Saint Antoine-Marie Zaccaria confesseur
Collecte
Faites-nous, Seigneur, la grâce d’apprendre selon l’esprit de l’Apôtre Paul la science suréminente de Jésus-Christ dont le bienheureux Antoine-Marie fut merveilleusement instruit, lui qui rassembla dans votre Église de nouvelles familles de clercs et de religieuses.
Office
Quatrième leçon. Antoine-Marie Zaccaria, né de famille noble à Crémone dans le Milanais fit pressentir dès son enfance sa sainteté future. On vit en effet briller en lui de bonne heure les indices de vertus éminentes, de piété envers Dieu et la bienheureuse Vierge, d’une remarquable charité, surtout à l’égard des pauvres dont il soulagea plus d’une fois la misère, même en se dépouillant pour eux de ses riches vêtements. Après avoir fait ses humanités dans son pays natal, puis sa philosophie à Pavie, il se livra à l’étude de la médecine à Padoue ; et comme il se distinguait entre tous ses condisciples par l’intégrité de sa vie, il les surpassait facilement aussi par la pénétration de son esprit. Ayant conquis ses grades et regagné la maison paternelle, il y comprit, sur un avertissement de Dieu, qu’il était appelé à guérir les maladies des âmes, plutôt que celles des corps, et s’appliqua aussitôt avec le plus grand soin à l’acquisition des sciences sacrées, sans cesser néanmoins de visiter les malades, de donner l’instruction religieuse aux enfants, de réunir des jeunes gens pour cultiver en eux la piété et d’exhorter aussi les personnes avancées en âge à réformer leurs mœurs. Ordonné prêtre, il parut, dit-on, aux yeux du peuple émerveillé, entouré d’une lumière céleste et d’une couronne d’anges, la première fois qu’il offrit le saint Sacrifice. A partir de cette époque, il se mit à pourvoir, avec un zèle plus ardent encore, au salut des âmes et à combattre de toutes ses forces la dépravation des mœurs. Accueillant avec une tendresse paternelle les étrangers, les pauvres et les affligés, il les relevait et les consolait si bien par ses douces paroles et ses secours, que sa maison était regardée comme le refuge des malheureux et qu’il mérita d’être appelé par ses concitoyens le père et l’ange de la patrie.
Cinquième leçon. Pensant que les intérêts chrétiens seraient servis avec plus de fruit s’il s’adjoignait des compagnons pour travailler avec lui à la vigne du Seigneur, il communiqua, dans la ville de Milan, son dessein à Barthélémy Ferrari et à Jacques Morigia, personnages d’une haute noblesse et d’une grande sainteté, et il jeta avec eux les fondements de l’Ordre des Clercs réguliers, qu’il nomma Clercs réguliers de saint Paul, à cause de son amour pour l’Apôtre des Gentils. Cette Société, approuvée par le souverain Pontife Clément VII et confirmée par Paul III, se répandit bientôt dans divers pays. Une Congrégation de saintes Religieuses, les Angéliques, eut également Antoine Marie pour fondateur et père. Lui, cependant, était si désireux de demeurer dans l’humilité et la dépendance, que jamais il ne voulut en aucune manière être à la tête de son Ordre. Si grande fut sa patience, qu’il essuya avec confiance et courage les tempêtes les plus terribles suscitées contre les siens ; si grande sa charité, que jamais il ne cessa d’enflammer d’amour de Dieu les cœurs des religieux par ses pieuses exhortations, de rappeler les prêtres à la vie apostolique, de fonder des associations de pères de famille pour les amener à une vie meilleure. Bien plus, cette charité le poussa quelquefois à parcourir avec les siens les rues et les places publiques, en faisant porter devant lui la croix, pour ramener dans la voie du salut, par la chaleur et la véhémence de ses exhortations, les âmes commençant à s’égarer ou déjà perverties.
Sixième leçon. Il faut rappeler encore qu’Antoine-Marie Zaccaria, brûlant d’amour pour Jésus crucifié, s’efforça de faire honorer par tous le mystère de la Croix, en réunissant à cet effet, chaque vendredi, vers le soir, le peuple fidèle, au son de la cloche. Le très saint nom du Christ revient à chaque instant dans ses écrits, comme il était toujours sur ses lèvres ; vrai disciple de saint Paul, il reproduisait en lui-même les tourments du Sauveur. Un attrait d’amour tout spécial le portrait vers la sainte Eucharistie ; on dit qu’il rétablit l’habitude de recevoir fréquemment la sainte communion et introduisit celle de faire des triduums d’adoration publique en l’honneur du Saint Sacrement, exposé sur un trône élevé. Il pratiqua avec un tel soin la chasteté et la modestie, qu’il donna même un témoignage de son amour pour la pudeur après sa mort, son corps inanimé paraissant pour cela reprendre la vie. A ces vertus vinrent s’ajouter des faveurs célestes, les extases, le don des larmes, la connaissance des événements futurs, le don de scruter les cœurs, une grande puissance contre l’ennemi du genre humain. Enfin, après avoir accompli partout de grands travaux, il tomba gravement malade à Quastallo, où il avait été appelé pour rétablir la paix. Ramené à Crémone, au milieu des larmes des siens et des embrassements de sa très pieuse mère, à laquelle il annonça qu’elle mourrait très prochainement, consolé par la vision céleste des Apôtres et prophétisant le progrès de son Ordre, il mourut très saintement à l’âge de trente-six ans, le troisième jour des nones de juillet de l’an mil cinq cent trente-neuf. Sa renommée d’éminente sainteté et ses nombreux miracles amenèrent aussitôt le peuple chrétien à honorer d’un culte particulier ce grand serviteur de Dieu ; et ce culte, le souverain Pontife Léon XIII l’a ratifié et confirmé, en inscrivant solennellement Antoine-Marie Zaccaria dans les fastes des Saints, le jour de la fête de l’Ascension de notre Seigneur, de l’année mil huit cent quatre-vingt-dix-sept. »
Après Gaétan de Thienne, avant Ignace de Loyola, Antoine-Marie mérita d’être le père d’une de ces familles religieuses qui furent appelées en si grand nombre, au XVIe siècle, à réparer les ruines de la maison de Dieu. La Lombardie, épuisée, démoralisée par les guerres dont la possession du duché de Milan avait été l’enjeu, se reprit à croire, à espérer, à aimer, au spectacle des héroïques vertus de Zaccaria ; elle écouta ses prédications enflammées qui l’appelaient à la pénitence, à la méditation de la Passion du Sauveur, au culte plus assidu, à l’adoration plus solennelle de la très sainte Eucharistie. Ainsi fut-il en toute vérité le précurseur de saint Charles Borromée qui, dans la réforme du clergé, du peuple, des monastères du Milanais, n’eut pas d’auxiliaires plus précieux que ses fils et ses filles, les Clercs réguliers et les Angéliques de Saint-Paul.
L’oratoire de l’éternelle Sagesse avait vu, à Milan, les débuts de la Congrégation nouvelle ; l’église Saint-Barnabé, où elle s’établit peu après la mort de Zaccaria et qui garde aujourd’hui son corps, fit donner le nom de Barnabites à ces autres disciples du Docteur des nations. Ils devaient par la suite se répandre, non seulement dans toute l’Italie, mais en France, en Autriche, en Suède, et jusqu’en Chine et en Birmanie, s’adonnant aux missions, à l’enseignement de la jeunesse, à toutes les œuvres qui intéressent le culte divin et la sanctification des âmes. Quant au saint fondateur, dès l’année 1539, aux premières Vêpres de l’Octave des Apôtres, il s’envolait au ciel à trente-six ans, de la maison même où il était né, des bras de la pieuse mère qui l’avait élevé pour Dieu et qui le rejoignait peu après.
Lorsque parurent au siècle suivant les célèbres décrets d’Urbain VIII, il manquait cinq années à la prescription centenaire qui eût permis de considérer comme acquis le culte rendu au bienheureux dès après sa mort ; et comme, d’autre part, les témoins requis dans ces mêmes décrets pour la canonisation régulière des serviteurs de Dieu avaient disparu, la cause demeura en suspens : ce fut le Souverain Pontife Léon XIII qui, de nos jours, ayant d’abord (en 1890) réintégré le culte d’Antoine-Marie, l’inscrivit solennellement, quelques années plus tard, au nombre des Saints et étendit sa fête à toute l’Église.
En cette Octave des saints Apôtres, vous nous apparaissez, ô bienheureux, comme une pierre de grand prix rehaussant leur couronne. De la place d’honneur où monte ainsi vers vous l’hommage de l’Église, daignez bénir ceux qui comme vous poursuivent ici-bas l’œuvre apostolique, sans retour sur eux-mêmes, sans espoir qu’en Dieu, sans se lasser des perpétuels recommencements qu’imposent aux ouvriers du salut la sape et la mine de l’enfer.
De notre temps comme de vos jours, les démolisseurs applaudissent au renversement prochain de la maison de Dieu ; et tout semble, maintenant comme alors, justifier leur funeste espérance. De notre temps comme de vos jours cependant, l’enseignement des Apôtres, soutenu de l’exemple et de la prière des Saints, suffit à sauver la terre. Si plus que jamais le monde ne voit que folie dans la Croix et ceux qui la prêchent, plus que jamais elle demeure seule pourtant la vertu de Dieu. Derechef s’accomplit sous nos yeux l’oracle qui dit : Je perdrai la sagesse des sages, je condamnerai la prudence des prudents. Où sont à cette heure, en effet, les sages ? Où sont les doctes et les habiles qui se promettaient d’adapter aux exigences de temps nouveaux la parole du salut ? La première condition du triomphe qui ne manque jamais, dit l’Apôtre, aux fidèles du Christ Jésus, est de n’altérer point le Verbe de Dieu, de l’annoncer sous l’œil de Dieu tel que Dieu nous le donne, ne prétendant point le rendre acceptable pour ceux qui s’obstinent à périr.
Disciple de Paul et son imitateur fidèle, ce fut la science du Christ apprise à son école qui, de médecin des corps, vous fit sauveur d’âmes ; ce fut l’amour, supérieur à toute science, qui jusque par delà le tombeau rendit féconde votre vie si courte et pourtant si remplie. Puisse Dieu, comme le demande par votre intercession l’Église, susciter au milieu de nous cet esprit réparateur et sauveur ; puissent, les premiers, vos fils et vos filles, rangés sous la bannière apostolique, faire honneur toujours au grand nom du Docteur des nations.
VIème jour dans l’octave des Saints Pierre et Paul
Collecte
Dieu, vous avez consacré ce jour par le martyre de vos Apôtres saint Pierre et saint Paul : faites la grâce à votre Église de suivre en tout le précepte de ceux par qui la religion a commencé.
Office
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
De l’Exposition de saint Jean Chrysostome, sur l’Épître aux Romains.
Quatrième leçon. Puisque l’Apôtre Paul implore pour nous la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, source de tous les biens, il nous reste à nous montrer dignes d’un tel patronage ; en sorte que non seulement nous écoutions ici-bas la voix de saint Paul, mais que nous méritions aussi de voir l’athlète du Christ, quand nous aurons émigré dans l’autre monde. D’ailleurs si nous l’écoutons sur terre, nous le verrons certainement dans le ciel : non sans doute comme placés tout près de lui, mais nous le verrons tout resplendissant (de gloire), au pied du trône royal où les Chérubins glorifient Dieu, où les Séraphins déploient leurs ailes. Là nous verrons Paul, placé avec Pierre à la tête des Saints et dirigeant leurs chœurs ; là nous jouirons de sa charité fraternelle.
Cinquième leçon. S’il a tellement aimé les hommes quand il se trouvait sur la terre que, malgré son vif désir de voir ses liens rompus et d’être avec le Christ, il a cependant choisi de rester encore ici-bas, à plus forte raison nous témoignera-t-il là-haut une charité très ardente. C’est à cause de lui que moi j’aime Rome quoique j’aie d’autres sujets de la louer, comme sa grandeur, son antiquité, sa beauté, sa nombreuse population, sa puissance, ses richesses et ses exploits guerriers, laissant tout cela de côté, je la proclame heureuse de ce que Paul, quand il vivait, eut tant de bienveillance et d’amour pour ses habitants, de ce qu’il les instruisit de vive voix, et qu’il termina sa vie au milieu d’eux. Ce sont eux qui possèdent sa dépouille sainte et voilà ce qui rend par-dessus tout, leur ville si célèbre. Comme un grand et robuste corps, elle a deux yeux pleins d’éclat, à savoir les reliques de ces deux Saints
Sixième leçon. Le ciel resplendit d’un -moins vif éclat quand le soleil verse d’en haut ses rayons, que la ville des Romains avec ces deux flambeaux, répandant la lumière dans les pays de la terre. C’est de là que Paul, c’est de là que Pierre seront enlevés de ce monde. Représentez-vous, non sans effroi, quel spectacle ce sera pour Rome de voir Paul ressusciter tout à coup avec Pierre du fond de ce monument, pour être portés dans les airs à la rencontre du Seigneur. Quelle rose Rome ne présentera-t-elle pas au Christ ? De quelle double couronne n’est pas ornée cette ville ? De quelles chaînes d’or n’est-elle pas ceinte ? Quelles fontaines ne possède-t-elle pas ? Ainsi donc j’admire cette ville, non pour l’or qu’elle a en abondance, ni pour ses colonnes, ni pour la beauté de toute autre chose, mais bien pour ces deux colonnes de l’Église. Qui me donnera d’aller maintenant faire à genoux le tour des restes de Paul, de coller mes lèvres à son tombeau, de voir la poussière de ces membres dans lesquels Paul complétait par ses souffrances la passion du Christ, portait les stigmates du Sauveur, répandait partout, comme une semence, la prédication de l’Évangile ?
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Bède le Vénérable, Prêtre.
Septième leçon. Au jugement dernier, il y aura deux classes d’élus. Les uns jugeront avec le Seigneur ; ce sont ceux dont il parle ici, qui auront tout quitté pour le suivre. Les autres seront jugés par le Seigneur. Ce sont ceux qui, sans avoir tout quitté comme les premiers, auront eu soin de dépenser leurs biens en aumônes quotidiennes aux pauvres de Jésus-Christ ; aussi le divin Juge leur dira-t-il : « Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde : car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire. »
Huitième leçon. Mais les paroles du Seigneur nous révèlent qu’il y aura aussi deux classes de réprouvés ; ceux qui, après avoir été initiés aux mystères de la foi chrétienne, s’abstiennent par mépris d’accomplir les œuvres de la foi et auxquels le grand Juge dira : « Allez loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé au diable et à ses anges ; car j’ai eu faim, et vous ne m’avez point donné à manger ». La seconde classe de damnés comprendra ceux qui n’auront jamais reçu la foi de Jésus-Christ, ni participé à ses mystères, ou qui, ayant reçu la foi, l’auront abandonnée par l’apostasie, et c’est de chacun d’eux qu’il est dit : « Celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu ».
Neuvième leçon. Après avoir brièvement rappelé ces choses avec la crainte et l’effroi qu’elles doivent inspirer, prêtons plus volontiers l’oreille aux promesses très consolantes de notre Seigneur et Sauveur. Voyons par quels excès de bonté prodigieuse il promet à ses disciples, non seulement les récompenses de la vie éternelle, mais encore d’insignes faveurs pour la vie présente. « Et quiconque, dit-il, aura quitté sa maison ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses champs, à cause de mon nom, recevra le centuple, et aura pour héritage, la vie éternelle ». En effet celui qui aura renoncé, soit aux affections soit aux possessions terrestres pour être le disciple du Christ, éprouvera que plus il aura été avant dans l’amour de Jésus, plus il trouvera de personnes qui se feront une joie de le recevoir avec toute affection de cœur, et de le sustenter de leurs biens.
Pierre et Paul ne cessent point d’écouter par le monde la prière de leurs dévots clients. Le temps n’a rien enlevé à leur puissance ; et, pas plus au ciel qu’autrefois sur la terre, la grandeur des intérêts généraux de la sainte Église ne les absorbe, au point de négliger la demande du plus petit des habitants de cette glorieuse cité de Dieu, dont ils furent et restent les princes. Un des triomphes de l’enfer à notre époque étant d’avoir endormi sur ce point la foi des justes eux-mêmes, il nous faut insister pour secouer ce sommeil funeste, qui n’irait à rien moins qu’à mettre en oubli le plus touchant côté de ce que le Seigneur a voulu faire, en confiant à des hommes le soin de continuer son œuvre et de le représenter visiblement ici-bas.
L’erreur qui détournait le monde de Pierre n’aura décidément vécu, que lorsque le monde verra en lui, non seulement la fermeté du roc résistant aux assauts des portes de l’enfer, mais aussi la tendresse de cœur, la paternelle sollicitude qui font de lui le vicaire de Jésus dans son amour. L’Église, en effet, n’est pas seulement un édifice dont la durée doit être éternelle : elle est aussi une famille et une bergerie ; c’est pourquoi le Seigneur, voulant laisser à son œuvre, en quittant la terre, une triple garantie, exigea de l’élu de sa confiance une triple affirmation d’amour, et alors seulement l’investit de son ministère sublime, disant : Pais mes brebis.
« Or, s’écrie saint Léon, loin de nous le doute que, ce ministère de pasteur, Pierre ne l’exerce encore, qu’il ne demeure fidèle à cet engagement d’un amour éternel, qu’il ne continue d’observer avec une tendresse infinie le commandement du Seigneur, nous confirmant dans le bien par ses exhortations, priant sans cesse afin qu’aucune tentation ne prévale sur nous. Et cette tendresse, qui embrasse tout le peuple de Dieu, elle est plus vaste et plus puissante maintenant que lorsqu’il était mortel encore, parce que tous les devoirs et les multiples sollicitudes de sa paternité immense, il y fait honneur en celui et avec celui qui l’a glorifié ».
« Si partout, dit encore saint Léon, les martyrs ont reçu, en retour de leur mort et pour manifester leurs mérites, la puissance d’aider ceux qui sont en péril, de chasser maladies et esprits immondes, de guérir des maux innombrables : qui donc serait assez ignorant ou envieux de la gloire du bienheureux Pierre, pour estimer qu’aucune partie de l’Église échappe à sa sollicitude et ne lui doive accroissement ? Toujours brûle, toujours vit, dans le prince des Apôtres, cet amour de Dieu et des hommes que ne domptèrent ni l’étroitesse ni les fers des cachots, ni les fureurs des foules, ni la colère des rois ; la victoire n’a point attiédi ce que le combat n’avait su réduire. Lors donc que, de nos jours, les chagrins font place à la joie, le labeur au repos, la discorde à la paix, nous reconnaissons dans ces secourables effets les mérites et la prière de notre chef. Bien souvent nous avons l’expérience qu’il préside aux salutaires conseils, aux justes jugements ; le droit de lier et de délier est exercé par nous, et c’est l’influence du très bienheureux Pierre qui amène le condamné à pénitence, le pardonné à la grâce Et cette expérience qui nous est personnelle, nos pères aussi l’ont connue ; en sorte que nous croyons et tenons pour sûr que, dans toutes les peines de cette vie, la prière apostolique doit nous être une aide et sauvegarde spéciale auprès de la miséricorde de Dieu ».
L’évêque de Milan, saint Ambroise, exalte, lui aussi, magnifiquement l’action apostolique sans cesse efficace et vivante en l’Église. Mais où il excelle en son exposition toujours si suave et si sûre, c’est quand, s’élevant dans les régions sublimes où se complaît sa grande âme, il exprime avec une délicatesse et une profondeur également infinies le rôle de Pierre et celui de Paul dans la sanctification des élus.
« L’Église, dit-il, est un navire où Pierre doit pêcher ; et, dans cette pêche, il reçoit ordre d’user tantôt des filets, tantôt de l’hameçon. Grand mystère ! car cette pêche est toute spirituelle. Le filet enserre, l’hameçon blesse ; mais au filet la foule, à l’hameçon le poisson solitaire. O bon poisson, ne redoute point l’hameçon de Pierre : il ne tue pas, mais consacre ; précieuse blessure que la sienne, qui, dans le sang, fait trouver la pièce de bon aloi nécessaire à l’acquittement du tribut de l’Apôtre et du Maître. Donc ne t’estime pas peu de chose, parce que ton corps est faible : tu as en ta bouche de quoi payer pour le Christ et pour Pierre. Car un trésor est en nous, le Verbe de Dieu ; la confession de Jésus le met sur nos lèvres. C’est pourquoi il est dit à Simon : Va en pleine mer, c’est-à-dire, au cœur de l’homme ; car le cœur de l’homme, en ses conseils, est comme les eaux profondes. Va en pleine mer, c’est-à-dire, au Christ ; car le Christ est le réservoir profond des eaux vives, en lequel sont les trésors de la sagesse et de la science. Tous les jours, Pierre continue de pêcher ; tous les jours, le Seigneur lui dit : Va en pleine mer. Mais il me semble entendre dire à Pierre : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre. Pierre peine en nous, quand notre dévotion est laborieuse. Paul alors, lui aussi, est en labeur ; vous l’avez entendu aujourd’hui, qui disait : Qui est malade, sans que moi-même je sois malade ? Faites en sorte que les Apôtres n’aient pas ainsi à peiner pour vous »
Saint Irénée évêque et martyr
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Dieu, vous avez accordé au bienheureux Irénée, votre Martyr et Pontife, de réprimer les hérésies par la vérité de sa doctrine et d’affermir la paix de l’Église : nous vous en supplions, donnez à votre peuple la constance dans la sainte religion, et à nos temps la paix.
Office
Quatrième leçon. Irénée, né dans l’Asie proconsulaire non loin de la ville de Smyrne se mit dès son enfance sous la conduite de saint Polycarpe, disciple de saint Jean l’Évangéliste et Évêque de cette Église de Smyrne. Grâce à la direction de cet excellent maître, ses progrès dans la connaissance et la pratique de la religion chrétienne furent remarquables. Quand Polycarpe lui eut été enlevé pour le ciel par un glorieux martyre, Irénée, bien qu’admirablement instruit des saintes Écritures, brûlait cependant encore du plus ardent désir d’étudier au lieu même où elles avaient été confiées à leur garde, les traditions que d’autres pouvaient avoir reçues quant à l’enseignement et aux institutions apostoliques. Il put rencontrer plusieurs disciples des Apôtres ; ce qu’il apprit d’eux, il le grava dans sa mémoire, et il devait dans la suite opposer fort à propos ce qu’il en avait recueilli, aux hérésies qu’il voyait s’étendre chaque jour davantage non sans grand péril pour le peuple chrétien, et qu’il se proposait de combattre avec soin et abondance de preuves. S’étant rendu dans les Gaules, Irénée fut ordonné prêtre de l’Église de Lyon par l’Évêque Pothin. Il remplit les devoirs de son ministère avec tant d’assiduité pour la prédication et tant de science qu’au témoignage de saints Martyrs qui combattirent courageusement pour la vraie religion sous l’empereur Marc-Aurèle, il se montra le zélateur du testament du Christ.
Cinquième leçon. Comme les Confesseurs de la foi eux-mêmes et le clergé de Lyon étaient au plus haut point préoccupés de la paix des Églises d’Asie que troublait la faction des Montanistes, ils s’adressèrent à Irénée qu’ils proclamaient être l’homme le plus capable d’obtenir gain de cause, et le choisirent avec grande unanimité pour aller prier le Pape Éleuthère de condamner les nouveaux sectaires par l’autorité du Siège apostolique et de supprimer ainsi la cause des discordes. Déjà l’Évêque Pothin était mort martyr, Irénée lui ayant succédé s’acquitta de la charge épiscopale avec tant de succès, par sa sagesse, sa prière et son exemple, qu’en peu de temps il vit non seulement tous les habitants de Lyon, mais ceux de beaucoup d’autres cités gauloises, rejeter l’erreur et la superstition et s’inscrire dans la milice chrétienne. Tandis qu’il se livrait à ces labeurs apostoliques une discussion s’était élevée au sujet du jour auquel il convenait de célébrer la fête de Pâques et, le Pontife romain Victor voyant les Évêques d’Asie se séparer presque tous de leurs frères dans l’épiscopat quant au jour de cette célébration, les traitait avec rigueur ou menaçait de les excommunier. Irénée, ami de la paix, intervint respectueusement auprès du Pape et, faisant valoir l’exemple des Pontifes précédents, il l’amena à ne pas souffrir que tant d’Églises se séparassent de l’unité catholique à propos d’un rite qu’elles affirmaient avoir reçu par tradition.
Sixième leçon. Irénée composa de nombreux ouvrages qu’ont cité Eusèbe de Césarée et saint Jérôme ; mais dont une grande partie a disparu par le malheur des temps. On a encore de lui cinq livres contre les hérésies, écrits vers l’année cent quatre vingt, quand Éleuthère régissait encore la chrétienté. Dans le troisième de ces livres, l’homme de Dieu, instruit par ceux qu’il déclare avoir ouï l’enseignement direct des Apôtres, dit au sujet de l’Église romaine et de sa succession de Pontifes, que son témoignage est le plus grand et le plus éclatant parce qu’elle a la garde fidèle perpétuelle et très sûre de la tradition divine. Aussi, ajoute-t-il, est-il nécessaire qu’avec cette Église, en raison de sa puissante primauté, s’accorde toute Église, c’est-à-dire les fidèles de tous les lieux. En même temps que d’innombrables chrétiens qui lui devaient le bonheur d’être parvenus à la vraie foi, Irénée obtint enfin la couronne du martyre et partit pour le ciel l’an du salut deux cent deux, alors que Septime Sévère avait ordonné de vouer à la torture et à la mort tous ceux qui voudraient persévérer avec constance dans la pratique de la religion chrétienne. Le Souverain Pontife Benoît XV a ordonné d’étendre la fête de saint Irénée à l’Église universelle. »
L’Année Liturgique est écrite avant que la fête de St Irénée ne soit inscrite au calendrier universel en 1921, d’abord à la date du 28 juin, ce qui entraîna le déplacement de celle de Léon ‘II’ au 3 juillet, puis à la date du 3 juillet en 1960, avec la suppression de Léon ‘II’.
Quoique la fête de saint Léon II eût suffi par elle-même à compléter les enseignements de cette journée, l’Église de Lyon présente à la reconnaissante admiration du monde, en ce même jour, son grand docteur, le pacifique et vaillant Irénée, lumière de l’Occident. A cette date qui le vit confirmer dans son sang la doctrine qu’il avait prêchée, il est bon de l’écouter rendant à l’Église-mère le témoignage célèbre qui, jusqu’à nos temps, a désespéré l’hérésie et confondu l’enfer ; c’est pour une instruction si propre à préparer nos cœurs aux gloires du lendemain, que l’éternelle Sagesse a voulu fixer aujourd’hui son triomphe. Entendons l’élève de Polycarpe, l’auditeur zélé des disciples des Apôtres, celui que sa science et ses pérégrinations, depuis la brillante Ionie jusqu’au pays des Celtes, ont rendu le témoin le plus autorisé de la foi des Églises au second siècle. Toutes ces Églises, nous dit l’évêque de Lyon, s’inclinent devant Rome la maîtresse et la mère. « Car c’est avec elle, à cause de sa principauté supérieure, qu’il faut que s’accordent les autres ; c’est en elle que les fidèles qui sont en tous lieux, gardent toujours pure la foi qui leur fut prêchée. Grande et vénérable par son antiquité entre toutes, connue de tous, fondée par Pierre et Paul les deux plus glorieux des Apôtres, ses évêques sont, par leur succession, le canal qui transmet jusqu’à nous dans son intégrité la tradition apostolique : de telle sorte que quiconque diffère d’elle en sa croyance, est confondu par le seul fait ».
La pierre qui porte l’Église était dès lors inébranlable aux efforts de la fausse science. Et pourtant ce n’était pas une attaque sans périls que celle de la Gnose, hérésie multiple, aux trames ourdies, dans un étrange accord, par les puissances les plus opposées de l’abîme. On eût dit que, pour éprouver le fondement qu’il avait posé, le Christ avait permis à l’enfer d’essayer contre lui l’assaut simultané de toutes les erreurs qui se divisaient alors le monde, ou même devaient plus tard se partager les siècles. Simon le Mage, engagé par Satan dans les filets des sciences occultes, fut choisi pour lieutenant du prince des ténèbres dans cette entreprise. Démasqué à Samarie par le vicaire de l’Homme-Dieu, il avait commencé, contre Simon Pierre, une lutte jalouse qui ne se termina point à la mort tragique du père des hérésies, mais continua plus vive encore dans le siècle suivant, grâce aux disciples qu’il s’était formés. Saturnin, Basilide, Valentin ne firent qu’appliquer les données du maître, en les diversifiant selon les instincts que faisait naître autour d’eux la corruption de l’esprit ou du cœur. Procédé d’autant plus avouable, que la prétention du Mage avait été de sceller l’alliance des philosophies, des religions, des aspirations les plus contradictoires de l’humanité. Il n’était point d’aberrations, depuis le dualisme persan, l’idéalisme hindou, jusqu’à la cabale juive et au polythéisme grec, qui ne se donnassent la main dans le sanctuaire réservé de la Gnose ; là, déjà, se voyaient formulées les hétérodoxes conceptions d’Arius et d’Eutychès ; là par avance prenaient mouvement et vie, dans un roman panthéistique étrange, les plus bizarres des rêves creux de la métaphysique allemande. Dieu abîme, roulant de chute en chute jusqu’à la matière, pour prendre conscience de lui-même dans l’humanité et retourner par l’anéantissement au silence éternel : c’était tout le dogme de la Gnose, engendrant pour morale un composé de mystique transcendante et de pratiques impures, posant en politique les bases du communisme et du nihilisme modernes.
Combien ce spectacle de la Babel gnostique, élevant ses matériaux incohérents sur les eaux de l’orgueil ou des passions immondes, était de nature à faire ressortir l’admirable unité présidant aux accroissements de la cité sainte ! Saint Irénée, choisi de Dieu pour opposer à la Gnose les arguments de sa puissante logique et rétablir contre elle le sens véritable des Écritures, excellait plus encore, quand, en face des mille sectes portant si ouvertement la marque du père de la division et du mensonge, il montrait l’Église gardant pieusement dans l’univers entier la tradition reçue des Apôtres. La foi à la Trinité sainte gouvernant ce monde qui est son ouvrage, au mystère de justice et de miséricorde qui, délaissant les anges tombés, a relevé jusqu’à notre chair en Jésus le bien-aimé, fils de Marie, notre Dieu, notre Sauveur et Roi : tel était le dépôt que Pierre et Paul, que les Apôtres et leurs disciples avaient confié au monde « L’Église donc, constate saint Irénée dans son pieux et docte enthousiasme, l’Église ayant reçu cette foi la garde diligemment, faisant comme une maison unique de la terre où elle vit dispersée : ensemble elle croit, d’une seule âme, d’un seul cœur ; d’une même voix elle prêche, enseigne, transmet la doctrine, comme n’ayant qu’une seule bouche. Car, encore bien que dans le monde les idiomes soient divers, cela pourtant n’empêche point que la tradition demeure une en sa sève. Les églises fondées dans la Germanie, chez les Ibères ou les Celtes, ne croient point autrement, n’enseignent point autrement que les églises de l’Orient, de l’Égypte, de la Libye, ou celles qui sont établies au centre du monde. Mais comme le soleil, créature de Dieu, est le même et demeure un dans l’univers entier : ainsi l’enseignement de la vérité resplendit, illuminant tout homme qui veut parvenir à la connaissance du vrai. Que les chefs des églises soient inégaux dans l’art de bien dire, la tradition n’en est point modifiée : celui qui l’expose éloquemment ne saurait l’accroître ; celui qui parle avec moins d’abondance ne la diminue pas ».
Unité sainte, foi précieuse déposée comme un ferment d’éternelle jeunesse en nos cœurs, ceux-là ne vous connaissent point qui se détournent de l’Église. S’éloignant d’elle, ils perdent Jésus et tous ses dons. « Car où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu ; et où se trouve l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce. Infortunés qui s’en séparent, ils ne puisent point la vie aux mamelles nourrissantes où les appelait leur mère, ils n’étanchent point leur soif à la très pure fontaine du corps du Sauveur ; mais, loin de la pierre unique, ils s’abreuvent à la boue des citernes creusées dans le limon fétide où ne séjourne point l’eau de la vérité ». Sophistes pleins de formules et vides du vrai, que leur servira leur science ? « Oh ! combien, s’écrie l’évêque de Lyon dans un élan dont l’auteur de l’Imitation semblera s’inspirer plus tard combien meilleur il est d’être ignorant ou de peu de science, et d’approcher de Dieu par l’amour ! Quelle utilité de savoir, de passer pour avoir beaucoup appris, et d’être ennemi de son Seigneur ? Et c’est pourquoi Paul s’écriait : La science enfle, mais la charité édifie. Non qu’il réprouvât la vraie science de Dieu : autrement, il se fût condamné lui-même le premier ; mais il voyait que quelques-uns, s’élevant sous prétexte de science, ne savaient plus aimer. Oui certes, pourtant : mieux vaut ne rien du tout savoir, ignorer les raisons des choses, et croire à Dieu et posséder la charité. Évitons la vaine enflure qui nous ferait déchoir de l’amour, vie de nos âmes ; que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, crucifié pour nous, soit toute notre science ».
Plutôt que de relever ici, à la suite d’illustres auteurs, le génie de l’éminent controversiste du second siècle, il nous plaît de citer de ces traits qui nous font entrer dans sa grande âme, et nous révèlent sa sainteté si aimante et si douce. « Quand viendra l’Époux, dit-il encore des malheureux qu’il voudrait ramener, ce n’est pas leur science qui tiendra leur lampe allumée, et ils se trouveront exclus de la chambre nuptiale ».
En maints endroits, au milieu de l’argumentation la plus serrée, celui qu’on pourrait appeler le petit-fils du disciple bien-aimé trahit son cœur ; il montre sur les traces d’Abraham la voie qui conduit à l’Époux : sa bouche alors redit sans fin le nom qui remplit ses pensées. Nous reconnaîtrons, dans ces paroles émues, l’apôtre qui avait quitté famille et patrie pour avancer le règne du Verbe en notre terre des Gaules : « Abraham fit bien d’abandonner sa parenté terrestre pour suivre le Verbe de Dieu, de s’exiler avec le Verbe pour vivre avec lui. Les Apôtres rirent bien, pour suivre le Verbe de Dieu, d’abandonner leur barque et leur père. Nous aussi, qui avons la même foi qu’Abraham, nous faisons bien, portant la croix comme Isaac le bois, de marcher à sa suite. En Abraham l’humanité connut qu’elle pouvait suivre le Verbe de Dieu, et elle affermit ses pas dans cette voie bienheureuse. Le Verbe, lui, cependant, disposait l’homme aux mystères divins par des figures éclairant l’avenir. Moïse épousait l’Éthiopienne, rendue ainsi fille d’Israël : et par ces noces de Moïse les noces du Verbe étaient montrées, et par cette Éthiopienne était signifiée l’Église sortie des gentils ; en attendant le jour où le Verbe lui-même viendrait laver de ses mains, au banquet de la Cène, les souillures des filles de Sion. Car il faut que le temple soit pur, où l’Époux et l’Épouse goûteront les délices de l’Esprit de Dieu ; et comme l’Épouse ne peut elle-même prendre un Époux, mais doit attendre qu’elle soit recherchée : ainsi cette chair ne peut monter seule à la magnificence du trône divin ; mais quand l’Époux viendra, il l’élèvera, elle le possédera moins qu’elle ne sera possédée par lui. Le Verbe fait chair se l’assimilera pleinement, et la rendra précieuse au Père par cette conformité avec son Verbe visible. Et alors se consommera l’union à Dieu dans l’amour. L’union divine est vie et lumière ; elle donne la jouissance de tous les biens qui sont à Dieu ; elle est éternelle de soi, comme ces biens eux-mêmes. Malheur à ceux qui s’en éloignent : leur châtiment vient moins de Dieu que d’eux-mêmes et du libre choix par lequel, se détournant de Dieu, ils ont perdu tous les biens ».
La perte de la foi étant, de toutes les causes de l’éloignement de Dieu, la plus radicale et la plus profonde, on ne doit pas s’étonner de l’horreur qu’inspirait l’hérésie, dans ces temps où l’union à Dieu était le trésor qu’ambitionnaient toutes les conditions et tous les âges. Le nom d’Irénée signifie la paix ; et, justifiant ce beau nom, sa condescendante charité amena un jour le Pontife Romain à déposer ses foudres dans la question, pourtant si grave, de la célébration de la Pâque. Néanmoins, c’est Irénée qui nous rapporte de Polycarpe son maître, qu’ayant rencontré Marcion l’hérétique, sur sa demande s’il le connaissait, il lui répondit : « Je te reconnais pour le premier-né de Satan ». C’est lui encore de qui nous tenons que l’apôtre saint Jean s’enfuit précipitamment d’un édifice public, à la vue de Cérinthe qui s’y trouvait, de peur, disait-il, que la présence de cet ennemi de la vérité ne fît écrouler les murailles : « tant, remarque l’évêque de Lyon, les Apôtres et leurs disciples avaient crainte de communiquer, même en parole, avec quelqu’un de ceux qui altéraient la vérité ». Celui que les compagnons de Pothin et de Blandine nommaient dans leur prison le zélateur du Testament du Christ, était, sur ce point comme en tous les autres, le digne héritier de Jean et de Polycarpe. Loin d’en souffrir, son cœur, comme celui de ses maîtres vénérés, puisait dans cette pureté de l’intelligence la tendresse infinie dont il faisait preuve envers les égarés qu’il espérait sauver encore. Quoi de plus touchant que la lettre écrite par Irénée à l’un de ces malheureux, que le mirage des nouvelles doctrines entraînait au gouffre : « O Florinus, cet enseignement n’est point celui que vous ont transmis nos anciens, les disciples des Apôtres. Je vous ai vu autrefois près de Polycarpe ; vous brilliez à la cour, et n’en cherchiez pas moins à lui plaire. Je n’étais qu’un enfant, mais je me souviens mieux des choses d’alors que des événements arrivés hier ; les souvenirs de l’enfance font comme partie de l’âme, en effet ; ils grandissent avec elle. Je pourrais dire encore l’endroit où le bienheureux Polycarpe s’asseyait pour nous entretenir, sa démarche, son abord, son genre de vie, tous ses traits, les discours enfin qu’il faisait à la multitude. Vous vous rappelez comment il nous racontait ses relations avec Jean et les autres qui avaient vu le Seigneur, avec quelle fidélité de mémoire il redisait leurs paroles ; ce qu’il en avait appris touchant le Seigneur, ses miracles, sa doctrine, Polycarpe nous le transmettait comme le tenant de ceux-là mêmes qui avaient vu de leurs yeux le Verbe de vie ; et tout, dans ce qu’il nous disait, était conforme aux Écritures. Quelle grâce de Dieu que ces entretiens ! J’écoutais avidement, transcrivant tout, non sur le parchemin, mais dans mon cœur ; et à l’heure qu’il est, parla même grâce de Dieu, j’en vis toujours. Aussi puis-je l’attester devant Dieu : si le bienheureux, l’apostolique vieillard, eût entendu des discours tels que les vôtres, il eût poussé un grand cri, et se serait bouché les oreilles, en disant selon sa coutume : O Dieu très bon, à quels temps m’avez-vous réservé ! Et il se fût levé aussitôt pour fuir ce lieu de blasphème »
Mais il est temps de donner le récit liturgique concernant l’histoire du grand évêque et martyr ].
Irénée naquit en Asie proconsulaire, non loin de la ville de Smyrne. Il s’était mis dès son enfance à l’école de Polycarpe, disciple de saint Jean l’Évangéliste et évêque de Smyrne. Sous un si excellent maître, il fit des progrès merveilleux dans la science de la religion et la pratique des vertus chrétiennes. Il était embrasé d’un incroyable désir d’apprendre les doctrines qu’avaient reçues en dépôt tous les disciples des Apôtres ; aussi, quoique déjà maître dans les saintes Lettres, lorsque Polycarpe eut été enlevé au ciel dans la gloire du martyre, il entreprit de visiter le plus grand nombre qu’il put de ces anciens, tenant bonne mémoire de tous leurs discours. C’est ainsi que, par la suite, il lui fut possible de les opposer avec avantage aux hérésies. Celles-ci, en effet, s’étendant toujours plus chaque jour, au grand dommage du peuple chrétien, il avait conçu la pensée d’en faire une réfutation soignée et approfondie.
Venu dans les Gaules, il fut attaché comme prêtre à l’église de Lyon par l’évêque saint Pothin, et brilla dans cette charge par le zèle, la parole et la science. Vrai zélateur du testament du Christ, au témoignage des saints martyrs qui combattirent vaillamment pour la foi sous l’empereur Marc-Aurèle, ces généreux athlètes et le clergé de Lyon ne crurent pouvoir remettre en meilleures mains qu’en les siennes l’affaire de la pacification des églises d’Asie, que l’hérésie de Montan avait troublées ; dans cette cause donc qui leur tenait à cœur, ils choisirent Irénée entre tous comme le plus digne, et l’envoyèrent au Pape Éleuthère pour le prier de condamner par sentence Apostolique les nouveaux sectaires, et de mettre ainsi fin aux dissensions.
L’évêque Pothin était mort martyr. Irénée lui fut donné pour successeur. Son épiscopat fut si heureux, grâce à la sagesse dont il fit preuve, à sa prière, à ses exemples, qu’on vit bientôt, non seulement la ville de Lyon tout entière, mais encore un grand nombre d’habitants d’autres cités gauloises, renoncer à l’erreur de leurs superstitions et donner leur nom à la milice chrétienne. Cependant une contestation s’était élevée au sujet du jour où l’on devait célébrer la Pâque ; les évêques d’Asie étaient en désaccord avec presque tous leurs autres collègues, et le Pontife Romain, Victor, les avait déjà séparés de la communion des saints ou menaçait de le faire, lorsque Irénée se fit près de lui le respectueux apôtre de la paix : s’appuyant de la conduite des pontifes précédents, il l’amena à ne pas souffrir que tant d’églises fussent arrachées à l’unité catholique, pour un rit qu’elles disaient avoir reçu de leurs pères.
Il écrivit de nombreux ouvrages, qui sont mentionnes par Eusèbe de Césarée et saint Jérôme. Une grande partie a péri par injure des temps. Mais nous avons toujours ses cinq livres contre les hérésies, composés environ l’an cent quatre-vingt, lorsqu’Éleuthère gouvernait encore l’Église. Au troisième livre, l’homme de Dieu, instruit par ceux qui furent sans conteste les disciples des Apôtres, rend à l’église Romaine et à la succession de ses évêques un témoignage éclatant et grave entre tous : elle est pour lui la fidèle, perpétuelle et très sûre gardienne de la divine tradition. Et c’est, dit-il, avec cette église qu’il faut que toute église, c’est-à-dire les fidèles qui sont en tous lieux, se tiennent d’accord à cause de sa principauté supérieure. Enfin il fut couronné du martyre, avec une multitude presque innombrable d’autres qu’il avait amenés lui-même a la connaissance et pratique de la vraie foi ; son passage au ciel eut lieu l’an deux cent deux ; en ce temps-là, Septime Sévère Auguste avait ordonné de condamner aux plus cruels supplices et à la mort, tous ceux qui voudraient persévérer avec constance dans la pratique de la religion chrétienne.
Quelle couronne est la vôtre, illustre Pontife ! Les hommes s’avouent impuissants à compter les perles sans prix dont elle est ornée. Car dans l’arène où vous l’avez conquise, un peuple entier luttait avec vous ; et chaque martyr, s’élevant au ciel, proclamait qu’il vous devait sa gloire. Versé vingt-cinq années auparavant, le sang de Blandine et de ses quarante-six compagnons a produit, grâce à vous, plus que le centuple. Votre labeur fit germer du sol empourpré la semence féconde reçue aux premiers jours, et bientôt la petite chrétienté perdue dans la grande ville était devenue la cité même. L’amphithéâtre avait suffi naguère à l’effusion du sang des martyrs ; aujourd’hui le torrent sacré parcourt les rues et les places : jour glorieux, qui fait de Lyon l’émule de Rome et la ville sainte des Gaules !
Rome et Lyon, la mère et la fille, garderont bonne mémoire de l’enseignement qui prépara ce triomphe : c’est aux doctrines appuyées par vous sur la fermeté de la pierre apostolique, que pasteur et troupeau rendent aujourd’hui le grand témoignage. Le temps doit venir, où une assemblée d’évêques courtisans voudra persuader au monde que l’antique terre des Gaules n’a point reçu vos dogmes ; mais le sang versé à flots en ce jour confondra la prétentieuse lâcheté de ces faux témoins. Dieu suscitera la tempête, et elle renversera le boisseau sous lequel, faute de pouvoir l’éteindre, on aura dissimulé pour un temps la lumière ; et cette lumière, que vous aviez placée sur le chandelier, illuminera tous ceux qui habitent la maison.
Les fils de ceux qui moururent avec vous sont demeurés fidèles à Jésus-Christ ; avec Marie dont vous exposiez si pleinement le rôle à leurs pères, avec le Précurseur de l’Homme-Dieu qui partage aussi leur amour, protégez-les contre tout fléau du corps et de l’âme. Épargnez à la France, repoussez d’elle, une seconde fois, l’invasion de la fausse philosophie qui a tenté de rajeunir en nos jours les données de la Gnose. Faites de nouveau briller la vérité aux yeux de tant d’hommes que l’hérésie, sous ses formes multiples, tient séparés de l’unique bercail. O Irénée, maintenez les chrétiens dans la seule paix digne de ce nom : gardez purs les intelligences et les cœurs de ceux que l’erreur n’a point encore souillés. En ce moment, préparez-nous tous à célébrer comme il convient les deux glorieux Apôtres Pierre et Paul, et la puissante principauté de la mère des Églises.
Vème dimanche après la Pentecôte
Introït
Exaucez, Seigneur, ma voix qui a crié vers vous : soyez mon aide, ne m’abandonnez pas, et ne me méprisez pas, ô Dieu, qui opérez mon Salut. Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrais-je ?
Collecte
Dieu, vous avez préparé des biens invisibles à ceux qui vous aiment : répandez dans nos cœurs votre amour ; afin que, vous aimant en toutes choses et par dessus toutes choses, nous obtenions un jour ces biens que vous nous avez promis et qui surpassent tous nos désirs.
Épitre I P 3, 8-15
Mes bien-aimés : soyez tous unis dans la prière, compatissants, vous aimant en frères, miséricordieux, modestes, humbles : ne rendant point mal pour mal, ni malédiction pour malédiction ; mais au contraire, bénissant parce que c’est à cela que vous avez été appelés, afin de posséder la bénédiction en héritage. Que celui donc qui veut aimer la vie, et voir des jours bons, défende la langue du mal, et que ses lèvres ne profèrent point les paroles de tromperie. Qu’il se détourne du mal et fasse le bien ; qu’il cherche la paix et la poursuive ; parce que les yeux du Seigneur sont sur les justes, et ses oreilles à leurs prières ; mais la face du Seigneur est sur ceux qui font le mal. Et qui est-ce qui vous nuira, si vous avez le zèle du bien ? Et si même vous souffrez pour la justice, vous serez bienheureux. N’ayez donc aucune crainte d’eux : et ne vous en troublez point. Mais glorifiez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur Jésus-Christ.
Évangile Mt. 5, 20-24
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : si votre justice ne surpasse celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point ; mais qui tuera sera justiciable du tribunal. Et moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère [à la légère] sera justiciable du tribunal ; et qui dira à son frère : Raca ! sera justiciable du Sanhédrin ; et qui lui dira : Fou ! sera justiciable pour la géhenne du feu. Si donc tu viens présenter ton offrande à l’autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; et alors viens présenter ton offrande.
Offertoire
Je bénirai le Seigneur qui m’a donné l’intelligence : je prenais soin d’avoir toujours le Seigneur devant mes yeux : car il est à ma droite, pour que je ne sois pas ébranlé.
Secrète
Laissez-vous fléchir, Seigneur, par nos supplications : et recevez avec bonté ces offrandes de vos serviteurs et de vos servantes ; afin que, ce que chacun a offert en l’honneur de votre nom, profite à tous pour le salut.
Communion
Il est une chose que j’ai demandé au Seigneur, et je la rechercherai uniquement : c’est d’habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie.
Postcommunion
Accordez, nous vous en prions, à ceux que vous avez rassasiés du don céleste, que nous soyons purifiés de nos fautes cachées, et délivrés des embûches de nos ennemis.
Office
4e leçon
Du livre des Morales, de saint Grégoire, Pape
Pourquoi David, qui n’a pas même rendu le mal pour le mal, apprenant que Saül et Jonathas avaient succombé dans le combat, proféra-t-il contre les montagnes de Gelboé ces paroles de malédiction : « Montagnes de Gelboé, que ni pluie ni rosée ne viennent sur vous : qu’il n’y ait point de champs de prémices, parce que là a été jeté un bouclier de forts, le bouclier de Saül, comme s’il n’avait pas été oint avec l’huile ?» Et pourquoi Jérémie, voyant sa prédication se heurter aux mauvaises dispositions des auditeurs, laissa-t-il échapper cette imprécation : « Maudit l’homme qui a annoncé (ma naissance) à mon père, disant : Un enfant mâle t’est né ?
5e leçon
En quoi les collines de Gelboé ont-elles donc été coupables de la mort de Saül, pour que, ne recevant plus ni rosée ni pluie, toute leur verdoyante végétation devienne aridité, conformément au souhait de malheur ? Mais Gelboé signifiant cours d’eau, et Saül, que l’onction n’empêche point de mourir, étant la figure de notre Médiateur en son trépas, les monts de Gelboé ne représentent pas mal ces Juifs aux cœurs superbes, qui, s’écoulant en un flux de convoitises terrestres, sont venus se mêler à la mort du Christ, l’Oint par excellence. Le Roi, l’Oint véritable, a perdu la vie du corps au milieu d’eux ; et c’est pour cela que, privés de toute rosée de grâce, ils sont dans la stérilité.
6e leçon
C’est d’eux qu’on a raison de dire qu’ils ne sauraient plus être des terres de prémices. Et de fait, ces âmes superbes ne donnent pas de fruits nouveaux, étant demeurées dans l’infidélité à la venue du Rédempteur, et n’ayant pas voulu suivre les premiers enseignements de la foi. Et tandis que la sainte Église, dès le début, s’est montrée précocement féconde par la multitude des Nations qu’elle a engendrées, c’est à peine si, dans les derniers temps, elle recueillera quelques Juifs qu’elle pourra trouver encore, les ramassant comme une tardive récolte et les servant comme des fruits d’arrière-saison.
7e leçon
Homélie de saint Augustin, Évêque.
La justice des Pharisiens consistait à ne pas tuer ; la justice de ceux qui doivent entrer dans le royaume des cieux est de ne point se fâcher sans raison. C’est donc peu de chose que de ne pas tuer ; et celui qui aura violé ce commandement sera appelé très petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui l’aura observé, en ne se rendant point coupable d’homicide, ne sera pas pour cela réputé grand devant Dieu et digne du royaume des cieux, quoiqu’il soit déjà monté d’un degré ; il se perfectionnera s’il ne se met pas non plus en colère sans sujet ; et s’il se perfectionne, il sera beaucoup plus éloigné de l’homicide. C’est pourquoi le législateur qui nous défend de nous mettre en colère, ne détruit nullement la loi, nous interdisant de tuer ; mais il la complète plutôt, afin que nous gardions l’innocence, et extérieurement, en ne tuant point, et au fond de notre cœur, en ne nous mettant pas en colère.
8e leçon
Dans ces péchés de colère, il y a aussi des degrés. Au premier, l’on s’irrite, mais en retenant dans son cœur l’émotion conçue. Si le trouble ressenti arrache à celui qui éprouve de l’indignation un jet de voix, ne signifiant rien par lui-même mais attestant cette émotion d’âme, par l’exclamation même qui échappe à l’homme irrité : la faute est plus grande assurément que si la colère naissante était silencieusement comprimée. Fait-on entendre non seulement un cri d’indignation, mais encore une parole, marquant et rendant notoire le blâme que l’on inflige à celui contre lequel s’élève notre colère, qui pourra douter que ce ne soit là un péché plus grave que de manifester par le seul son de sa voix, son mécontentement ?
9e leçon
Remarquez à présent trois degrés aussi dans l’instruction et la solution de la cause : jugement, conseil, géhenne du feu. En la séance de jugement, il y a encore place pour la défense. Le conseil se confond d’ordinaire avec le jugement ; cependant, parce que la distinction même que nous établissons nous oblige à reconnaître ici quelque différence entre ces deux degrés, il nous semble que la promulgation de la sentence appartient au conseil ; car alors, il ne s’agit plus d’examiner si le coupable doit être condamné ; mais les juges délibèrent entre eux sur le supplice à infliger à celui qui mérite certainement la condamnation. Dans la géhenne du feu, il n’y a plus de doute quant à la condamnation, comme dans le jugement, ni d’incertitude quant à la peine du condamné, comme dans le conseil ; car dans le feu de l’enfer, certaine est la condamnation et fixée la peine du coupable.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
L’Évangile nous faisait assister, il y a huit jours, au travail apostolique amenant du sein des eaux les pierres vivantes dont le Christ Jésus bâtit son Église. Aujourd’hui c’est le chef de la pêche mystérieuse, Simon fils de Jean, qui, prenant la parole dans notre Épître, s’adresse aux éléments divers qui doivent former la cité sainte, matériaux sacrés rassemblés du fond des abîmes pour resplendir désormais comme autant de perles brillantes à l’admirable lumière du Sauveur des saints. Le Fils de Dieu, en effet, n’est point venu des cieux dans un autre but que de fonder sur terre une ville merveilleuse où Dieu lui-même pût habiter dignement, que d’élever à son Père un temple incomparable où la louange et l’amour, s’exhalant sans fin des pierres mêmes qui composeraient ses murs, désignassent noblement l’enceinte du grand Sacrifice. Lui-même s’est fait le fondement de l’édifice trois fois saint où doit brûler l’holocauste éternel ; et cette qualité de fondement du nouveau temple, il l’a communiquée à Simon son vicaire, voulant que ce titre de Pierre, devenu le nom unique de son représentant ici-bas, rappelât jusqu’au dernier jour à tous les siens l’unique but de ses divins travaux. Écoutons avec une reconnaissance respectueuse, de la bouche même du vicaire de l’Homme-Dieu, les avis pratiques qui découlent pour nous de cette grande vérité ; et suivons pieusement la sainte Église qui, en cette saison dominée sur le Cycle sacré par l’astre radieux du prince des Apôtres, ramène sans cesse ses fils vers le pasteur et l’évêque de leurs âmes.
L’union d’une vraie charité, la concorde et la paix à maintenir à tout prix comme condition de leur félicité présente et future : tel est l’objet des recommandations adressées par Simon devenu Pierre à ces autres pierres choisies qui s’appuient sur lui, et forment les assises du temple élevé par le Fils de l’homme à la gloire du Très-Haut. La solidité et la durée des palais de la terre eux-mêmes ne dépendent-elles pas, en effet, de l’union plus ou moins persistante et intime des matériaux qui les composent ? C’est l’union encore qui fait la force et la splendeur des mondes ; vienne à cesser l’attraction mutuelle qui harmonise leurs mouvements dans un vaste concert, vienne à se briser pour chacun d’eux la cohésion qui lie leurs atomes, et l’univers ne sera plus qu’une poussière ténébreuse, impalpable et sans nom. Le Créateur a fait régner dans les célestes sphères une concorde admirable, et lui-même il s’écrie : « Qui donc endormira le concert des cieux ? » Et cependant, de même que la terre périra dans sa forme présente, les cieux aussi passeront comme un vêtement usé. Quel sera donc l’élément de stabilité, le ciment sans pareil du palais préparé pour demeure au Dieu dont les mondes se déclareront impuissants à porter la durée ? Car l’Église alors même restera stable, embaumant sans fin des parfums de l’Époux le trône de la Trinité souveraine établi dans ses murs.
C’est à l’Esprit sanctificateur qu’ici encore il appartient de nous expliquer le mystère de cette union qui fait la cité sainte, et dont la persévérance défie les siècles. La charité versée dans nos cœurs au sortir des eaux est empruntée à l’amour même qui règne au sein de l’adorable Trinité ; car les opérations de l’Esprit dans les saints n’ont point d’autre but que de les faire entrer en participation des divines énergies. Devenu la vie de l’âme régénérée, le feu divin la pénètre de Dieu tout entière ; il communique à son amour créé et fini la direction et la puissance de la flamme éternelle. Le chrétien doit donc aimer comme Dieu désormais ; la charité n’est vraie en lui qu’autant qu’elle atteint, dans la simplicité de sa flamme divine, l’objet complet de l’amour infini. Or tel est l’ineffable commerce d’amitié véritable établi par l’ordre surnaturel entre Dieu et ses créatures intelligentes, qu’il daigne les aimer de l’amour dont il s’aime lui-même ; la charité doit donc embrasser elle aussi, dans l’unité de ses actes d’amour, non seulement Dieu, mais tous les êtres appelés par lui en participation de sa vie bienheureuse. Comprenons maintenant l’incomparable puissance de l’union dans laquelle l’Esprit-Saint établit l’Église : rien d’étonnant que ses liens soient plus forts que la mort, sa cohésion plus résistante que l’enfer ; car le ciment qui joint les pierres vivantes de ses murailles possède la force de Dieu même et la stabilité de son amour éternel. L’Église est bien cette tour bâtie sur les eaux, qui apparut à Hermas formée de pierres resplendissantes et si intimement assemblées, que l’œil ne découvrait point leurs jointures.
Mais comprenons aussi l’importance pour tous les chrétiens de l’union mutuelle, de cet amour des frères, si fréquemment, si fortement recommandé par la voix des Apôtres, ces coopérateurs de l’Esprit dans l’édification de la sainte Église. L’abstention du schisme et de l’hérésie, dont l’Évangile rappelait, il y a huit jours, les excès désastreux, la répression même des passions haineuses ou des aigreurs jalouses, ne suffiraient point à faire de nous des pierres utiles dans ce grand œuvre ; il y faut un amour effectif, dévoué, persévérant, qui joigne véritablement et harmonise comme il convient les âmes et les cœurs ; il y faut cette charité débordante et seule digne de ce nom qui, nous montrant Dieu même en nos frères, fait vraiment nôtres leur bonheur et leurs maux. Loin de nous la somnolence égoïste où se complaît l’âme paresseuse, où trop souvent des âmes faussées croient satisfaire d’autant mieux à la première des vertus qu’elles se désintéressent plus complètement de ce qui les entoure. Sur de telles âmes le ciment divin ne peut avoir prise : pierres impropres à toute construction, que rejette le céleste ouvrier, ou qu’il laisse sans emploi au pied des murailles, parce qu’elles ne s’adaptent pas à l’ensemble et ne sauraient s’appareiller. Malheur à elles cependant, si l’édifice s’achève sans qu’elles aient mérité de trouver place en ses murs ! Elles comprendraient alors, mais trop tard, que la charité est une, que celui-là n’aime pas Dieu qui n’aime pas son frère, et que celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Plaçons donc, avec saint Jean, la perfection de notre amour pour Dieu dans l’amour de nos frères : alors seulement nous aurons Dieu en nous ; alors seulement nous pourrons jouir des ineffables mystères de l’union divine avec Celui qui ne s’unit aux siens que pour faire de tous et de lui-même un temple auguste à la gloire de son Père.
ÉVANGILE.
Les jours s’écoulent rapidement pour l’ancienne Jérusalem ; dans moins d’un mois, la ruine affreuse de la cité qui ne connut point le temps de la visite de son Seigneur, aura passé sous nos yeux. C’est au neuvième Dimanche après la Pentecôte, dans ces mois de juillet et d’août qui virent sous Vespasien les dernières convulsions du peuple déicide, que la sainte Liturgie a placé la mémoire de ce terrible accomplissement des prophéties du Sauveur. En attendant, l’ancien temple, toujours debout, continue de fermer aux nations ses portes intérieures, et prétend retenir encore la Divinité sous les voiles du vieux Testament, dans son sanctuaire impénétrable aux fils mêmes d’Israël. Depuis cinq semaines déjà cependant, l’Église a commencé d’élever en Sion ses immortelles assises. En face du monument de l’alliance restreinte et imparfaite du Sinaï, l’Esprit-Saint l’a fondée comme le rendez-vous de l’allégresse de la terre entière, comme la ville du grand Roi, où tous désormais connaîtront Dieu ; aussi n’a-t-elle cessé de se montrer à nous, depuis le commencement, comme le lieu des délices de la Sagesse éternelle et le vrai sanctuaire de l’union divine.
La loi de crainte et de servitude est donc définitivement abrogée par la loi d’amour. Un reste d’égards pour l’institution autrefois agréée, qui fut la dépositaire des oracles divins, laisse encore à la première génération des convertis de Juda la libre observation des coutumes de leurs pères ; mais cette tolérance doit elle-même disparaître avec le temple, dont la chute prochaine scellera pour jamais le tombeau de la synagogue. Dès maintenant, les prescriptions du code mosaïque ne suffisent plus à justifier devant Dieu les enfants de Jacob. Les ordonnances rituelles, qui avaient pour but d’entretenir par un ensemble de représentations figuratives l’attente du Sacrifice à venir, ont perdu leur objet depuis l’accomplissement des mystères qu’elles annonçaient. Les commandements eux-mêmes du décalogue, ces lois nécessaires qui sont de tous les temps et ne peuvent changer, parce qu’elles tiennent à l’essence des rapports existants entre les créatures et leur auteur, ont brillé d’un éclat si nouveau sous les feux du Soleil de justice, que leur portée s’en est trouvée, pour la conscience humaine, immensément agrandie.
Indépendamment du précepte positif concernant le fruit de l’arbre de la science, l’homme, dans Éden, avait reçu de Dieu, en même temps que la vie, la connaissance de ces lois éternelles. Cette connaissance depuis lors, il n’aurait pu s’en dégager ou la perdre entièrement, sans cesser d’être homme ; car elle lui avait été donnée comme son être lui-même, comme la règle naturelle de ses jugements pratiques, et elle formait ainsi, pour une part, sa raison même. Mais la raison de l’homme s’étant obscurcie grandement par le fait de la chute, l’ombre désastreuse gagna dans son âme jusqu’à la notion, d’abord si complète et si claire, des obligations morales résultant pour lui de sa propre nature. La malice de la volonté dépravée, mettant à profit d’autre part cet affaiblissement originel de la raison, accrut bientôt en d’effrayantes proportions des ténèbres qui favorisaient ses excès. On vit les peuples, victimes volontaires ou insouciantes d’aberrations étranges, régler leurs mœurs sur des maximes faussées, tellement contraires parfois aux principes de la plus élémentaire morale, que nos générations redressées par la foi se refusent à y croire. Les descendants des patriarches, préservés plus que d’autres par la bénédiction donnée à leurs pères, furent loin toutefois d’échapper entièrement à l’universelle déviation. Lorsque Moïse, envoyé par Dieu, les constitua en corps de nation sur la base même de la fidélité à cette loi écrite qui venait restaurer la loi de nature, plus d’un point que le libre essor de cette dernière eût réclamé dut rester dans l’ombre ; le Seigneur nous l’apprend, Moïse fut obligé d’accorder quelque chose à la dureté de leur cœur. Il ne put faire surtout qu’après sa mort, les docteurs privés et les sectes particulières qui s’élevèrent dans la nation n’arrivassent à corrompre, sous l’effort de vaines traditions et d’interprétations erronées, l’esprit, sinon toujours la lettre même de la loi du Sinaï.
La loi de Dieu, revêtant pour le Juif le caractère d’une charte nationale, était placée en cette qualité sous la sauvegarde du pouvoir public ; des tribunaux, plus ou moins élevés suivant l’importance des causes qui leur étaient déférées, jugeaient les infractions commises ou les crimes accomplis contre elle. Mais, en dehors du tribunal sacré de la loi de grâce où Dieu même agit et parle en la personne du prêtre, tout jugement exercé par des hommes, si imposante que soit leur autorité, ne saurait avoir pour objet que des faits extérieurs ; Moïse, dans sa législation, n’avait donc point assigné de sanction pénale pour ces fautes intimes de la conscience, qui, toutes graves qu’elles puissent être, échappent néanmoins, par leur nature, à l’appréciation comme à la connaissance des sociétés et des pouvoirs humains qui les régissent. C’est ainsi qu’aujourd’hui, l’Église elle-même n’applique point ses censures aux crimes de l’âme qui ne se manifestent pas dans un acte quelconque tombant sous les sens ; comme Moïse l’avait fait, sans mettre en doute la culpabilité des pensées ou désirs criminels, elle laisse à Dieu le jugement de causes dont lui seul peut connaître.
Mais s’il n’est personne aujourd’hui, parmi les enfants de l’Église, qu’une distinction si simple et si conforme à la nature de tout droit social puisse induire en erreur, il n’en fut pas de la sorte au sein du peuple hébreu. Longtemps la voix des prophètes s’évertua sans relâche à porter au delà du monde présent la pensée alourdie de cette race si gratuitement privilégiée ; mais alors même l’esprit étroit, exclusif, de la nation ne put jamais se faire à l’idée que les principes divinement inspirés de sa constitution politique et la forme extérieure de sa législation recouvrissent une réalité immatérielle, bien autrement vivante et profonde. Aussi lorsque, peu après le retour de la captivité, les derniers représentants du ministère prophétique, disparaissant, laissèrent le champ libre à l’éclosion de systèmes en rapport avec ces tendances mesquines, les casuistes Juifs eurent bientôt trouvé la formule de cette morale étrange des circoncis, dont saint Paul nous apprend qu’elle faisait le scandale des nations. Confondant le domaine intime de la conscience avec le théâtre forcément restreint de la justice publique, ils apprécièrent les obligations du for intérieur à la mesure des règles établies pour guider cette dernière, et s’habituèrent promptement, dans cette voie, à n’estimer que ce qui était vu des hommes, à négliger tout ce qui ne tombe pas sous les yeux. L’Évangile est rempli des malédictions du Sauveur contre ces guides aveugles étouffant sous l’écorce de la lettre, dans les âmes qu’ils prétendent conduire, la loi, la justice et l’amour ; l’Homme-Dieu dénonce en toute occasion, il flagelle, il flétrit sans pitié ces Scribes et ces Pharisiens hypocrites purifiant sans fin le dehors du vase, et pleins au dedans d’impureté, d’homicide et de rapine.
Le Verbe divin descendu pour sanctifier les hommes dans la vérité, c’est-à-dire en lui-même, devait en effet rendre avant tout leur splendeur première, ternie par le temps, aux immuables principes de justice et de droit qui reposent en lui comme en leur centre. C’est ce qu’il fit tout d’abord et avec une solennité incomparable, après l’appel de ses disciples et l’élection des douze, dans le passage du Sermon sur la montagne où l’Église a choisi l’Évangile de ce jour. En cela il venait, déclarait-il, non point condamner ou détruire la loi, mais rétablir contre les Scribes et les Pharisiens son vrai sens, et lui donner cette plénitude que les anciens du temps de Moïse eux-mêmes n’avaient pu porter. Il faut lire en entier, dans saint Matthieu, cet important passage dont les explications qui précèdent suffiront à donner l’intelligence.
Dans les quelques lignes que l’Église en a empruntées, la pensée du Sauveur est qu’on ne doit point estimer à la mesure des tribunaux d’ici-bas le degré de justice nécessaire à l’entrée du royaume des cieux. La loi juive déférait l’homicide au tribunal criminel dit du jugement ; et lui, le Maître et l’auteur de la loi, il déclare que la colère, ce premier pas vers l’homicide, fût-elle restée dans les replis les plus secrets de la conscience, peut amener à elle seule la mort de l’âme, encourant ainsi véritablement, dans l’ordre spirituel, la peine capitale réservée dans l’ordre social de la vie présente à l’homicide accompli. Si, sans même en venir aux coups, cette colère s’échappe en paroles méprisantes, comme l’expression syriaque de raca, homme de rien, la faute devient si grave, qu’appréciée à sa valeur réelle devant Dieu, elle dépasserait la juridiction criminelle ordinaire pour ne relever que du conseil suprême de la nation. Si du mépris on passe à l’injure, il n’est plus rien dans la gradation des procédures humaines qui puisse donner une idée de l’énormité du péché commis. Mais les pouvoirs du juge souverain ne s’arrêtent point, comme ceux des hommes, à une limite donnée : la charité fraternelle, foulée aux pieds, trouvera toujours au delà du temps son vengeur. Tant est grand le précepte de la sainte dilection qui unit les âmes ! Tant s’oppose directement à l’œuvre divine la faute qui, de près ou de loin, vient compromettre ou troubler l’harmonie des pierres vivantes de l’édifice qui s’élève ici-bas, dans la concorde et l’amour, à la gloire de l’indivisible et pacifique Trinité !
Le Précieux Sang
Deux gouttes du précieux sang récupérées par saint Louis, et exposées dans un reliquaire à la basilique du précieux sang de Neuvy-saint-Sépulcre.
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, vous avez établi votre Fils unique rédempteur du monde, et vous avez voulu que votre justice soit apaisée par son sang : faites-nous la grâce, nous vous en prions, de vénérer d’un culte solennel ce prix de notre salut, et d’être ici-bas préservés par sa vertu des maux de la vie présente ; de manière à jouir éternellement de ses fruits dans les cieux. Par le même.
Office
4e leçon
Sermon de saint Jean Chrysostome
Veux-tu apprendre la vertu du sang du Christ ? Remontons à ce qui l’a figuré et rappelons-nous sa première image, en puisant aux récits de l’Écriture ancienne. C’était en Égypte, Dieu menaçait les Égyptiens d’une dixième plaie, il avait résolu de faire périr leurs premiers-nés, parce qu’ils retenaient son peuple premier-né. Mais afin que le peuple juif qu’il aimait ne risquât pas d’être frappé avec eux (car ils habitaient tous un même pays), le Seigneur lui indiqua un remède qui devait servir au discernement des Israélites et des Gentils. C’est un exemple admirable et propre à vous faire véritablement connaître la vertu du sang de Jésus-Christ. Les effets de la colère divine étaient attendus, et le messager de la mort allait de maison en maison. Que fait donc Moïse ? « Tuez, dit-il, un agneau d’un an, et de son sang, marquez vos portes ». Que dis-tu, Moïse ? Le sang d’un agneau peut-il donc préserver l’homme doué de raison ? Certainement, nous répond-il ; non parce que c’est du sang, mais parce que le sang du Seigneur y est représenté.
5e leçon
Comme les statues des rois, inertes et muettes, protègent d’ordinaire les hommes doués d’une âme et de raison qui se réfugient près d’elles, non parce qu’elles sont d’airain, mais parce qu’elles sont l’image du prince ; ainsi ce sang privé de raison délivra des hommes ayant une âme, non parce que c’était du sang, mais parce qu’il annonçait pour l’avenir le sang du Christ. Et alors l’Ange destructeur, en voyant les portes teintes, passa plus loin et n’osa pas entrer. Si donc aujourd’hui, au lieu de voir des portes teintes du sang d’un agneau figuratif, l’ennemi voit les lèvres des fidèles, portes des temples de Jésus-Christ, reluire du sang de l’Agneau véritable, cet ennemi s’éloignera bien plus. Car si l’Ange se retira devant la figure, à combien plus forte raison l’ennemi sera-t-il saisi de frayeur s’il aperçoit la réalité elle-même ? Voulez-vous sonder encore une autre vertu de ce sang ? Je le veux bien. Voyez d’où il s’est d’abord répandu, et de quelle source il est sorti. C’est de la croix même qu’il commença à couler ; le côté du Seigneur fut sa source. Car, est-il dit, Jésus étant mort et encore suspendu à la croix, un soldat s’approche, lui frappe le côté avec sa lance, et il en sort de l’eau et du sang : l’une, symbole du baptême ; l’autre, du Sacrement. C’est pourquoi l’Évangile ne dit pas : Il en sortit du sang et de l’eau, mais de l’eau d’abord, et puis du sang ; parce que nous sommes d’abord lavés dans l’eau baptismale, et consacrés ensuite par le très saint Mystère. Un soldat ouvre le côté, il fait une ouverture dans la muraille du temple saint. Et moi j’ai trouvé un trésor précieux, et je me félicite de découvrir de grandes richesses.
6e leçon
Ainsi a-t-il été fait de cet Agneau. Les Juifs ont tué l’Agneau, et moi j’ai connu le fruit du Sacrement. Du côté coulèrent le sang et l’eau. Je ne veux pas, mon auditeur, passer si rapidement sur les secrets d’un si grand mystère, car il me reste encore à vous dire des choses mystiques et profondes. J’ai dit que cette eau et ce sang étaient le symbole du baptême et des Mystères. D’eux, en effet, a été fondée l’Église, par la régénération du bain et la rénovation du Saint-Esprit : je dis par le baptême et les Mystères, qui paraissent être sortis du côté. De son côté donc le Christ a édifié l’Église, comme du côté d’Adam fut tirée Ève, son épouse. Saint Paul atteste aussi cette origine, lorsqu’il dit : « Nous sommes les membres de son corps, formés de ses os », faisant allusion au côté du Christ. Oui, ainsi que Dieu fit la femme du côté d’Adam, de même le Christ nous donna de son côté l’eau et le sang, destinés à l’Église comme éléments réparateurs. – A l’occasion du dix-neuvième centenaire de la rédemption du genre humain, le pape Pie XI a promulgué un jubilé solennel pour commémorer un bienfait si ineffable. Voulant multiplier les grâces du précieux sang par lequel nous avons été rachetés dans le sang du Christ, l’agneau sans tache, et recommander plus intensément son souvenir aux fidèles, le Souverain Pontife a élevé au rang de première classe la fête du Précieux Sang de notre Seigneur Jésus Christ, que l’Église célèbre tous les ans.
7e leçon
Homélie de saint Augustin, Évêque
L’Évangéliste s’est servi d’une expression choisie à dessein, il ne dit pas : Il frappa son côté, ou : Il le blessa, ou, toute autre chose, mais : « Il ouvrit », pour nous apprendre qu’elle fut en quelque sorte ouverte au Calvaire, la porte de la vie d’où sont sortis les sacrements de l’Église, sans lesquels on ne peut avoir d’accès à la vie qui est la seule véritable vie. Ce sang qui a été répandu, a été versé pour la rémission des péchés ; cette eau vient se mêler pour nous au breuvage du salut ; elle est à la fois un bain qui purifie et une boisson rafraîchissante. Nous voyons une figure de ce mystère dans l’ordre donné à Noé d’ouvrir, sur un côté de l’arche, une porte par où pussent entrer les animaux qui devaient échapper au déluge et qui représentaient l’Église. C’est en vue de ce même mystère que la première femme a été faite d’une des côtes d’Adam pendant son sommeil, et qu’elle fut appelée vie et mère des vivants. Elle était la figure d’un grand bien, avant le grand mal de la prévarication. Nous voyons ici le second Adam s’endormir sur la croix, après avoir incliné la tête, pour qu’une épouse lui fût formée par ce sang et cette eau qui coulèrent de son côté pendant son sommeil. O mort qui devient pour les morts un principe de résurrection et de vie ! Quoi de plus pur que ce sang ? Quoi de plus salutaire que cette blessure ?
8e leçon
Les hommes servaient le démon et étaient ses esclaves, mais ils ont été rachetés de la captivité. Car ils ont pu se vendre, mais non se racheter. Le Rédempteur est venu et il a donné la rançon ; il a répandu son sang et il a racheté le monde entier. Vous demandez ce qu’il a acheté ? Voyez ce qu’il a donné et vous verrez ce qu’il a acheté. Le sang de Jésus-Christ est le prix. Que vaut-il, si ce n’est l’univers entier ? Que vaut-il, si ce n’est toutes les nations ? Ils sont très ingrats et n’apprécient pas son prix, ou sont démesurément superbes, ceux qui disent qu’il valait si peu qu’il n’a acheté que les Africains, ou qu’ils sont eux-mêmes si grands, que tout le prix leur a été consacré. Qu’ils ne s’élèvent pas, qu’ils ne s’enorgueillissent pas. Il a donné pour tous, tout ce qu’il a donné.
9e leçon
Il eut, lui, du sang au prix duquel il pouvait nous sauver ; et c’est pour ceci qu’il l’a pris ; afin que ce sang fût celui qu’il répandrait pour notre rédemption. Le sang du Seigneur, si vous le voulez, il est donné pour vous ; si vous ne voulez pas qu’il en soit ainsi, il n’est pas donné pour vous. Car vous dites peut-être : Mon Dieu eut du sang qui pouvait me sauver ; mais maintenant qu’il a souffert déjà, il l’a donné tout entier. Que lui en est-il resté, qu’il pût encore donner pour moi ? Mais voici ce qui est grand : c’est qu’il l’a donné une fois et qu’en même temps, il l’a donné pour tous. Le sang du Christ est le salut pour qui l’accepte et le supplice pour qui le refuse. Pourquoi donc hésitez-vous, vous qui ne voulez pas mourir et ne voulez-vous pas plutôt être délivré d’une seconde mort ? Et vous en êtes délivré si vous voulez porter votre croix et suivre le Seigneur ; car il a porté, lui, la sienne, et a cherché un serviteur.
Jean-Baptiste a montré l’Agneau, Pierre affermi son trône, Paul préparé l’Épouse : œuvre commune, dont l’unité fut la raison qui devait les rapprocher de si près tous trois sur le Cycle. L’alliance étant donc maintenant assurée, tous trois rentrent dans l’ombre ; et seule, sur les sommets où ils l’ont établie, l’Épouse apparaît, tenant en mains la coupe sacrée du festin des noces.
Tel est le secret de la fête de ce jour. Son lever au ciel de la sainte Liturgie, en la saison présente, est plein de mystère. Déjà, et plus solennellement, l’Église a révélé aux fils de la nouvelle Alliance le prix du Sang dont ils furent rachetés, sa vertu nourrissante et les honneurs de l’adoration qu’il mérite. Au grand Vendredi, la terre et les cieux contemplèrent tous les crimes noyés dans le fleuve de salut dont les digues éternelles s’étaient enfin rompues, sous l’effort combiné de la violence des hommes et de l’amour du divin Cœur. La fête du Très-Saint-Sacrement nous a vus prosternés devant les autels où se perpétue l’immolation du Calvaire, et l’effusion du Sang précieux devenu le breuvage des humbles et l’objet des hommages des puissants de ce monde. Voici que l’Église, cependant, convie de nouveau les chrétiens à célébrer les flots qui s’épanchent de la source sacrée : qu’est-ce à dire, sinon, en effet, que les solennités précédentes n’en ont point sans doute épuisé le mystère ?
La paix faite par ce Sang dans les bas lieux comme sur les hauteurs ; le courant de ses ondes ramenant des abîmes les fils d’Adam purifiés, renouvelés, dans tout l’éclat d’une céleste parure ; la table sainte dressée pour eux sur le rivage, et ce calice dont il est la liqueur enivrante : tous ces apprêts seraient sans but, toutes ces magnificences demeureraient incomprises, si l’homme n’y voyait les avances d’un amour dont les prétentions entendent n’être dépassées par les prétentions d’aucun autre amour. Le Sang de Jésus doit être pour nous à cette heure le Sang du Testament, le gage de l’alliance que Dieu nous propose, la dot constituée par l’éternelle Sagesse appelant les hommes à cette union divine, dont l’Esprit de sainteté poursuit sans fin la consommation dans nos âmes. Et c’est pourquoi la présente fête, fixée toujours à quelqu’un des Dimanches après la Pentecôte, n’interrompt point l’enseignement qu’ils ont mission de nous donner en ce sens, mais le confirme merveilleusement au contraire.
« Ayons donc confiance, ô mes Frères, nous dit l’Apôtre ; et, par le Sang du Christ, entrons dans le Saint des Saints. Suivons la route nouvelle dont le secret est devenu nôtre, la route vivante qu’il nous a tracée au travers du voile, c’est-à-dire de sa chair. Approchons d’un cœur vrai, d’une foi pleine, purs en tout, maintenant ferme la profession de notre inébranlable espérance ; car celui qui s’est engagé envers nous est fidèle. Excitons-nous chacun d’exemple à l’accroissement de l’amour. Et que le Dieu de paix qui a ressuscité d’entre les morts notre Seigneur Jésus-Christ, le grand pasteur des brebis dans le Sang de l’Alliance éternelle, vous dispose à tout bien, pour accomplir sa volonté, pour que lui-même fasse en vous selon son bon plaisir par Jésus-Christ, à qui soit gloire dans les siècles des siècles ! »
Nous ne devons pas omettre de rappeler ici que cette fête est le monument de l’une des plus éclatantes victoires de l’Église au dernier siècle. Pie IX avait été chassé de Rome, en 1848, par la Révolution triomphante ; dans ces mêmes jours, l’année suivante, il voyait rétablir son pouvoir. Les 28, 29 et 30 juin, sous l’égide des Apôtres, la fille aînée de l’Église, fidèle à son glorieux passé, balayait les remparts de la Ville éternelle ; le 2 juillet, fête de Marie, s’achevait la conquête. Bientôt un double décret notifiait à la Ville et au monde la reconnaissance du Pontife, et la manière dont il entendait perpétuer par la sainte Liturgie le souvenir de ces événements. Le 10 août, de Gaète même, lieu de son refuge pendant la tourmente, Pie IX, avant d’aller reprendre le gouvernement de ses États, s’adressait au Chef invisible de l’Église et la lui confiait par l’établissement de la fête de ce jour, lui rappelant que, pour cette Église, il avait versé tout son Sang. Peu après, rentré dans sa capitale, il se tournait vers Marie, comme avaient fait en d’autres circonstances saint Pie V et Pie VII ; le Vicaire de l’Homme-Dieu renvoyait à celle qui est le Secours des chrétiens l’honneur de la victoire remportée au jour de sa glorieuse Visitation, et statuait que la fête du 2 juillet serait élevée du rite double-majeur à celui de seconde classe pour toutes les Églises : prélude à la définition du dogme de la Conception immaculée, que l’immortel Pontife projetait dès lors, et qui devait achever l’écrasement de la tête du serpent.
Super Col., cap. 1
Lectio 5
Super Col., cap. 1 l. 5 Postquam apostolus commendavit Christum per comparationem ad Deum et ad totam creaturam, hic commendat ipsum in comparatione ad Ecclesiam. Et primo generaliter; secundo specialiter quantum ad Colossenses, ibi et vos cum essetis; tertio quantum ad suam personam singulariter, ibi cuius factus sum. Circa primum duo facit, quia primo proponit habitudinem Christi ad totam Ecclesiam; secundo exponit, ibi qui est principium. Dicit ergo: iste, in quo habemus redemptionem, Christus, est primogenitus creaturae, sed secundum quod huiusmodi factus est caput Ecclesiae. Duo occurrunt hic exponenda. Et primo quomodo corpus sit Ecclesia, et secundo quomodo Christus est caput. Ecclesia dicitur corpus ad similitudinem unius hominis, et hoc dupliciter, scilicet et quantum ad distinctionem membrorum, Ep. IV, 1: dedit quosdam quidem apostolos, quosdam autem prophetas, etc., et quantum ad servitia, quae licet sint distincta, tamen unum servit alteri, I Cor. XII, 25: pro invicem sollicita sint membra; Ga. VI, 2: alter alterius onera portate, et cetera. Item, sicut constituitur unum corpus ex unitate animae, ita Ecclesia ex unitate spiritus. Ep. IV, 4: unum corpus et unus spiritus. I Cor. X, 17: unus panis et unum corpus multi sumus, et cetera. Item est alia consideratio membrorum ad caput Ecclesiae, scilicet ad Christum. Ipse enim Christus est caput Ecclesiae. Ps. III, 3: tu exaltas caput meum, et cetera. Et exponit quid est esse caput, dicens qui est principium, et cetera. Caput enim respectu aliorum membrorum habet tria privilegia. Primo, quia distinguitur ab aliis ordine dignitatis, quia est principium et praesidens; secundo in plenitudine sensuum, qui sunt omnes in capite; tertio in quodam influxu sensus et motus ad membra. Et ideo primo ostendit quomodo Christus est caput ratione dignitatis; secundo ratione plenitudinis gratiarum, ibi quia in ipso complacuit; item tertio ratione influentiae, ibi et per eum. Ecclesia quidem habet duplicem statum, scilicet gratiae in praesenti et gloriae in futuro, et est eadem Ecclesia, et Christus est caput secundum utrumque statum: quia primus in gratia, et primus in gloria. Quantum ad primum dicit qui est principium, quia non solum est in gratia secundum quod homo, sed etiam omnes sunt iustificati per fidem Christi. Rm. V, 19: per obedientiam unius hominis iusti constituuntur multi. Et ideo dicit qui est principium, scilicet iustificationis et gratiae in tota Ecclesia, quia etiam in veteri testamento sunt aliqui iustificati per fidem Christi. Jn. VIII, 25: ego principium qui loquor, et cetera. Ps. CIX, 4: tecum principium, et cetera. Item est principium quantum ad statum gloriae. Ideo dicit primogenitus ex mortuis. Quia enim resurrectio mortuorum est quasi quaedam secunda generatio, quia homo in ea ad vitam aeternam reparatur, Mt. XIX, 28: in regeneratione, cum sederit filius hominis, etc., et prae omnibus primus est Christus: ideo est primogenitus ex mortuis, id est eorum qui sunt geniti per resurrectionem. Sed contra de Lazaro Jn. XI. Respondeo. Dicitur quod iste et alii non resurrexerunt ad illam vitam immortalem, sed ad mortalem; sed Christus resurgens ex mortuis iam non moritur, ut dicitur Rm. VI, 9. Ap. I, 5: primogenitus mortuorum, et cetera. I Cor. XV, 20: nunc autem Christus resurrexit a mortuis primitiae dormientium. Et hoc, ut in omnibus sit ipse principatum tenens, quantum ad dona gratiae, quia ipse est principium; quantum ad dona gloriae, quia ipse est primogenitus. Eccli. XXIV, 9: in omni gente et in omni populo primatum habui, et cetera. Deinde cum dicit quia in ipso, etc., ostendit dignitatem capitis quantum ad plenitudinem gratiarum omnium. Alii enim sancti habuerunt divisiones gratiarum, sed Christus habuit omnes. Ideo dicit quia in ipso, et cetera. Singula verba pondus suum habent. Complacuit, designat quod dona hominis Christi non erant ex fato seu meritis, ut dicit Photinus, sed ex divinae voluntatis complacentia assumentis hunc hominem in unitatem personae. Mt. III, 17: hic est Filius meus, et cetera. Item dicit omnem, quia alii habent hoc donum, alii aliud. Jn. XIII, 3: omnia dedit in manus eius. Item dicit plenitudinem, quia aliquis aliquod habuit donum, sed non plenitudinem eius, seu virtutis, quia forte invitus in aliquo defecit. Sed Jn. I, 14 dicitur de Christo: vidimus eum plenum gratiae et veritatis. Eccli. XXIV, 16: in plenitudine sanctorum detentio mea. Item dicit habitare. Alii enim acceperunt usum gratiae ad tempus, quia spiritus prophetarum non semper adest prophetis, sed in Christo est habitualiter, quia semper ad votum in Christo est dominium huius plenitudinis. Jn. I, 33: super quem videris spiritum descendentem, et in eo manentem, et cetera. Deinde cum dicit et per eum, etc., ostendit Christum esse caput Ecclesiae ratione influxus. Et haec est tertia ratio capitis. Et primo ostendit influxum gratiae; secundo exponit quod dixerat, ibi pacificans. Dicit ergo primo: dico quod complacuit non solum quantum ad hoc quod haberet in se, sed etiam ut per eum ad nos derivaret. Unde dicit et per eum reconciliare omnia in ipsum. II Cor. V, 19: Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi. Exponit autem qualis sit ista reconciliatio, et quomodo omnia reconciliata. In reconciliatione autem sunt duo consideranda: primo in quo conveniunt qui reconciliantur. Discordes enim diversas habent voluntates. Reconciliati autem consentiunt in aliquo uno. Et sic voluntates prius discordes concordant in Christo. Et huiusmodi voluntates sunt et hominum, et Dei, et Angelorum. Hominum, quia Christus homo est; Dei, quia Deus est. Item discordia erat inter Iudaeos qui volebant legem, et gentiles qui non volebant legem; sed utrosque Christus concordat, quia ex Iudaeis est, et quia absolvit observantias legis. Et haec concordia est facta per sanguinem, et cetera. Inter Deum enim et hominem causa discordiae fuit peccatum; inter Iudaeos et gentiles lex. Christus per crucem destruxit peccatum, et implevit legem. Et ita removit causam discordiae. He. XII, 22: accessistis ad Sion montem, et civitatem Dei viventis Ierusalem, et cetera. Et sic reconciliati sumus. Et ita sunt pacata, sive quae in caelis, ut Angeli et Deus, sive quae in terris, scilicet Iudaei et gentiles. Ideo Christo nato dicitur Lc. II, 14: gloria in altissimis Deo, et in terra pax hominibus, et cetera. Item in resurrectione dixit: pax vobis, etc., ut habetur Jn. XX, 20. Ep. II, 14: ipse enim est pax nostra, qui fecit utraque unum, et cetera. Deinde cum dicit et vos, etc., ponitur commendatio Christi per dona eis collata. Ubi primo commemorat statum praeteritum; secundo Christi beneficium, ibi nunc autem, etc.; tertio quid exigatur ab eis, ibi si tamen, et cetera. Status enim praeteritus habuit tria mala. Quantum enim ad intellectum erant ignorantes; quantum ad effectum, inimici iustitiae; quantum ad actum, in multis peccatis. Quantum ad primum dicit alienati, et cetera. Quantum ad secundum et inimici sensus, secundum unam litteram; et ostendit defectum sapientiae quam praedicabant Iudaei de uno Deo. Jn. III, 19: dilexerunt magis tenebras quam lucem. Sed numquid tenebantur ad legem Moysi? Dicendum est quod sic, quantum ad cultum unius Dei. Vel alienati sensu, id est ex electione contradicentes ei ex malitia. Jb XXXIV, 27: qui quasi de industria recesserunt ab eo. Quantum ad tertium dicit in operibus malis. Jn. III, 19: erant enim eorum opera mala, et cetera. Deinde cum dicit nunc autem, ponit beneficia Christi. Et primum est reconciliatio in corpore eius. Et dicit in corpore carnis, non quod aliud sit corpus, et aliud caro; sed ad ostendendum quod accepit corpus in esse naturae. Jn. I, 14: et verbum caro factum est, et cetera. Et idem corpus carnis, id est, mortale. Rm. VIII, 3: Deus filium suum mittens in similitudinem peccati, et cetera. Secundum est sanctificatio. Unde dicit ut exhiberet vos sanctos. He. XIII, 12: Iesus ut sanctificaret populum, et cetera. Tertium est ablutio a peccatis, ibi et immaculatos. He. IX, 14: sanguis Christi per Spiritum Sanctum semetipsum obtulit Deo, emundabit conscientiam nostram, et cetera. Item quantum ad futura, ibi et irreprehensibiles. II P. III, 14: satagite immaculati et inviolati ei inveniri in pace, et cetera. Et addit coram ipso. I R. XVI, 7: homo videt quae foris patent, Dominus autem intuetur cor. Exigit a nobis firmitatem fidei et spei; ideo subiungit, dicens si tamen permanetis in fide fundati. Fides est sicut fundamentum, ex cuius firmitate tota firmatur Ecclesiae structura. Item et stabiles in spe non moti a seipsis, et immobiles, quasi non excidentes a spe per alios. A spe, inquam, Evangelii, id est quam dat Evangelium de bonis regni caelorum. Mt. IV, 17: poenitentiam agite, appropinquabit enim regnum caelorum. Nec est excusatio, quia est praedicatum, videlicet per apostolos. Utitur praeterito pro futuro, propter certitudinem eius. In universa creatura, quae sub, etc., id est omni creaturae novae, id est fidelibus, quibus paratum erat.
Lectio 6
Super Col., cap. 1 l. 6 Postquam commendavit Christum in comparatione ad Deum et ad universam creaturam, ad totam Ecclesiam et ad ipsos Colossenses, hic commendat eum in comparatione ad seipsum, ostendens se eius ministrum. Et primo ponit ministerium; secundo ostendit fidelitatem ministrando, ibi qui nunc gaudeo; tertio ministerii magnitudinem, ibi cuius factus sum. Dicit ergo: dico quod praedicatum est in universa creatura, cuius, Evangelii, factus sum minister, praedicandi, non mea auctoritate, sed praedicationi ministerium exhibens. I Cor. IV, 1: sic nos existimet homo ut ministros Christi et dispensatores, et cetera. Sed est minister fidelis, quod patet, quia non refugit pati pericula quin diligenter exequatur. Unde primo ostendit quo affectu sustinet passiones; secundo quo fructu, ibi adimpleo, et cetera. Affectu quidem laeto, quia nunc gaudeo, etc., pro vobis, id est, propter vestram utilitatem. II Cor. I, 6: sive tribulamur pro vestra exhortatione et salute, et cetera. Et propter gaudium vitae aeternae quod inde expecto, quod est fructus ministerii eius. Jc. I, 2: omne gaudium existimate, fratres mei, cum in tentationes varias incideritis, scientes, et cetera. Ph. II, 17: si immolor super sacrificium fidei vestrae, gaudeo et congratulor, et cetera. Et etiam hoc fructu, ut adimpleam ea, quae desunt passionum Christi, et cetera. Haec verba, secundum superficiem, malum possent habere intellectum, scilicet quod Christi passio non esset sufficiens ad redemptionem, sed additae sunt ad complendum passiones sanctorum. Sed hoc est haereticum, quia sanguis Christi est sufficiens ad redemptionem, etiam multorum mundorum. I Jn. II, 2: ipse est propitiatio pro peccatis nostris, et cetera. Sed intelligendum est, quod Christus et Ecclesia est una persona mystica, cuius caput est Christus, corpus omnes iusti: quilibet autem iustus est quasi membrum huius capitis, I Cor. XII, 27: et membra de membro. Deus autem ordinavit in sua praedestinatione quantum meritorum debet esse per totam Ecclesiam, tam in capite quam in membris, sicut et praedestinavit numerum electorum. Et inter haec merita praecipue sunt passiones sanctorum. Sed Christi, scilicet capitis, merita sunt infinita, quilibet vero sanctus exhibet aliqua merita secundum mensuram suam. Et ideo dicit adimpleo ea quae desunt passionum Christi, id est totius Ecclesiae, cuius caput est Christus. Adimpleo, id est, addo mensuram meam. Et hoc in carne, id est ego ipse patiens. Vel quae passiones desunt in carne mea. Hoc enim deerat, quod sicut Christus passus erat in corpore suo, ita pateretur in Paulo membro suo, et similiter in aliis. Et pro corpore, quod est Ecclesia, quae erat redimenda per Christum. Ep. V, 27: ut exhiberet ipse sibi Ecclesiam gloriosam, non habentem maculam neque rugam. Sic etiam omnes sancti patiuntur propter Ecclesiam, quae ex eorum exemplo roboratur. Glossa: passiones adhuc desunt, eo quod paritoria meritorum Ecclesiae non est plena, nec adimplebitur, nisi cum saeculum fuerit finitum. Paritoria autem est vas, vel domus, ubi pariter multa inferuntur. Deinde cum dicit cuius sum, etc., ostendit dignitatem ministerii tripliciter. Primo ex materia adoptionis; secundo ex fine ad quem dicitur, ibi ut impleamini, etc.; tertio ex usu, ibi quoniam vos, cum, et cetera. Sed diceret aliquis: estne magnum hoc ministerium? Et respondet dicens: ita est, quia traditum est mihi secundum dispensationem. Quod dupliciter potest exponi, scilicet active; et sic est sensus: id est, ut dispensem vobis divina, fideliter tradens ea, et haec potestas data est mihi. Vel passive, et tunc est sensus: id est, secundum quod mihi dispensatum est a Deo. Ep. IV, 11: dedit quosdam quidem apostolos, quosdam prophetas, et cetera. Ac. XIII, 2: segregate mihi Barnabam et Paulum in opus ad quod assumpsi eos, et cetera. Ecce quis est finis, certe non pecunia, nec gloria propria, sed aliquod magnum, ad quod accepi, quia ut impleam, et cetera. Et primo ostendit dignitatem eius ad quod accepit; secundo ostendit quod est illud quod est Christus. Item primo commendat magnitudinem eius ex diffusa praedicatione et occultatione et manifestatione. Accipitur autem ad conversionem gentilium. Unde ut adimpleam verbum non praedicationis, sed dispensationem aeternam Dei, id est ut mea praedicatione impletum ostendam verbum Dei, id est, Dei dispensationem, et praeordinationem et promissionem de verbo Dei incarnando; vel dispensationem Dei aeternam, qua disposuit ut gentes per Christum converterentur ad fidem veri Dei. Et hoc oportebat impleri. Nm. XXIII, 19: dixit ergo, et non faciet, locutus est, et non implebit? Is. LV, 11: verbum quod egredietur de ore meo non revertetur ad me vacuum, sed faciet quaecumque volui, et prosperabitur, et cetera. Sed hoc disposuit impleri per ministerium Pauli. Unde dicit ut impleam hoc mysterium, scilicet inquantum est res abscondita; quia mysterium quod est absconditum est hoc verbum. Is. XXIV, 16: secretum meum mihi est, et cetera. Quod absconditum fuit a saeculis, id est, a principio saeculorum, et omnibus generationibus hominum, qui hoc scire non potuerunt. Ep. III, 9: quae sit dispensatio sacramenti absconditi a saeculis in Deo. Nam et si philosophi antiqui quaedam de Christi deitate videantur dixisse vel propria, vel appropriata, sicut Augustinus invenit in libris Platonis: in principio erat verbum, etc., tamen quod verbum caro factum est, nullus scire potuit. Sed dicis: nonne fuit scitum per prophetas? Respondeo. Dicendum est quod sic, tamen inquantum pertinebat ad Evangelium, vel non ita aperte sicut apostoli sciverunt. Deinde cum dicit nunc autem, etc., agit de manifestatione eius, et primo ostendit quibus manifestatum est; secundo ostendit quare manifestatum est eis, ibi quibus voluit. Dicit ergo: manifestatum est nunc, scilicet tempore gratiae. II Cor. III: ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis. Haec autem est scientia sanctorum. Sg. X, 10: dedit illi scientiam sanctorum, et cetera. Jb XXXVI, 33: annuntiat de ea amico suo, et cetera. Sed hoc non propter eorum merita, sed propter beneplacitum suum. Unde dicit quibus voluit Deus, et cetera. Jn. XV, 15: quae audivi a Patre meo, nota feci vobis. Et subdit: non vos me elegistis, sed ego elegi vos, et cetera. Mt. XI, 26: ita placitum fuit ante te. Notas facere divitias gloriae sacramenti huius, quia per hoc quod ista fuerunt occulta, Deus apparet abundanter gloriosus. Nam olim notus in Iudaea Deus, sed per hoc sacramentum conversionis gentilium gloria Dei notificatur per totum mundum. Jn. XVII, 4: ego te clarificavi, et cetera. Et hoc in gentibus, scilicet quod completur in eis. Rm. V, 2: gloriamur in spe gloriae filiorum Dei. Et Rm. XI, 33: Ô altitudo divitiarum sapientiae et scientiae Dei. Hoc verbum est quod est Christus, id est, quod per Christum adipiscimur, scilicet spem gloriae, quae olim videbatur promissa solum Iudaeis. Ac. X, 45: mirabantur quod et in nationes diffusa est gratia, et cetera. Rm. V, 1: iustificati ex fide pacem habeamus, et cetera. Et post: et gloriamur in spe gloriae filiorum Dei, et cetera. Is. XI, 10: radix Iesse qui stat in signum populorum, et cetera. Sic ergo ostenditur origo ministerii et finis. Sed subdit usum eius, cum dicit quem nos, et cetera. Et circa hoc tria facit, quia primo ostendit usum eius; secundo fructum, ibi ut exhibeamus, tertio auxilium sibi impensum ad consequendum etc.; usum, ibi in quo et laboro. Usus eius est nuntiare Christum. Et ponit usum et modum utendi. Ps. IX, 11: annuntiate inter gentes studia eius, et cetera. I Jn. I, 1: quod vidimus et audivimus, annuntiamus vobis, et cetera. Modus ponitur ibi corripientes, etc., quod est perfecta Annuntiatio, quia omni homini, non solum Iudaeis. Mt. ult.: docete omnes gentes, et cetera. Modus etiam eius est docere veritatem, et refellere falsitatem. Et ideo dicit corripientes omnem hominem, vel infideles in vita II Cor. X, 4: arma militiae nostrae non sunt carnalia, sed potentia Deo ad destructionem munitionum, consilia destruentes, et cetera. Et docentes omnem hominem in omni sapientia, scilicet quae est cognitio Dei. Sg. XV, 3: nosse enim te, consummata iustitia est, et scire iustitiam et veritatem tuam radix est immortalitatis, et cetera. Et I Cor. II, 6: sapientiam loquimur, et cetera. Fructus autem hic est quod homines ducuntur ad perfectum. Unde dicit ut exhibeamus omnem hominem, scilicet cuiuscumque conditionis, perfectum, non in lege, sed in Christo. Mt. V, 48: estote perfecti, et cetera. Sed numquid quilibet tenetur ad perfectionem? Non, sed intentio praedicatoris ad hoc debet esse. Est autem duplex perfectio charitatis: una de necessitate praecepti, scilicet ut in corde nihil admittat contrarium Deo. Mt. XXII, 37: diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et cetera. Alia de necessitate consilii, ut abstineat etiam a licitis, et haec est perfectio supererogationis. Sed ad hoc habuit auxilium a Deo. Unde dicit in quo laboro certando contra infideles et peccatores. II Tm. II, 3: labora sicut bonus miles Christi, et cetera. Item eiusdem IV, 7: bonum certamen certavi, et cetera. Et hoc secundum operationem eius. I Cor. XV, 10: gratia Dei mecum. Quam operatur in me, quia hoc facit Deus in me, in virtute miraculorum, scilicet praebendo virtutem. Lc. ult.: sedete in civitate donec induamini virtute ex alto.
Caput 2
Lectio 1
Super Col., cap. 2 l. 1 Supra commendavit statum fidelium, qui est gratiae, et actorem, scilicet Christum, hic protegit eos contra contrariantia huic statui, et primo contra doctrinam corrumpentem; secundo contra perversos mores, III capite, ibi igitur si consurrexistis. Circa primum duo facit, quia primo ostendit sollicitudinem de eorum statu; secundo tuetur eos contra malam doctrinam, ibi hoc autem dico. Iterum prima pars dividitur in tres particulas. Quia primo ponit sollicitudinem; secundo personas de quibus sollicitatur, ibi pro vobis; tertio de quo sit sollicitus, ibi ut consolentur. Dicit ergo volo enim vos scire qualem habeam sollicitudinem, scilicet magnam. Et hoc pertinet ad bonum praelatum. Rm. XII, 8: qui praeest in sollicitudine. Lc. II, 8: pastores erant in eadem regione vigilantes et custodientes vigilias noctis supra gregem suum. Et non solum pro a se conversis et sibi praesentibus, sed etiam pro aliis. Unde dicit pro vobis, scilicet quos non vidi corpore, sed mente, et non solum pro istis, sed etiam pro illis qui non viderunt, et cetera. Sollicitus quippe erat pro toto mundo. Sg. VIII, 24: in veste poderis Aaron totus erat orbis terrarum, et cetera. Sic in mente apostoli. II Cor. XI, 28: praeter ea quae extrinsecus sunt, instantia mea quotidiana sollicitudo omnium Ecclesiarum, et cetera. Sed de quibus magis sollicitatur? Respondeo, de non visis, quantum ad aliquid, quia nesciebat quid fieret circa eos, non autem simpliciter. Deinde cum dicit ut consolentur, ostendit de quo sollicitus sit, scilicet de eorum consolatione. Et primo hoc ponit; secundo, quomodo possit hoc haberi, ibi instructi. Dicit ergo ut consolentur, id est, per me habeant consolationem spiritualem, cuius consolationis factivum est bonum. Est enim factivum gaudii, ut qui tristatur de aliquo, consoletur de alio aeque bono. Duo autem sunt quae consolantur nos, scilicet meditatio sapientiae, Sg. VIII, 9: erit allocutio cogitationis et taedii mei. Aliud est oratio. Jc. V, 13: tristatur quis in vobis? Oret; aequo animo est? Psallat. Consequenter cum dicit instructi, etc., ponit specialiter sapientiae instructionem. Duplex est hic littera, scilicet quae dicta est, et quae habetur in Glossa sic: ut consolentur corda ipsorum instructorum, etc., ad cognoscendum, et cetera. Et est idem sensus. Instructio ergo sapientiae consolatur contra mala temporalia. Debet autem hic esse instructus de via, et ideo dicit in charitate, quae scilicet est via ad Deum. I Cor. XII, 31: adhuc excellentiorem viam vobis demonstro, si linguis, et cetera. Instructi ergo in charitate qua Deus nos diligit, et qua nos eum diligimus. Utrumque enim nos consolatur, scilicet et quia Dominus diligit nos. Ga. II, 20: vivo ego, et cetera. Et post: qui dilexit me et tradidit semetipsum pro me, et cetera. Ep. II, 4: dives in misericordia, propter nimiam charitatem suam, qua dilexit nos, et cetera. Item quia nos Deum diligimus, nos consolamur, quia consolatio est amici, si pro eo sustineat mala. Eccli. XXII, 31: et si evenerint mihi mala, propter illum sustinebo. Et subdit et in omnes divitias, id est, in omni capacitate. Intellectus enim noster est in potentia ad aliquid cognoscendum; sed intellectus Angeli in sua creatione impletus est scientia intelligibilium. Et ideo oportet quod nostro intellectui humano superveniat scientia, vel per disciplinam: sed haec est insufficiens, quia numquam aliquid tantum potest sciri sic, quod capacitatem eius impleat; vel per revelationem divinam et donum Dei: et haec est sufficiens. Eccli. XV, 5: implevit eum Dominus Spiritu sapientiae et intellectus, et cetera. Et ideo dicit plenitudinis intellectus, id est, in copiam. Sg. VIII, 5: quid sapientia locupletius? Is. XXXIII, 6: divitiae salutis sapientia et scientia. Instructi ergo in copia divinae sapientiae, quae copia implet intellectum. Et hoc habebimus cognoscendo Deum. Et ideo dicit in agnitionem mysterii, etc., id est, ad cognoscendum veritatem sacramenti huius occulti, scilicet quod Deus sit Pater Iesu Christi. Vel mysterii Dei Patris, quod est Christus. Ideo dicitur Mt. XI, 25 de apostolis: abscondisti haec a sapientibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis. Vel in agnitione aeternae generationis et incarnationis Christi. Sg. VI, 16: cogitare ergo de illa sensus est consummatus. Augustinus: beatus qui te novit, infelix qui te non novit. Per cognitionem Dei habet homo omnem plenitudinem. Jn. XVII, 3: haec est vita aeterna, ut cognoscant te solum verum Deum, et cetera. Sed numquid per cognitionem Christi impletur intellectus? Respondeo sic, quia in eo sunt omnes thesauri, et cetera. Deus habet omnium rerum notitiam, et haec notitia comparatur thesauro. Sg. VII, 14: infinitus enim est thesaurus hominibus, et cetera. Thesaurus est divitiae congregatae, sed effusae non dicuntur thesaurus, sed quae in uno sunt. Deus enim sapientiam suam sparsit super omnia opera sua, Eccli. I, 10. Et secundum hoc non habet rationem thesauri, sed secundum quod huiusmodi rationes uniuntur in uno, scilicet sapientia divina, et omnes huiusmodi thesauri sunt in Christo. Sapientia enim est cognitio divinorum, scientia vero est creaturarum cognitio. Quicquid autem de Deo potest sciri pertinens ad sapientiam, totum Deus abundanter in se cognoscit. Item, quicquid potest cognosci de creaturis, cognoscit in se supereminenter. Quicquid autem in sapientia Dei est, est in verbo suo uno, quia uno simplici actu intellectus cognoscit omnia, quia in eo non est scientia in potentia nec in habitu. Et ideo in isto verbo sunt omnes thesauri, et cetera. Sed addit absconditi, quia quod mihi aliquid absconditur, contingit dupliciter, scilicet vel propter debilitatem intellectus mei, vel propter velamen oppositum, sicut quis non videt candelam, vel quia caecus est, vel velata est. Ita in verbo Dei sunt omnes thesauri sapientiae et scientiae, sed absconditi nobis qui non habemus limpidos oculos, sed lippos, Jn. XII, 35: adhuc modicum lumen in vobis est, et quia est velatum duplici velamine, scilicet creaturae, quia intellectus noster nunc ad illam cognitionem non potest nisi per similitudinem creaturarum. Rm. I, 20: invisibilia Dei per ea quae facta sunt intellecta conspiciuntur, et cetera. Secundo est velatum in carne, Jn. I, 14: et verbum caro factum est. Et si aliquid videmus de Deo, non tamen totum. Is. XLV, 15: vere tu es absconditus. Nm. XX, 6: aperi eis thesaurum tuum. Ponamus quod aliquis habeat candelam velatam, non quaereret aliunde lumen; sed potius quod habitum ab eo reveletur, et ideo non oportet sapientiam quaerere nisi in Christo. I Cor. II, 2: non existimavi me aliquid scire, nisi Christum Iesum, et cetera. Et I Jn. III, 2: cum apparuerit, id est, revelabitur, similes ei erimus, scilicet omnia scientes; sicut qui haberet librum ubi esset tota scientia, non quaereret nisi ut sciret illum librum, sic et nos non oportet amplius quaerere nisi Christum. Deinde cum dicit hoc autem dico, etc., instruit et monet eos contra doctrinam corrumpentem. Seducebantur autem a quibusdam philosophis contra fidem, et ab haereticis qui docebant observantias legalium. Ideo primo instruit eos contra philosophos, secundo contra iudaizantes, ibi in quo et circumcisi. In scientia vero mundana duo continentur, quia est quaedam scientia loquendi, et quaedam scientia rerum, et ideo dupliciter possunt decipere. Ideo primo munit eos contra philosophos decipientes eos per scientiam loquendi; secundo contra decipientes eos per scientiam rerum, ibi videte ne quis. Primo manifestat deceptionem; secundo assignat rationem, ibi nam si corpore. Dicit ergo: dico quod in Christo est omnis scientia. Et hoc dico, ne quaerentes alibi scientiam, decipiamini. Et dicit ut nemo, id est nec Demosthenes, nec Tullius, vos decipiat in sublimitate sermonis. Is. XXXIII, 19: populum imprudentem non videbis, populum alti sermonis, et cetera. Sed numquid est peccatum uti sermonibus sublimibus? Respondeo. Non, quia etiam sancti viri elegantius loquuntur quam etiam rhetores mundi, sicut Ambrosius, Hieronymus, et Leo Papa. Nam si licet uti ad persuadendum in malo ornata locutione, multo magis in bono.
Commémoraison de St Paul apôtre mémoire de Saint Pierre Apôtre
Collectes
Dieu, vous avez instruit une multitude de nations par la prédication du bienheureux Apôtre Paul : accordez-nous, nous vous en supplions, que, célébrant sa mémoire, nous ressentions les effets de sa protection.
Dieu, en confiant au Bienheureux Pierre, votre Apôtre, les clefs du royaume céleste, vous lui avez donné l’autorité pontificale de lier et de délier : faites que nous soyons délivrés des liens de nos péchés, par le secours de son intercession.
Office
4e leçon
Du livre de saint Augustin, Évêque : De la grâce et du libre arbitre
Que l’Apôtre Paul ait reçu sans aucun mérite, et malgré de nombreux démérites, la grâce du Dieu qui rend le bien pour le mal, nous en avons la certitude. Voyons comment il parle, un peu avant sa passion, en écrivant à Timothée. « Pour moi, dit-il, me voici à la veille d’être immolé, et l’heure de ma dissolution approche. J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi ». Ces choses qui assurément lui sont des mérites, il les mentionne d’abord, pour en venir bientôt à la couronne qu’il espère obtenir en récompense de ses mérites, lui qui, malgré ses démérites, a obtenu la grâce. Aussi remarquez bien ce qu’il ajoute : « Il me reste la couronne de justice que le Seigneur, juste juge, doit me rendre en ce jour ». A qui ce juste juge rendrait-il la couronne, si le Père miséricordieux n’avait point donné sa grâce ? Et comment serait-ce une couronne de justice, si la grâce qui justifie le pécheur n’avait point précédé ? Comment pourrait-il y avoir des mérites à récompenser, si des grâces gratuites n’avaient pas été données auparavant ?
5e leçon
Considérant donc en l’Apôtre Paul ses mérites eux-mêmes, auxquels le juste juge rendra la couronne, voyons s’ils lui appartiennent comme étant de lui, c’est-à-dire, comme se les étant acquis de lui-même, ou bien s’il faut y reconnaître les dons de Dieu : « J’ai combattu le bon combat, dit-il, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi ». Remarquons d’abord que ces bonnes œuvres seraient nulles, si de bonnes pensées ne les avaient précédées. II faut donc examiner ce qu’il dit des pensées elles-mêmes. Or voici comment il parle, en écrivant aux Corinthiens : « Non que nous soyons capables par nous-mêmes de produire, comme de nous, une seule pensée ; mais notre capacité vient de Dieu ». Après cela, entrons dans le détail.
6e leçon
« J’ai combattu le bon combat ». Je demande par quelle force il a combattu. Est-ce par une force qu’il aurait eue de lui-même, ou par une force reçue d’en haut ? Mais loin de nous la pensée qu’un tel docteur ait ignoré la loi de Dieu, parlant ainsi dans le Deutéronome : « Ne dis pas dans ton cœur : C’est ma force et la puissance de mon bras qui m’a rendu capable de cette grande œuvre ; mais souviens-toi du Seigneur ton Dieu, parce que c’est lui qui te fortifie pour bien faire ». Mais que sert-il de bien combattre, si le combat n’est point suivi de la victoire ? Et qui rend victorieux, si ce n’est celui dont l’Apôtre dit lui-même : « Grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ »
7e leçon
Homélie de saint Jean Chrysostome.
Le divin Maître semble parler ainsi aux Apôtres : Ne soyez point troublés si ; vous envoyant au milieu des loups, je vous enjoins d’être comme des brebis et des colombes. Sans doute, je pourrais agir autrement ; je pourrais empêcher que vous ne souffriez quelque chose de fâcheux et faire en sorte, qu’au lieu d’être exposés aux loups comme des brebis, vous deveniez plus terribles que des lions. Il vaut mieux cependant qu’il en soit comme je l’ai réglé : c’est le moyen, et de manifester votre vertu, et de faire éclater ma puissance. Et voilà dans quel sens il dira plus tard à saint Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance se fait mieux sentir dans la faiblesse ». C’est donc moi qui, vous ai rendus tels.
8e leçon
Mais examinons quelle prudence il exige. La prudence même du serpent. Le serpent expose et livre tout son corps, et dût-il être coupé en morceaux s’en met très peu en peine, pourvu seulement qu’il ait la tête sauve. Ni toi non plus, pour conserver la foi, n’hésite pas à perdre tout le reste, fallût-il sacrifier ta fortune, tes membres et jusqu’à ta vie elle-même. La foi est la tête et la racine du chrétien ; si tu la conserves, en perdant tout le reste, tu recouvreras tout avec plus de gloire. Ainsi Jésus ne demande ni la simplicité sans la prudence, ni la prudence sans la simplicité ; il les a liées ensemble, voulant que ses Apôtres fissent, de ces deux choses réunies, une vertu parfaite.
9e leçon
Si tu veux savoir par les faits mêmes comment cela s’est accompli, ouvre le livre des Actes. Tu ne pourras manquer de voir qu’il arriva souvent aux Juifs de se ruer comme des bêtes affamées contre les Apôtres, et que les Apôtres, imitant la simplicité de la colombe, et répondant avec la modestie convenable, ont désarmé la colère, apaisé la fureur, arrêté l’emportement de ce peuple. Les Juifs leur disaient : « Ne vous avons-nous pas défendu absolument d’enseigner en ce nom-là ? » Et quoiqu’ils pussent opérer une infinité de miracles, ils n’ont cependant rien dit ni rien fait qui témoignât de l’aigreur. Ils répondirent au contraire avec une douceur extrême : « Jugez s’il est juste de vous obéir plutôt qu’à Dieu ». Dans ces paroles, tu as rencontré ta simplicité de la colombe ; vois la prudence du serpent dans les paroles qui suivent : « Nous ne pouvons pas taire les choses que nous avons vues et entendues »
Les Grecs unissent aujourd’hui dans une même solennité la mémoire des illustres saints, les douze Apôtres, dignes de toute louange. Rome, tout absorbée hier par le triomphe que le Vicaire de l’Homme-Dieu remportait dans ses murs, voit le successeur de Pierre et sa noble cour aller porter au Docteur des nations, couché d’hier, lui aussi, en sa tombe glorieuse, l’hommage reconnaissant de la Ville et du monde. Suivons par la pensée le peuple romain qui, plus heureux que nous, accompagne le Pontife et fait retentir de ses chants de victoire la splendide Basilique de la voie d’Ostie.
Au vingt-cinq janvier, nous vîmes l’Enfant-Dieu, par le concours d’Étienne le Protomartyr, amener à sa crèche, terrassé et dompté, le loup de Benjamin qui, dans la matinée de sa jeunesse fougueuse, avait rempli de larmes et de sang l’Église de Dieu. Le soir était venu, comme l’avait vu Jacob, où Saul le persécuteur allait plus que tous ses devanciers dans le Christ accroître le bercail, et nourrir le troupeau de l’aliment de sa céleste doctrine.
Par un privilège qui n’a pas eu de semblable, le Sauveur déjà assis à la droite du Père dans les cieux, daigna instruire directement ce néophyte, afin qu’il fût un jour compté au nombre de ses Apôtres. Mais les voies de Dieu n’étant jamais opposées entre elles, cette création d’un nouvel Apôtre ne pouvait contredire la constitution divinement donnée à l’Église chrétienne par le Fils de Dieu. Paul, au sortir des contemplations sublimes durant lesquelles le dogme chrétien était versé dans son âme, dut se rendre à Jérusalem, afin de « voir Pierre », comme il le raconta lui-même à ses disciples de Galatie. Il dut, selon l’expression de Bossuet, « conférer son propre Évangile avec celui du prince des Apôtres ». Agréé dès lors pour coopérateur à la prédication de l’Évangile, nous le soyons, au livre des Actes, associé à Barnabé, se présenter avec celui-ci dans Antioche après la conversion de Cornélius, et l’ouverture de l’Église aux gentils par la déclaration de Pierre. Il passe dans cette ville une année entière signalée par une abondante moisson. Après la prison de Pierre à Jérusalem et son départ pour Rome, un avertissement d’en haut manifeste aux ministres des choses saintes qui présidaient à l’Église d’Antioche, que le moment est venu d’imposer les mains aux deux missionnaires, et on leur confère le caractère sacré de l’ordination.
A partir de ce moment, Paul grandit de toute la hauteur d’un Apôtre, et l’on sent que la mission pour laquelle il avait été préparé est enfin ouverte. Tout aussitôt, dans le récit de saint Luc, Barnabé s’efface et n’a plus qu’une destination secondaire. Le nouvel Apôtre a ses disciples à lui, et il entreprend, comme chef désormais, une longue suite de pérégrinations marquées par autant de conquêtes. Son premier pas est en Chypre, et c’est là qu’il vient sceller avec l’ancienne Rome une alliance qui est comme la sœur de celle que Pierre avait contractée à Césarée. En l’année 43, où Paul aborda en Chypre, l’île avait pour proconsul Sergius Paulus, recommandable par ses aïeux, mais plus digne d’estime encore pour la sagesse de son gouvernement. Il désira entendre Paul et Barnabé. Un miracle de Paul, opéré sous ses yeux, le convainquit de la vérité de l’enseignement des deux Apôtres, et l’Église chrétienne compta, ce jour-là, dans son sein un héritier nouveau du nom et de la gloire des plus illustres familles romaines. Un échange touchant eut lieu à ce moment. Le patricien romain était affranchi du joug de la gentilité par le juif, et en retour, le juif, qu’on appelait Saul jusqu’alors, reçut et adopta désormais le nom Paul, comme un trophée digne de l’Apôtre des gentils.
De Chypre, Paul se rend successivement en Cilicie, dans la Pamphylie, dans la Pisidie, dans la Lycaonie. Partout il évangélise, et partout il fonde des chrétientés. Il revient ensuite à Antioche, en l’année 47, et il trouve l’Église de cette ville dans l’agitation. Un parti de Juifs sortis des rangs du pharisaïsme consentait à l’admission des gentils dans l’Église, mais seulement à la condition qu’ils seraient assujettis aux pratiques mosaïques, c’est-à-dire à la circoncision, à la distinction des viandes, etc. Les chrétiens sortis de la gentilité répugnaient à cette servitude à laquelle Pierre ne les avait pas astreints, et la controverse devint si vive que Paul jugea nécessaire d’entreprendre le voyage de Jérusalem, où Pierre fugitif de Rome venait d’arriver. Il partit donc avec Barnabé, apportant la question à résoudre aux représentants de la loi nouvelle réunis dans la ville de David. Outre Jacques qui résidait habituellement à Jérusalem comme évêque, Pierre, ainsi que nous l’avons dit, et Jean, y représentèrent en cette circonstance tout le collège apostolique. Un décret fut formulé où toute exigence à l’égard des gentils relativement aux rites judaïques était interdite, et cette disposition était prise au nom et sous l’influence de l’Esprit-Saint. Ce fut dans cette réunion de Jérusalem que Paul fut accueilli par les trois grands Apôtres comme devant exercer spécialement l’apostolat des gentils. Il reçut de la part de ceux qu’il appelle les colonnes, une confirmation de cet apostolat surajouté à celui des douze. Par ce ministère extraordinaire qui surgissait en faveur de ceux qui avaient été appelés les derniers, le christianisme affirmait définitivement son indépendance à l’égard du judaïsme, et la gentilité allait se précipiter en foule dans l’Église.
Paul reprit le cours de ses excursions apostoliques à travers les provinces qu’il avait déjà évangélisées, afin d’y confirmer les Églises. De là, traversant la Phrygie, il vit la Macédoine, s’arrêta un moment à Athènes, d’où il se rendit à Corinthe, où il séjourna un an et demi. A son départ, il laissait dans cette ville une Église florissante, non sans avoir excité contre lui la fureur des Juifs. De Corinthe, Paul se rendit à Éphèse, qui le retint plus de deux ans. Il y obtint un tel succès auprès des gentils, que le culte de Diane en éprouva un affaiblissement sensible. Une émeute violente s’ensuivit, et Paul jugea que le moment était venu de sortir d’Éphèse. Durant son séjour dans cette ville, il avait révélé à ses disciples la pensée qui l’occupait déjà depuis longtemps : « Il faut, leur dit-il, que je voie Rome ». La capitale de la gentilité appelait l’Apôtre des gentils.
L’accroissement rapide du christianisme dans la capitale de l’Empire avait mis en présence, d’une manière plus frappante qu’ailleurs, les deux éléments hétérogènes dont l’Église d’alors était formée. L’unité d’une même foi réunissait dans le même bercail les anciens juifs et les anciens païens. Il s’en rencontra quelques-uns dans chacune de ces deux races qui, oubliant trop promptement la gratuité de leur commune vocation, se laissèrent aller au mépris de leurs frères, les réputant moins dignes qu’eux-mêmes du baptême qui les avait tous faits égaux dans le Christ. Certains juifs dédaignaient les gentils, se rappelant le polythéisme qui avait souillé leur vie passée de tous les vices qu’il entraînait à sa suite. Certains gentils méprisaient les juifs, comme issus d’un peuple ingrat et aveugle, qui, abusant des secours que Dieu lui avait prodigués, n’avait su que crucifier le Messie.
En l’année 53, Paul, qui fut à même de connaître ces débats, profita d’un second séjour à Corinthe pour écrire aux fidèles de l’Église romaine la célèbre Épître dans laquelle il s’attache à établir la gratuité du don de la foi, juifs et gentils étant indignes de l’adoption divine et n’ayant été appelés que par une pure miséricorde ; juifs et gentils, oubliant leur passé, n’avaient qu’à s’embrasser dans la fraternité d’une même foi, et à témoigner leur reconnaissance à Dieu qui les avait prévenus par sa grâce les uns et les autres. Sa qualité d’Apôtre reconnu donnait à Paul le droit d’intervenir en cette manière, au sein même d’une chrétienté qu’il n’avait pas fondée. En attendant qu’il pût contempler de ses yeux l’Église reine que Pierre avait établie sur les sept collines, l’Apôtre voulut accomplir encore une fois le pèlerinage de la cité de David. Mais la rage des Juifs de Jérusalem se déchaîna à cette occasion jusqu’au dernier excès. Leur orgueil en voulait surtout à cet ancien disciple de Gamaliel, à ce complice du meurtre d’Étienne, qui maintenant conviait les gentils à s’unir aux fils d’Abraham sous la loi de Jésus de Nazareth. Le tribun Lysias l’arracha des mains de ces acharnés qui allaient le mettre en pièces. La nuit suivante, le Christ apparut à Paul et lui dit : « Sois ferme ; car il te faudra rendre de moi à Rome le même témoignage que tu me rends en ce moment à Jérusalem ».
Ce ne fut pourtant qu’après une captivité de plus de deux années que Paul, en ayant appelé à l’empereur, aborda l’Italie au commencement de l’année 56. Enfin l’Apôtre des gentils fit son entrée dans Rome. L’appareil d’un triomphateur ne l’entourait pas : c’était un humble prisonnier juif que l’on conduisait au dépôt où s’entassaient les prévenus qui avaient appelé à César. Mais Paul était ce Juif qui avait eu le Christ lui-même pour conquérant sur le chemin de Damas. Il n’était plus Saul le Benjamite ; il se présentait sous le nom romain de Paul, et ce nom n’était pas un larcin chez celui qui, après Pierre, devait être la seconde gloire de Rome et le second gage de son immortalité. Il n’apportait pas avec lui, comme Pierre, la primauté que le Christ n’avait confiée qu’à un seul ; mais il venait rattacher au centre même de l’évangélisation des gentils, la délégation divine qu’il avait reçue en leur faveur, comme un affluent verse ses eaux dans le cours du fleuve qui les confond avec les siennes et les entraîne à l’océan.
Paul ne devait pas avoir de successeur dans sa mission extraordinaire ; mais l’élément qu’il venait déposer dans l’Église mère et maîtresse représentait une telle valeur que, dans tous les siècles, on entendra les pontifes romains, héritiers du pouvoir monarchique de Pierre, faire appel encore à un autre souvenir, et commander au nom des « bienheureux Apôtres Pierre et Paul ».
Au lieu d’attendre en prison le jour où sa cause serait appelée, Paul eut la liberté de se choisir un logement dans la ville, obligé seulement d’avoir jour et nuit la compagnie d’un soldat représentant la force publique, et auquel, selon l’usage en pareil cas, il était lié par une chaîne qui l’empêchait de fuir, mais laissait libres tous ses mouvements. L’Apôtre continuait ainsi de pouvoir annoncer la parole de Dieu. Vers la fin de l’année 57, on accorda enfin à Paul l’audience à laquelle lui donnait droit l’appel qu’il avait interjeté à César. Il comparut au prétoire, et le succès de son plaidoyer amena l’acquittement.
Paul, devenu libre, voulut revoir l’Orient. Il visita de nouveau Éphèse, où il établit évoque son disciple Timothée. Il évangélisa la Crète, où il laissa Tite pour pasteur. Mais il ne quittait pas pour toujours cette Église romaine qu’il avait illustrée par son séjour, accrue et fortifiée par sa prédication ; il devait revenir pour l’illuminer des derniers rayons de son apostolat, et l’empourprer de son sang glorieux.
L’Apôtre avait achevé ses courses évangéliques dans l’Orient ; il avait confirmé les Églises fondées par sa parole, et les épreuves, pas plus que les consolations, n’avaient manqué sur sa route. Tout à coup un avertissement céleste, semblable à celui que Pierre lui-même devait recevoir bientôt, lui enjoint de se rendre à Rome où le martyre l’attend. C’est saint Athanase qui nous instruit de ce fait, rapporté aussi par saint Astère d’Amasée. Ce dernier nous dépeint l’Apôtre entrant de nouveau dans Rome, « afin d’enseigner les maîtres du monde, de s’en faire des disciples, et par eux de lutter avec le reste du genre humain. Là, dit encore l’éloquent évêque du quatrième siècle, Paul retrouve Pierre vaquant au même travail. Il s’attèle avec lui au char divin, et se met à instruire dans les synagogues les enfants de la loi, et au dehors les gentils ».
Rome possède donc enfin réunis ses deux princes : l’un assis sur la Chaire éternelle, et tenant en mains les clefs du royaume des cieux ; l’autre entouré des gerbes qu’il a cueillies dans le champ de la gentilité. Ils ne se sépareront plus, même dans la mort, comme le chante l’Église. Le moment qui les vit rapprochés fut rapide ; car ils devaient avoir rendu à leur Maître le témoignage du sang, avant que le monde romain fût affranchi de l’odieux tyran qui l’opprimait. Leur supplice fut comme le dernier crime, après lequel Néron s’affaissa, laissant le monde épouvanté de sa fin aussi honteuse qu’elle fut tragique.
C’était en l’année 65 que Paul était rentré dans Rome. Il y signala de nouveau sa présence par toutes les œuvres de l’apostolat. Dès son premier séjour, sa parole avait produit des chrétiens jusque dans le palais de César. De retour sur le grand théâtre de son zèle, il retrouva ses entrées dans la demeure impériale. Une femme qui vivait dans un commerce coupable avec Néron, se sentit ébranlée par cette parole à laquelle il était dur de résister. Un échanson du palais fut pris aussi dans les filets de l’Apôtre. Néron s’indigna de cette influence d’un étranger jusque dans sa maison, et la perte de Paul fut résolue. Jeté en prison, l’Apôtre ne laissa pas refroidir son zèle, et continua d’annoncer Jésus-Christ. La maîtresse de l’empereur et son échanson abjurèrent, avec l’erreur païenne, la vie qu’ils avaient menée, et leur double conversion hâta le martyre de Paul. Il le sentait, et on s’en rend compte en lisant ces lignes qu’il écrit à Timothée : « Je travaille, dit-il, jusqu’à porter les fers, comme un méchant ouvrier ; mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée : à cause des élus, je supporte tout. Me voici à cette heure comme la victime déjà arrosée de l’eau lustrale, et le temps de mon trépas est proche. J’ai vaillamment combattu, j’ai achevé ma course, j’ai été le gardien de la foi ; la couronne de justice m’est réservée, et le Seigneur, juge équitable, me la donnera ».
Le 29 juin de l’année 67, tandis que Pierre traversait le Tibre sur le pont Triomphal et se dirigeait vers la croix dressée dans la plaine Vaticane, un autre martyre se consommait sur la rive gauche du fleuve. Paul, entraîné le long de la voie d’Ostie, était suivi aussi par un groupe de fidèles qui s’étaient joints à l’escorte du condamné. La sentence rendue contre lui portait qu’il aurait la tête tranchée aux Eaux Salviennes. Après avoir suivi environ deux milles la voie d’Ostie, les soldats conduisirent Paul par un sentier qui se dirigeait vers l’Orient, et bientôt on arriva sur le lieu désigné pour le martyre du Docteur des gentils. Paul se mit à genoux et adressa à Dieu sa dernière prière ; puis, s’étant bandé les yeux, il attendit le coup de la mort. Un soldat brandit son glaive, et la tête de l’Apôtre, détachée du tronc, fit trois bonds sur la terre. Trois fontaines jaillirent aussitôt aux endroits qu’elle avait touchés. Telle est la tradition gardée sur le lieu du martyre, où l’on voit trois fontaines sur chacune desquelles s’élève un autel.
Saints Pierre et Paul apôtres
Collecte
Dieu, vous avez consacré ce jour par le martyre de vos Apôtres saint Pierre et saint Paul : faites la grâce à votre Église de suivre en tout le précepte de ceux par qui la religion a commencé.
Lecture Ac. 12, 1-11
En ces jours-là : le roi Hérode mit les mains sur quelques membres de l’Église, pour les maltraiter. Il fit mourir par le glaive Jacques, frère de Jean. Et voyant que cela plaisait aux Juifs, il fit aussi arrêter Pierre. C’étaient alors les jours des azymes. L’ayant donc fait arrêter, il le mit en prison, et le donna à garder à quatre escouades, de quatre soldats chacune, avec l’intention de le faire comparaître devant le peuple après la Pâque. Pierre était donc gardé dans la prison ; mais l’église faisait sans interruption des prières à Dieu pour lui. Or, la nuit même avant le jour où Hérode devait le faire comparaître, Pierre dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes, et des gardes devant la porte gardaient la prison. Et voici qu’un ange du Seigneur apparut, et une lumière brilla dans la cellule ; et l’ange, touchant Pierre au côté, l’éveilla, en disant : Lève-toi vite. Et les chaînes tombèrent de ses mains. Et l’ange lui dit : mets ta ceinture, et chausse tes sandales. Il le fit. Et l’ange reprit : Enveloppe-toi de ton vêtement, et suis-moi. Pierre sortit et le suivit ; et il ne savait pas que ce qui se faisait par l’ange était véritable, mais il croyait voir une vision. Passant la première et la seconde garde, ils vinrent à la porte de fer qui conduit à la ville ; elle s’ouvrit d’elle-même devant eux, et étant sortis, ils s’avancèrent dans une rue ; et aussitôt l’ange le quitta. Alors Pierre, étant revenu à lui-même, dit : Maintenant je reconnais d’une manière certaine que le Seigneur a envoyé son ange, et qu’il m’a arraché à la main d’Hérode et à toute l’attente du peuple juif.
Évangile Mt. 16, 13-19
En ce temps-là : Jésus vint aux environs de Césarée de Philippe, et il interrogeait ses disciples, en disant : Que disent les hommes touchant le Fils de l’homme ? Ils lui répondirent : Les uns, qu’il est Jean-Baptiste ; les autres, Élie ; les autres, Jérémie, ou quelqu’un des prophètes. Jésus leur dit : Et vous, qui dites-vous que je suis. Simon-Pierre, prenant la parole, dit : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus lui répondit : Tu es bienheureux, Simon, fils de Jonas, parce que ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.
Office
4e leçon
Sermon de saint Léon, Pape.
Sans doute, frères bien-aimés, le reste du monde prend part à toutes nos solennités saintes ; et la piété d’une même foi demande qu’on célèbre en tous lieux, avec une joie commune, ce qui s’est accompli pour le salut de tous. Néanmoins la fête d’aujourd’hui, en plus de ce respect qui lui est acquis par toute la terre, doit être en notre Ville le sujet d’une vénération spéciale, accompagnée d’une particulière allégresse : de sorte que là où les deux principaux Apôtres sont morts si glorieusement, il y ait, au jour de leur martyre, une plus grande explosion de joie. Car ce sont là, ô Rome, les deux héros qui ont fait resplendir à tes yeux l’Évangile du Christ ; el c’est par eux que toi, qui étais maîtresse d’erreur, tu es devenue disciple de la vérité.
5e leçon
Ce sont là tes pères et tes vrais pasteurs qui, pour t’introduire dans le royaume céleste, ont su te fonder, beaucoup mieux et bien plus heureusement pour toi, que ceux qui se donnèrent la peine de poser les premiers fondements de tes murailles, et dont l’un, celui de qui vient le nom que tu portes, t’a souillée du meurtre de son frère. Ce sont ces deux Apôtres qui t’ont élevée à un tel degré de gloire, que tu es devenue la nation sainte, le peuple choisi, la cité sacerdotale et royale, et, par le siège sacré du bienheureux Pierre, la capitale du monde ; en sorte que la suprématie qui te vient de la religion divine, s’étend plus loin que jamais ne s’est portée ta domination terrestre. Sans doute, d’innombrables victoires ont fortifié ta puissance et étendu les droits de ton autorité sur terre comme sur mer ; et cependant tu dois moins de conquêtes aux travaux de la guerre, que la paix chrétienne ne t’a procuré de sujets.
6e leçon
D’ailleurs, il s’accordait on ne peut mieux avec le plan de l’œuvre divine, que divers états fussent unis sous un même empire, pour que la prédication eût facile accès et prompte diffusion parmi les peuples soumis au gouvernement d’une même ville. Mais, alors que cette ville, ignorant l’auteur de son élévation, dominait sur presque toutes les nations, elle était esclave de toutes leurs erreurs, et parce qu’elle n’en rejetait aucune, croyait pouvoir s’attribuer beaucoup de religion. De sorte que le Christ l’a délivrée d’autant plus miraculeusement que le démon l’avait plus étroitement enchainée.
7e leçon
Homélie de saint Jérôme, Prêtre.
C’est avec justesse que le Sauveur demande : « Quel est celui que les hommes disent être le Fils de l’homme ? » Ceux qui ne voient en lui rien de plus que le Fils de l’homme, sont en effet des hommes ; mais ceux qui reconnaissent sa divinité, sont appelés des dieux et non pas des hommes. « Les disciples répondirent : Les uns (disent que c’est) Jean-Baptiste ; d’autres, Élie ». Je m’étonne que certains interprètes se demandent la cause de ces erreurs, et cherchent à établir, par de longues discussions, pourquoi les uns ont pensé que notre Seigneur Jésus-Christ était Jean-Baptiste, les autres Élie, d’autres Jérémie ou quelqu’un des Prophètes, puisqu’ils ont pu se tromper en le prenant pour Élie et Jérémie, tout comme Hérode se trompa en le prenant pour Jean-Baptiste, quand il disait : « Ce Jean, à qui j’ai fait trancher la tête, est ressuscité d’entre les morts, et c’est pour cela que des miracles s’opèrent par lui »
8e leçon
« Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Lecteur intelligent, fais attention, d’après la suite et le texte du discours, que les Apôtres ne sont point du tout appelés des hommes, mais des dieux ; car c’est après avoir dit : « Quel est celui que les hommes disent être le Fils de l’homme ? » qu’il ajouta ceci : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Pendant que les autres, parce qu’ils sont des hommes, pensent de moi des choses tout humaines, vous qui êtes des dieux, qui croyez-vous que je suis ? Pierre, au nom de tous les Apôtres, fait cette profession de foi : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ». Il dit Dieu vivant, à la différence de ces dieux qui passent pour des dieux, mais qui sont morts.
9e leçon
« Jésus, répondant, lui dit : Tu es heureux, Simon Bar-Jona ». Il paie de retour le témoignage que l’Apôtre a rendu de lui. Pierre avait dit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ». La confession de la vérité fut récompensée. « Tu es heureux, Simon Bar-Jona ». Pourquoi ? « Car ce n’est ni la chair ni le sang qui t’ont révélé ceci, mais mon Père ». Ce que la chair et le sang n’ont pu révéler, la grâce du Saint-Esprit l’a révélé. C’est donc par suite de sa profession de foi, qu’il reçoit un nom où se trouve exprimée la révélation du Saint-Esprit, et qu’il mérite même d’être appelé fils de cet Esprit ; car Bar-Jona se traduit dans notre langue par fils de la colombe
Vigile des Saints Pierre et Paul apôtres
Collecte
Daignez, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, ne point permettre qu’aucun trouble nous ébranle, après que vous nous avez établis sur la pierre solide de la foi des Apôtres.
Lecture Ac. 3, 1-10.
En ces jours-là : Pierre et Jean montaient au temple pour la prière de la neuvième heure. Et il y avait un homme, boiteux dès le sein de sa mère, qu’on portait et qu’on plaçait chaque jour à la porte du temple qu’on appelle la Belle, pour qu’il demandât l’aumône à ceux qui entraient dans le temple. Cet homme, ayant vu Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, les priait, pour recevoir une aumône. Pierre, avec Jean, fixa les yeux sur lui, et dit : Regarde-nous. Il les regardait donc attentivement, espérant qu’il allait recevoir quelque chose d’eux. Mais Pierre dit : Je n’ai ni or ni argent ; mais ce que j’ai, je te le donne. Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche. Et l’ayant pris par la main droite, il le souleva ; et aussitôt ses jambes et ses pieds furent affermis. D’un bond, il fut debout, et il se mit à marcher ; et il entra avec eux dans le temple, marchant, sautant et louant Dieu. Tout le peuple le vit marcher et louer Dieu. Et reconnaissant que c’était celui-là même qui se tenait à la Belle-Porte du temple pour demander l’aumône, ils furent remplis de stupeur et d’étonnement de ce qui lui était arrivé.
Évangile Jn. 21, 15-10
En ce temps-là : Jésus dit à Simon-Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui dit de nouveau : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? et il lui répondit : Seigneur, vous savez toutes choses ; vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, lorsque tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais lorsque tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra et te conduira où tu ne voudras pas. Or il dit cela pour marquer par quelle mort il devait glorifier Dieu.
Office
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Première leçon. A son triple reniement, Pierre oppose une triple confession, voulant que sa langue n’obéisse pas moins à l’amour qu’elle n’a obéi à la crainte, et que la mort entrevue de loin ne semble pas lui avoir donné plus de voix que la présence de la Vie. Renier le Pasteur a été l’effet de la crainte : que l’office de l’amour soit de paître le troupeau du Seigneur ! Ceux qui paissent les brebis du Christ avec la disposition de vouloir qu’elles soient à eux et non au Christ, sont convaincus de s’aimer eux-mêmes et de ne point aimer Jésus-Christ, avides qu’ils sont d’honneurs, de domination, de richesses, et vides de cette charité qui fait obéir, soulager, plaire à Dieu.
Deuxième leçon. L’Apôtre gémit d’en voir certains chercher leur intérêt et non celui du Christ Jésus. La voix du Christ nous met avec insistance en garde contre eux. Que signifie, en effet : "Si tu m’aimes, pais mes brebis" sinon "si tu m’aimes, fais bien attention à ne pas te faire paître toi-même" ! Ce sont mes brebis, fais-les paître, comme miennes, et non comme tiennes. Cherche en elles ma gloire et non la tienne, mon domaine et non le tien, mon gain et non le tien. De peur que tu ne t’associes à ceux qui surviennent dans des temps difficiles, qui sont des égoïstes et ont tous les défauts liés à cette racine du mal".
Troisième leçon. Le Seigneur dit à bon droit à Pierre : "M’aimes-tu ?" Il répond : "Oui" ! Jésus lui dit alors : "Pais mes agneaux," et cela deux et trois fois. Là nous est prouvée l’identité de l’amour et de la dilection. Car, la dernière fois, le Seigneur ne dit pas : "As-tu pour moi de la dilection ?" mais : "m’aimes-tu ?" Aimons-le donc lui, et non pas nous ! et, en faisant paître ses brebis, recherchons ses intérêts et non les nôtres. Je ne sais par quel inexplicable moyen on peut s’aimer (soi et non Dieu) sans s’aimer ; ou aimer Dieu (non pas soi) et s’aimer pourtant ! En effet, qui ne peut pas vivre de soi-même, meurt en s’aimant lui-même. Il ne s’aime donc pas, celui qui s’aime de manière à fuir la vie !
Jean-Baptiste, placé aux confins des deux Testaments, a clos l’âge prophétique où ne régnait que l’espérance, et commencé l’ère de la foi qui possède, sans le voir encore en sa divinité, le Dieu longtemps attendu. Aussi, avant même que ne soit terminée l’Octave où nous fêtons le fils de Zacharie, la confession apostolique va se greffer sur le témoignage rendu par le Précurseur au Verbe lumière. Demain, tous les échos des cieux se renverront la parole que Césarée de Philippe entendit la première : Vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant ; et Simon fils de Jean, pour avoir prononcé l’oracle, sera établi la base qui porte l’Église. Demain même il mourra, scellant dans le sang sa déclaration glorieuse ; mais il se survivra dans les Pontifes romains pour garder le précieux témoignage en son intégrité, jusqu’au jour où la foi fera place à l’éternelle vision. Associé aux travaux de Pierre, le Docteur des gentils partagera son triomphe ; et Rome, plus redevable à ses deux princes qu’aux guerriers fameux qui abattirent le monde à ses pieds, verra leur double victoire affermir pour jamais sur sa tête auguste le diadème de la royauté des âmes.
Recueillons-nous, et avec l’Église, préparons nos cœurs. En France, où tant de sacrifices ont dû être consentis par l’Église-mère, la fête des Apôtres, le plus souvent, n’est point célébrée à son jour ; lorsque le 29 juin se rencontre un des jours de la semaine, elle voit sa solennité renvoyée au dimanche. Par suite, la Vigile a perdu chez nous de ses austérités d’autrefois. Heureux les diocèses, où quelque trace de l’ancienne discipline se garde encore ! La rigueur que sait s’imposer un peuple à certains jours de préparation, est une marque de la foi qu’il a conservée ; elle montre qu’il comprend la grandeur de l’objet proposé par la sainte Liturgie à son culte. Chrétiens d’Occident, nous dont Pierre et Paul sont la gloire devant les hommes et devant Dieu, songeons au Carême que les Grecs schismatiques commencent au lendemain des solennités pascales, en l’honneur des Apôtres, et qui ne prend fin qu’aujourd’hui. Le contraste sera de nature à nous faire dominer les penchants d’une mollesse où l’ingratitude aurait trop de part. Du moins, puissions-nous racheter en ferveur, en actions de grâces et amour, les privations dont tant d’églises, malgré leur séparation d’avec Rome, ont conservé l’usage.
Notre Dame du Perpétuel Secours
Sous ce titre glorieux, on vénère à Rome une image byzantine de la Sainte Vierge Marie, datant du XIIIème ou du XIVème siècle. Conservée autrefois en l’église saint Matthieu sur l’Esquilin, l’image miraculeuse était peu à peu tombée dans l’oubli, quand en 1866, le pape Pie IX la confia aux rédemptoristes, qui célébraient sa fête. Notre-Dame du Perpétuel Secours est invoquée aujourd’hui dans la plupart des églises d’Occident.
Collecte
Seigneur Jésus-Christ, en Marie, votre Mère, dont nous vénérons l’insigne image, vous nous avez donné une Mère prête à nous secourir perpétuellement : faites, nous vous en prions, qu’implorant assidûment son assistance maternelle, nous méritions de goûter perpétuellement le fruit de votre rédemption.
Lecture Eccli. 24, 23-31
Je suis comme une vigne aux pampres odorants ; mes fleurs font une moisson de gloire et de richesse. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la connaissance, et de la sainte espérance. En moi est toute grâce de doctrine et de vérité, en moi est tout espoir de vie et de force. Venez à moi vous tous qui me désirez, et de mes fruits rassasiez-vous ! Mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage, plus qu’un rayon de miel. Mon souvenir demeure pour la suite des âges. Qui me mange, a encore faim ; qui me boit a encore soif ; qui m’écoute, n’aura point de honte ; qui agit avec moi, ne péchera point ; qui cherche ma lumière, aura la vie éternelle.
Évangile Jn. 19, 25-27
En ce temps-là, près de la croix de Jésus, se tenait sa mère, ainsi que la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Alors, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voici ta mère ». Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
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