de ceux qui voyaient en lui leur Seigneur et Maître. Mais la foi déposée dans les âmes de ces premiers élus était un trésor qu’ils firent valoir en banquiers habiles, et surent multiplier par le commerce apostolique. Transmis de génération en génération jusqu’au retour de l’Homme-Dieu, le précieux dépôt devait produire au Seigneur absent des intérêts toujours plus considérables. Il en fut bien ainsi, ô Winfrid, dans le siècle où vous apportâtes à l’Église le tribut de labeurs qu’elle réclame de tous ses fils à cette fin, quoique en des proportions différentes. Vos œuvres parurent bonnes et profitables entre toutes à la Mère commune ; dans sa reconnaissance, prévenant la gratitude de l’Époux lui-même, elle voulut vous appeler dès ce monde du nom nouveau sous lequel vous êtes maintenant connu dans les cieux.

Et, en effet, jamais richesses pareilles à celles que vous lui préparâtes, affluèrent-elles dans les mains de l’Épouse ? Jamais l’Époux apparut-il mieux et plus pleinement le chef du monde, qu’en ce huitième siècle où les princes francs, formés par vous à leurs grandes destinées, constituèrent la souveraineté temporelle de l’Église, et se firent gloire d’être, à côté du vicaire de l’Homme-Dieu, les lieutenants du Seigneur Jésus ? Le Saint-Empire vous doit d’avoir été possible, ô Boniface. Sans vous, la France s’abîmait dans les hontes d’un clergé simoniaque, et périssait avant même d’avoir vu Charlemagne ; sans vous, l’Allemagne restait aux barbares et à leurs dieux ennemis de toute civilisation et de tout progrès. Sauveur des Germains et des Francs, recevez nos hommages.

Devant la grandeur de vos œuvres, au souvenir des grands papes et de ces princes à la taille colossale dont la gloire relève de la vôtre en toute vérité, l’admiration égale en nous la reconnaissance. Mais pardonnez si, à la pensée des grands siècles, hélas ! si loin de nous, un retour sur nos temps amoindris vient mêler la tristesse aux joies de votre triomphe. Les pygmées qui s’admirent aujourd’hui parce qu’ils savent détruire et souiller, ne méritent sans doute que le mépris. Mais combien, à la lumière de votre politique sainte et de ses résultats, ô précurseur de la glorieuse confédération des peuples chrétiens, apparaissent malhabiles et coupables ces faux grands princes, ces hommes d’État de l’avant-dernier siècle, sottement admirés d’un monde qu’ils ont acheminé vers sa ruine ! Les nations catholiques, s’isolant l’une de l’autre, ont dénoué les liens qui les groupaient autour du vicaire de l’Homme-Dieu ; leurs princes, oubliant qu’ils étaient, eux aussi, les représentants du Verbe divin sur la terre, ont traité avec l’hérésie pour afficher leur indépendance à l’égard de Rome ou s’abaisser mutuellement. Aussi la chrétienté n’est plus. Sur ses débris, contre-façon odieuse du Saint-Empire, Satan dresse, à la honte de l’Occident, son faux empire évangélique, formé d’empiétements successifs, et reconnaissant pour première origine l’apostasie du chevalier félon Albert de Brandebourg.

Les complicités qui l’ont rendu possible ont reçu leur châtiment. Puisse la justice de Dieu être enfin satisfaite ! O Boniface, criez avec nous miséricorde au Dieu des armées. Suscitez à l’Église des serviteurs puissants comme vous le fûtes, en paroles et en œuvres. Venez de nouveau sauver la France de l’anarchie. Détruisez l’empire de Satan, et rendez à l’Allemagne le sentiment de ses vraies grandeurs avec la foi des anciens jours.

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Cœur Eucharistique de Jésus

5 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

 « Cette dévotion, la plus excellente, devrait spécialement être celle des prêtres » – Benoît XV

« Cette dévotion, la plus excellente, devrait spécialement être celle des prêtres » – Benoît XV

Les apparitions du Cœur Eucharistique de Jésus s’inscrivent dans la continuité et le développement :

  • des apparitions du Sacré Cœur à sainte Gertrude : Jésus y montre son Cœur plein d’amour, et plein de joie
  • des apparitions du Sacré Cœur à sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial : Jésus y montre son Cœur, et se dit attristé que si peu l’aiment en retour : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes … Et, pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les mépris et les froideurs qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’Amour. Et ce qui m’est encore plus sensible, c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi… »

Ces apparitions du Sacré Cœur ont elles-mêmes été précédées, accompagnées, suivies d’un travail de préparation des âmes par les écrits de Saint Anselme de Cantorbéry, saint Bernard de Clairvaux et tant d’autres auteurs qui ont écrit au long des siècles sur le Cœur du Sauveur…

Elles marquent une nouvelle étape, un nouveau degré d’intimité offert à ceux qui entendront cet appel. C’est dans ce contexte que s’inscrit la chronologie suivante :

1854 : Apparitions du Cœur Eucharistique à Sophie Prouvier (1817 – 1891) , dans la chapelle de l’hôpital de Besançon :

  • « Ce n’est pas que je perdis la connaissance, non, j’entendais ce qui se passait autour de moi, et malgré cela j’étais plongée dans la contemplation de Notre-Seigneur que je voyais navré de douleur devant le peu d’amour que lui portent les âmes favorisées de ses dons et admises à la communion fréquente « Elles m’entourent et ne me consolent pas ! »Ce Cœur divin se répandait en plaintes, avec une expression de bonté et de profonde douleur, c’est-à -dire quelque chose d’ineffablement doux dans son infinie désolation : «  Mon Cœur demande l’amour comme un pauvre demande du pain ». « Ton cœur est-il droit avec mon Cœur comme le mien l’est avec le tien ? ».

Cependant Sophie hésite : « Une seule chose me contrariait, c’était le nom de Cœur Eucharistique. J’aurais voulu que ce soit Sacré-Cœur. Il me semblait voir une singularité et je n’osais pas en parler à cause de cela. ». Aussi le Christ lui dit-il plus nettement, le 1er septembre 1854 :« C’est mon Cœur Eucharistique, fais-le connaître, fais-le aimer ».

La dévotion se diffuse rapidement, grâce à l’appui de saint Pierre-Julien Eymard (1811 – 1868) et du père Hermann Cohen (18121, 1871), curé de Notre-Dame des Victoires.

1879 : le 13 novembre, le cardinal Guibert, archevêque de Paris, érige la première confrérie diocésaine du Cœur Eucharistique : « La dévotion au Cœur Eucharistique de Jésus contient et réunit en elle la dévotion au Saint-Sacrement et au Sacré-Cœur avec l’intention d’honorer par un culte spécial le Cœur Sacré de Jésus dans l’acte d’amour avec lequel il a donné l’Eucharistie et perpétué à travers elle son adorable présence parmi nous.»[1]

1879 : le 28 décembre, le pape Léon XIII approuve la dévotion au Cœur Eucharistique de Jésus

1891 : décret du Saint-Office : «Le culte du Cœur Eucharistique de Jésus n’est pas plus parfait que le culte envers l’Eucharistie elle-même, et ne diffère pas du culte envers le Sacré Cœur de Jésus. »[2]

1903 : Léon XIII établit l’église pontificale de Saint-Joachim à Rome (San Gioacchino ai Prati di Castello) comme centre général de l’Archiconfrérie du Cœur Eucharistique de Jésus.

1916 : Le 16 février, en la fête de saint Joachim, le pape Benoît XV s’adressant à des représentants de l’Association des prêtres du Cœur Eucharistique, déclare : Cette dévotion, la plus excellente, devrait être surtout celle des prêtres.”.

1921 : Le 9 novembre, la fête du Cœur Eucharistique de Jésus est instituée par le pape Benoît XV. Elle est fixée au jeudi suivant la fête du Sacré-Cœur.


[1] Cardinal Guibert, 13 novembre 1879, in Le Cœur du Christ pour un monde nouveau – Actes du congrès de Paray-le-Monial 13 au 15 octobre 1995, Paris, Ed. de l’Emmanuel, 1998.

[2] Décret du Saint-Office, extrait, 3 juin 1891.

 

Deuxième Elévation

Cœur Eucharistique de Jésus

I

Réflexion. – Qu’est-ce que le Cœur Eucharistique, C’est le Cœur Sacré de Notre Seigneur Jésus-Christ nous aimant et voulant se donner à nous par le Sacrement de l’Eucharistie. Qualifier le Cœur de Jésus du titre de Cœur Eucharistique, c’est reconnaitre, pour y rendre hommage, l’immensité de son amour dans l’ensemble d’actes par lesquels il a conçu l’institution de la divine Eucharistie, l’a réalisée, l’a perpétuée, s’y est fixé, l’a universalisée et s’est donné à nous par elle, voulant y faire sa résidence et rester ainsi au milieu de nous.

II

Jésus. – Mon Eucharistie a été conçue au sein des pensées éternelles de mon Père, avec qui le Fils est un[1]. C’est mon Père qui vous donne le vrai pain du Ciel[2], et moi, je vous donne mon cœur dans ce pain vivant qui est ma chair[3]. J’ai annoncé mon Eucharistie par la bouche des Prophètes, je l’ai préparée dès ma naissance à Beth­léem, la maison du pain, et durant le cours de ma vie terrestre, la voilant d’abord afin de ménager la faiblesse humaine et prédisposer le monde à recevoir ce mystère d’amour trop élevé pour les intelligences encore dans les ténèbres[4]. Je l’ai réalisée la veille de ma Passion dans l’un des derniers soupirs d’amour de mon cœur passible et mortel : « Hoc est enim corpus meum .[5]» Je l’ai perpétuée en donnant à mes Apôtres le pouvoir de renouveler ce mystère en mémoire de moi : « Hoc facite in meam commemorationem[6] » Je m’y suis fixé; le confident de mon cœur vous l’apprend: «Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin : cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos[7] » – Enfin par l’eucharistie je me livre à vous tous les jours, afin que par la communion de mon corps, de mon sang, de mon âme et de ma divinité, tout mon être divin et humain soit en vous avec mon Cœur Eucharistique, et vous garde pour la vie éternelle’.

III

L’âme. – Saint Jean nous dit que le Verbe[8] de Dieu portait un nom écrit que nul ne sait que lui-même[9]. C’est comme s’il voulait dire, ajoute saint François de Sales : « Mon nom doit être adoré, mais il ne peut être com­pris que par moi, qui seul sais proférer le propre nom, par lequel vraiment et simplement j’exprime mon excel­lence[10]. » O jésus, Sagesse éternelle, Docteur des Evan­gélistes, Trésor des fidèles, Agneau sans tache, Pain des Anges, comment pourrions-nous savoir tous les noms qui vous sont dus, à vous le résumé et la source de toutes les merveilles du Créateur, à vous qui concentrez tout ce que le monde renferme de divine clarté, de céleste beau­té, de sublime mystère ; vous le modèle le plus accom­pli, le chef d’œuvre le plus parfait de la nature et de la grâce ! Et tous ces noms bénis ne sont-ils pas réunis dans celui de Cœur Eucharistique de Jésus, puisque le sacrement d’amour reproduit tous vos mystères ?

Ah ! si la plus grande preuve d’amour est de donner sa vie pour ceux qu’on aime[11], en acceptant la mort qui finit l’épreuve, la livrer de manière à mourir sans cesse, à s’immoler mystérieusement toujours, à se donner sans fin : N’est-ce pas aller jusqu’aux dernières limites du sacrifice et de l’amour ? Celui qui crée la possibilité de donner davantage quand il a tout donné, ne surpasse-t-il pas en amour celui-là même qui a donné tout ce qu’il avait ?…

« L’Eucharistie, dit un pieux auteur[12], fut le plus grand effort, l’effusion la plus exubérante de ce Cœur adorable, plutôt encore que cet amour qui le fit s’offrir à la pointe acérée du soldat, même après sa mort, pour répandre la dernière goutte de son sang mêlé d’eau. »

Cœur de jésus, dans votre état passible et mortel, Cœur de Jésus, dans votre état sacramentel ! Cœur de Jésus au ciel, couronne de tous les saints, soyez mille et mille fois béni en toutes les manifestations de votre divin amour !

Amen

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Fête de la Trinité

4 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

Fête de la Trinité

Introït

Bénie soit la sainte Trinité et son indivisible unité : glorifions-la, parce qu’elle a fait éclater sur nous sa miséricorde. Seigneur notre Maître, que votre nom est admirable dans toute la terre !

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, vous avez donné à vos serviteurs, dans la confession de la vraie foi, de reconnaître la gloire de l’éternelle Trinité, et d’adorer une parfaite Unité en votre majesté souveraine : faites, nous vous en prions, qu’affermis par cette même foi, nous soyons constamment munis contre toutes les adversités.

Épitre Rm. 11, 33-36

Ô profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles, et ses voies impénétrables ! Car qui a connu la pensée du Seigneur ? ou qui a été son conseiller ? Ou qui lui a donné le premier, et recevra de lui en retour ? Car c’est de Lui, et par Lui, et en Lui que sont toutes choses ; à lui la gloire dans tous les siècles. Ainsi soit-il.

Évangile Mt. 28, 18-20

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur enseignant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles.

Secrète

Nous vous en supplions, Seigneur, notre Dieu, sanctifiez au moyen de l’invocation de votre saint nom, cette hostie que nous vous offrons : et perfectionnez-nous grâce à elle afin que nous soyons vôtres pour l’éternité.

Office

4e leçon

Du livre de saint Fulgence, Évêque : De la Foi à Pierre.

La foi que les saints Patriarches et les Prophètes ont reçue de Dieu avant l’incarnation de son Fils, la foi que les saints Apôtres ont recueillie de la bouche du Seigneur conversant dans la chair, que le Saint-Esprit leur a enseignée et qu’ils ont non seulement prêchée par la parole, mais consignée dans leurs écrits pour la salutaire instruction de la postérité, cette foi proclame, avec l’unité de Dieu, la Trinité qui est en lui, c’est-à-dire le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Mais il n’y aurait pas une véritable Trinité, si c’était une seule et même personne qui fût appelée Père, Fils et Saint-Esprit.

5e leçon

Si en effet le Père, le Fils et le Saint-Esprit étaient une seule et même personne comme ils sont une seule et même substance, il n’y aurait plus lieu à professer une trinité véritable. Pareillement il y aurait trinité, mais cette trinité ne serait plus un seul Dieu, si le Père, le Fils et le Saint-Esprit étaient séparés entre eux par la diversité de leurs natures, comme ils sont distincts par leurs propriétés personnelles. Mais comme il est véritable que cet unique vrai Dieu par sa nature non seulement est un, mais qu’il est Trinité, ce vrai Dieu est Trinité dans les personnes et un dans l’unité de la nature.

6e leçon

Par cette unité de nature, le Père est tout entier dans le Fils et le Saint-Esprit ; le Fils tout entier dans le Père et le Saint-Esprit ; le Saint-Esprit tout entier dans le Père et dans le Fils. Aucune de ces trois personnes ne subsiste séparée et comme en dehors des deux autres, car il n’en est aucune qui précède les autres en éternité, ou qui les dépasse en grandeur, ou qui les surpasse en puissance. Le Père, en ce qui touche à l’unité de la nature divine, n’est ni plus ancien, ni plus grand que le Fils et que l’Esprit-Saint ; de même, l’éternité et l’immensité du Fils ne peut non plus, par la nécessité de la nature divine, surpasser l’éternité et l’immensité du Saint-Esprit.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire de Nazianze

Quel Catholique ignore que le Père est vraiment Père, le Fils vraiment Fils, et l’Esprit-Saint vraiment Esprit-Saint ? Ainsi que le Seigneur lui-même l’a dit à ses Apôtres : « Allez, baptisez toutes les nations au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » C’est là cette Trinité parfaite dans l’unité d’une unique substance, à laquelle nous faisons profession de croire. Car nous n’admettons point en Dieu de division à la manière des substances corporelles ; mais à cause de la puissance de la nature divine qui est immatérielle, nous faisons profession de croire, et à la distinction réelle des personnes que nous nommons, et à l’unité de la nature divine.

8e leçon

Nous ne disons point, comme quelques-uns l’ont imaginé, que le Fils de Dieu est une extension de quelque partie de Dieu ; nous n’admettons pas non plus un Verbe sans réalité, tel qu’est le simple son de la voix ; mais nous croyons que les trois appellations et les trois personnes ont une même essence, une même majesté, une même puissance. Nous confessons donc un seul Dieu, parce que l’unité de la majesté nous défend de nommer plusieurs Dieux. Enfin nous nommons distinctement, conformément aux règles catholiques du langage, le Père et le Fils, mais nous ne pouvons ni ne devons dire deux Dieux. Ce n’est pas que le Fils de Dieu ne soit Dieu, étant vrai Dieu de Dieu, mais parce que nous savons qu’il n’a point d’autre principe que son Père, nous disons qu’il n’y a qu’un Dieu. C’est là ce que nous ont transmis les Prophètes et les Apôtres ; c’est là ce que le Seigneur lui-même nous a enseigné, quand il a dit : « Moi et mon Père, nous sommes une seule chose ». Par ces mots « une seule chose, » il exprime, comme je l’ai dit, l’unité de la divinité ; et par ceux-ci : « nous sommes, » il marque la pluralité des personnes.

9e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Il y a deux œuvres de miséricorde qui délivrent les âmes et que le Seigneur nous propose brièvement dans l’Évangile : « Remettez et il vous sera remis, donnez et il vous sera donné. » Cette parole, « remettez et il vous sera remis » regarde le pardon des offenses ; cette autre, « donnez et il vous sera donné » regarde l’obligation de faire du bien au prochain. Pour ce qui concerne le pardon, d’une part, tu désires que ton péché te soit pardonné, et d’une autre part, tu as à pardonner à ton prochain. Et pour ce qui regarde le devoir de la bienfaisance, un mendiant te demande l’aumône, et tu es toi-même le mendiant de Dieu. Tous en effet, nous sommes, lorsque nous prions, les mendiants de Dieu ; nous nous tenons à la porte de ce père de famille grand et puissant, nous nous y prosternons, nous gémissons dans nos supplications, nous voulons recevoir un don : et ce don, c’est Dieu lui-même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu, sinon le Christ qui a dit : « Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel ». Voulez-vous qu’il vous soit pardonné ? Remettez et il vous sera remis. Voulez-vous recevoir ? Donnez et l’on vous donnera.

Nous avons vu les saints Apôtres, au jour de la Pentecôte, recevoir l’effusion de l’Esprit-Saint, et bientôt, fidèles à l’ordre du Maître , ils vont partir pour aller enseigner toutes les nations, et baptiser les hommes au nom de la sainte Trinité. Il était donc juste que la solennité qui a pour but d’honorer Dieu unique en trois personnes suivît immédiatement celle de la Pentecôte à laquelle elle s’enchaîne par un lien mystérieux. Cependant, ce n’est qu’après de longs siècles qu’elle est venue s’inscrire sur le Cycle de l’Année liturgique, qui va se complétant par le cours des âges.

Tous les hommages que la Liturgie rend à Dieu ont pour objet la divine Trinité. Les temps sont à elle comme l’éternité ; elle est le dernier terme de notre religion tout entière. Chaque jour, chaque heure lui appartiennent. Les fêtes instituées en commémoration des mystères de notre salut aboutissent toujours à elle. Celles de la très sainte Vierge et des Saints sont autant de moyens qui nous conduisent à la glorification du Seigneur unique en essence et triple en personnes. Quant à l’Office divin du Dimanche en particulier, il fournit chaque semaine l’expression spécialement formulée de l’adoration et du service envers ce mystère, fondement de tous les autres et source de toute grâce.

On comprend dès lors comment il se fait que l’Église ait tardé si longtemps d’instituer une fête spéciale en l’honneur de la sainte Trinité. La raison ordinaire de l’institution des fêtes manquait ici totalement. Une fête est le monument d’un fait qui s’est accompli dans le temps, et dont il est à propos de perpétuer le souvenir et l’influence : or, de toute éternité, avant toute création, Dieu vit et règne, Père, Fils et Saint-Esprit. Cette institution ne pouvait donc consister qu’à établir sur le Cycle un jour particulier où les chrétiens s’uniraient d’une manière en quelque sorte plus directe dans la glorification solennelle du mystère de l’unité et de la trinité dans une même nature divine.

La pensée s’en présenta d’abord à quelques-unes de ces âmes pieuses et recueillies qui reçoivent d’en haut le pressentiment des choses que l’Esprit-Saint opérera plus tard dans l’Église. Dès le VIIIe siècle, le savant moine Alcuin, rempli de l’esprit de la sainte Liturgie, comme ses écrits en font foi, crut le moment venu de rédiger une Messe votive en l’honneur du mystère de la sainte Trinité. Il paraît même y avoir été incité par un désir de l’illustre apôtre de la Germanie, saint Boniface. Cette Messe, simplement votive, n’était toutefois qu’un secours pour la piété privée, et rien n’annonçait que l’institution d’une fête en sortirait un jour.

Cependant la dévotion à cette Messe s’étendit peu à peu, et nous la voyons acceptée en Allemagne par le concile de Seligenstadt, en 1022. Mais à cette époque déjà, une fête proprement dite de la Sainte-Trinité avait été inaugurée dans l’une des églises de la pieuse Belgique, dans celle-là même qu’une autre grâce prédestinait à enrichir le Cycle chrétien d’un de ses signes les plus resplendissants. Étienne, évêque de Liège, instituait solennellement la fête de la Sainte-Trinité dans son Église en 920, et faisait composer un Office complet en l’honneur du mystère. La disposition du droit commun qui réserve aujourd’hui au Siège apostolique l’institution des nouvelles fêtes n’existait pas encore, et Riquier, successeur d’Étienne sur le siège de Liège, maintint l’œuvre de son prédécesseur.

Elle s’étendit peu à peu, et il paraît que l’Ordre monastique lui fut promptement favorable ; car nous voyons, dès les premières années du XIe siècle, Bernon, abbé de Reichnaw, s’occuper de sa propagation. A Cluny, la fête s’établit d’assez bonne-heure dans le cours du même siècle, comme on le voit par l’Ordinaire de cet illustre monastère rédigé en 1091, où elle se trouve mentionnée comme étant instituée depuis un temps déjà assez long.

Sous le pontificat d’Alexandre II, qui siégea de 1061 à 1073, l’Église Romaine, qui souvent sanctionna, en les adoptant, les usages des Églises particulières, fut mise en mesure de porter un jugement sur cette nouvelle institution. Le Pontife, dans une de ses Décrétales, tout en constatant que la fête est déjà répandue en beaucoup de lieux, déclare que l’Église Romaine ne l’a pas acceptée, par cette raison que chaque jour l’adorable Trinité est sans cesse invoquée par la répétition de ces paroles : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto, et dans un grand nombre d’autres formules de louange.

Cependant la fête continuait à se répandre, comme l’atteste le Micrologue ; et dans la première partie du XIIe siècle, le docte abbé Rupert, que l’on peut appeler avec raison l’un des princes de la science liturgique, proclamait déjà la convenance de cette institution, s’exprimant à son sujet comme nous le ferions aujourd’hui, dans ces termes remarquables : « Aussitôt après avoir célébré la solennité de l’avènement du Saint-Esprit, nous chantons la gloire de la sainte Trinité dans l’Office du Dimanche qui suit, et cette disposition est très à propos ; car aussitôt après la descente de ce divin Esprit, commencèrent la prédication et la croyance, et, dans le baptême, la foi et la confession du nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

En Angleterre, l’établissement de la fête de la Sainte-Trinité eut pour auteur principal le glorieux martyr saint Thomas de Cantorbéry ; ce fut en 1162 qu’il l’institua dans son Église, en mémoire de sa consécration épiscopale qui avait eu lieu le premier Dimanche après la Pentecôte.

Pour la France, nous trouvons, en 1260, un concile d’Arles présidé par l’archevêque Florentin, qui, dans son sixième canon, inaugure solennellement la fête, en y ajoutant le privilège d’une Octave. Dès 1230, l’Ordre de Cîteaux, répandu dans l’Europe entière, l’avait instituée pour toutes ses maisons ; et Durand de Mende, dans son Rational, donne lieu de conclure que le plus grand nombre des Églises latines, dans le cours du XIIIe siècle, jouissaient déjà de la célébration de cette fête. Parmi ces Églises, il s’en trouvait quelques-unes qui la plaçaient, non au premier, mais au dernier Dimanche après la Pentecôte, et d’autres qui la célébraient deux fois : d’abord en tète de la série des Dimanches qui suivent la solennité de la Pentecôte, et une seconde fois au Dimanche qui précède immédiatement l’Avent. Tel était en particulier l’usage des Églises de Narbonne, du Mans et d’Auxerre.

On pouvait dès lors prévoir que le Siège apostolique finirait par sanctionner une institution que la chrétienté aspirait à voir établie partout. Jean XXII, qui occupa la chaire de saint Pierre jusqu’en 1334, consomma l’œuvre par un décret dans lequel l’Église Romaine acceptait la fête de la Sainte-Trinité et l’étendait à toutes les Églises.

Si l’on cherche maintenant le motif qui a porté l’Église, dirigée en tout par l’Esprit-Saint, à assigner ainsi un jour spécial dans l’année pour rendre un hommage solennel à la divine Trinité, lorsque toutes nos adorations, toutes nos actions de grâces, tous nos vœux, en tout temps, montent vers elle, on le trouvera dans la modification qui s’introduisait alors sur le calendrier liturgique. Jusque vers l’an 1000, les fêtes des Saints universellement honorés y étaient très rares. Après cette époque, elles y apparaissent plus nombreuses, et il était à prévoir qu’elles s’y multiplieraient toujours davantage. Un temps devait venir où l’Office du Dimanche, qui est spécialement consacré à la sainte Trinité, céderait fréquemment la place à celui des Saints que ramène le cours de l’année. Il devenait donc nécessaire, pour légitimer en quelque sorte ce culte des serviteurs au jour consacré à la souveraine Majesté, qu’une fois du moins dans l’année, le Dimanche offrit l’expression pleine et directe de cette religion profonde que le culte tout entier de la sainte Église professe envers le souverain Seigneur, qui a daigné se révéler aux hommes dans son Unité ineffable et dans son éternelle Trinité.

L’essence de la foi chrétienne consiste dans la connaissance et l’adoration de Dieu unique en trois personnes. C’est de ce mystère que sortent tous les autres ; et si notre foi s’en nourrit ici-bas comme de son aliment suprême, en attendant que sa vision éternelle nous ravisse dans une félicité sans fin, c’est qu’il a plu au souverain Seigneur de s’affirmer tel qu’il est à notre humble intelligence, tout en demeurant dans sa « lumière inaccessible ». La raison humaine peut arriver à connaître l’existence de Dieu comme créateur de tous les êtres, elle peut prendre une idée de ses perfections en contemplant ses œuvres ; mais la notion de l’être intime de Dieu ne pouvait arriver jusqu’à nous que parla révélation qu’il a daigné nous en faire.

Or, le Seigneur voulant nous manifester miséricordieusement son essence, afin de nous unir à lui plus étroitement et de nous préparer en quelque façon à la vue qu’il doit nous donner de lui-même lace à face dans l’éternité, nous a conduits successivement de clarté en clarté, jusqu’à ce que nous fussions suffisamment éclairés pour reconnaître et adorer l’Unité dans la Trinité et la Trinité dans l’Unité. Durant les siècles qui précèdent l’Incarnation du Verbe éternel, Dieu semble préoccupé surtout d’inculquer aux hommes l’idée de son unité ; car le polythéisme devient de plus en plus le mal du genre humain, et la notion même de la cause spirituelle et unique de toutes choses se fût éteinte sur la terre, si la bonté souveraine n’eût opéré constamment pour sa conservation.

Ce n’est pas cependant que les livres de l’ancienne alliance soient entièrement muets sur les trois divines personnes, dont les ineffables relations sont éternelles en Dieu ; mais ces textes mystérieux demeuraient inaccessibles au vulgaire, tandis que, dans l’Église chrétienne, l’enfant de sept ans répond à qui l’interroge qu’en Dieu trois personnes divines n’ont qu’une même nature et qu’une même divinité. Lorsque, dans la Genèse, Dieu dit au pluriel : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance », l’Israélite s’incline et croit, mais sans comprendre ; éclairé par la révélation complète, le chrétien adore distinctement les trois personnes dont l’action s’est exercée dans la formation de l’homme, et, la lumière de la foi développant sa pensée, il arrive sans effort à retrouver en lui-même la ressemblance divine. Puissance, intelligence, volonté : ces trois facultés sont en lui, et il n’est qu’un seul être. Salomon dans les Proverbes, le livre de la Sagesse, l’Ecclésiastique, parle avec magnificence de la Sagesse éternelle. Son unité avec l’essence divine et sa distinction personnelle éclatent en même temps dans un langage abondant et sublime ; mais qui percera le nuage ? Isaïe a entendu la voix des Séraphins retentir autour du trône de Dieu. Ils criaient alternativement dans une jubilation éternelle : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur! » Qui expliquera aux hommes ce trois fois Saint dont la louange envoie ses échos jusqu’à notre terrestre région ? Dans les Psaumes, dans les écrits prophétiques, un éclair sillonne tout à coup le ciel ; une triple splendeur a ébloui le regard de l’homme ; mais l’obscurité devient bientôt plus profonde, et le sentiment de l’unité divine demeure seul distinct au fond de l’âme, avec celui de l’incompréhensibilité de l’être souverain.

Il fallait que la plénitude des temps fût accomplie ; alors Dieu enverrait en ce monde son Fils unique engendré de lui éternellement. Il a accompli ce dessein de sa divine munificence, « et le Verbe fait chair a habité parmi nous ». En voyant sa gloire, qui est celle du Fils unique du Père, nous avons connu qu’en Dieu il y a Père et Fils. La mission du Fils sur la terre, en nous le révélant lui-même, nous apprenait que Dieu est Père éternellement ; car tout ce qui est en Dieu est éternel. Sans cette révélation miséricordieuse qui anticipe pour nous sur la lumière que nous attendons après cette vie, notre connaissance de Dieu serait demeurée par trop imparfaite. Il convenait qu’il y eût enfin relation entre la lumière de la foi et celle de la vision qui nous est réservée, et il ne suffisait plus à l’homme de savoir que Dieu est un.

Maintenant nous connaissons le Père, duquel, comme nous dit l’Apôtre, dérive toute paternité même sur la terre. Pour nous, le Père n’est plus seulement un pouvoir créateur produisant les choses en dehors de lui ; notre œil respectueux, conduit par la foi, pénètre jusque dans le sein de la divine essence, et là nous contemplons le Père engendrant un Fils semblable à lui-même. Mais, pour nous l’apprendre, le Fils est descendu jusqu’à nous. Lui-même le dit expressément : « Nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui il a plu au Fils de le révéler ». Gloire soit donc au Fils qui a daigné nous manifester le Père, et gloire au Père que le Fils nous a révélé !

Ainsi la science intime de Dieu nous est venue par le Fils, que le Père, dans son amour, nous a donné ; et afin d’élever nos pensées jusqu’à sa nature divine, ce Fils de Dieu, qui s’est revêtu de notre nature humaine dans son Incarnation, nous a enseigné que son Père et lui sont un, qu’ils sont une même essence dans la distinction des personnes. L’un engendre, l’autre est engendré ; l’un s’affirme puissance, l’autre sagesse, intelligence. La puissance ne peut être sans l’intelligence, ni l’intelligence sans la puissance, dans l’être souverainement parfait ; mais l’un et l’autre appellent un troisième terme.

Le Fils, qui a été envoyé par le Père, est monté dans les cieux avec sa nature humaine qu’il s’est unie pour l’éternité, et voici que le Père et le Fils envoient aux hommes l’Esprit qui procède de l’un et de l’autre. Par ce nouveau don, l’homme arrive à connaître que le Seigneur Dieu est en trois personnes. L’Esprit, lien éternel des deux premières, est la volonté, l’amour, dans la divine essence. En Dieu donc est la plénitude de l’être, sans commencement, sans succession, sans progrès, car rien ne lui manque. En ces trois termes éternels de sa substance incréée, il est l’acte pur et infini.

La sainte Liturgie, qui a pour objet la glorification de Dieu et la commémoration de ses œuvres, suit chaque année les phases sublimes de ces manifestations dans lesquelles le souverain Seigneur s’est déclaré tout entier à de simples mortels. Sous les sombres couleurs de l’Avent, nous avons traversé la période d’attente durant laquelle le radieux triangle laissait à peine pénétrer quelques rayons à travers le nuage. Le monde implorait un libérateur, un Messie ; et le propre Fils de Dieu devait être ce libérateur, ce Messie. Pour que nous eussions l’intelligence complète des oracles qui nous l’annonçaient, il était nécessaire qu’il fût venu. Un petit enfant nous est né, et nous avons eu la clef des prophéties. En adorant le Fils, nous avons adoré aussi le Père, qui nous l’envoyait dans la chair, et auquel il est consubstantiel. Ce Verbe de vie, que nous avons vu, que nous avons entendu, que nos mains ont touché dans l’humanité qu’il avait daigné prendre, nous a convaincus qu’il est véritablement une personne, qu’il est distinct du Père, puisque l’un envoie et que l’autre est envoyé. Dans cette seconde personne divine, nous avons rencontré le médiateur qui a réuni la création à son auteur, le rédempteur de nos péchés, la lumière de nos âmes, l’Époux auquel elles aspirent.

La série des mystères qui lui sont propres étant consommée, nous avons célébré la venue de l’Esprit sanctificateur, annoncé comme devant venir perfectionner l’œuvre du Fils de Dieu. Nous l’avons adoré et reconnu distinct du Père et du Fils, qui nous l’envoyaient avec la mission de demeurer avec nous. Il s’est manifesté dans des opérations toutes divines qui lui sont propres ; car elles sont l’objet de sa venue. Il est l’âme de la sainte Église, il la maintient dans la vérité que le Fils lui a enseignée. Il est le principe de la sanctification dans nos âmes, où il veut faire sa demeure. En un mot, le mystère de la sainte Trinité est devenu pour nous, non seulement un dogme intimé à notre pensée par la révélation, mais une vérité pratiquement connue de nous par la munificence inouïe des trois divines personnes, adoptés que nous sommes par le Père, frères et cohéritiers du Fils, mus et habités par l’Esprit-Saint.

Nous commencerons donc cette journée par rendre gloire au Dieu unique en trois personnes, en nous unissant à la sainte Église qui, à l’Office de Prime, récite aujourd’hui, et tous les Dimanches qui ne sont pas occupés par quelque fête, le magnifique Symbole connu sous le nom de Symbole de saint Athanase, dont il reproduit avec tant de majesté et de précision la doctrine résumée des enseignements divins.

 

 

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Samedi des Quatre-Temps de Pentecôte

3 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

Samedi des Quatre-Temps de Pentecôte

Collecte

Nous vous en supplions, Seigneur, répandez avec bonté, dans nos âmes, l’Esprit-Saint, dont la Sagesse nous a créés et dont la providence nous gouverne. Par N.-S... en l’unité du même.

Lecture Jo. 2, 28-32

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je répandrai mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens auront des visions. Même sur mes serviteurs et sur mes servantes je répandrai en ces jours-là mon Esprit. Je ferai paraître des prodiges dans le ciel et sur la terre, du sang, du feu et des tourbillons de fumée. Le soleil se changera en ténèbres, et la lune en sang, avant que vienne le grand et terrible jour du Seigneur. Et alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Collecte

Faites, s’il vous plaît, Seigneur, que l’Esprit-Saint nous embrase de ce feu que Notre-Seigneur Jésus-Christ a apporté sur la terre et qu’il a ardemment désiré voir étendre ses flammes. Lui, qui avec vous... en l’unité.

Épitre Rm. 5, 1-5

Mes frères, étant justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui nous devons aussi d’avoir accès par la foi à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et de nous glorifier dans l’espérance de la gloire des enfants de Dieu. Et non seulement cela, mais nous nous glorifions même dans les afflictions, sachant que l’affliction produit la patience ; la patience l’épreuve, et l’épreuve l’espérance. Or l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint, qui nous a été donné.

Evangile

En ce temps-là : Jésus, s’étant levé, sortit de la synagogue, et entra dans la maison de Simon. Or la belle-mère de Simon était retenue par une forte fièvre : et ils le prièrent pour elle. Alors, debout auprès d’elle, il commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta. Et se levant aussitôt, elle les servait. Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses maladies les lui amenaient. Et lui, imposant les mains sur chacun d’eux, les guérissait. Et les démons sortaient d’un grand nombre, criant et disant : vous êtes le Fils de Dieu. Mais il les menaçait, et il ne leur permettait pas de dire qu’ils savaient qu’il était le Christ. Lorsqu’il fut jour, il sortit et alla dans un lieu désert ; et les foules le cherchaient, et elles vinrent jusqu’à lui, et elles voulaient le retenir, de peur qu’il ne les quittât. Il leur dit. Il faut que j’annonce aussi aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé. Et il prêchait dans les synagogues de Galilée.

Secrète

Afin que nos jeûnes vous soient agréables, ô Seigneur, accordez-nous, s’il vous plaît, de vous offrir un cœur purifié au moyen du bienfait de ce sacrement.

Postcommunion

Que vos saints mystères, Seigneur, nous inspirent une ferveur divine, et que, grâce à cette ferveur, nous goûtions leur célébration et ses fruits Par N.-S.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Ambroise, Évêque

Considérez la clémence du Seigneur notre Sauveur : on ne le voit pas ému d’indignation, offensé du crime des Juifs, révolté de leurs outrages, abandonner la Judée , bien au contraire, oubliant l’injure et se souvenant de sa clémence, il cherche à gagner doucement les cœurs de ce peuple infidèle, tantôt en enseignant, tantôt en délivrant, tantôt en guérissant. Et c’est avec raison que saint Luc parle d’abord d’un homme délivré du mauvais esprit, et qu’il raconte ensuite la guérison d’une femme ; car le Seigneur était venu pour guérir l’un et l’autre sexe. Celui-là devait être guéri le premier qui a été créé le premier, mais il ne fallait pas oublier celle qui avait péché par légèreté d’esprit, plutôt que par perversité.

2e leçon

Si le Seigneur opéra ces deux guérisons miraculeuses le jour du sabbat, cela signifie que le nouvel homme devait commencer au jour où fut autrefois achevée l’antique création, et que le Fils de Dieu n’est point assujetti à la loi, mais qu’il est au-dessus de la loi dans son principe même, que la loi n’est pas détruite, mais accomplie. En effet, ce n’est pas par la loi que le monde a été fait, mais par la parole, comme nous le lisons : « La parole du Seigneur a affermi les cieux ». La loi donc n’est pas détruite, mais elle est accomplie, de façon que l’humanité déchue se renouvelle. C’est aussi pourquoi l’Apôtre nous dit : « Dépouillez-vous du vieil homme, et revêtez le nouveau qui est créé selon Dieu ».

3e leçon

C’est bien à propos que le Sauveur commence ses guérisons le jour du sabbat, afin de se montrer lui-même le Créateur qui devait enchaîner ses œuvres et poursuivre l’ouvrage que lui-même avait commencé. Il fait comme l’architecte qui, se proposant de rebâtir une maison, ne commence pas à démolir l’ancienne par les fondements mais par le haut de l’édifice. C’est ainsi que le Verbe met la main d’abord là où il avait cessé auparavant ; ensuite il commence par les moindres choses, pour en venir aux plus grandes. Délivrer du démon, les hommes peuvent aussi le faire, mais au nom de Dieu. Commander aux morts de ressusciter n’appartient qu’à la seule puissance divine. Peut-être aussi la belle-mère de Simon et d’André était-elle la figure de notre chair, qui languit accablée par les fièvres multiples de ses fautes, consumée par les désirs immodérés de ses passions diverses. J’ose dire que la fièvre d’une affection désordonnée n’est pas moindre que celle dont la chaleur se fait sentir au corps ; l’une brûle l’âme, l’autre brûle le corps.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Nous avons admiré avec une tendre reconnaissance le dévouement ineffable, la constance toute divine, avec lesquels l’Esprit-Saint accomplit sa mission dans les âmes ; il nous reste encore quelques traits à ajouter, pour compléter, bien imparfaitement sans doute, l’idée des merveilles de puissance et d’amour qu’opère cet hôte divin dans l’homme qui ne ferme pas son cœur à ses influences. Mais avant d’aller plus loin nous éprouvons le besoin de rassurer ceux qui, au récit des prodiges de bonté que fait en notre faveur le divin Esprit, et du mystère sublime de sa présence continue au milieu de nous, en viendraient à craindre que celui qui est descendu pour nous consoler de l’absence de notre Rédempteur ne prenne place dans nos affections aux dépens de celui qui « étant de la substance divine, et pouvant sans usurpation se donner pour l’égal de Dieu, s’est anéanti lui-même, prenant la forme de l’esclave et se rendant semblable aux hommes ».

La faiblesse de l’instruction chrétienne chez un grand nombre de fidèles en notre temps est cause que le dogme du Saint-Esprit n’est guère connu d’eux que d’une manière vague, et qu’ils ignorent pour ainsi dire son action spéciale dans l’Église et dans les âmes. Ces mêmes fidèles connaissent et honorent avec la plus louable dévotion les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption du Fils de Dieu notre Seigneur ; mais on dirait qu’ils attendent l’éternité pour savoir en quoi ils sont redevables au Saint-Esprit.

Nous leur dirons donc ici que la mission de ce divin Esprit est si loin de faire oublier ce que nous devons à notre Sauveur, que sa présence au milieu de nous et en nous est le don suprême de la tendresse de celui qui a daigné nous racheter sur la croix. Le souvenir si touchant et si efficace que nous entretenons de ses mystères, par qui est-il produit et conservé dans nos cœurs, si ce n’est par l’Esprit-Saint ? Et le but de toutes ses sollicitudes dans nos âmes, quel est-il, sinon de former en nous le Christ, l’homme nouveau, afin que nous puissions lui être incorporés éternellement en qualité de ses membres ? L’amour que nous portons à Jésus est donc inséparable de celui que nous devons à l’Esprit-Saint, de même que le culte fervent de ce divin Esprit nous unit étroitement au Fils de Dieu dont il procède et qui nous l’a donné. Nous sommes remués et attendris à la pensée des douleurs de Jésus, et il en doit être ainsi ; mais il serait indigne de rester insensibles aux résistances, aux mépris et aux trahisons auxquels l’Esprit-Saint demeure exposé dans les âmes et qu’il y recueille sans cesse. Nous sommes les enfants du Père céleste : mais puissions-nous comprendre dès ce monde que nous en sommes redevables au dévouement des deux divines personnes qui nous auront servi aux dépens de leur gloire !

Après cette digression qui nous a semblé utile, nous continuons à décrire respectueusement les opérations de l’Esprit-Saint dans l’âme de l’homme. Ainsi que nous venons de le dire, le but de ses efforts est de former en nous Jésus-Christ par l’imitation de ses sentiments et de ses actes. Qui mieux que ce divin Esprit connaît les dispositions de Jésus dont il a produit l’humanité bienheureuse au sein de Marie, de Jésus qu’il a rempli et habité dans une plénitude au-dessus de tout, qu’il a assisté et dirigé en tout par une grâce proportionnée a la dignité de cette nature humaine personnellement unie à la divinité ? Son vœu est d’en reproduire la fidèle copie, autant que la faiblesse et l’exiguïté de notre humble personnalité, lésée déjà par la chute originelle, le lui pourra permettre.

Néanmoins le divin Esprit obtient dans cette œuvre digne d’un Dieu de nobles et glorieux résultats. Nous l’avons vu disputant au péché et à Satan l’héritage racheté du Fils de Dieu ; considérons-le opérant avec succès dans la « consommation des saints », selon la magnifique expression de l’Apôtre. Il les prend dans l’état de déchéance générale, il leur applique d’abord les moyens ordinaires de sanctification ; mais résolu à les pousser jusqu’à la limite possible pour eux du bien et de la vertu, il développe son œuvre avec un courage divin. La nature est devant lui : nature tombée, et infectée d’un virus qui donnerait la mort ; mais nature qui garde encore quelque ressemblance avec son créateur, dont elle a retenu divers traits dans sa ruine. L’Esprit a donc à détruire la nature souillée et malsaine, en même temps qu’à relever, en la purifiant, celle qui n’a pas été atteinte mortellement par le poison. Il faut, dans cette œuvre si délicate et si laborieuse, qu’il emploie le fer et le feu, comme un habile médecin, et, chose admirable ! Qu’il emprunte le secours du malade lui-même pour appliquer le remède qui seul peut le guérir. De même qu’il ne sauve pas le pécheur sans lui, il ne sanctifie pas le saint, sans être aidé de sa coopération. Mais il anime et soutient son courage par les mille soins de sa grâce, et insensiblement la mauvaise nature perdant toujours du terrain dans cette âme, ce qui était demeuré intact va se transformant dans le Christ, et la grâce arrive à régner dans l’homme tout entier.

Les vertus ne sont plus inertes ou faiblement développées dans ce chrétien : chaque jour leur voit prendre un nouvel essor. L’Esprit ne souffre pas qu’une seule reste en arrière ; sans cesse il montre à son disciple le type qui est Jésus, en qui les vertus sont dans leur plénitude comme dans leur perfection. Parfois il fait sentir à l’âme son impuissance, afin qu’elle s’humilie ; il la laisse exposée aux répugnances et aux tentations ; mais c’est alors qu’il l’assiste avec plus de sollicitude. Il faut qu’elle agisse, comme il faut qu’elle souffre ; mais l’Esprit l’aime avec tendresse, et ménage ses forces tout en l’exerçant. C’est un grand œuvre d’amener un être borné et déchu à reproduire ce qu’il y a de plus saint. Dans ce labeur, plus d’une fois le courage défaille, et un faux pas est toujours possible ; mais, péché ou imperfection, rien ne résiste ; l’amour que le divin Esprit entretient avec un soin particulier dans ce cœur a bientôt consumé ces scories, et la flamme monte toujours. La vie humaine s’est évanouie ; c’est le Christ qui vit en cet homme nouveau, de même que cet homme vit dans le Christ.

La prière est devenue son élément ; car c’est en elle qu’il sent le lien qui l’unit à Jésus, et que ce lien se resserre de plus en plus. L’Esprit ouvre à l’âme des voies nouvelles pour lui faire trouver son souverain bien dans la prière. Il en a disposé les degrés comme une échelle divine qui monte de la terre et dont le sommet se perd dans les cieux. Qui pourrait raconter les faveurs de la divinité envers celui qui s’étant dégagé de l’estime et de l’amour de lui-même, n’aspire plus, dans l’unité et la simplicité de sa vie, qu’à voir et à goûter Dieu, qu’à se perdre en lui éternellement ? La divine Trinité tout entière s’intéresse au chef-d’œuvre de l’Esprit-Saint. Le Père céleste fait sentira cette âme les étreintes de sa tendresse paternelle, le Fils de Dieu ne contient plus les élans de l’amour qu’il a pour elle, et l’Esprit l’inonde toujours davantage de ses lumières et de ses consolations.

La cour céleste qui demeure attentive à tout ce qui intéresse l’homme, au point qu’elle tressaille de bonheur à la vue d’un seul pécheur qui fait pénitence, a vu ce beau spectacle, elle le suit avec un indicible amour, et rend honneur à l’Esprit divin qui sait opérer de tels prodiges au sein d’une nature disgraciée. Quelquefois Marie, dans sa joie maternelle, rend sa présence sensible à ce fils nouveau qui lui est né ; les Anges se montrent aux regards de ce frère déjà digne de leur société, et les saints de la race humaine entretiennent une aimable familiarité avec celui dont ils attendent d’ici à peu de temps l’arrivée au séjour de la gloire. Quoi d’étonnant que ce nourrisson de l’Esprit divin n’ait souvent qu’à étendre la main pour suspendre les lois de la nature, et consoler ses frères d’ici-bas dans leurs souffrances ou leurs besoins ? Ne les aime-t-il pas d’un amour puisé à la source infinie de l’amour, d’un amour que n’enchaînent plus l’égoïsme et les tristes retours sur soi-même auxquels est sujet celui en qui Dieu ne règne pas ?

Mais ne perdons pas de vue le point culminant de cette vie merveilleuse, moins rare que ne le pensent les hommes profanes ou distraits. C’est ici qu’apparaît la puissance des mérites de Jésus et son amour pour sa créature, en même temps que la divine énergie de l’Esprit-Saint. Cette âme est appelée à des noces sublimes, et ces noces ne seront pas réservées pour l’éternité. C’est dans le temps, sous l’horizon étroit de ce monde passager, qu’elles doivent s’accomplir. Jésus aspire à l’Épouse qu’il a rachetée de son sang, et l’Épouse n’est plus seulement son Église bien-aimée. C’est aussi cette âme qui était encore dans le néant il y a peu d’années, cette âme que les hommes ignorent, mais dont « il a convoité la beauté ». Il est l’auteur de cette beauté qui est en même temps l’œuvre de l’Esprit ; il n’aura pas de repos qu’il ne se la soit unie. Alors s’accomplit par le divin Esprit en faveur d’une âme individuelle ce que nous l’avons vu opérer pour l’Église elle-même. Il la prépare, il l’établit dans l’unité, il la consolide dans la vérité, il la consomme dans la sainteté ; alors « l’Esprit et l’Épouse disent : « Venez ».

Il faudrait un livre entier pour décrire l’action du divin Esprit dans les saints, et nous n’avons pu en tracer qu’une insuffisante et grossière ébauche. Toutefois cet essai si incomplet, outre qu’il était nécessaire pour achever de décrire, si en abrégé que ce soit, le caractère complet de la mission du Saint-Esprit sur la terre d’après renseignement des divines Écritures et la doctrine de la théologie dogmatique et mystique, pourra servir à diriger le lecteur dans l’étude et dans l’intelligence de la vie des Saints. Dans le cours de cette Année liturgique, où les noms et les œuvres des amis de Dieu sont si souvent rappelés et célébrés par l’Église elle-même, il importait de proclamer la gloire de l’Esprit sanctificateur.

Mais nous ne saurions laisser s’achever cette journée, la dernière du Temps pascal en même temps qu’elle est la dernière de l’Octave de la Pentecôte, sans offrir à la Reine de tous les Saints l’hommage qui lui est dû, et sans rendre gloire au divin Esprit pour toutes les grandes choses qu’il a opérées en elle. Après l’humanité de notre Rédempteur ornée par lui de tous les dons qui pouvaient la rapprocher, autant qu’il était possible à une créature, de la nature divine à laquelle la divine incarnation l’avait unie, l’âme, la personne entière de Marie ont été favorisées dans l’ordre de la grâce au-dessus de toutes les autres créatures ensemble. Il n’en pouvait être autrement, et on le concevra pour peu que l’on essaye de sonder par la pensée l’abîme de grandeurs et de sainteté que représente la Mère d’un Dieu. Marie forme â elle seule un monde à part dans l’ordre de la grâce ; â elle seule, un moment, elle a été l’Église de Jésus.

Pour elle seule d’abord l’Esprit a été envoyé, et il l’a remplie de la grâce dès l’instant même de sa conception immaculée. Cette grâce s’est développée en elle par l’action continue de l’Esprit jusqu’à la rendre digne, autant qu’une créature pouvait l’être, de concevoir et d’enfanter le propre Fils de Dieu qui est devenu aussi le sien. En ces jours de la Pentecôte, nous avons vu le divin Esprit l’enrichir encore de nouveaux dons, la préparer pour une mission nouvelle ; à la vue de tant de merveilles, notre cœur filial ne peut retenir l’élan de son admiration, ni celui de sa reconnaissance envers l’auguste Paraclet qui a daigné agir avec tant de munificence à l’égard de la Mère des hommes.

Mais aussi nous ne pouvons nous empêcher de célébrer, dans un enthousiasme légitime, la complète fidélité de la bien-aimée de l’Esprit à toutes les grâces qu’il a répandues en elle. Pas une n’a été perdue, pas une n’est retournée à lui sans effet, comme il arrive quelquefois pour les âmes les plus saintes. A son début, elle a été « semblable à l’aurore qui se lève », et l’astre de sa sainteté n’a cessé de monter vers ce midi qui pour elle ne devait pas avoir de couchant. L’Archange n’était pas encore venu vers elle pour lui annoncer qu’elle allait concevoir dans son chaste sein le Fils du Tout-Puissant, et déjà, comme nous l’enseignent les Pères, elle avait conçu dans son âme ce Verbe éternel. Il la possédait comme son épouse, avant de l’appeler à l’honneur d’être sa mère. Si Jésus a pu dire en parlant d’une âme qui avait eu besoin de la régénération : « Celui qui me cherche me trouvera dans le cœur de Gertrude, » quelle a dû être l’identification des sentiments de Marie avec ceux du Fils de Dieu, et combien est étroite son union avec lui ! De cruelles épreuves l’attendaient en ce monde : elle a été plus forte que la tribulation ; et lorsque le moment est arrivé où elle devait se sacrifier dans un même holocauste avec son fils, elle s’est trouvée prête. Après l’Ascension de Jésus, le Consolateur est descendu sur elle ; il a ouvert devant elle une nouvelle carrière ; pour la parcourir il fallait que Marie acceptât un long exil de la patrie où régnait déjà le fruit de ses entrailles : elle n’a pas hésité, elle s’est montrée la servante du Seigneur, ne désirant autre chose qu’accomplir en tout sa volonté.

Le triomphe de l’Esprit-Saint en Marie a donc été complet ; si magnifiques qu’aient été ses avances, elle a répondu à toutes. La qualité sublime de Mère de Dieu à laquelle elle était destinée appelait sur elle des grâces immenses ; elle les a reçues et elles ont fructifié en elle. Dans l’œuvre de la « consommation des saints et de la construction du corps de Jésus-Christ », le divin Esprit a ménagé à Marie, en retour de sa fidélité et à cause de sa dignité incomparable, la noble place qui lui convenait. Nous savons que son divin Fils est la tête du corps immense des élus, qui se réunissent au-dessous de lui avec une harmonie parfaite. Dans cet ensemble prédestiné, notre auguste Reine, selon la théologie mariale, représente le cou qui est étroitement lié à la tête, et par lequel la tête communique à tout le reste du corps le mouvement et la vie. Elle n’est pas agent principal, mais c’est par elle que cet agent influe sur chacun des membres. Son union, comme il était juste, est immédiate avec la tête, parce que nulle créature, si ce n’est elle, n’a eu et ne pourrait avoir une telle relation avec le Verbe incarné ; mais tout ce qui descend sur nous de grâces et de faveurs, tout ce qui nous illumine et nous vivifie, nous vient par elle de son Fils.

De là résulte l’action générale de Marie sur l’Église, et son action particulière sur chaque fidèle. Elle nous unit tous à son Fils qui nous unit tous à la divinité. Le Père nous a donné son Fils, le Fils s’est choisi une Mère parmi nous, et l’Esprit-Saint, en rendant féconde cette Mère virginale, a consommé la réunion de l’homme et de toute création avec Dieu. Cette réunion est le dernier terme que Dieu s’est proposé dans la création des êtres ; et maintenant que le Fils est glorifié et que l’Esprit est venu, nous connaissons toute la pensée divine. Plus favorisés que toutes les générations qui se sont succédé avant le jour de la Pentecôte, nous avons, non plus en promesse mais en réalité, un Frère que couronne le diadème de la divinité, un Consolateur qui demeure avec nous jusqu’à la fin des temps pour éclairer notre voie et nous y soutenir, une Mère dont l’intercession est toute-puissante, une Église, Mère aussi, par laquelle nous entrons en partage de tous ces biens.

La Station, à Rome, est aujourd’hui dans la Basilique de Saint-Pierre. C’est dans cet auguste sanctuaire que les néophytes de la Pentecôte paraissaient pour la dernière fois couverts de leurs robes blanches, et qu’ils étaient présentés au Pontife comme les derniers agneaux de la Pâque qui expire en ce jour.

Présentement la journée est encore célèbre par la solennité de l’Ordination. Le jeûne et la prière que la sainte Église a imposés durant trois jours à ses enfants, ont dû rendre le ciel favorable, et nous devons espérer que l’Esprit-Saint qui va imprimer sur les nouveaux prêtres et sur les nouveaux ministres le sceau immortel du

La série successive des Mystères est complète désormais, et le Cycle mobile de la sainte Liturgie est arrivé à son terme. Nous traversâmes d’abord, au Temps de l’Avent, les quatre semaines qui représentaient les quatre millénaires employés par le genre humain à implorer du Père l’envoi de son Fils. Enfin l’Emmanuel descendit ; nous nous associâmes tour à tour aux joies de sa naissance, aux douleurs de sa Passion, à la gloire de sa Résurrection, au triomphe de son Ascension. Enfin, nous avons vu descendre sur nous l’Esprit divin, et nous savons qu’il reste avec nous jusqu’à la fin. La sainte Église nous a assistés dans tout le cours de cet immense drame qui contient notre salut. Ses divins cantiques et ses augustes cérémonies nous ont chaque jour éclairés, et ainsi nous avons pu tout suivre et tout comprendre. Bénie soit cette Mère par les soins de laquelle nous avons été initiés à tant de merveilles qui ont ouvert nos esprits et réchauffé nos cœurs ! Bénie soit la Liturgie sacrée, source de tant de consolations et d’encouragements ! Maintenant il nous reste à achever le parcours du Cycle dans sa partie immobile. De sublimes épisodes nous y attendent. Préparons-nous donc à reprendre notre marche, comptant sur l’Esprit-Saint qui dirigera nos pas, et continuera de nous ouvrir, par la sainte Liturgie dont il est l’inspirateur, les trésors de la doctrine et de l’exemple.

 

 

 

 

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Vendredi des Quatre-Temps de Pentecôte

2 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

Vendredi des Quatre-Temps de Pentecôte

Collecte

Dieu de miséricorde, donnez à votre Église, nous vous en prions : que rassemblée par le Saint-Esprit, elle ne soit troublée en aucune façon par les attaques ennemies. Par N.-S... en l’unité du même.

Lecture Jo. 2, 23-24 et 26-27

Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Soyez dans l’allégresse, et réjouissez-vous dans le Seigneur votre Dieu, parce qu’il vous a donné un docteur de justice, et qu’il fera descendre sur vous la pluie d’automne et la pluie du printemps, comme au commencement. Les aires seront pleines de blé, et les pressoirs regorgeront de vin et d’huile. Vous mangerez, et vous serez rassasiés, et vous louerez le nom du Seigneur votre Dieu, qui a fait pour vous des merveilles, et mon peuple ne tombera plus jamais dans la confusion. Vous saurez alors que je suis au milieu d’Israël, que je suis le Seigneur votre Dieu,et qu’il n’y en a pas d’autre que moi ; et mon peuple ne tombera plus jamais dans la confusion, dit le Seigneur tout-puissant.

Évangile Lc. 5, 17-26

En ce temps-là : Il arriva que Jésus était assis et enseignait. Et des pharisiens et des docteurs de la loi, qui étaient venus de tous les villages de la Galilée, et de la Judée, et de Jérusalem, étaient assis auprès de lui : et la puissance du Seigneur agissait pour opérer des guérisons, et voici que des gens, portant sur un lit un homme qui était paralytique, cherchaient à le faire entrer et à le déposer devant Jésus. Mais, ne trouvant point par où le faire entrer, à cause de la foule, ils montèrent sur le toit, et, par les tuiles, ils le descendirent avec le lit au milieu de l’assemblée, devant Jésus. Dès qu’il vit leur foi, il dit : Homme, tes péchés te sont remis. Alors, les scribes et les pharisiens se mirent à penser et à dire en eux-mêmes : Quel est celui-ci, qui profère des blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés, si ce n’est Dieu seul ? Mais Jésus, connaissant leurs pensées, prit la parole, et leur dit : Que pensez-vous dans vos cœurs ? Lequel est le plus facile, de dire : Tes péchés te sont remis ; ou de dire : Lève-toi et marche ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : Je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison. Et aussitôt, se levant devant eux, il prit le lit sur lequel il était couché, et s’en alla dans sa maison, glorifiant Dieu. Et la stupeur les saisit tous, et ils glorifiaient Dieu. Et ils furent remplis de crainte, et ils disaient : Nous avons vu aujourd’hui des choses prodigieuses.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Ambroise, Évêque

La guérison de ce paralytique n’est ni inutile, ni d’une portée restreinte, puisque nous y voyons que le Seigneur commença par prier, non certes qu’il eût besoin de quelque suffrage, mais afin de nous donner l’exemple. Il a proposé un modèle à notre imitation, ce n’est pas l’ostentation dans la prière qu’il a recherchée. Alors que beaucoup de docteurs de la loi étaient rassemblés de toute la Galilée, de la Judée et de Jérusalem, parmi les guérisons d’autres malades, l’Évangile nous raconte celle de ce paralytique. Et d’abord, comme nous l’avons dit plus haut, tout malade doit employer des intercesseurs pour demander son salut, afin que, grâce à eux, le relâchement de notre vie et la marche chancelante de nos actions soient réformés par le remède de la parole céleste.

2e leçon

Qu’il y ait donc quelques personnes, qui, avertissant l’esprit de l’homme, élèvent son âme vers les choses supérieures, bien qu’elle soit engourdie par la faiblesse de son enveloppe corporelle. Que l’homme, se prêtant alors à s’élever par leur secours et à s’humilier, soit placé devant Jésus, digne d’être aperçu par le divin regard. Le Seigneur en effet regarde l’humilité, car « il a regardé l’humilité de sa servante ». Le Fils de Dieu, dès qu’il vit leur foi, dit : « Homme, tes péchés te sont remis ». Qu’il est grand le Seigneur qui pardonne ainsi aux uns leurs péchés, par égard pour les mérites des autres ; et qui, donnant son approbation à ceux-ci, absout ceux-là de leurs égarements ! Pourquoi donc, Ô homme, la prière de ton égal n’a-t-elle pas d’influence sur toi lorsqu’auprès de Dieu un esclave possède le mérite qu’il faut pour intercéder, et le droit d’obtenir ?

3e leçon

Toi qui juges, apprends à pardonner ; toi qui es malade, apprends à obtenir. Si tu te défies du pardon de tes fautes graves, fais paraître des intercesseurs, fais paraître l’Église pour qu’elle prie pour toi, et afin qu’en considération d’elle, le Seigneur te pardonne ce qu’il pourrait refuser à toi-même. Et bien que nous ne devions pas laisser de croire à la vérité de cette histoire (car nous croyons que le corps de ce paralytique a été réellement guéri), il nous faut reconnaître aussi en lui la guérison de l’homme intérieur, auquel les péchés sont remis. Lorsque les Juifs affirment que Dieu seul peut remettre les péchés, ils confessent assurément par là que Jésus est Dieu, et ils proclament eux-mêmes, par leur propre jugement, leur infidélité ; ils affirment l’œuvre divine, pour nier la divinité de la personne.

Jusqu’ici nous avons considéré l’action du Saint-Esprit dans l’Église ; il nous faut maintenant la suivre sur un théâtre moins étendu, il nous faut l’étudier dans le cœur du chrétien. Là encore nous puiserons de nouveaux sentiments d’admiration et de reconnaissance pour ce divin Esprit qui daigne se prêter à tous nos besoins, et nous conduire à la fin bienheureuse pour laquelle nous avons été crées.

De même que l’Esprit Saint envoyé « pour demeurer avec nous » s’emploie à maintenir et à diriger la sainte Église, afin qu’elle soit toujours l’Épouse fidèle de Jésus son Époux immortel ; ainsi s’attache-t-il à nous pour nous rendre les dignes membres de ce chef saint et glorieux. Sa mission est de nous unir à Jésus si étroitement que nous lui soyons incorporés. C’est à lui de nous créer dans l’ordre surnaturel, de nous donner et de nous conserver la vie de la grâce, en nous appliquant les mérites que Jésus notre médiateur et notre Sauveur nous a conquis.

Elle est sublime cette mission du Saint-Esprit qui lui a été conférée par le Père et par le Fils, et qu’il exerce sur le genre humain. Au sein de la divinité l’Esprit-Saint est produit et ne produit pas. Le Père engendre le Fils, le Père et le Fils produisent le Saint-Esprit ; cette différence est fondée dans la nature divine elle-même, qui n’est et ne peut être qu’en trois personnes. De là vient, comme l’enseignent les Pères, que le Saint-Esprit a reçu pour le dehors la fécondité qu’il n’exerce pas dans l’essence divine. Si donc il s’agit de produire l’humanité du Fils de Dieu au sein de Marie, c’est lui qui opère ; et s’il s’agit de créer le chrétien du sein de la corruption originelle, et de l’appeler à la vie de la grâce, c’est lui encore qui exercera son action : en sorte que, selon l’énergique expression de saint Augustin, « la même grâce qui a produit le Christ à son commencement, produit le chrétien lorsqu’il commence à croire ; le même Esprit duquel le Christ a été conçu est le principe de la nouvelle naissance du fidèle ».

Nous nous sommes étendu longuement sur l’action du Saint-Esprit dans la formation et le gouvernement de l’Église, parce que l’œuvre principale de ce divin Esprit est de former sur la terre l’Épouse du Fils de Dieu, et que c’est par elle que nous viennent tous les biens. Elle est dépositaire d’une partie des grâces de cet auguste Paraclet, qui a daigné se mettre à sa disposition pour nous sauver et nous sanctifier. C’est pour nous également qu’il l’a rendue catholique, visible à tous les regards, afin qu’il nous fût plus facile de la trouver ; c’est pour nous qu’il maintient dans son sein la vérité et la sainteté, afin que nous soyons abreuvés à ces deux sources ineffables. Aujourd’hui nous voici attentifs à ce qu’il opère dans les âmes, et tout d’abord nous nous trouvons en face de son pouvoir créateur. N’est-ce pas en effet une véritable création, d’amener une âme plongée dans la déchéance originelle, ou, ce qui est plus merveilleux encore, une âme défigurée par le péché volontaire et personnel, de l’amener à devenir en un moment la fille adoptive du Père céleste, le membre chéri du Fils de Dieu ? Le Père et le Fils se complaisent à voir accomplir cette œuvre par l’Esprit qui est leur amour mutuel. Ils l’ont envoyé afin qu’il agisse, afin qu’il se conduise en maître dans sa mission, et partout où il règne, ils règnent aussi.

Éternellement l’âme élue a été présente à la divine Trinité ; mais, le moment arrivé, l’Esprit descend. Il s’empare de cette âme comme de l’objet désigné à son amour. Le vol de la colombe miséricordieuse est plus rapide que celui de l’aigle qui fond sur sa proie. Que la volonté humaine n’entrave pas son action, et il arrivera de cette âme ce qui est arrivé pour l’Église elle-même, c’est-à-dire que « ce qui n’était même pas triomphera de « ce qui était . On voit alors des miracles d’un ordre étonnant, « la grâce surabondant là même où le péché avait abondé ».

Nous avons vu l’Emmanuel conférer aux eaux la vertu de purifier les âmes ; mais nous nous souvenons que lorsqu’il descendit dans les flots du Jourdain, la colombe divine vint se poser sur sa tête, et prit possession de l’élément régénérateur. La fontaine baptismale est demeurée son domaine. « C’est là, nous dit le grand saint Léon, qu’il préside à la nouvelle naissance de l’homme, rendant féconde la fontaine sacrée, comme autrefois il rendit fécond le sein de la Vierge, à cette différence que le péché fut absent dans la conception sacrée du Fils de Dieu, tandis que la mystérieuse ablution le détruit en nous ».

Avec quelle tendresse l’Esprit divin contemple cette nouvelle créature sortant des eaux ! Avec quelle impétuosité d’amour il fait irruption en elle ! Il est le Don du Dieu très haut, envoyé sur nous pour résider en nous. Il prend donc son habitation dans cette âme toute neuve, qu’elle soit celle de l’enfant d’un jour, ou celle de l’adulte déjà chargé d’années. Il se complaît dans ce séjour qu’il a éternellement ambitionné ; il l’inonde de ses feux et de sa lumière, et comme il est par nature inséparable des deux autres personnes divines, sa présence est cause que le Père et le Fils viennent établir aussi leur demeure en cette âme fortunée.

Mais l’Esprit-Saint a ici son action propre, sa mission sanctificatrice, et pour bien comprendre la nature de sa présence dans le chrétien, il faut savoir qu’elle ne se borne pas à l’âme. Le corps fait aussi partie de l’homme, et il a eu sa part dans la régénération ; c’est pourquoi l’Apôtre, en même temps qu’il nous révèle l’heureuse « habitation » du divin Esprit en nous, nous apprend encore que nos membres matériels sont eux-mêmes ses temples. Il veut les faire servir à la justice et à la sainteté ; il dépose en eux un germe d’immortalité qui les conservera dans la dissolution même du tombeau, en sorte qu’au jour de la résurrection ils reparaîtront, mais spiritualisés, gardant ainsi le signe de l’Esprit qui les aura possédés en cette vie mortelle.

Le chrétien étant donc ainsi l’habitation de l’Esprit-Saint, nous ne devons pas nous étonner que ce divin Esprit songe à orner dignement la demeure qu’il s’est choisie. Quelle plus noble parure que celle des vertus théologales : la Foi qui nous met en possession certaine et substantielle des vérités divines que notre intelligence ne peut voir encore ; l’Espérance qui rend déjà présent le secours divin qui nous est nécessaire et la félicité éternelle que nous attendons ; la Charité qui nous unit à Dieu par le plus fort et le plus doux des liens ! Or, ces trois vertus, ces trois moyens pour l’homme régénéré d’être en rapport avec sa fin, c’est à la présence du Saint-Esprit que le chrétien les doit. Il a daigné signaler son arrivée par ce triple bienfait qui dépasse tous nos mérites passés, présents et futurs.

Au-dessous des trois vertus théologales, il établit ces quatre autres qui sont comme les assises de la vie morale de l’homme : la justice, la force, la prudence et la tempérance ; qualités naturelles, qu’il transforme en les adaptant à la fin surnaturelle du chrétien. Enfin comme un dernier lustre qu’il ajoute à sa demeure, il y dépose le septénaire sacré de ses dons, destines à répandre le mouvement et la vie dans le septénaire des vertus.

Mais les vertus et les dons qui tous tendent vers Dieu, réclament l’élément supérieur qui est le moyen essentiel de l’union avec lui : élément indispensable et que rien ne peut suppléer, âme de l’âme, principe vivifiant, sans lequel elle ne saurait ni voir ni posséder Dieu ; c’est la Grâce sanctifiante. Avec quelle satisfaction l’Esprit divin l’introduit dans l’âme à laquelle elle s’incorpore, et qu’elle rend l’objet des complaisances divines ! Une étroite alliance existe entre cette grâce et la présence de l’Esprit-Saint ; car si l’âme venait à donner entrée au péché mortel, l’Esprit cesserait d’habiter cette âme infortunée, au moment même où s’éteindrait en elle la grâce sanctifiante.

Mais il veille soigneusement sur son héritage, et il n’y demeure pas oisif. Les vertus qu’il a infusées dans cette âme si chère ne doivent pas demeurer inertes ; il faut qu’elles produisent les actes vertueux, et que le mérite qu’elles obtiendront vienne accroître la puissance de l’élément fondamental, fortifier et développer cette grâce sanctifiante qui enchaîne si étroitement le chrétien à Dieu. L’Esprit-Saint ne cesse donc de mouvoir l’âme vers l’action soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, par ces touches divines que la théologie appelle grâces actuelles. Il obtient ainsi que sa créature s’élève de plus en plus dans le bien, qu’elle s’enrichisse et se consolide toujours davantage, enfin qu’elle serve à la gloire de son auteur qui la veut féconde et agissante.

Dans cette intention, l’Esprit qui s’est donné à elle, qui l’habite avec une si vive tendresse, la pousse à la prière par laquelle elle pourra tout obtenir, lumière, force et succès. « Mais, dit l’Apôtre, savons-nous comment il faut prier ? » A cette question il répond lui-même d’après son expérience : « Ce sera l’Esprit qui demandera pour nous dans des gémissements inénarrables ». Ainsi le divin Esprit s’associe à tous nos besoins ; il est Dieu, et il gémit comme la colombe, afin de mettre ses accents à l’unisson des nôtres. « Il crie vers Dieu dans nos cœurs, » dit le même Apôtre ; nous certifiant ainsi par sa présence et ses opérations en nous que nous sommes les enfants de Dieu. Se peut-il rien de plus intime, et devons-nous nous étonner que Jésus nous ait dit qu’il n’y avait qu’à demander pour recevoir, lorsque c’est son Esprit même qui demande en nous ?

Auteur de la prière, il coopère puissamment à l’action. Son intimité avec l’âme fait qu’il ne laisse à celle-ci que la liberté nécessaire au mérite ; pour le reste, il la meut, il la soutient, il la dirige, en sorte qu’à son tour elle n’a plus qu’à coopérer à ce qu’il fait en elle et par elle. A cette action commune de l’Esprit et du chrétien, le Père céleste reconnaît ceux qui lui appartiennent, et c’est pour cela que l’Apôtre nous dit encore que « ceux-là sont les enfants de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu ». Heureuse société qui mène le chrétien à la vie éternelle, qui fait triompher Jésus en lui, Jésus dont l’Esprit-Saint imprime les traits dans sa créature, afin qu’elle soit un membre digne d’être uni à son Chef !

Mais, hélas ! Cette société fortunée peut se dissoudre. Notre liberté, qui ne se transforme qu’au ciel, peut amener et amène trop souvent la rupture entre l’Esprit sanctificateur et l’homme sanctifié. Le désir malheureux de l’indépendance, les passions que l’homme aurait le moyen de régler s’il était docile à l’Esprit, ouvrent le cœur imprudent à la convoitise de ce qui est au-dessous de lui. Satan, jaloux du règne de l’Esprit, ose faire briller aux yeux de l’homme la trompeuse image d’un bonheur ou d’un contentement hors de Dieu. Le monde, qui est aussi un esprit maudit, ose rivaliser avec l’Esprit du Père et du Fils. Subtil, audacieux, actif, il excelle à séduire, et nul ne pourrait compter les naufrages qu’il a causés. Il est cependant dénoncé aux chrétiens par Jésus lui-même qui nous a déclaré qu’il ne prierait pas pour lui, et par l’Apôtre qui nous avertit « que ce n’est pas l’esprit du monde que nous avons reçu, mais bien l’Esprit qui est de Dieu ».

Néanmoins un cruel divorce s’opère fréquemment entre l’homme et son hôte divin. Il est précédé pour l’ordinaire par un refroidissement qui se manifeste du côté de la créature envers son bienfaiteur. Un manque d’égards, une légère désobéissance, sont les préludes de la rupture. C’est alors qu’a lieu chez le divin Esprit ce froissement qui montre si clairement l’amour qu’il porte à l’âme, et que l’Apôtre nous rend d’une manière expressive, lorsqu’il nous recommande de ne pas contraster l’Esprit-Saint qui nous marqua de son sceau au jour où la rédemption venait à nous. Parole remplie d’un sentiment profond, et qui nous révèle la responsabilité qu’entraîne après lui le péché véniel. L’habitation de l’Esprit-Saint dans l’âme devient pour lui une cause d’amertume, une séparation est à craindre ; et si, comme l’enseigne saint Augustin, « il n’abandonne pas qu’il ne soit abandonné, » si la grâce sanctifiante demeure encore, les grâces actuelles deviennent plus rares et moins pressantes.

Mais le comble du malheur est dans la rupture du pacte sacré qui unissait l’âme et l’Esprit divin dans une si étroite alliance. Le péché mortel est l’acte d’une souveraine audace et d’une cruelle ingratitude. Cet Esprit si rempli de douceur se voit expulsé de l’asile qu’il s’était choisi, et qu’il avait embelli en tant de manières. C’est le comble de l’outrage, et l’on n’a pas droit de s’étonner de l’indignation de l’Apôtre quand il s’écrie : « Quel supplice ne mérite-t-il pas celui qui a foulé aux pieds le Fils de Dieu, méprisé le sang de l’alliance, et fait une telle injure à l’Esprit de grâce ? ».

Cependant cette situation désolante du chrétien infidèle au Saint-Esprit peut encore exciter la compassion de celui qui, étant Dieu, a été envoyé vers nous pour être notre hôte plein de mansuétude. Il est si triste l’état de celui qui, en chassant l’Esprit divin, a perdu l’âme de son âme, qui a vu s’éteindre au même moment le flambeau de la grâce sanctifiante, et s’anéantir tous les mérites dont elle s’était accrue. Chose admirable et digne d’une reconnaissance éternelle ! L’Esprit-Saint expulsé du cœur de l’homme aspire à y rentrer. Telle est l’étendue de la mission qu’a reçue du Père et du Fils celui qui est amour, et qui par amour ne veut pas abandonner à sa perte le chétif et ingrat vermisseau qu’il avait voulu élever jusqu’à la participation de la nature divine.

On le verra donc, avec une abnégation sublime dont l’amour seul a le secret, faire le siège de cette âme, jusqu’à ce qu’il ait pu s’en emparer de nouveau. Il l’effrayera par les terreurs de la justice divine, il lui fera sentir la honte et le malheur où se précipite celui qui a perdu la vie de son âme. Il le détache ainsi du mal par ces premières atteintes que le saint Concile de Trente appelle « les impulsions de l’Esprit-Saint qui meut l’âme au dehors, sans l’habiter encore au dedans ». L’âme inquiète et mécontente d’elle-même finit par aspirer à la réconciliation ; elle rompt les liens de son esclavage, et bientôt le sacrement de Pénitence va répandre en elle l’amour qui ranime la vie, en consommant la justification. Qui pourrait exprimer le charme et le triomphe de la rentrée du divin Esprit dans son domaine chéri ! Le Père et le Fils reviennent vers cette demeure souillée naguère, et peut-être depuis longtemps. Tout revit dans l’âme renouvelée ; la grâce sanctifiante y renaît telle qu’elle était au moment où l’âme sortit de la fontaine baptismale. Les mérites acquis en avaient développé la puissance, mais nous les avons vus tristement sombrer dans la tempête ; ils sont restitués en leur entier, et l’Esprit de vie se réjouit de ce que son pouvoir est égal à son amour.

Un changement si merveilleux n’a pas lieu une fois dans un siècle ; chaque jour, chaque heure le voient s’accomplir. Telle est la mission de l’Esprit divin. Il est descendu pour sanctifier l’homme, il faut qu’il le sanctifie. Le Fils de Dieu est venu ; il s’est donné à nous. Nous ayant trouvés en proie à Satan, il nous a rachetés au prix de son sang ; il a tout disposé pour nous conduire à lui et à son Père ; et s’il a dû remonter aux cieux pour nous y préparer notre place, bientôt il a fait descendre sur nous son propre Esprit, afin qu’il soit notre second Consolateur jusqu’à son retour. Voici donc à l’œuvre ce divin auxiliaire. Éblouis de la magnificence de ses opérations, célébrons avec effusion l’amour avec lequel il nous traite, la puissance et la sagesse qu’il développe dans l’accomplissement de sa mission. Qu’il soit donc béni, qu’il soit glorifié, qu’il soit connu en ce monde qui lui doit tout, dans l’Église dont il est l’âme, et dans ces millions de cœurs qu’il désire habiter pour les sauver et les rendre heureux à jamais !

Ce jour est consacré au jeûne comme celui du mercredi précédent. L’Ordination des prêtres et des ministres sacrés aura lieu demain. Il importe de faire une plus vive instance auprès de Dieu pour obtenir que l’effusion de la grâce soit aussi abondante que sera durable et auguste le caractère que l’Esprit-Saint imprimera sur les membres de la tribu sainte qui lui seront présentés.

 

 

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Jeudi de la Pentecôte

1 Juin 2023 , Rédigé par Ludovicus

Jeudi de la Pentecôte

Collecte

Dieu, qui avez instruit en ce jour les cœurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit : donnez-nous, par le même Esprit, de goûter ce qui est bien ; et de jouir sans cesse de la consolation dont il est la source. Par Notre-Seigneur … en l’unité du même Esprit.

Lecture Ac. 8, 5-8.

En ces jours-là, Philippe, étant descendu dans la ville de Samarie, leur prêchait le Christ. Et les foules étaient attentives aux choses que Philippe disait, écoutant d’un commun accord, et voyant les miracles qu’il faisait. Car beaucoup d’esprits impurs sortaient de ceux qu’ils possédaient, en poussant de grands cris. Beaucoup de paralytiques et de boiteux furent aussi guéris. Il y eut donc une grande joie dans cette ville.

Évangile Lc. 9, 1-6

En ce temps-là : Jésus ayant assemblé les douze apôtres, leur donna puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les maladies. Puis il les envoya prêcher le royaume de Dieu et guérir les malades. Et il leur dit : Ne portez rien en route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez pas deux tuniques. Dans quelque maison que vous soyez entrés, demeurez-y et n’en sortez pas. Et lorsqu’on ne vous aura pas reçus, sortant de cette ville, secouez la poussière même de vos pieds, en témoignage contre eux. Étant donc partis, ils parcouraient les villages, annonçant l’Évangile et guérissant partout.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Les préceptes évangéliques nous enseignent comment doit être celui qui annonce le royaume de Dieu : il faut qu’il soit sans bâton, ni sac, ni chaussure, ni pain, ni argent, c’est-à-dire qu’il ne recherche point les secours et les appuis de ce monde, mais que, fort de sa foi, il pense trouver d’autant mieux ces choses, qu’il les recherche moins. Ces mêmes paroles de l’Évangile, on peut, si l’on veut, les entendre aussi comme nous enseignant à spiritualiser les affections de notre cœur. Le cœur, en effet, semble se dépouiller comme d’un vêtement matériel, lorsque, non content de rejeter l’ambition et de mépriser les richesses, il renonce encore aux séductions de la chair. Aux prédicateurs de l’Évangile, il est donné avant tout le précepte général de porter la paix, de maintenir la constance, de garder les lois qu’imposé l’hospitalité ; ce précepte affirme qu’il est malséant pour un prédicateur du royaume céleste de courir de maison en maison et de méconnaître les lois de l’inviolable hospitalité.

2e leçon

Mais comme la gratitude pour le bienfait de l’hospitalité est prescrite, il est aussi commandé aux disciples, s’ils ne sont point reçus, de secouer la poussière, et de sortir de la ville. Ce qui nous apprend que la récompense de l’hospitalité ne sera pas un bien médiocre, c’est que non seulement nous apportons la paix à nos hôtes, mais que même, s’ils ont sur la conscience les taches de fautes commises par fragilité, elles leur seront enlevées par l’entrée et la réception des prédicateurs apostoliques. Ce n’est pas sans raison non plus que, dans l’Évangile de saint Matthieu, il est recommandé aux Apôtres de choisir la maison où ils doivent loger, afin qu’ils ne s’exposent point à l’occasion de violer les liens de l’hospitalité, en changeant de demeure. La même précaution n’est pas cependant requise de l’hôte, de crainte qu’en choisissant ceux qu’il reçoit, il n’exerce moins véritablement l’hospitalité.

3e leçon

Mais si ce précepte sur les devoirs de l’hospitalité, dans son sens littéral, est digne de respect ; l’enseignement céleste, dans le sens mystique, est plein de charmes. Lorsqu’on choisit une maison, on recherche un hôte digne. Voyons donc si ce n’est pas l’Église et le Christ qui sont désignés à nos préférences ? En effet, y a-t-il une maison plus digne de recevoir la prédication apostolique que la sainte Église ? Et le Christ ne nous semble-t-il pas devoir être préféré à tous, lui qui a coutume de laver les pieds de ceux qu’il reçoit, et qui ne souffre pas que ceux qu’il a reçus dans sa maison restent dans un chemin souillé ; mais qui, les trouvant couverts des taches de leur vie antérieure, daigne néanmoins les purifier pour l’avenir ? Jésus-Christ est donc le seul hôte que personne ne doit abandonner, que personne ne doit quitter pour un autre. C’est à lui qu’on dit avec raison : « Seigneur, à qui irons-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle ; pour nous, nous croyons » 

Le divin Esprit qui tient unis dans un même tout les membres de la sainte Église, parce qu’il est lui-même unique, n’a pas seulement été envoyé pour assurer l’unité inviolable à l’Épouse du Christ. Cette Épouse d’un Dieu qui s’est appelé lui-même la Vérité, a besoin d’être dans la vérité, et ne peut être accessible à l'erreur. Jésus lui a confié sa doctrine, il l’a instruite en la personne des Apôtres. « Tout ce que j’ai entendu de mon Père, dit-il, je vous l’ai manifesté ». Mais comment cette Église, si elle est laissée à l’humaine faiblesse, pourra-t-elle conserver sans mélange et sans altération, durant la traversée des siècles, cette parole que Jésus n’a pas écrite, cette vérité qu’il est venu de si haut apportera la terre ? L’expérience prouve que tout s’altère ici-bas, que les textes écrits sont sujets à de fausses interprétations, et que les traditions non écrites deviennent méconnaissables par le cours des années.

C’est ici encore que nous devons reconnaître la divine prévoyance de notre Emmanuel montant au ciel. De même que pour accomplir le désir qu’il a « que nous soyons un, comme il est un avec son Père », il a député vers nous son unique Esprit ; ainsi, pour nous maintenir dans la vérité, il nous a envoyé ce même Esprit qu’il appelle l’Esprit de vérité. « Quand il sera venu, dit-il, cet Esprit de vérité, il vous enseignera toute vérité ». Et quelle est la vérité qu’enseignera cet Esprit ? « Il enseignera toutes choses, et il vous suggérera tout ce que je vous aurai dit ».

Rien donc ne se perdra de ce que le Verbe divin a dit aux hommes. La beauté de son Épouse aura pour fondement la vérité ; car la beauté est la splendeur du vrai. Sa fidélité à l’Époux sera parfaite ; car s’il est la Vérité, la Vérité est assurée en elle pour jamais. Jésus le déclare ainsi : « Le nouveau Consolateur que le Père vous enverra demeurera avec vous pour toujours, et il sera en vous ». C’est donc par l’Esprit-Saint que l’Église possédera en propre la vérité, et cette possession ne lui sera jamais enlevée ; car cet Esprit envoyé par le Père et par le Fils s’attachera à l’Église et ne la quittera plus.

C’est ici le moment de se rappeler la magnifique théorie de saint Augustin. Selon sa doctrine qui n’est que l’explication des passages du saint Évangile que nous venons de lire, l’Esprit-Saint est le principe de la vie dans l’Église ; étant donc l’Esprit de vérité, il conserve la vérité en elle, il la dirige dans la vérité, en sorte qu’elle ne peut exprimer que la vérité dans son enseignement et dans sa conduite. Il assume la responsabilité de ses paroles, comme notre esprit répond de ce que profère notre langue ; et c’est pour cela que la sainte Église est tellement identifiée avec la vérité par son union avec l’Esprit divin, que l’Apôtre ne fait pas difficulté de nous dire qu’elle en est « la colonne et l’appui ». Que l’on ne s’étonne donc pas si le chrétien se repose sur l’Église dans sa croyance. Ne sait-il pas que cette Église n’est jamais seule, qu’elle est toujours avec l’Esprit divin qui vit en elle, que sa parole n’est pas sa parole à elle, mais la parole de l’Esprit qui n’est autre que la parole de Jésus ? Or cette parole de Jésus, l’Esprit la conserve pour l’Église dans un double dépôt. Il veille sur elle dans les saints Évangiles qu’il a inspirés à leurs auteurs. Par ses soins, ces livres sacrés sont défendus contre toute altération, et ils traversent les siècles sans que la main de l’homme leur ait fait subir de changement. Il en est de même des autres livres du Nouveau Testament composés sous le souffle du même Esprit. Ceux dont se compose l’Ancien Testament sont également le produit de l’inspiration du divin Esprit. S’ils ne rapportent pas les discours de Jésus durant sa vie mortelle, ils parlent de lui, ils l’annoncent, en même temps qu’ils contiennent la première initiation aux choses divines. Cet ensemble des livres sacrés est rempli des mystères dont l’Esprit a la clef pour la communiquer à l’Église.

L’autre source de la parole de Jésus est la Tradition. Tout ne devait pas être écrit, et l’Église existait déjà que les Évangiles n’étaient pas encore rédigés. Cette Tradition, élément divin comme l’Écriture elle-même, comment aurait-elle survécu sans altération, si l’Esprit de Vérité ne veillait à sa garde ? Il la maintient donc dans la mémoire de l’Église, il la préserve de tout changement : c’est sa mission, et par la fidélité qu’il met à remplir cette mission, l’Épouse demeure en possession de tous les secrets de l’Époux.

Mais il ne suffit pas que l’Église possède la vérité écrite et traditionnelle, comme un dépôt scellé. Il faut encore qu’elle en ait le discernement, afin de pouvoir l’interpréter à ceux auxquels elle doit rendre les enseignements de Jésus. La vérité n’est pas descendue du ciel pour n’être pas communiquée aux hommes ; car elle est leur lumière, et sans elle ils languiraient dans les ténèbres, sans savoir d’où ils viennent et où ils vont. L’Esprit de Vérité ne se bornera donc pas à conserver la parole de Jésus dans l’Église comme un trésor caché, il en dirigera l’épanchement sur les hommes, afin qu’ils y puisent la vie de leurs âmes. L’Église sera donc infaillible dans son enseignement ; car elle ne pourrait se tromper ni tromper les hommes, puisque l’Esprit de Vérité la conduit en tout et parle par son organe. Il est son âme, et nous avons reconnu, avec saint Augustin, que lorsque la langue s’exprime, c’est l’âme que l’on entend.

La voilà, cette infaillibilité de notre mère la sainte Église, résultat direct et immédiat de l’incorporation de l’Esprit de Vérité en elle ! C’est la promesse du Fils de Dieu, c’est l’effet nécessaire de la présence du Saint-Esprit. Quiconque ne reconnaît pas l’Église pour infaillible doit, s’il est conséquent avec lui-même, admettre que le Fils de Dieu a été impuissant à remplir sa promesse, et que l’Esprit de Vérité n’est qu’un Esprit d’erreur. Mais celui qui raisonne ainsi a perdu le sentier de la vie ; il a cru nier seulement l’Église, et sans s’en apercevoir, c’est Dieu même qu’il a renié. Tel est le crime et le malheur de l’hérésie. Le défaut de réflexion sérieuse peut voiler cette terrible conséquence : elle n’en est pas moins rigoureusement déduite. L’hérétique a rompu avec le Saint-Esprit, en rompant de pensée avec l’Église : il pourrait revivre en retournant humblement vers l’Épouse du Christ, mais présentement il est dans la mort ; car l’âme ne l’anime plus. Écoutons encore le grand Docteur : « Il arrive parfois, dit-il, qu’un membre du corps humain soit coupé, une main, un doigt, un pied : l’âme suit-elle le membre ainsi séparé du corps ? Non ; ce membre, quand il était uni au corps, jouissait de la vie ; isolé maintenant, c’est la vie même qu’il a perdue. De même le chrétien demeure catholique tant qu’il est adhérent au corps de l’Église ; en est-il séparé, le voilà hérétique ; l’Esprit ne suit pas le membre qui s’est détaché ».

Honneur soit donc à l’Esprit divin pour la splendeur de vérité qu’il communique à l’Épouse ! Mais pourrions-nous, sans le plus affreux péril, imposer des bornes à notre docilité, aux enseignements qui nous viennent à la fois de l’Esprit et de l’Épouse que nous savons unis d’une manière si indissoluble ? Soit donc que l’Église nous intime ce que nous devons croire en nous montrant sa pratique, ou par la simple énonciation de ses sentiments, soit qu’elle déclare solennellement la définition attendue, nous devons regarder et écouter avec soumission de cœur : car la pratique de l’Église est maintenue dans la vérité par l’Esprit qui la vivifie ; renonciation de ses sentiments à toute heure est l’aspiration continue de cet Esprit qui vit en elle ; et quant aux sentences qu’elle rend, ce n’est pas elle seule qui prononce, c’est l’Esprit qui prononce en elle et par elle. Si c’est son Chef visible qui déclare la doctrine, nous savons que Jésus a daigné prier pour que la foi de Pierre ne défaille pas, qu’il l’a obtenu de son Père, et qu’il a confié à l’Esprit la charge de maintenir Pierre en possession d’un don si précieux pour nous. Si le Pontife suprême, à la tète du collège épiscopal réuni conciliairement, déclare la foi dans l’accord parfait du Chef et des membres, c’est l’Esprit qui dans ce jugement collectif prononce avec une majesté souveraine pour la gloire de la vérité et la confusion de l’erreur. C’est l’Esprit qui a abattu toutes les hérésies sous les pieds de l’Épouse victorieuse ; c’est l’Esprit qui a suscité dans son sein, à tous les siècles, les docteurs qui ont terrassé l’erreur aussitôt qu’elle s’est montrée.

Elle a donc en partage le don de l’infaillibilité, notre Église bien-aimée ; elle est donc vraie en tout et toujours, l’Épouse de Jésus ; et elle doit cet heureux sort à celui qui procède éternellement du Père et du Fils. Mais il est encore une gloire dont elle lui est redevable.

L’Épouse du Dieu saint doit être sainte. Elle l’est ; et c’est de l’Esprit de sainteté qu’elle reçoit la sainteté. La vérité et la sainteté sont unies en Dieu d’une manière indissoluble ; et c’est pour cela que Jésus voulant « que nous soyons parfaits comme notre Père céleste est parfait », et que tout en restant de simples créatures nous cherchions notre type dans le souverain bien, demande « que nous soyons sanctifiés dans la Vérité ».

Jésus a donc remis son Épouse à la direction de l’Esprit, afin qu’il la rendît sainte. Or, la sainteté est tellement inhérente à cet Esprit divin qu’elle sert à le désigner comme sa qualité fondamentale. Jésus lui-même l’appelle le Saint-Esprit, en sorte que c’est sur le témoignage du Fils de Dieu que nous lui donnons ce beau nom. Le Père est la Puissance, le Fils est la Vérité, l’Esprit est la Sainteté ; et c’est pour cela que l’Esprit remplit ici-bas le ministère de sanctificateur, bien que le Père et le Fils soient saints, de même que la vérité est dans le Père et dans l’Esprit, et que l’Esprit ainsi que le Fils aient aussi la puissance. Les trois divines personnes ont leurs propriétés spéciales, mais elles sont unies dans une seule et même essence. Or, la propriété spéciale du Saint-Esprit est d’être l’amour, et l’amour produit la sainteté ; car il unit et identifie le souverain bien avec celui qui en a l’amour, et cette union ou identification est la sainteté qui est la splendeur du Bien, comme la beauté est la splendeur du Vrai.

Pour être digne de l’Emmanuel son Époux, l’Église devait donc être sainte. Il lui avait donne la vérité que l’Esprit a maintenue en elle ; l’Esprit à son tour lui donnera la sainteté, et le Père céleste la voyant vraie et sainte, l’adoptera pour sa fille : telle est sa destinée glorieuse. Voyons maintenant les traits de cette sainteté. Le premier est la fidélité à l’Époux. Or, l’histoire de l’Église tout entière dépose de cette fidélité. Tous les pièges lui ont été tendus, toutes les violences ont été dirigées contre elle, pour la séduire et pour la détacher de l’Époux. Elle a tout déjoué, tout bravé ; elle a sacrifié son sang, son repos, et jusqu’au territoire où elle régnait, plutôt que de laisser altérer entre ses mains le dépôt que l’Époux lui avait confié. Comptez, si vous pouvez, les martyrs depuis les Apôtres jusqu’aujourd’hui. Rappelez-vous les offres des princes, si elle voulait se taire sur la vérité divine, les menaces et les traitements cruels qu’elle a encourus plutôt que de laisser mutiler son symbole. Pourrait-on oublier les luttes formidables qu’elle a soutenues contre les empereurs d’Allemagne pour sauvegarder sa liberté dont son Époux est si jaloux ; le noble détachement qu’elle a montré, aimant mieux voir l’Angleterre rompre avec elle que de sanctionner par une dispense illicite l’adultère d’un roi ; la générosité qu’elle a fait paraître dans la personne de Pie IX, en bravant les dédains de la politique mondaine et les lâches étonnements des faux catholiques, plutôt que de laisser un enfant juif à qui le baptême avait été conféré en danger de mort, exposé à renier l’ineffable caractère de chrétien, et à blasphémer le Christ dont il était devenu l’heureux membre ?

L’Église agit et agira ainsi jusqu’à la fin, parce qu’elle est sainte dans sa fidélité ; et l’Esprit nourrit toujours en elle un amour qui ne calcule jamais en présence du devoir. Elle peut ouvrir le code de ses lois en présence de ses ennemis comme de ses enfants fidèles, et leur demander s’ils pourraient en signaler une seule qui n’ait pas pour objet de procurer la gloire de son Époux et le bien des hommes par la pratique de la vertu.

Aussi, voyons-nous sortir de son sein des millions d’êtres vertueux qui s’en vont à Dieu après cette vie. Ce sont les saints que l’Église sainte produit par l’influence de l’Esprit-Saint. Dans toutes ces myriades d’élus, il n’en est pas un que l’Église ne revendique comme le fruit de son sein maternel. Ceux-là mêmes qu’une permission divine a laissé naître dans les sociétés séparées, s’ils ont vécu dans la disposition d’embrasser la vraie Église quand elle leur serait manifestée, et s’ils ont pratiqué toutes les vertus dans une entière fidélité à la grâce qui est le fruit de l’universelle rédemption : cette Église sainte les réclame pour ses fils.

Chez elle fleurissent tous les dévouements, tous les héroïsmes. Des vertus inconnues au monde avant qu’elle fût fondée, sont journalières dans son sein. En elle il est des saintetés éclatantes qu’elle couronne des honneurs de la canonisation : il est des vertus humbles et cachées qui ne rayonneront qu’au jour de l’éternité. Les préceptes de Jésus sont observés par ses disciples, et il règne en eux comme un maître chéri. Mais ce maître a donné aussi des conseils qui ne sont pas à la portée de tous, et c’est la source d’un nouvel épanouissement de la sainteté intarissable de l’Épouse. Non seulement il est des âmes généreuses qui s’attachent avec amour à ces divins conseils ; mais le sein de l’Église fécondé par le divin Esprit ne cesse de produire et d’alimenter d’immenses familles religieuses, dont l’élément est la perfection, dont la loi suprême est la pratique des conseils unie par le vœu à celle des préceptes.

Nous ne nous étonnerons plus après cela que l’Épouse resplendisse de ce don des miracles qui atteste visiblement la sainteté. Jésus lui a promis que son front serait toujours entouré de cette surnaturelle auréole : or, l’Apôtre nous enseigne que les prodiges opères dans l’Église sont l’œuvre directe du Saint-Esprit.

Que si quelqu’un fait la remarque que tous les membres de l’Église ne sont pas saints, nous lui répondrons qu’il suffit que cette Épouse du Christ offre à tous le moyen de le devenir ; mais que la liberté étant donnée pour être l’instrument du mérite, il serait contradictoire que ceux qui possèdent la liberté fussent en même temps nécessités au bien. Nous ajouterons qu’un nombre immense de ceux qui sont dans le péché, restant membres de l’Église par la foi et la soumission respectueuse aux pasteurs légitimes et principalement au Pontife romain, rentreront tôt ou tard en grâce avec Dieu et termineront leur vie dans la sainteté. La miséricorde de l’Esprit-Saint opère cette merveille par le moyen de l’Église qui, à l’exemple de son Époux, « n’éteint pas la mèche qui fume encore, et n’achève pas de rompre le roseau déjà éclaté ».

Celle qui a reçu, pour le communiquer à ses membres, le divin septénaire des Sacrements dont nous avons exposé la richesse dans le cours d’une des semaines précédentes, comment ne serait-elle pas sainte ? Est-il rien de plus saint que cet auguste ensemble de rites qui donnent les uns la vie aux pécheurs, les autres l’accroissement de la grâce aux justes ? Ces Sacrements établis par Jésus lui-même et qui sont l’héritage de la sainte Église, ont tous leur relation avec l’Esprit-Saint. Dans le Baptême, la Confirmation et l’Ordre, c’est lui-même qui agit directement ; dans le Sacrifice eucharistique, c’est par son action que l’Homme-Dieu vit et est immolé sur notre autel ; il fait renaître la grâce baptismale dans la Pénitence ; il est l’Esprit de Force qui conforte le mourant dans l’Onction suprême, le lien sacré qui unit indissolublement les époux dans le Mariage. En montant aux cieux, notre Emmanuel nous laissait comme gage de son amour ce septénaire sacramentel ; mais le trésor demeura scellé jusqu’à ce que l’Esprit divin fût descendu. Il devait lui-même mettre l’Épouse en possession d’un dépôt si précieux, l’ayant préparée, en la sanctifiant, à le recevoir dans ses royales mains et à l’administrer fidèlement à ses heureux membres.

L’Église enfin est sainte au moyen de la prière qui en elle est incessante. Celui qui est « l’Esprit de grâce et de prières » produit continuellement dans les fidèles de l’Église, les actes divers qui forment le sublime concert de la prière : adoration, action de grâces, demande, élans du repentir, effusions de l’amour. Il y joint chez plusieurs les dons de la contemplation, par lesquels la créature est tantôt ravie jusqu’en Dieu, tantôt voit descendre Dieu jusqu’à elle avec des faveurs qui tiennent de la vie à venir plus que de celle-ci. Qui pourrait compter les respirations de la sainte Église, je veux dire ses épanchements vers l’Époux, dans les millions de prières qui montent à chaque minute de la terre au ciel, et semblent les unir l’un à l’autre dans le plus étroit embrassement ? Comment ne serait-elle pas sainte, celle qui a ainsi, selon la forte expression de l’Apôtre : « sa conversation dans le ciel ? ».

Mais si la prière des membres est si merveilleuse dans sa multiplication et son ardeur, combien plus encore est imposante et plus belle la prière générale de l’Église elle-même dans la sainte Liturgie, où l’Esprit-Saint agit avec plénitude, inspirant l’Épouse, et lui suggérant ces touchants et nobles accents que nous avons cherché à traduire dans la succession de cet ouvrage ! Que ceux qui nous ont suivi jusqu’ici disent si la prière liturgique n’est pas la première de toutes, si elle n’est pas désormais la lumière et la vie de leur prière personnelle. Qu’ils applaudissent donc à la sainteté de l’Épouse qui leur donne de sa plénitude, et qu’ils glorifient « l’Esprit de grâce et de prière » de ce qu’il daigne faire pour elle et pour eux.

Ô Église, vous êtes « sanctifiée dans la vérité » ; et par vous nous sommes initiés à toute la doctrine de Jésus votre Époux ; par vous nous sommes établis dans la voie de cette sainteté qui est votre élément. Que pouvons-nous désirer, ayant ainsi le Vrai et le Bien ? Hors de vous c’est en vain que nous les chercherions, et notre bonheur consiste en ce que nous n’avons rien à chercher ; car votre cœur de mère ne désire que de répandre sur nous tout ce qu’il a reçu de dons et de lumières. Soyez bénie en cette solennité de la Pentecôte où vous avez tant reçu pour nous ! Nous sommes éblouis de l’éclat des prérogatives que la munificence de votre Époux vous a préparées, et dont l’Esprit-Saint vous comble de sa part ; et maintenant que nous vous connaissons mieux encore, nous promettons de vous être plus fidèles que jamais.

 

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