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Saint Basile le Grand évêque confesseur et docteur

14 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Basile le Grand évêque confesseur et docteur

Collecte

Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer les prières que nous vous adressons en la solennité du bienheureux Basile, votre Confesseur et Pontife, et de nous accorder, grâce aux mérites et à l’intercession de celui qui vous a si dignement servi, le pardon de tous nos péchés.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Basile, noble Cappadocien, après avoir étudié à Athènes les lettres profanes en compagnie de son intime ami Grégoire de Nazianze, acquit dans un monastère une connaissance admirable des sciences sacrées ; en peu de temps sa doctrine et sa sainteté furent telles, qu’on lui donna le surnom de Grand. Appelé à prêcher l’Évangile de Jésus-Christ dans le Pont, il ramena dans la voie du salut cette province qui s’était éloignée des habitudes chrétiennes. Eusèbe, Évêque de Césarée, se l’adjoignit bientôt pour instruire le peuple de cette ville, et Basile lui succéda sur ce siège. Il se montra l’ardent défenseur de la consubstantialité du Père et du Fils ; l’empereur Valens, irrité contre lui, fut vaincu par de tels miracles, qu’en dépit de sa volonté bien arrêtée de l’envoyer en exil, il dut abandonner son projet.

Cinquième leçon. Étant sur le point de porter le décret de bannissement contre Basile, le siège où il voulait s’asseoir se brisa ; de trois roseaux qu’il prit pour écrire ce décret, aucun ne laissa couler l’encre ; et comme il n’en persistait pas moins dans la résolution de rédiger ce décret impie, sa main droite, énervée et toute tremblante, refusa d’obéir. Valens effrayé mit en pièces de ses deux mains le papier fatal. Pendant la nuit qu’on avait donnée à Basile pour délibérer, l’impératrice fut torturée de douleurs d’entrailles et son fils unique tomba gravement malade. L’empereur terrifié, reconnaissant son injustice, appela Basile ; en sa présence, l’enfant commença d’aller mieux, mais Valens ayant invité ensuite les hérétiques à voir le petit malade, il mourut peu après.

Sixième leçon. Basile était d’une abstinence et d’une continence admirables ; il se contentait d’une seule tunique et gardait un jeûne rigoureux. Assidu à la prière, il y employait souvent toute la nuit. Il garda une virginité perpétuelle. Dans les monastères qu’il fonda, la vie des moines fut réglée de telle sorte qu’elle réunit on ne peut mieux les avantages de la solitude et de l’action. Ses nombreux écrits sont pleins de science, et personne, au témoignage de Grégoire de Nazianze, n’expliqua les Livres saints avec plus d’abondance et de vérité. Sa mort arriva le premier janvier ; n’ayant vécu que par l’esprit, il semblait ne garder de son corps que les os et la peau.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Basile, Évêque.

Septième leçon. Le parfait renoncement consiste à en venir à ne pas être porté à aimer la vie pour elle-même, et à comprendre la leçon de la mort qui nous avertit de ne pas nous fier en nos propres forces. Ce renoncement commence par le dépouillement des choses extérieures, comme des biens, de la vaine gloire, des habitudes de la vie, de l’amour des choses inutiles. Ils nous l’ont montré, à l’imitation de notre Seigneur, ses saints disciples Jacques et Jean, par exemple, quand ils ont laissé leur père Zébédée et jusqu’à leur barque, dont dépendait leur subsistance. Matthieu l’a pratiqué aussi, lorsqu’il se leva de son bureau et suivit le divin Maître.

Huitième leçon. Mais qu’est-il besoin de nos raisons ou des exemples des saints pour appuyer nos paroles, puisque nous pouvons produire les propres enseignements du Seigneur, enseignements bien capables d’émouvoir une âme religieuse et craignant Dieu ? Voici ce que le Seigneur déclare nettement et sans laisser place au doute : « Ainsi donc quiconque d’entre vous ne renonce point à tout ce qu’il possède, ne peut être mon disciple. » Et ailleurs, après avoir dit : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres ; » il ajoute : « Viens, suis-moi. »

Neuvième leçon. Le renoncement est donc, comme nous l’avons enseigné, le dégagement des liens qui nous attachent à cette vie terrestre et temporelle ; c’est la délivrance des affaires humaines, délivrance dont l’effet est de nous rendre dociles et prompts à suivre le chemin qui conduit à Dieu : c’est le moyen qui nous facilite l’acquisition et l’usage des biens mille fois préférables à l’or et aux pierres précieuses. C’est ce qui porte le cœur humain si haut, qu’il peut habiter dans le ciel et dire : « Notre vie est dans les deux. » C’est enfin, et surtout, ce par quoi nous commençons à ressembler à Jésus-Christ « qui pour nous s’est fait pauvre, de riche qu’il était. »

 

Le quaternaire sacré des Docteurs qui font la gloire de l’Église grecque, se complète aujourd’hui sur le Cycle. Jean Chrysostome, le premier, parut au ciel dans les jours de l’enfance du Sauveur ; la glorieuse Pâque vit se lever, comme deux astres radieux, Athanase et Grégoire de Nazianze ; Basile le Grand réservait ses rayons pour illustrer les temps du règne de l’Esprit-Saint. Une telle place lui fut méritée par les grands combats, où sa doctrine éminente prépara le triomphe du Paraclet sur les blasphèmes d’une secte impie. Macédonius reprenait contre la troisième personne de l’auguste et consubstantielle Trinité les arguments de l’arianisme expirant ; il déniait au Saint-Esprit la divinité qu’Arius son chef avait vainement prétendu enlever au Verbe. Le concile de Constantinople, achevant l’œuvre du concile de Nicée, formula la foi des Églises en Celui qui procède du Père non moins que le Verbe lui-même, qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils. Basile n’assistait pas à la victoire ; prématurément épuisé d’austérités et de travaux, il reposait dans la paix depuis deux ans déjà, quand la définition fut rendue. Mais son enseignement inspirait l’assemblée conciliaire ; il demeure comme l’expression splendide de la tradition sur cet Esprit de Dieu, aimant universel vers qui se précipite tout ce qui aspire à la sainteté, souffle puissant soulevant les âmes, perfection de toute chose. De même que nous avons entendu Grégoire de Nazianze, au jour de sa fête, parler magnifiquement du mystère de la Pâque, écoutons son illustre ami nous expliquer le mystère du temps présent, qui est celui de la sanctification dans les âmes.

« L’union de l’Esprit et de l’âme se fait par l’éloignement des passions qui, étant survenues a dans l’âme, l’avaient séparée de Dieu. Si quelqu’un donc se dégage de la difformité provenant du vice et revient à la beauté qu’il tenait de son Créateur, s’il restaure en lui les traits primitifs de l’esquisse royale et divine, alors, et alors seulement, il se rapproche du Paraclet. Mais alors aussi, comme le soleil qui, rencontrant un œil non souillé, l’illumine, le Paraclet révèle à cet homme l’image de celui qu’on ne peut voir ; et dans la bienheureuse contemplation de cette image, il aperçoit l’ineffable beauté du principe, modèle de tout. Dans cette ascension des cœurs, dont les débuts chancelants et la croissante consommation sont également son œuvre, l’Esprit rend spirituels ceux qui sont absous de toute tache, en vertu de la participation où il les met de lui-même. Les corps limpides et diaphanes, pénétrés du rayon lumineux, deviennent resplendissants et répandent autour d’eux la lumière ; ainsi les âmes portant l’Esprit-Saint resplendissent de lui, et, devenues esprit elles-mêmes, répandent sur les autres la grâce. De là l’intelligence supérieure des élus et leur conversation dans les cieux ; de là tous les dons ; de là ta ressemblance avec Dieu ; de là vient, ô sublimité ! que toi-même tu es dieu. C’est donc proprement et en toute vérité par l’illumination de l’Esprit-Saint, que nous contemplons la splendeur de la gloire de Dieu ; c’est par le caractère de ressemblance qu’il imprime en nos âmes, que nous sommes élevés jusqu’à la hauteur de celui dont il porte avec lui, cachet divin, la pleine similitude. Esprit de sagesse, il nous révèle, non comme du dehors, mais en lui-même, le Christ Sagesse de Dieu. La voie de la contemplation conduit de l’Esprit par le Fils au Père ; concurremment, la bonté, la sainteté, la royale dignité des élus vient du Père par le Fils à l’Esprit-Saint dont ils sont les temples, et qui les remplit de sa propre gloire, illuminant leur front par la vue de Dieu comme celui de Moïse. Ainsi fit-il pour l’humanité du Sauveur ; ainsi fait-il pour les séraphins qui ne peuvent dire qu’en lui leur triple Sanctus, pour tous les chœurs des anges dont il règle le concert et produit les chants. Mais l’homme charnel, qui n’a jamais exercé son âme à la contemplation, qui la retient captive dans le bourbier des sens, ne peut élever les yeux vers la lumière spirituelle ; l’Esprit n’est point pour lui ».

L’action du Paraclet dépasse la puissance de toute créature ; en rappelant ainsi les opérations de l’Esprit d’amour, l’évêque de Césarée voulait amener ses adversaires à confesser d’eux-mêmes sa divinité. D’autre part, qui ne reconnaîtrait à cette exposition chaleureuse de la doctrine, non seulement l’invincible théologien vengeur du dogme, mais encore le guide exercé des âmes, l’ascète sublime chargé par Dieu de mettre à la portée de tous les merveilles de sainteté qu’Antoine et Pacôme avaient fait éclore au désert ?

Comme l’abeille butinant parmi les fleurs évite les épines et sait se garder des sucs dangereux, nombreux sur sa route, ainsi Basile en son adolescence avait traversé les écoles de Constantinople et d’Athènes sans se souiller à leurs poisons ; selon le conseil qu’il adressait plus tard aux jeunes gens dans un célèbre discours, sa vive intelligence, restée pure des passions où s’étiolent pour tant d’autres les plus beaux dons, avait su néanmoins dérober aux rhéteurs et aux poètes tout ce qui pouvait, en l’ornant, la développer encore et la discipliner pour les luttes de la vie. Le monde souriait au jeune orateur, dont la diction si pure et la persuasive éloquence rappelaient le beau temps de la Grèce littéraire ; mais les plus nobles gloires que le monde puisse offrir, restaient au-dessous de l’ambition dont son âme s’était éprise à la lecture des Écritures sacrées. La lutte de la vie se présentait à ses yeux comme un combat pour la vérité. Mais c’est en lui que devait triompher d’abord cette divine vérité, par la défaite de la nature et la victoire de l’Esprit-Saint créant l’homme nouveau. Sans donc se soucier de connaître avant l’heure si l’Esprit se réserve de remporter par lui d’autres triomphes, sans voir les multitudes qui bientôt s’attacheront à sa suite et réclameront ses lois, il vient demander aux solitudes du Pont l’oubli des hommes et la sainteté. La vue des misères de son temps ne le fait point tomber dans la faute si commune de nos jours, et qui consiste à vouloir se dévouer pour les autres avant d’avoir soi-même réglé son âme. Tel n’est point l’ordre de la charité, reine des vertus ; telle n’est point la conduite des saints. C’est toi-même que Dieu veut de toi tout d’abord ; quand tu seras à lui dans la mesure qu’il l’entend, il saura bien te donner aux autres, s’il ne préfère, à ton grand avantage, te garder pour lui seul. Mais il n’aime point, il bénit peu les utilités hâtives qui s’imposent de la sorte à sa providence. Antoine de Padoue le montrait hier ; la leçon nous revient aujourd’hui : ce qui importe à l’extension de la gloire du Seigneur n’est point le temps donné aux œuvres, mais la sainteté de l’ouvrier.

Selon une coutume fréquente en ce siècle où l’on craignait d’exposer la grâce du baptême à de tristes naufrages, Basile était resté simple catéchumène jusqu’aux derniers temps de son adolescence. Sa vie de baptisé compte treize années de vie monastique, et neuf ans d’épiscopat. A cinquante ans il meurt ; mais, loin de finir avec lui, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint son œuvre apparaît plus féconde et s’en va grandissant dans la suite des âges.

Humble moine, sur les bords de l’Iris où l’avaient précédé sa mère et sa sœur, il était venu sauver son âme du jugement de Dieu, s’exercer à courir généreusement dans la voie qui conduit aux éternelles récompenses. D’autres ensuite l’ayant prié de les former eux-mêmes à la milice du Christ roi dans la simplicité de la foi et des Écritures, notre saint ne voulut point pour eux de la vie des ascètes solitaires, trop isolée pour n’être pas dangereuse au grand nombre ; mais il préféra joindre à la bienheureuse contemplation de ces derniers le complément et le rempart de la vie commune, où s’exercent la charité et l’humilité sous la conduite d’un chef se regardant lui-même comme serviteur de tous. Encore n’admettait-il personne en ses monastères, sans une épreuve sérieuse et prolongée, suivie du solennel engagement de persévérer dans cette vie nouvelle.

Au souvenir de ce qu’il avait admiré chez les solitaires d’Égypte et de Syrie, Basile se comparait, lui et ses disciples, à des enfants qui cherchent dans leur petite mesure à imiter les forts, aux commençants restés aux prises avec les premiers éléments et à peine introduits sur la route de la piété. Cependant le temps vient où ces géants de la solitude, où les législateurs du désert verront leurs héroïques coutumes et leurs codes monastiques céder la place aux discours familiers, aux réponses sans apprêt que Basile adressait à ses moines pour résoudre leurs difficultés et les former à la pratique des divins conseils. Bientôt l’Orient tout entier s’est rangé sous sa Règle. En Occident, Benoît l’appelle son père. Pépinière féconde de saints moines et de vierges, d’évêques, de docteurs et de martyrs, son Ordre a peuplé les cieux ; il fut longtemps pour Byzance le boulevard de la foi ; jusque en nos jours, sous la sauvage persécution du tout-puissant tsar des Russies, malgré les désastres du schisme, on a vu ses tronçons fidèles donner sans compter à l’Église mère le témoignage du sang et de la souffrance.

Noble descendance, couronne de Basile au ciel ! Mais combien aussi rejaillit sur les enfants la gloire personnelle du père ! Petit-fils des martyrs, fils et frère de six saints ou saintes, lui-même était bien le noble rejeton d’une souche glorieuse entre toutes. Il compte, lui septième, au catalogue des bienheureux, comme le plus illustre membre de cette race qu’avait élevée dans l’indomptable amour du Christ Dieu Macrine l’ancienne, revenue des forêts où sans abri, sept années durant, elle avait enduré, sous la persécution de Maximin, la faim et les frimas. Saluons ici la femme forte à qui l’Église doit en toute vérité la grandeur de Basile. Échappée aux bourreaux, miraculeusement soutenue durant son terrible exil, Dieu l’avait gardée pour infuser dans l’âme de son petit-fils la foi ferme et pure qu’elle tenait de Grégoire le Thaumaturge. Tel était, jusque dans le tombeau, l’ascendant que la vaillante orthodoxie de cette femme avait conservé sur les peuples, qu’on verra, dans les afflictions de ses dernières années, Basile l’évêque, le docteur, le patriarche des moines, en appeler, comme garantie de sa propre foi devant l’Église de Dieu, à l’éducation qu’il avait reçue tout enfant de sa vénérable aïeule.

C’est qu’en effet on était arrivé à l’un de ces temps douloureux, temps d’exception, pleins de naufrages et d’angoisses, où l’obscurité, mal suprême des intelligences, prévaut jusque sur les fils de lumière ; où de trop nombreuses défaillances se produisant parmi les chefs du troupeau sur le terrain des croyances essentielles ou de l’union au successeur de Pierre, les peuples inquiets se retournent vers les saints qui sont dans leurs rangs, pour retrouver quelque assurance en marchant après eux dans la nuit que ne savent plus dissiper les pasteurs. On venait de traverser les années lamentables, où la perfidie de quelques évêques et la faiblesse de presque tous avaient souscrit la condamnation de la foi de Nicée ; où, selon le mot de saint Jérôme, l’univers gémissant s’étonna d’être arien. Basile, à coup sûr, n’était point de ces pasteurs perfides, insuffisants ou lâches, qui n’éclairent pas le troupeau confié à leurs soins : sentinelles qui ne voient plus, chiens muets qui ne savent ou ne peuvent aboyer. Dans l’année même où se tint la fatale assemblée de Rimini, on l’avait vu, simple Lecteur encore, se séparer de son évêque engagé dans les filets des ariens, et donner ainsi aux fidèles l’exemple qu’ils avaient à suivre, en même temps que le signal du danger. Plus tard, évêque à son tour, sollicité d’accorder pour le bien de la paix quelque trêve aux ariens, supplié, menacé vainement de confiscation, de mort ou d’exil, on avait entendu sa fière réplique au préfet Modestus s’exclamant que personne ne lui avait jamais parlé avec une telle liberté : « C’est qu’apparemment, répondit Basile, vous n’avez jamais rencontré un évêque ». Mais sa grande âme, qui ne soupçonnait point la duplicité, s’était laissée prendre un jour aux apparentes austérités d’un faux moine, d’un évêque hypocrite, Eustathe de Sébaste, dont la fourberie retint longtemps captive l’amitié de Basile, ignorante de ses trahisons : faute inconsciente, que Dieu permit pour augmenter encore la sainteté de son serviteur ; car elle devait remplir la fin de sa vie d’amertume, et lui valut la plus dure épreuve qui pût l’atteindre, en attirant sur sa foi la défiance de plusieurs.

Basile en appela de la calomnie au jugement de ses frères les évêques ; mais il ne dédaigna point de se justifier lui-même près du peuple fidèle. Car il savait que le premier trésor d’une église est la sûreté de la foi du pasteur et sa plénitude de doctrine. Le chef des grands combats de la première moitié de ce siècle, le vainqueur d’Arius et de l’empereur Constance, Athanase n’était plus ; il venait de rejoindre dans le repos bien mérité de la vraie patrie ses vaillants compagnons, Eusèbe de Verceil et Hilaire de Poitiers. Dans la confusion qu’avait ramenée sur l’Orient la persécution de Valens, les saints mêmes ne savaient plus tenir tête à l’orage ; on les voyait passer de l’effacement d’une prudence excessive aux démarches fausses d’un zèle indiscret. Basile seul était de taille à porter la tempête. Son noble cœur, froissé dans ses sentiments les plus délicats, avait épuisé la lie du calice ; mais, fortifié par le divin agonisant de Gethsémani, l’épreuve ne l’abattit pas. L’âme brisée, le corps anéanti par la recrudescence d’infirmités de vieille date, mourant déjà, il se roidit contre la mort et fit face aux flots en furie. Du navire en détresse auquel il comparait l’Église d’Orient heurtée dans la nuit à tous les écueils, s’élevèrent pressants ses appels à l’heureux Occident assis dans la paix de son indéfectible lumière, à cette Rome de qui seule le salut pouvait venir, et dont la sage lenteur en vint à le désespérer presque un jour. En attendant l’intervention du successeur de Pierre, il modérait près de lui les ardeurs intempestives, n’exigeant des faibles dans la foi que l’indispensable ; comme, dans une autre circonstance, il avait dû reprendre sévèrement Grégoire de Nysse son frère, dont la simplicité se laissait entraîner par amour de la paix à des mesures inconsidérées.

La paix, Basile la désirait plus que personne. Mais cette paix pour laquelle il eût donné sa vie, c’était, disait-il, la vraie paix laissée par le Seigneur à son Église. Ses exigences sur le terrain de la foi ne provenaient que de son amour pour cette paix véritable. C’était pour elle, déclarait-il encore, qu’il refusait d’entrer en communion avec ces hommes de juste milieu qui ne redoutent rien tant que la claire et simple expression du dogme ; leurs insaisissables faux-fuyants, leurs formules captieuses, ne sont à ses yeux que le fait d’hypocrites avec lesquels il refuse de marcher à l’autel de Dieu. Quant à ceux qui ne sont qu’égarés, « qu’on leur propose en toute tendresse et charité la foi des Pères : s’ils donnent à cette foi leur assentiment, recevons-les dans notre société ; autrement demeurons entre nous, sans regarder au nombre, écartant ces âmes équivoques qui n’ont rien de la simplicité sans dol, caractère de quiconque au commencement de l’Évangile accédait à la foi. Les croyants, est-il dit, n’avaient qu’un cœur et qu’une âme. Pour ceux-là donc qui nous reprochent de ne point vouloir d’apaisement, qu’on les corrige, et ce sera parfait ; sinon, qu’on reconnaisse où sont les auteurs de la guerre, et qu’on ne nous parle plus de réconciliation ».

« A toutes les raisons, dit-il ailleurs, qui sembleraient nous conseiller le silence, nous opposons la charité qui ne tient compte ni de son propre intérêt, ni de la difficulté des temps. Lors même que personne ne nous imiterait, en devons-nous moins quant à nous faire notre devoir ? Dans la fournaise, les enfants de Babylone chantaient au Seigneur, sans calculer la multitude de ceux qui laissaient de côté la vérité : ils se suffisaient à eux-mêmes, trois qu’ils étaient ».

Et à ses moines, traqués par un gouvernement qui se défendait d’être persécuteur, il écrivait : « Beaucoup d’honnêtes gens, tout en trouvant qu’on vous poursuit sans justice, n’estiment point à confession les souffrances que vous endurez pour la vérité ; mais il n’est pas nécessaire d’être païen pour faire des martyrs. Nos ennemis du jour ne nous détestent pas moins que ne faisaient les adorateurs des idoles ; s’ils trompent la multitude sur le motif de leur haine, c’est afin de vous enlever, croient-ils, la gloire dont on entourait les anciens confesseurs. Mais soyez-en convaincus : devant le juste juge, votre confession n’en subsiste pas moins. Ayez donc bon courage ; sous la tourmente renouvelez-vous dans l’amour ; ajoutez chaque jour à votre zèle, sachant qu’en vous doivent se conserver les restes de la piété que le Seigneur à son avènement trouvera sur la terre. Ne vous troublez pas des trahisons, d’où qu’elles viennent : ce furent les princes des prêtres, les scribes et les anciens, qui dressèrent les embûches où notre Maître voulut succomber. N’ayez égard aux pensées de la foule, que le moindre souffle agite en divers sens comme l’eau des mers. N’y en eût-il qu’un seul à faire son salut comme Loth à Sodome, il ne doit pas dévier de la rectitude parce que lui seul a raison, mais maintenir immuable son espérance en Jésus-Christ ».

Lui-même, de son lit de souffrances, donnait l’exemple à tous. Mais quelles n’étaient pas les angoisses de son âme, en constatant le peu de correspondance à ses efforts qu’il trouvait dans les chefs des diocèses ! Il s’étonnait douloureusement à la vue de ces hommes dont l’ambition n’était pas éteinte par l’état lamentable des églises ; n’écoutant que leurs susceptibilités jalouses, lorsque déjà le vaisseau coulait bas, ils se disputaient à qui commanderait sur ce navire en perdition. D’autres, et des meilleurs, se tenaient à l’écart, espérant se faire oublier dans le silence de leur inertie, ne comprenant pas que, lorsque les intérêts généraux sont engagés, ce n’est point un éloignement égoïste de la lutte qui sauve les particuliers ou les absout du crime de trahison. Un jour, et il est curieux d’entendre notre saint raconter le fait à son ami Eusèbe de Samosate, le futur martyr, un jour se répandit le bruit de la mort de Basile ; tous ces évêques aussitôt d’accourir à Césarée pour lui donner un successeur. « Mais, dit Basile, comme il plut à Dieu qu’ils me trouvassent vivant, je les prêchai d’importance. Peine inutile malheureusement ! Moi présent, ils me craignent et promettent tout ; à peine retirés, ils se retrouvent les mêmes ». Cependant la persécution grandissait sans cesse, et pour tous arrivait tôt ou tard le moment de choisir entre l’hérésie flagrante ou le bannissement. Plusieurs alors consommaient leur apostasie ; d’autres, ouvrant enfin les yeux, prenaient la route de l’exil, où ils pouvaient méditer à loisir sur les avantages de leur politique d’effacement, et, ce qui valait mieux, réparer leur faiblesse passée par l’héroïsme avec lequel ils souffraient désormais pour la foi.

La vertu de Basile en imposait aux persécuteurs, et Dieu le gardait par des prodiges, si bien que lui, qui s’était exposé plus que personne au danger, restait presque seul à la tête de son Église. Il en profita pour faire jouir cette Église fortunée des bienfaits d’un enseignement et d’une administration, dont les résultats merveilleux eussent semblé réclamer tous l’exclusive attention d’un évêque et la paix la plus grande. Césarée le payait de retour. Sa parole excitait une telle avidité dans toutes les classes du peuple, que le troupeau ne pouvait se passer du pasteur et qu’on l’attendait des journées entières dans les églises où il devait prêcher ; lui-même, un jour qu’exténué, l’ardeur de son insatiable auditoire ne lui permettait pas le repos, se compare à la mère épuisée qui ne laisse pas de donner le sein à son enfant, moins pour le nourrir que pour apaiser ses cris. Quelle délicieuse entente dans ces réunions ! Lorsque l’orateur laissait inexpliqué par mégarde un verset de l’Écriture, les signes discrets, les muettes réclamations des fils rappelaient au père le passage dont on prétendait bien ne pas lui faire grâce ; Basile alors se répandait en excuses charmantes et s’exécutait, mais il était fier de son peuple. Expliquant parmi les merveilles de l’œuvre des six jours les splendeurs du vaste Océan, il s’arrête, et, promenant sur la multitude rangée autour de sa chaire un regard d’ineffable complaisance : « Si la mer est belle et digne de louange devant Dieu, reprend-il, combien plus belle n’est pas cette immense assemblée ! où, mieux que les ondes venant mourir au rivage, la voix mêlée des hommes, des femmes et des enfants porte jusqu’à Dieu nos prières ; calme océan, gardant la paix dans ses profondeurs, parce que le souffle mauvais de l’hérésie reste impuissant à soulever ses flots ».

Heureux peuple, formé par Basile à l’intelligence des Écritures, des Psaumes surtout, dont il sut inspirer aux fidèles un si grand amour, que tous contractèrent l’habitude de se rendre la nuit à la maison de Dieu, pour y répandre leur âme dans une prière commune et la solennelle louange de la psalmodie alternative ! Cette communauté de la prière était un des fruits de son ministère que Basile, en véritable moine, estimait le plus ; l’importance qu’il y attachait fit de lui l’un des principaux Pères de la Liturgie grecque. « Ne me parlez pas, s’écriait-il, de maisons privées, d’assemblées particulières. Adorez le Seigneur en sa cour sainte, dit le Psalmiste ; l’adoration requise ici est celle qui se fait, non pas en dehors de l’église, mais à la cour, à l’unique cour de Dieu »

Le temps nous manque pour suivre notre saint dans les détails de cette grande et vraie vie de famille avec tout un peuple, qui fit la consolation de son existence par delà si orageuse. Il faudrait le montrer se faisant tout à tous dans les douleurs et la joie, avec cette simplicité qui s’alliait si bien chez lui à la grandeur ; répondant aux plus humbles consultations, comme s’il n’eût pas eu d’occupation plus urgente que de satisfaire le moindre de ses fils ; réclamant, jusqu’à pleine satisfaction, contre toute injustice atteignant l’un des siens ; et enfin, avec l’appui de sa fidèle Césarée soulevée tout entière pour la défense de son évêque, faisant de sa personne un infranchissable rempart aux vierges et aux veuves contre les brutales poursuites des puissants. Pauvre et dénué de tout, depuis qu’en embrassant la vie monastique il a distribué aux pauvres les grands biens qu’il tenait de sa famille, il n’en trouve pas moins le secret d’élever dans sa ville épiscopale un établissement immense, refuge assuré des pèlerins et des pauvres, asile ouvert dans un ordre parfait à toutes les souffrances, à tous les besoins des divers âges : véritable cité nouvelle à côté de la grande ville, et que la reconnaissance des peuples appela du nom de son fondateur. Prêt à la fois pour toutes les luttes, on le vit maintenir intrépidement les droits d’exarchat que possédait son siège sur les onze provinces composant la vaste division administrative, connue par les Romains d’alors sous le nom générique de diocèse du Pont. Infatigable zélateur des saints canons, en même temps qu’il défendait ses clercs contre les atteintes portées à leurs immunités, il réforma les abus qui s’étaient introduits en des temps moins troublés que les siens ; et sous l’effort même de la tempête, il sut ramener la discipline sacrée à l’exacte perfection des plus beaux jours.

Cependant le temps vint où les intérêts majeurs de la foi, qui semblaient avoir suspendu pour son corps épuisé la loi de toute chair, ne réclamèrent plus aussi impérieusement sa présence. Le 9 août 378, la flèche des Goths faisait justice de Valens ; bientôt l’édit de Gratien rappelait d’exil les confesseurs, et Théodose paraissait en Orient. Dès le 1er janvier 379, libre enfin, Basile s’endormait dans le Seigneur.

L’Église grecque fête la mémoire du grand évêque une première fois le jour même de cette mort, conjointement avec la Circoncision du Verbe fait chair ; le 3 du même mois elle l’unit dans une nouvelle solennité à ses deux autres Docteurs, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome, accumulant les magnificences de sa Liturgie pour chanter dignement ce trentième jour de janvier, qu’un triple soleil illumine ainsi de ses splendeurs concordantes à la gloire de la Trinité sainte.

L’Église latine a choisi, pour célébrer Basile, la date du 14 juin comme étant celle de son ordination.

N’est-ce pas vous avoir assez loué, grand Pontife, que d’avoir seulement énoncé vos œuvres ? Puissent-elles, ces œuvres, trouver de nos temps des imitateurs ! Car, l’histoire le montre clairement, ce sont les saints de votre taille qui font la grandeur d’une époque et son salut. Le peuple le plus éprouvé, le plus abandonné en apparence, n’a besoin que d’un chef docile en tout, docile jusqu’à l’héroïsme aux inspirations de l’Esprit toujours présent dans l’Église, et ce peuple portera la tempête, et il vaincra enfin ; tandis que lorsque le sel de la terre est affadi, la société se dissout, sans qu’il soit même besoin d’un Julien ou d’un Valons pour la mener à sa perte. Obtenez donc, ô Basile, des chefs tels que vous à notre société si malade ; que l’étonnement de Modestus se reproduise en nos jours ; que les successeurs des préfets de Valens rencontrent partout un évêque à la tête des églises : et leur étonnement sera pour nous le signal du triomphe ; car un évêque n’est jamais vaincu, dût-il passer par l’exil ou la mort. En même temps que vous maintiendrez les pasteurs des Églises à la hauteur de cet état de perfection Où les veut l’onction sainte, élevez aussi le troupeau jusqu’aux voies de la sainteté que son christianisme suppose. Ce n’est pas aux moines seulement qu’il a été dit : Le royaume des cieux est en vous

. Vous nous apprenez que ce royaume des cieux, cette béatitude qui déjà peut être la nôtre, est la contemplation qui nous est accessible ici-bas des réalités éternelles, non par la claire et directe vision, mais dans le miroir dont parle l’Apôtre. Quelle absurdité, ainsi que vous le dites, de ne cultiver, de ne nourrir dans l’homme que les sens affamés de matière, et de refuser au seul esprit son libre jeu et sa pâture ! L’esprit ne s’élance-t-il pas de lui-même vers les régions de l’intelligible pour lequel il est fait ? Si son essor est laborieux, c’est que les sens ont prévalu contre lui. Apprenez-nous à le guérir par la foi et l’amour, qui lui rendront l’agilité du cerf et relèveront sur les montagnes. Répétez aux hommes de notre temps qui pourraient l’oublier, que le souci d’une foi droite n’est pas moins nécessaire à cette fin que la rectitude de la vie. Hélas ! vos fils en trop grand nombre ont oublié que tout vrai moine, tout vrai chrétien, déteste l’hérétique. Bénissez d’autant mieux ceux que tant d’épreuves continues n’ont pu ébranler ; multipliez les retours ; hâtez le jour heureux où l’Orient, secouant le double joug du schisme et de l’Islam, reprendra dans le bercail unique de l’unique pasteur une place qui fut si glorieuse.

Pour nous qui sommes en ce moment prosternés à vos pieds, ô Docteur de l’Esprit-Saint, défenseur du Verbe consubstantiel au Père, faites que comme vous nous vivions toujours à la gloire de la Trinité sainte. Vous l’exprimiez dans une admirable formule : « Être baptisé dans la Trinité, croire conformément à son baptême, glorifier Dieu selon sa foi », c’était pour vous l’essentielle base de ce que doit être le moine ; mais n’est-ce pas aussi tout le chrétien ? Faites-le comprendre à tous, et bénissez-nous.

 

La communauté de nature de l’Esprit avec le Père et le Fils se fonde sur le fait qu’il est, comme eux, difficile à contempler
par saint Basile le Grand

53. Le saint Esprit est appelé des mêmes noms que le Père et le Fils et il est en communion d’actes avec eux, mais ce n’est pas seulement cela qui en fait la supériorité de nature : c’est aussi qu’il est, comme eux, difficile à contempler. Ce qui est dit du Père : qu’il surpasse toute pensée humaine, et qui l’est aussi du Seigneur, le Seigneur le dit également du saint Esprit : « Père juste, le monde ne t’a pas connu » (Jn 17,25), le « monde » signifiant ici non pas l’ensemble du ciel et de la terre, mais cette vie périssable, sujette à une infinité de variations. Et parlant cette fois de sa propre personne : « Encore un peu de temps, dit-il, et le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez » (Jn 14,19). De nouveau, le terme de “monde” désigne ceux qui ont encore besoin de la vie matérielle et charnelle et qui confient à leurs seuls yeux de chair le soin de juger de la vérité, alors que leur manque de foi en la résurrection ne leur permet plus de voir notre Seigneur avec les yeux du cœur. Or, il a dit la même chose de l’Esprit : « L’Esprit de vérité, que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit ni ne le connaît, vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure avec vous » (Jn 14,17). En effet, l’homme charnel qui n’a pas exercé son esprit à la contemplation, mais qui le laisse bien plutôt enfoui, comme en un bourbier, dans les pensées de la chair, ne parvient pas à lever les yeux vers la lumière spirituelle de la vérité. C’est pourquoi le monde, c’est-à-dire la vie esclave des passions de la chair, ne reçoit pas plus la grâce de l’Esprit qu’un œil malade la lumière d’un rayon de soleil.

Au contraire, attestant que ses enseignements ont purifié la vie de ses disciples, le Seigneur leur accorde dès maintenant d’accéder à la contemplation des plus hauts mystères de l’Esprit : « Purifiés, vous l’êtes déjà, grâce à la parole que je vous ai annoncée » (Jn 15,3). Ainsi, le monde est incapable d’accueillir l’Esprit, car il ne le voit pas : « Vous vous le connaissez, parce qu’il demeure en vous » (Jn 14,17). Isaïe de même : « Lui qui affermit la terre et ce qu’elle porte, qui a donné l’haleine au peuple qui l’habite et le souffle à ceux qui la foulent » (Is 42,5). Ceux qui foulent les choses de la terre et s’élèvent au-dessus d’elles, témoignage leur est rendu qu’ils sont dignes de l’Esprit. Mais alors, lui que le monde ne peut contenir et que seuls les saints peuvent contempler en raison de la pureté de leur cœur, que faut-il penser de lui ? De quelle sorte sont les honneurs qui lui reviennent ?

 


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Dimanche dans l’Octave du Sacré-Cœur

13 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche dans l’Octave du Sacré-Cœur

Introït

Jetez un regard sur moi et ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis seul et pauvre, voyez mon humiliation et mon labeur et pardonnez-moi tous mes péchés. Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme, ô mon Dieu, en vous je me confie, je ne serai pas confondu.

Collecte

Dieu, protecteur de ceux qui espèrent en vous, et sans lequel il n’y a rien de ferme, ni de saint : multipliez sur nous vos miséricordes ; afin que, sous votre loi et votre conduite, nous passions de telle sorte par les biens temporels, que nous ne perdions pas les éternels.

Épitre 1. P 5, 6-11

Mes bien-aimés : Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève au temps de sa visite ; vous déchargeant sur lui de tous vos soucis, car c’est lui qui prend soin de vous. Soyez sobres et veillez ; car votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, demeurant fermes dans la foi, sachant que vos frères qui sont dans le monde souffrent les mêmes afflictions que vous. Le Dieu de toute grâce, qui nous a appelés dans le Christ Jésus à son éternelle gloire, lui-même vous perfectionnera, vous affermira et vous fortifiera, après que vous aurez un peu souffert. A lui soient la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Évangile Lc. 15, 1-10.

En ce temps-là : les publicains et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’écouter. Et les pharisiens et les scribes murmuraient, en disant : Cet homme accueille les pécheurs, et mange avec eux. Alors il leur dit cette parabole : Quel est l’homme parmi vous qui a cent brebis, et qui, s’il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix neuf autres dans le désert, pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la trouve ? Et lorsqu’il l’a trouvée il la met sur ses épaules avec joie ; et venant dans sa maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue. Je vous le dis, il y aura de même plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence. Ou quelle est la femme qui, ayant dix drachmes, si elle en perd une, n’allume la lampe, ne balaie la maison, et ne cherche avec soin jusqu’à ce qu’elle la trouve ? Et lorsqu’elle l’a trouvée, elle appelle ses amies et ses voisines, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue. De même, je vous le dis, il y aura de la joie parmi les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui fait pénitence.

 

Offertoire

C’est en vous que se confient tous ceux qui ont connu votre nom, Seigneur, car vous n’abandonnez point ceux qui vous cherchent. Chantez le Seigneur qui habite en Sion, car il n’a pas oublié la prière des pauvres.

Postcommunion

Que le sacrement saint reçu par nous, Seigneur, nous vivifie et que nous ayant purifiés de nos fautes, il nous prépare à jouir sans fin de votre miséricorde.

Office

4e leçon

Des Encycliques du Pape Pie XI.

Parmi toutes ces pratiques de la dévotion au Sacré-Cœur, il en est une remarquable qui mérite d’être signalée, c’est la pieuse consécration par laquelle, offrant à Dieu nos personnes et tous les biens que nous tenons de son éternelle bonté, nous les vouons au divin Cœur de Jésus. A tous ces hommages, il faut ajouter encore autre chose : à savoir l’amende honorable ou la réparation selon l’expression courante à offrir au Cœur sacré de Jésus. Si, dans la consécration, le but premier et principal pour la créature est de rendre à son Créateur amour pour amour, il s’ensuit naturellement qu’elle doit offrir à l’égard de l’amour incréé une compensation pour l’indifférence, l’oubli, les offenses, les outrages, les injures qu’il subit : c’est ce qu’on appelle couramment le devoir de la réparation.

5e leçon

Si les mêmes raisons nous obligent à ce double devoir, cependant le devoir de réparation et d’expiation s’impose en vertu d’un motif encore plus impérieux de justice et d’amour : de justice d’abord, car l’offense faite à Dieu par nos crimes doit être expiée, et l’ordre violé doit être rétabli par la pénitence ; mais d’amour aussi, car nous devons "compatir au Christ souffrant et saturé d’opprobres", et lui offrir, selon notre petitesse, quelque consolation. Tous nous sommes des pécheurs ; de nombreuses fautes nous chargent ; nous avons donc l’obligation d’honorer Dieu non seulement par notre culte, par une adoration qui rend à sa Majesté suprême de légitimes hommages, par des prières qui reconnaissent son souverain domaine, par des louanges et des actions de grâces pour son infinie bonté ; mais à ce Dieu juste vengeur nous avons encore le devoir d’offrir satisfaction pour nos innombrables péchés, offenses et négligences. Ainsi à la consécration, par laquelle nous nous donnons à Dieu et qui nous mérite d’être voués à Dieu, avec la sainteté et la stabilité qui, suivant l’enseignement du Docteur angélique sont le propre de la consécration, il faut donc ajouter l’expiation qui répare entièrement les péchés, de peur que, dans sa sainteté, la Souveraine Justice ne nous repousse pour notre impudente indignité et, loin d’agréer notre offrande, ne la rejette.

6e leçon

En fait, ce devoir d’expiation incombe au genre humain tout entier. Comme nous l’enseigne la foi chrétienne, après la déplorable chute d’Adam, l’homme, infecté de la souillure originelle, esclave de la concupiscence et des plus lamentables dépravations, se trouva ainsi voué à la perte éternelle. De nos jours, des savants orgueilleux nient ces vérités et, s’inspirant de la vieille erreur de Pélage, vantent des vertus innées de la nature humaine qui la conduiraient, par ses seules forces, jusqu’aux cimes les plus élevées. Ces fausses théories de l’orgueil humain, l’Apôtre les réfute en nous rappelant que, par nature, nous étions enfants de colère. Dès les débuts, en réalité, la nécessité de cette expiation commune a été reconnue, puisque, cédant à un instinct naturel, les hommes se sont efforcés d’apaiser Dieu par des sacrifices même publics.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape

Vous avez entendu, mes frères, dans la lecture de l’Évangile, que les pécheurs et les publicains s’approchèrent de notre Rédempteur, et qu’ils furent admis non seulement à s’entretenir, mais encore à manger avec lui. Voyant cette condescendance, les Pharisiens en conçurent du dédain pour le Sauveur. Il ressort de ce fait que la vraie justice est compatissante ; la fausse justice, dédaigneuse. Ce n’est pas que les justes ne montrent quelquefois, et avec raison, de l’indignation contre les pécheurs ; mais les actions qu’inspiré le zèle de la foi sont bien différentes de celles que provoque l’orgueil.

8e leçon

Les justes ont de l’indignation, mais comme s’ils n’en avaient point ; ils désespèrent des pécheurs, comme n’en désespérant point ; ils les poursuivent, mais c’est en les aimant ; car si le zèle du bien leur met souvent aux lèvres des réprimandes, ils conservent néanmoins au dedans la douceur de la charité. Ils mettent la plupart du temps au-dessus d’eux-mêmes, dans leur estime, ceux qu’ils reprennent, et ils croient meilleurs qu’eux-mêmes ceux dont ils sont établis les juges ; de la sorte, en contenant leurs inférieurs par la discipline, ils se conservent eux-mêmes par l’humilité.

9e leçon

Au contraire, ceux qui s’enorgueillissent d’une fausse justice, méprisent les autres, sans condescendre avec miséricorde à leur faiblesse, et par là même qu’ils ne se croient pas pécheurs, ils deviennent plus coupables. Les Pharisiens étaient assurément de ce nombre, car, en blâmant le Seigneur de ce qu’il accueillait les pécheurs, ils reprenaient avec leur cœur desséché, la source même de la miséricorde. Mais parce qu’ils étaient malades au point d’ignorer leur mal, le céleste médecin les traite par de doux remèdes, leur présente une touchante parabole, et presse dans leur cœur la tumeur qu’ils y portent.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

ÉPÎTRE.

Les misères de cette vie sont l’épreuve que Dieu fait subir à ses soldats, pour les juger et les classer dans l’autre selon leur valeur. Aussi tous, en ce monde, ont leur part de souffrances. Le concours est ouvert, le combat engagé ; l’Arbitre des jeux regarde et compare : bientôt il prononcera sur les mérites divers des combattants, et les appellera du labeur de l’arène au repos du trône où il siège lui-même. Heureux alors ceux qui, reconnaissant la main de Dieu dans l’épreuve, se seront abaissés sous cette main puissante avec amour et confiance ! Contre ces âmes fortes dans la foi, le lion rugissant n’aura pu prévaloir. Sobres et vigilantes dans cette carrière de leur pèlerinage, sans se poser en victimes, sachant bien que tout souffre ici-bas, elles auront uni joyeusement leurs souffrances à celles du Christ, et elles tressailliront dans la manifestation éternelle de sa gloire qui sera aussi leur partage pour les siècles sans fin.

ÉVANGILE.

Cette parabole de la brebis rapportée au bercail sur les épaules du Pasteur était chère aux premiers chrétiens ; on la rencontre partout dans les monuments figures des premiers siècles. En même temps qu’elle continue d’affermir notre confiance dans la miséricorde infinie, elle nous rappelle ineffablement le Seigneur Jésus qui naguère rentrait triomphalement dans les cieux, portant avec lui l’humanité perdue et reconquise. « Car quel est ce Pasteur de notre parabole, s’écrie saint Ambroise, sinon le Christ qui te porte en son corps et a pris sur lui tes péchés ? Cette brebis est une par le genre, non par le nombre. Riche Pasteur, dont nous tous formons la centième partie du troupeau ! Car il a les Anges, il a les Archanges, les Dominations, les Puissances, les Trônes, et le reste, innombrables troupeaux qu’il a laissés sur les montagnes, pour courir après la brebis perdue »

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Saint Jean de Saint-Facond confesseur mémoire des Saints Basilide, Cyrin, Nabor et Nazaire, Martyrs

12 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean de Saint-Facond confesseur mémoire des Saints Basilide, Cyrin, Nabor et Nazaire, Martyrs

Collecte

Dieu, auteur de la paix, et amant de la charité, vous avez orné le bienheureux Jean, votre Confesseur, d’un merveilleux don du ciel pour apaiser les différends : accordez-nous, par ses mérites et son intercession, d’être tellement affermis dans votre amour, que nous ne soyons plus séparés de vous par aucune tentation.

Quatrième leçon. Jean, issu d’une noble famille de Sahagun (Saint-Facond) en Espagne, fut obtenu de Dieu par les prières et les bonnes œuvres de ses pieux parents, restés longtemps sans enfant. Dès son jeune âge, il donna des signes remarquables de sa future sainteté. On le vit souvent adresser, d’un lieu élevé où il avait pris place, la parole aux autres enfants, pour les exhorter à la vertu et au culte de Dieu, ou pour apaiser leurs querelles. Confié, dans son pays même, aux moines bénédictins de Saint-Facond, il fut initié par eux aux premiers éléments des belles-lettres. Pendant qu’il s’appliquait à ces études, son père lui procura le bénéfice d’une paroisse ; mais le jeune homme ne voulut à aucun prix conserver les avantages de cette charge. Admis parmi les familiers de l’Évêque de Burgos, il devint son intime conseiller à cause de sa remarquable intégrité ; l’Évêque le fit prêtre et chanoine et lui donna de nombreux bénéfices. Mais Jean quitta le palais épiscopal pour servir Dieu plus paisiblement, et, renonçant à tous ses revenus ecclésiastiques, s’attacha à une petite chapelle, où tous les jours il célébrait la messe et parlait souvent des choses de Dieu, à la grande édification de ses auditeurs.

Cinquième leçon. S’étant rendu plus tard à Salamanque pour y étudier, et ayant été reçu au célèbre collège de Saint-Barthélemy, il exerça le ministère sacerdotal de telle sorte que, tout en se livrant à ses chères études, il n’en était pas moins assidu aux pieuses assemblées. Tombé gravement malade, il fit vœu de s’imposer une discipline plus sévère ; et, pour accomplir ce vœu, donna d’abord à un pauvre presque nu le meilleur des deux seuls vêtements qu’il possédait, puis se rendit au monastère de Saint-Augustin, alors très florissant par sa sévère observance. Admis dans ce couvent, il surpassa les plus avancés par son obéissance, son abnégation, ses veilles et ses prières. On lui confia le soin de la cave, et il lui suffit de toucher un petit fût de vin pour en tirer pendant une année entière ce qui était nécessaire à tous les religieux. Au bout d’une année de noviciat, il reprit, sur l’ordre du préfet du couvent, le ministère de la prédication. Salamanque était alors déchirée à ce point par les factions, que toutes les lois divines et humaines y étaient confondues ; des massacres avaient lieu presque à chaque heure, les rues et les places, et même les églises, regorgeaient du sang de personnes de toutes conditions et principalement de la noblesse.

Sixième leçon. Tant par ses prédications que par des entretiens particuliers, Jean parvint à calmer les esprits, et ramena la tranquillité dans la ville. Ayant vivement blessé un haut personnage en lui reprochant sa cruauté envers ses inférieurs, celui-ci envoya pour ce motif deux cavaliers sur son passage pour le mettre à mort. Déjà ils s’approchaient de lui, quand Dieu permit qu’ils fussent saisis de stupeur et immobilisés ainsi que leurs chevaux, jusqu’à ce que, prosternés aux pieds du saint homme, ils eussent demandé grâce pour leur crime. Ce seigneur, frappé lui-même d’une terreur subite, désespérait déjà de survivre ; mais, ayant rappelé Jean et s’étant repenti de ce qu’il avait fait, il fut rendu à la santé. Une autre fois, des factieux qui poursuivaient Jean avec des bâtons eurent les bras paralysés et ne recouvrèrent leurs forces qu’après avoir imploré leur pardon. Pendant sa Messe, Jean voyait notre Seigneur présent, et s’abreuvait des célestes mystères à la source même de la divinité. Souvent il pénétrait les secrets des cœurs, et prédisait l’avenir avec une rare sagacité. La fille de son frère étant morte à l’âge de sept ans, il la ressuscita. Enfin, après avoir prédit le jour de sa mort et avoir reçu avec une grande dévotion les sacrements de l’Église, il rendit le dernier soupir. Après comme avant sa mort, de nombreux miracles firent éclater sa gloire. Ces miracles furent constatés selon les rites de l’Église, et Alexandre VIII l’inscrivit au nombre des Saints.

Le règne que les Apôtres ont pour mission d’établir dans le monde est le règne de la paix. C’était elle que les cieux promettaient à la terre en la glorieuse nuit qui nous donna l’Emmanuel ; et dans cette autre nuit qui vit les adieux du Seigneur, au banquet de la Cène, l’Homme-Dieu fonda le Testament nouveau sur le double legs qu’il fit à l’Église de son corps sacré et de cette paix que les anges avaient annoncée : paix que le monde n’avait point connue jusque-là, disait le Sauveur ; paix toute sienne parce qu’elle procède de lui sans être lui-même, don substantiel et divin qui n’est autre que l’Esprit-Saint dans sa propre personne. Les jours de la Pentecôte ont répandu cette paix comme un levain sacré dans la race humaine. Hommes et peuples ont senti son intime influence. L’homme, en lutte avec le ciel et divisé contre lui-même, justement puni de son insoumission à Dieu par le triomphe des sens dans sa chair révoltée, a vu l’harmonie rentrer dans son être, et Dieu satisfait traiter en fils le rebelle obstiné des anciens jours. Les fils du Très-Haut formeront dans le monde un peuple nouveau, le peuple de Dieu, reculant ses confins jusqu’aux extrémités de la terre. Assis dans la beauté de la paix, selon l’expression du Prophète, il verra venir à lui tous les peuples, et attirera ici-bas les complaisances du ciel qui doit trouver en lui son image.

Autrefois sans cesse aux prises en d’atroces combats qui ne trouvaient fin qu’avec l’extermination du vaincu, les nations baptisées se reconnaîtront pour sœurs dans la filiation du Père qui est aux cieux. Sujettes fidèles du Roi pacifique, elles laisseront l’Esprit-Saint adoucir leurs mœurs ; et si la guerre, suite du péché, vient encore trop souvent rappeler au monde les désastreuses conséquences de la première chute, l’inévitable fléau connaîtra du moins désormais d’autres lois que la force. Le droit des gens, droit tout chrétien que n’admit point l’antiquité païenne, la foi des traités, l’arbitrage du vicaire de l’Homme-Dieu modérateur suprême de la conscience des rois, éloigneront les occasions de discordes sanglantes. En certains siècles, la paix de Dieu, la trêve de Dieu, mille industries de la Mère commune, restreindront les années et les jours où le glaive qui tue les corps aura licence de sortir du fourreau ; s’il outrepasse les bornes posées, il sera brisé par la puissance du glaive spirituel, plus redoutable à tous les points de vue dans ces temps que le fer du guerrier. Telle apparaîtra la force de l’Évangile, qu’en nos temps mêmes d’universelle décroissance, le respect de l’ennemi désarmé s’imposera aux plus fougueux adversaires, et qu’après la bataille vainqueurs et vaincus, se retrouvant frères, prodigueront les mêmes soins du corps et de l’âme aux blessés des deux camps : énergie persévérante du ferment surnaturel qui transforme progressivement l’humanité depuis dix-huit siècles, et agit à la fin sur ceux-là même qui continuent de nier sa puissance !

Or c’est un serviteur de cette conduite merveilleuse de la Providence, et l’un des plus glorieux, que nous fêtons en ce jour. La paix, fille du ciel, mêle ses reflets divins à l’auréole brillante qui rayonne sur son front. Noble enfant de la catholique Espagne, il prépara les grandeurs de sa patrie, non moins que ne le firent les héros des combats où le Maure succombait sans retour. Au moment où s’achevait la croisade huit fois séculaire qui chassa le Croissant du sol ibérique, lorsque les multiples royaumes de cette terre magnanime se rassemblaient dans l’unité d’un seul sceptre, l’humble ermite de Saint-Augustin fondait dans les cœurs cette unité puissante inaugurant déjà les gloires du XVIe siècle. Quand il parut, les rivalités qu’un faux point d’honneur excite trop facilement dans une nation armée, souillaient l’Espagne du sang de ses fils versé par des mains chrétiennes ; la discorde, abattue par ses mains désarmées, forme le piédestal où il reçoit maintenant les hommages de l’Église.

Vous méritiez, bienheureux Saint, d’apparaître au ciel de l’Église en ces semaines qui relèvent immédiatement de la glorieuse Pentecôte. Longtemps à l’avance, Isaïe, contemplant le monde au lendemain de l’avènement du Paraclet, décrivait ainsi le spectacle offert à ses yeux prophétiques : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds des messagers de la paix, des porteurs du salut disant à Sion : Ton Dieu va régner ! » C’étaient les Apôtres, prenant pour Dieu possession du monde, qu’admirait ainsi le Prophète ; mais leur mission, telle qu’il la définit dans son enthousiasme inspiré, ne fut-elle pas aussi la vôtre ? Le même Esprit qui les animait dirigea vos voies ; le Roi pacifique vit par vous son sceptre affermi dans une des plus illustres nations formant son empire. Au ciel où vous régnez avec lui, la paix qui fut l’objet de vos travaux est aujourd’hui votre récompense. Vous éprouvez la vérité de cette parole que le Maître avait dite en pensant à ceux qui vous ressemblent, à tous ceux qui, apôtres ou non, établissent du moins la paix dans la terre de leurs cœurs : « Bienheureux les pacifiques ; car ils seront appelés fils de Dieu ! » Vous êtes entré en possession de l’héritage du Père ; le béatifiant repos de la Trinité sainte remplit votre âme, et s’épanche d’elle jusqu’à nos froides régions en ce jour.

Continuez à l’Espagne, votre patrie, le secours qui lui fut si précieux. Elle n’occupe plus dans la chrétienté cette place éminente qui fut la sienne après votre mort glorieuse. Persuadez-la que ce n’est pas en prêtant l’oreille toujours plus aux accents d’une fausse liberté, qu’elle retrouvera sa grandeur. Ce qui l’a faite dans le passé puissante et forte, peut toujours attirer sur elle les bénédictions de Celui par qui règnent les rois. Le dévouement au Christ fut sa gloire, l’attachement à la vérité son trésor. La vérité révélée met seule les hommes dans la vraie liberté ; seule encore, elle peut garder indissolublement uni dans une nation le faisceau des intelligences et des volontés : lien puissant, qui assure la force d’un pays en dehors de ses frontières, et au dedans la paix. Apôtre de la paix, rappelez donc à votre peuple, apprenez à tous, que la fidélité absolue aux enseignements de l’Église est le seul terrain où des chrétiens puissent chercher et trouver la concorde.

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Fête du Sacré Coeur

11 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Fête du Sacré Coeur

Introït

Les pensées de son Cœur subsistent de génération en génération : délivrer leurs âmes de la mort et les nourrir au temps de la famine.

Collecte

Dieu, dans le Cœur de Votre Fils blessé par nos péchés, daignez nous prodiguer les trésors infinis de son amour : faites, nous vous en supplions, qu’en Lui rendant l’hommage de notre dévotion et de notre piété, nous remplissions aussi dignement envers Lui le devoir de la réparation.

Épitre Ep. 3, 8 19

Mes frères : à moi le plus petit de tous les saints, a été accordée cette grâce d’annoncer parmi les Gentils les richesses incommensurables du Christ ; et de mettre en lumière devant tous quelle est l’économie du mystère caché dès l’origine des siècles en Dieu, qui a créé toutes choses ; afin que les principautés et les puissances, dans les cieux, connaissent par l’Église la sagesse infiniment variée de Dieu, selon le dessein éternel qu’il a formé en Jésus-Christ Notre-Seigneur, en qui nous avons la liberté de nous approcher (de Dieu) en confiance, par la foi en Lui. A cause de cela je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, duquel toute paternité dans les cieux et sur la terre tire son nom, pour qu’il vous donne, selon les richesses de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur : que le Christ habite par la foi dans vos cœurs, afin qu’étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints, quelle est la largeur et la longueur, et la hauteur et la profondeur, et connaître l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, de sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu.

Évangile Jn 19 ,31-37

En ce temps-là : Ce jour étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le Sabbat (car ce Sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu’on leur rompît les jambes, et qu’on les enlevât. Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. Étant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Et celui qui le vit en rend témoignage, et son témoignage est vrai. Et il sait qu’il est vrai, afin que, vous aussi, vous croyiez. Car ces choses ont été faites, afin que l’Écriture fût accomplie : Vous ne briserez aucun de ses os. Et ailleurs, l’Écriture dit encore : Ils contempleront celui qu’ils ont percé.

Offertoire

Mon cœur s’est attendu aux outrages et à la misère j’ai cherché quelqu’un qui s’affligeât avec moi et personne n’est venu ; quelqu’un qui me consolât, et je ne l’ai point trouvé.

Secrète

Considérez, nous vous en supplions, Seigneur, la charité ineffable du Cœur de votre Fils bien-aimé : afin que notre offrande vous soit agréable et nous purifie de nos péchés.

Postcommunion

Que vos saints mystères, Seigneur Jésus, produisent en nous une ferveur divine qui nous fasse goûter la suavité de votre Cœur très doux et nous apprenne à mépriser ce qui est terrestre pour n’aimer que les biens du ciel. Vous qui vivez.

Office

4e leçon

Sermon de saint Bonaventure, Évêque

Étant une fois venus au très doux Cœur de Jésus et comme il est bon d’être là, ne nous laissons pas facilement séparer de celui dont il est écrit : « Ceux qui se retirent de vous seront écrits sur la terre ». Mais quel sera le partage de ceux qui s’en approchent ? Vous nous l’apprenez vous-mêmes. Vous avez dit à ceux qui venaient à vous : « Réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux ». Approchons-nous donc de vous, et nous tressaillirons et nous nous réjouirons en vous, nous souvenant de votre Cœur. « Oh ! Qu’il est avantageux et qu’il est agréable d’habiter » dans ce Cœur ! Je donnerai volontiers toutes choses, toutes les pensées et les affections de mon âme en échange de ce trésor, jetant toutes mes sollicitudes dans le Cœur du Seigneur Jésus, et sans nul doute ce Cœur me nourrira.

5e leçon

C’est à ce temple, à ce Saint des saints, à cette Arche du Testament, que j’adorerai, et que je louerai le nom du Seigneur, disant avec David : J’ai trouvé mon cœur pour prier mon Dieu. Et moi j’ai trouvé le Cœur de mon Roi, mon frère et mon tendre ami, Jésus. Ne l’adorerai-je pas ? Ayant donc trouvé ce Cœur qui est le vôtre et le mien, ô très doux Jésus, je vous prierai, ô vous qui êtes mon Dieu. Daignez seulement recevoir mes supplications dans ce sanctuaire où vous exaucez, ou plutôt attirez-moi tout entier dans votre Cœur. O Jésus, dont la beauté surpasse toute beauté, « lavez-moi encore plus de mon iniquité, et purifiez-moi de mon péché », afin qu’étant purifié par vous, je puisse approcher de vous qui êtes si pur, que je mérite d’habiter dans votre Cœur tous les jours de ma vie, et que je puisse voir et en même temps accomplir votre volonté.

6e leçon

Votre côté a été percé, pour qu’une entrée nous y fût ouverte. Votre Cœur a été blessé, afin qu’en lui et en vous, nous puissions habiter, à l’abri des perturbations du dehors. Toutefois il a encore été blessé pour que la blessure visible nous révélât la blessure invisible de l’amour. Pouvait-il mieux montrer cet amour ardent qu’en laissant blesser d’un coup de lance non seulement son corps, mais son Cœur aussi en même temps ? La blessure corporelle indique donc la blessure spirituelle. Qui n’aimerait ce Cœur profondément blessé ? Qui ne paierait d’amour celui qui a tant aimé ? Qui n’embrasserait un amant si chaste ? A nous qui demeurons encore dans notre enveloppe corporelle, à nous d’aimer de toutes nos forces, de payer d’amour, d’embrasser notre divin blessé, à qui des vignerons impies ont percé les mains et les pieds le côté et le Cœur ; à nous, de rester près de lui, afin qu’il daigne enchaîner du lien et blesser du trait de son amour, notre cœur encore dur et impénitent. — Désireux de voir honorer avec plus de dévotion et de ferveur, sous le symbole du Sacré-Cœur, la charité du Christ souffrant et mourant pour la rédemption du genre humain, et instituant en mémoire de sa mort le sacrement de son corps et de son sang ; souhaitant que les fidèles recueillissent plus abondamment les fruits de la divine charité, Clément XIII permit à plusieurs Églises de célébrer la Fête de ce Cœur très saint, Pie IX étendit cette fête à l’Église universelle, et enfin le souverain Pontife Léon XIII, accueillant les vœux du monde catholique, l’a élevée au rite double de première classe.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque.

« Un des soldats ouvrit son côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau ». L’Évangéliste s’est servi d’une expression choisie à dessein ; il ne dit pas : Il frappa son côté, ou : Il le blessa, ou toute autre chose, mais : « Il ouvrit », pour nous apprendre qu’elle fut en quelque sorte ouverte au Calvaire, la porte de la vie d’où sont sortis les sacrements de l’Église, sans lesquels on ne peut avoir d’accès à la vie qui est la seule véritable vie. Ce sang, qui a été répandu, a coulé pour la rémission des péchés, cette eau vient se mêler pour nous au breuvage du salut ; elle est à la fois un bain qui purifie et une boisson rafraîchissante. C’était la signification de cette porte que Noé eut ordre d’ouvrir au flanc de l’arche, pour y faire passer les animaux que devait épargner le déluge et qui représentaient l’Église.

8e leçon

Homélie de saint Jean Chrysostome

Remarquez-vous quelle est la puissance de la vérité ? Par ce qu’ils font, les Juifs accomplissent une prophétie, car une de plus s’est ici vérifiée. « Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes des deux larrons » ; mais non celles du Christ. Toutefois, pour ne pas déplaire aux Juifs, ils lui ouvrirent le côté d’un coup de lance, continuant à l’insulter, même après sa mort. O volonté détestable et criminelle. Cependant, ne te laisse pas troubler, frère bien-aimé : les actes que leur inspiraient leurs mauvais sentiments tournaient tous à l’honneur de la vérité. Elle est accomplie, la prophétie disant : « Ils porteront leurs regards sur celui qu’ils ont transpercé ». Ce que les soldats viennent de faire n’a pas servi seulement à réaliser la parole du prophète mais encore à convaincre plus tard ceux qui devaient refuser de croire, comme Thomas et d’autres avec lui. En outre un profond mystère s’est également accompli au même instant, car : « il coula du sang et de l’eau ». Ce n’est ni par hasard ni sans but que ces deux sources jaillirent ; c’est d’elles que l’Église a été formée.

9e leçon

Homélie de saint Bonaventure, Évêque

Or donc, c’a été pour que l’Église fût formée du côté du Christ endormi, qu’une disposition toute divine a voulu qu’un des soldats ouvrit avec une lance et transperçât ce flanc sacré, de manière à faire couler du sang et de l’eau, et à répandre le prix de notre salut. C’est cette effusion, provenant d’une source mystérieuse, de la source du Cœur, qui donna aux sacrements de l’Église la vertu de communiquer la vie de la grâce ; c’est là désormais, pour ceux qui vivent dans le Christ, le breuvage de la source vive qui rejaillit dans la vie éternelle. Lève-toi donc, ô âme, fidèle amie du Christ, ne cesse de veiller ; viens, approche tes lèvres pour t’abreuver aux fontaines du Sauveur.

Fête du Sacré Coeur

L’Acte de réparation au Sacré-Cœur de Jésus « Très doux Jésus, nous Vous promettons de réparer nos fautes passées » :

« Très doux Jésus, Vous avez répandu sur les hommes les Bienfaits de votre Charité, et leur ingratitude n’y répond que par l’oubli, le délaissement, le mépris. Nous voici donc prosternés devant votre Autel, animés du désir de réparer, par un hommage spécial, leur coupable indifférence et les outrages dont, de toutes parts, ils accablent votre Cœur très aimant.

Cependant, nous souvenant que nous-mêmes, nous nous sommes dans le passé rendus coupables d’une si indigne conduite, et pénétrés d’une profonde douleur, nous implorons d’abord pour nous-même votre Miséricorde. Nous sommes prêts à réparer, par une expiation volontaire, les fautes que nous avons commises, tout prêts aussi à expier pour ceux qui, égarés hors de la voie du salut, s’obstinent dans leur infidélité, refusant de Vous suivre, Vous, leur Pasteur et leur Chef, ou, secouant le joug si doux de votre Loi, foulent aux pieds les promesses de leur Baptême.

Nous voudrions expier pour tant de fautes lamentables, réparer pour chacune d’elles : désordres de la conduite, indécence des modes, scandales, corrupteurs des âmes innocentes, profanation des Dimanches et des Fêtes, blasphèmes exécrables contre Vous et contre vos Saints, insultes à votre Vicaire et à vos Prêtres, abandon et violations odieusement sacrilèges du divin Sacrement de votre Amour, péchés publics enfin des nations qui se révoltent contre les droits et l’autorité de votre Église.

Que ne pouvons-nous effacer de notre propre sang tant d’offenses ! Du moins, pour réparer votre Honneur outragé, nous Vous présentons cette même satisfaction que Vous avez offerte à votre Père sur la Croix et dont Vous renouvelez l’Offrande, chaque jour, sur l’Autel ; nous Vous La présentons, accompagnée de toutes les satisfactions de la Très Sainte Vierge votre Mère, des Saints, des chrétiens fidèles.

Nous Vous promettons, de tout notre cœur, autant qu’il dépend de nous et avec le Secours de votre Grâce, de réparer nos fautes passées, celles de notre prochain, l’indifférence à l’égard d’un si grand Amour, par la fermeté de notre foi, la pureté de notre vie, la docilité parfaite aux préceptes de l’Évangile, à celui surtout de la charité.

Nous Vous promettons aussi de faire tous nos efforts pour Vous épargner de nouvelles offenses et pour entraîner à Votre suite le plus d’âmes possible.

Agréez, nous Vous en supplions, ô très bon Jésus, par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie Réparatrice, cet hommage spontané d’expiation ; gardez-nous, jusqu’à la mort, inébranlablement fidèles à notre devoir et à Votre service, accordez-nous ce don précieux de la persévérance qui nous conduise tous enfin à la Patrie où, avec le Père et le Saint-Esprit, Vous régnez, Dieu, dans les siècles des siècles ».

Ainsi soit-il.

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Sainte Marguerite d’Ecosse reine et veuve

10 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Marguerite d’Ecosse reine et veuve

Collecte

Dieu, vous avez rendu admirable la bienheureuse reine Marguerite, en lui inspirant une extrême charité pour les pauvres : faites que, par son intercession et à son exemple, votre charité croisse continuellement dans nos cœurs.

Office

Quatrième leçon. Marguerite, reine d’Écosse, qui avait la gloire de descendre des rois d’Angleterre par son père, et des Césars par sa mère, devint plus illustre encore par la pratique des vertus chrétiennes. Elle naquit en Hongrie, où son père était alors exilé. Après avoir passé son enfance dans la plus grande piété, elle vint en Angleterre avec son père qui était appelé par son oncle, saint Édouard, roi des Anglais, à monter sur le trône de ses aïeux. Bientôt, partageant les revers de sa famille, Marguerite quitta les rivages d’Angleterre, mais une tempête, ou plus véritablement un dessein de la divine Providence, la conduisit sur les côtes d’Écosse. Là, pour obéir à sa mère, elle épousa le roi de ce pays, Malcolm III, qui avait été charmé par ses belles qualités, et se rendit merveilleusement utile à tout le royaume par ses œuvres de sainteté et de piété pendant les trente années qu’elle régna.

Cinquième leçon. Au milieu des délices de la cour, elle affligeait son corps par des macérations, des veilles, et réservait une grande partie de la nuit à ses pieuses oraisons. Indépendamment des autres jeûnes qu’elle observait en diverses circonstances, elle avait l’habitude de jeûner quarante jours entiers avant les fêtes de Noël, et cela avec une telle rigueur, qu’elle persévérait à le faire malgré les plus vives souffrances. Dévouée au culte divin, elle construisit à nouveau ou restaura plusieurs églises et monastères, qu’elle enrichit d’objets précieux et d’un revenu abondant. Par son très salutaire exemple, elle amena le roi son époux à une conduite meilleure et à des œuvres semblables à celles qu’elle pratiquait. Elle éleva ses enfants avec tant de piété et de succès, que plusieurs d’entre eux embrassèrent, comme Agathe sa mère et Christine sa sœur, le genre de vie le plus saint. Pleine de sollicitude pour la prospérité du royaume entier, elle délivra le peuple de tous les vices qui s’y étaient glissés insensiblement, et le ramena à des mœurs dignes de la foi chrétienne.

Sixième leçon. Rien cependant ne fut plus admirable en elle que son ardente charité envers le prochain et surtout à l’égard des indigents. Non contente d’en soutenir des multitudes par ses aumônes, elle se faisait une fête de fournir tous les jours, avec une bonté maternelle, le repas de trois cents d’entre eux, de remplir à genoux l’office d’une servante envers ces pauvres, de leur laver les pieds de ses mains royales, et de panser leurs plaies, n’hésitant même point à baiser leurs ulcères. Pour ces générosités et autres dépenses, elle sacrifia ses parures royales et ses joyaux précieux, et alla même plus d’une fois jusqu’à épuiser le trésor. Enfin, après avoir enduré des peines très amères avec une patience admirable et avoir été purifiée par six mois de souffrances corporelles, elle rendit son âme à son Créateur le quatre des ides de juin. Au même instant, son visage défiguré pendant sa longue maladie par la pâleur et la maigreur, s’épanouit avec une beauté extraordinaire. Marguerite fut illustre, même après sa mort, par des prodiges éclatants. L’autorité de Clément X l’a donnée pour patronne à l’Écosse ; et elle est dans le monde entier très religieusement honorée.

Une semaine s’est écoulée depuis le jour où, s’élevant de la terre de France dédiée au Christ par ses soins, Clotilde apprenait au monde le rôle réservé à la femme près du berceau des peuples. Avant le christianisme, l’homme, amoindri par le péché dans sa personne et dans sa vie sociale, ne connaissait pas la grandeur en ce point des intentions divines ; la philosophie et l’histoire ignoraient l’une et l’autre que la maternité pût s’élever jusqu’à ces hauteurs. Mais l’Esprit-Saint, donné aux hommes pour les instruire de toute vérité, théoriquement et pratiquement, multiplie depuis sa venue les exemples, afin de nous révéler l’ampleur merveilleuse du plan divin, la force et la suavité présidant ici comme partout aux conseils de l’éternelle Sagesse.

L’Écosse était chrétienne depuis longtemps déjà, lorsque Marguerite lui fut donnée, non pour l’amener au baptême, mais pour établir parmi ses peuplades diverses et trop souvent ennemies l’unité qui fait la nation. L’ancienne Calédonie, défendue par ses lacs, ses montagnes et ses fleuves, avait jusqu’à la fin de l’empire romain gardé son indépendance. Mais, inaccessible aux armées, elle était devenue le refuge des vaincus de toute race, des proscrits de toutes les époques. Les irruptions, qui s’arrêtaient à ses frontières, avaient été nombreuses et sans merci dans les provinces méridionales de la grande île britannique ; Bretons dépossédés, Saxons, Danois, envahisseurs chassés à leur tour et fuyant vers le nord, étaient venus successivement juxtaposer leurs mœurs à celles des premiers habitants, ajouter leurs rancunes mutuelles aux vieilles divisions des Pictes et des Scots. Mais du mal même le remède devait sortir. Dieu, pour montrer qu’il est le maître des révolutions aussi bien que des flots en furie, allait confier l’exécution de ses desseins miséricordieux sur l’Écosse aux bouleversements politiques et à la tempête.

Dans les premières années du XIe siècle, l’invasion danoise chassait du sol anglais les fils du dernier roi saxon, Edmond Côte de fer. L’apôtre couronné de la Hongrie, saint Étienne Ier, recevait à sa cour les petits-neveux d’Édouard le Martyr et donnait à l’aîné sa fille en mariage, tandis que le second s’alliait à la nièce de l’empereur saint Henri, le virginal époux de sainte Cunégonde. De cette dernière union naquirent deux filles : Christine qui se voua plus tard au Seigneur, Marguerite dont l’Église célèbre la gloire en ce jour, et un prince, Edgard Etheling, que les événements ramenèrent bientôt sur les marches du trône d’Angleterre. La royauté venait en effet de passer des princes danois à Édouard le Confesseur, oncle d’Edgard ; et l’angélique union du saint roi avec la douce Édith n’étant appelée à produire de fruits que pour le ciel, la couronne semblait devoir appartenir après lui par droit de naissance au frère de sainte Marguerite, son plus proche héritier. Nés dans l’exil, Edgard et ses sœurs virent donc enfin s’ouvrir pour eux la patrie. Mais peu après, la mort d’Édouard et la conquête normande bannissaient de nouveau la famille royale ; le navire qui devait reconduire sur le continent les augustes fugitifs était jeté par un ouragan sur les côtes d’Écosse. Edgard Etheling, malgré les efforts du parti saxon, ne devait jamais relever le trône de ses pères ; mais sa sainte sœur conquérait la terre où le naufrage, instrument de Dieu, l’avait portée.

Devenue l’épouse de Malcolm III, sa sereine influence assouplit les instincts farouches du fils de Duncan, et triompha de la barbarie trop dominante encore en ces contrées jusque-là séparées du reste du monde. Les habitants des hautes et des basses terres, réconciliés, suivaient leur douce souveraine dans les sentiers nouveaux qu’elle ouvrait devant eux à la lumière de l’Évangile. Les puissants se rapprochèrent du faible et du pauvre, et, déposant leur dureté de race, se laissèrent prendre aux charmes de la charité. La pénitence chrétienne reprit ses droits sur les instincts grossiers de la pure nature. La pratique des sacrements, remise en honneur, produisait ses fruits. Partout, dans l’Église et l’État, disparaissaient les abus. Tout le royaume n’était plus qu’une famille, dont Marguerite se disait à bon droit la mère ; car l’Écosse naissait par elle à la vraie civilisation. David Ier, inscrit comme sa mère au catalogue des Saints, achèvera l’œuvre commencée ; pendant ce temps, un autre enfant de Marguerite, également digne d’elle, sainte Mathilde d’Écosse, épouse d’Henri Ier fils de Guillaume de Normandie, mettra fin sur le sol anglais aux rivalités persévérantes des conquérants et des vaincus par le mélange du sang des deux races.

Nous vous saluons, ô reine, digne des éloges que la postérité consacre aux plus illustres souveraines. Dans vos mains, la puissance a été l’instrument du salut des peuples. Votre passage a marqué pour l’Écosse le plein midi de la vraie lumière. Hier, en son Martyrologe, la sainte Église nous rappelait la mémoire de celui qui fut votre précurseur glorieux sur cette terre lointaine : au VIe siècle, Colomb-Kil, sortant de l’Irlande, y portait la foi. Mais le christianisme de ses habitants, comprimé par mille causes diverses dans son essor, n’avait point produit parmi eux tous ses effets civilisateurs. Une mère seule pouvait parfaire l’éducation surnaturelle de la nation. L’Esprit-Saint, qui vous avait choisie pour cette tâche, ô Marguerite, prépara votre maternité dans la tribulation et l’angoisse : ainsi avait-il procédé pour Clotilde ; ainsi fait-il pour toutes les mères. Combien mystérieuses et cachées n’apparaissent pas en votre personne les voies de l’éternelle Sagesse ! Cette naissance de proscrite loin du sol des aïeux, cette rentrée dans la patrie, suivie bientôt d’infortunes plus poignantes, cette tempête, enfin, qui vous jette dénuée de tout sur les rochers d’une terre inconnue : quel prudent de ce monde eût pressenti, dans une série de désastres pareils, la conduite d’une miséricordieuse providence faisant servir à ses plus suaves résolutions la violence combinée des hommes et des éléments ? Et pourtant, c’est ainsi que se formait en vous la femme forte, supérieure aux tromperies de la vie présente et fixée en Dieu, le seul bien que n’atteignent pas les révolutions de ce monde.

Loin de s’aigrir ou de se dessécher sous la souffrance, votre cœur, établi au-dessus des variations de cette terre à la vraie source de l’amour, y puisait toutes les prévoyances et tous les dévouements qui, sans autre préparation, vous tenaient à la hauteur de la mission qui devait être la vôtre. Ainsi fûtes-vous en toute vérité ce trésor qui mérite qu’on l’aille chercher jusqu’aux extrémités du monde, ce navire qui apporte des plages lointaines la nourriture et toutes les richesses au rivage où les vents l’ont poussé. Heureuse votre patrie d’adoption, si jamais elle n’eût oublié vos enseignements et vos exemples ! Heureux vos descendants, si toujours ils s’étaient souvenus que le sang des Saints coulait dans leurs veines ! Digne de vous dans la mort, la dernière reine d’Écosse porta du moins sous la hache du bourreau une tête jusqu’au bout fidèle à son baptême. Mais on vit l’indigne fils de Marie Smart, par une politique aussi fausse que sacrilège, abandonner en même temps l’Église et sa mère. L’hérésie desséchait pour jamais la souche illustre d’où sortirent tant de rois, au moment où l’Angleterre et l’Écosse s’unissaient sous leur sceptre agrandi ; car la trahison consommée par Jacques Ier ne devait pas être rachetée devant Dieu par la fidélité de Jacques II à la foi de ses pères. O Marguerite, du ciel où votre trône est affermi pour les siècles sans fin, n’abandonnez ni l’Angleterre à qui vous appartenez par vos glorieux ancêtres, ni l’Écosse dont la protection spéciale vous reste confiée par l’Église de la terre. L’apôtre André partage avec vous les droits de ce puissant patronage. De concert avec lui, gardez les âmes restées fidèles, multipliez le nombre des retours à l’antique foi, et préparez pour un avenir prochain la rentrée du troupeau tout entier sous la houlette de l’unique Pasteur.

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Une puissante prière

9 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Une puissante prière

Litaniae Beatae Mariae Virginis ab Ordine Praedicatorum receptae

Kyrie, eleison.
Christe, eleison
Kyrie, eleison
Christe, audi nos
Christe, exaudi nos

Pater de cælis Deus, miserere nobis
Fili Redemptor mundi Deus,
Spiritus Sancte Deus,
Sancta Trinitas, unus Deus,

Sancta Maria Mater Christi sanctissima, ora pro nobis
Sancta Maria Dei Genetrix Virgo,
Sancta Maria Mater innupta,
Sancta Maria Mater inviolata,
Sancta Maria Virgo virginum,
Sancta Maria Virgo perpetua,
Sancta Maria gratia Dei plena,
Sancta Maria æterni Regis filia,
Sancta Maria Christi Mater et Sponsa,
Sancta Maria Spiritus Sancti templum,
Sancta Maria cælorum Regina,
Sancta Maria Angelorum Domina,
Sancta Maria scala Dei,
Sancta Maria porta Paradisi,
Sancta Maria nostra Mater et Domina,
Sancta Maria nosta spes vera,
Sancta Maria nova mater,
Sancta Maria omnium fidelium fides,
Sancta Maria caritas Dei perfecta,
Sancta Maria imperatrix nostra,
Sancta Maria fons dulcedinis,
Sancta Maria mater misericordiæ,
Sancta Maria mater æterni Principis,
Sancta Maria mater veri consilii,
Sancta Maria mater veræ fidei,
Sancta Maria nostra resurrectio,
Sancta Maria per quam renovatur omnis creatura,
Sancta Maria generans æternum Lumen,
Sancta Maria omnia portantem portans,
Sancta Maria virtus divinæ Incarnationis,
Sancta Maria cubile thesauri cælestis,
Sancta Maria generans factorem omnium,
Sancta Maria consilii cælestis arcanum,
Sancta Maria nostra salus vera,
Sancta Maria thesaurus fidelium,
Sancta Maria pulcherrima Domina,
Sancta Maria iris plena lætitia,
Sancta Maria mater veri gaudii,
Sancta Maria iter nostrum ad Dominum,
Sancta Maria advocatrix nostra,
Sancta Maria stella cæli clarissima,
Sancta Maria præclarior luna,
Sancta Maria solem lumine vincens,
Sancta Maria æterni Dei Mater,
Sancta Maria delens tenebras æternæ noctis,
Sancta Maria delens chyrographum nostræ perditionis,
Sancta Maria fons veræ sapietiæ,
Sancta Maria lumen rectæ scietiæ,
Sancta Maria inæstimable gaudium nostrum,
Sancta Maria præmium nostrum,
Sancta Maria cælestis patriæ desiderium,
Sancta Maria speculum divinæ contemplationis,
Sancta Maria omnium Beatorum beatissima,
Sancta Maria omni laude dignissima,
Sancta Maria clementissima Domina,
Sancta Maria consolatrix ad te confugentium,
Sancta Maria plena pietate,
Sancta Maria omni dulcedine superabundans,
Sancta Maria pulchritude Angelorum,
Sancta Maria flos Patriarcharum,
Sancta Maria humilitas Prophetarum,
Sancta Maria thesaurus Apostolorum,
Sancta Maria laus Martyrum,
Sancta Maria glorificatio Sacerdotum,
Sancta Maria decus Virginum,
Sancta Maria castitatis lilium,
Sancta Maria super omnes feminas benedicta,
Sancta Maria reparatio omnium perditorum,
Sancta Maria laus omnium iustorum,
Sancta Maria secretorum Dei conscia,
Sancta Maria sanctissima omnium feminarum,
Sancta Maria præclarissima Domina,
Sancta Maria margarita cælestis Sponsi,
Sancta Maria palatium Christi,
Sancta Maria immaculata Virgo,
Sancta Maria templum Domini,
Sancta Maria gloria Ierusalem,
Sancta Maria lætitia Israel,
Sancta Maria filia Dei,
Sancta Maria Sponsa Christi amantissima,
Sancta Maria stella maris,
Sancta Maria diadema in capite summi Regis,
Sancta Maria omni honore dignissima,
Sancta Maria omni dulcedine plena,
Sancta Maria regni cælestis meritum,
Sancta Maria cælestis vitæ ianua,
Sancta Maria porta clausa et patens,
Sancta Maria per quam intratur ad Dominum,
Sancta Maria immarcescibilis rosa,
Sancta Maria omni mundo pretiosior,
Sancta Maria omni thesauro desiderabilior,
Sancta Maria altior cælo,
Sancta Maria Angelis mundior,
Sancta Maria Archangelorum lætitia,
Sancta Maria omnium Sanctorum exultatio,
Sancta Maria honor et laus, et gloria, et fiducia nostra,
Sancta Maria extende manum tuam et tange cor nostrum, ut illumines et liberes nos peccatores.

Filia Dei, Maria, nos respice
Filia Ioachim, Maria, nos dilige
Filia Annæ, Maria, nos suscipe

Agna Dei, tu porta spei, porta nos ad Filium
Agna Dei, nos iungas ei, virginale lilium
Agna Dei, da requietis regnum post exilium

Pater noster – Ave Maria.

V. Ora pro nobis, Sancta Dei Genitrix.
R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.
V. Dignare me laudare te, Virgo sacrata. (T.P. Alleluia)
R. Da mihi virtutem contra hostes tuos. (T.P. Alleluia)
V. Domine, exaudi orationem meam.
R. Et clamor meus ad te veniat.

Oremus

Defende, quæsumus, Domine Deus, intercedente beata et gloriosa Dei Genetrice Maria cum omnibus Sanctis tuis, nostram ab omni adversitate Domum et Congregationem, et ab hostium tuere clementer insidiis. Per Christum Dominum nostrum.

Amen.

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Dimanche dans l’Octave de la Fête-Dieu

7 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche dans l’Octave de la Fête-Dieu

Introït

Le Seigneur s’est fait mon protecteur et il m’a conduit au large : il m’a sauvé, parce qu’il m’aime. Je vous aimerai, Seigneur, ma force : Le Seigneur est mon ferme appui, et mon refuge et mon libérateur.

Collecte

Faites, Seigneur, que nous ayons toujours la crainte et l’amour de votre saint nom, parce que vous ne cessez jamais de diriger ceux que vous établissez dans la solidité de votre amour.

Épitre 1. Jn. 3, 13-18

Mes bien-aimés : Ne vous étonnez pas, si le monde vous hait. Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide ; et vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui. A ceci nous avons connu l’amour de Dieu : c’est qu’il a donné sa vie pour nous ; et nous devons aussi donner notre vie pour nos frères. Si quelqu’un possède les biens de ce monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles ni avec la langue, mais par les actes et en vérité.

Évangile Lc. 14, 16-24

En ce temps-là, Jésus dit cette parabole aux Pharisiens : Un homme fit un grand souper, et invita de nombreux convives, Et à l’heure du souper, il envoya son serviteur dire aux invités de venir, parce que tout était prêt. Mais tous, unanimement, commencèrent à s’excuser. Le premier lui dit : J’ai acheté une terre, et il est nécessaire que j’aille la voir ; je t’en prie, excuse-moi. Le second lui dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ; je t’en prie, excuse-moi. Et un autre dit : J’ai épousé une femme, et c’est pourquoi je ne puis venir. A son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors le père de famille, irrité, dit à son serviteur : Va promptement sur les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. Le serviteur dit ensuite : Seigneur, ce que vous avez commandé a été fait, et il y a encore de la place. Et le maître dit au serviteur : Va dans les chemins et le long des haies, et contrains les gens d’entrer, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper.

Postcommunion

Après avoir reçu ces dons sacrés, nous vous en supplions, Seigneur, de nous faire la grâce que, par la communion fréquente à ces mystères, les fruits de salut s’accroissent en nous.

Office

4e leçon

Sermon de saint Jean Chrysostome

Puisque le Verbe a dit : « Ceci est mon corps, » adhérons et croyons à sa parole, et contemplons-le des yeux de l’esprit. Car le Christ ne nous a rien donné de sensible, mais sous des choses sensibles, il nous donne tout à comprendre. Il en est de même dans le baptême aussi, où par cette chose tout à fait sensible, l’eau, le don nous est conféré ; spirituelle est la chose accomplie, à savoir la régénération et la rénovation. Si tu n’avais point de corps, il n’y aurait rien de corporel dans les dons que Dieu te fait ; mais parce que l’âme est unie au corps, il te donne le spirituel au moyen du sensible. Combien y en a-t-il maintenant qui disent : Je voudrais le voir lui-même, son visage, ses vêtements, sa chaussure ? Eh bien, tu le vois, tu le touches, tu le manges. Tu désires de voir ses habits, et le voici lui-même qui te permet, non seulement de le voir, mais encore de le toucher, de le manger et de le recevoir au dedans de toi.

5e leçon

Que personne donc ne s’approche avec dégoût, avec nonchalance ; que tous viennent à lui, brûlants d’amour, remplis de ferveur et de zèle. Si les Juifs mangeaient l’agneau pascal debout, avec leur chaussure, un bâton à la main, avec empressement, à combien plus forte raison dois-tu pratiquer ici la vigilance ! Les Juifs étaient alors sur le point de passer de l’Égypte dans la Palestine, c’est pourquoi ils avaient l’attitude de voyageurs : mais toi, tu dois émigrer au ciel. Il te faut donc toujours veiller ; car ce n’est pas d’un léger supplice, que sont menacés ceux qui reçoivent le corps du Seigneur indignement. Songe à ta propre indignation contre celui qui a trahi et ceux qui ont crucifié le Sauveur ; prends garde que tu ne deviennes, toi aussi, coupable du corps et du sang du Christ. Ces malheureux firent souffrir la mort au très saint corps du Seigneur, et toi, tu le reçois avec une âme impure après tant de bienfaits. Non content de s’être fait homme, d’avoir été souffleté, crucifié, le Fils de Dieu a voulu de plus s’unir à nous, de telle sorte que nous devenons un même corps avec lui, non seulement par la foi, mais effectivement et en réalité.

6e leçon

Qui donc doit être plus pur que celui qui est participant d’un tel sacrifice ? Quel rayon de soleil ne doit point céder en splendeur à la main qui distribue cette chair, à la bouche qui est remplie de ce feu spirituel, à la langue qui est empourprée de ce sang redoutable ? Pense à tout l’honneur que tu reçois et à quelle table tu prends place. Ce que les Anges regardent en tremblant, ce dont ils ne peuvent soutenir la rayonnante splendeur, nous en faisons notre nourriture, nous nous y unissons et nous devenons avec le Christ un seul corps et une seule chair. « Qui dira les puissances du Seigneur, et fera entendre ses louanges ? » Quel pasteur a jamais donné son sang pour nourriture à ses brebis ? Que dis-je, un pasteur ? Il y a beaucoup de mères qui livrent à des nourrices étrangères les enfants qu’elles viennent de mettre au monde : Jésus-Christ n’agit pas de la sorte, il nous nourrit lui-même de son propre sang, il nous incorpore absolument à lui.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Voici, très chers frères, en quoi les jouissances du corps et celles de l’âme diffèrent ordinairement ; les jouissances corporelles, avant leur possession, allument en nous un ardent désir ; mais pendant qu’on s’en repaît avidement, elles amènent bientôt au dégoût, par la satiété même, celui qui les savoure. Les jouissances spirituelles, au contraire, provoquent le mépris avant leur possession, mais excitent le désir quand on les possède ; et celui qui les goûte en est d’autant plus affamé qu’il s’en nourrit davantage. Dans celles-là, le désir plaît, mais l’expérience est déplaisir ; celles-ci semblent au contraire de peu de valeur lorsqu’on ne fait encore que les désirer, mais leur usage est ce qui plaît le plus. Dans les premières, l’appétit engendre le rassasiement, et le rassasiement, le dégoût ; dans les secondes, l’appétit fait naître la jouissance, et le rassasiement, l’appétit.

8e leçon

Les délices spirituelles augmentent en effet le désir dans l’âme, à mesure qu’elle s’en rassasie ; plus on goûte leur saveur, mieux on connaît qu’on doit les désirer avec avidité ; c’est ce qui explique pourquoi on ne peut les aimer sans les avoir éprouvées, puisqu’on n’en connaît pas la saveur. Qui peut, en effet, aimer ce qu’il ne connaît pas ? Aussi le Psalmiste nous en avertit en disant : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux ». Comme s’il disait formellement : Vous ne connaissez pas sa douceur si vous ne le goûtez point, mais touchez avec le palais de votre cœur, l’aliment de vie, afin que, faisant l’expérience de sa douceur, vous deveniez capables de l’aimer. L’homme a perdu ces délices quand il pécha dans le paradis ; il en sortit lorsqu’il ferma sa bouche à l’aliment d’éternelle douceur.

9e leçon

De là, vient aussi qu’étant nés dans les peines de cet exil, nous en arrivons ici-bas à un tel dégoût, que nous ne savons plus ce que nous devons désirer. Cette maladie de l’ennui s’augmente d’autant plus en nous, que l’âme s’éloigne davantage de cette nourriture pleine de douceur. Elle en arrive à perdre tout appétit pour ces délices intérieures, par cette raison même qu’elle s’en est tenue éloignée et a perdu depuis longtemps l’habitude de les goûter. C’est donc notre dégoût qui nous fait dépérir ; c’est cette funeste inanition prolongée qui nous épuise. Et, parce que nous ne voulons pas goûter au dedans la douceur qui nous est offerte, nous aimons, misérables que nous sommes, la faim qui nous consume au dehors.

Dom Guéranger, l'Année Liturgique

ÉPÎTRE.

Ces touchantes paroles du disciple bien-aimé ne pouvaient mieux être rappelées au peuple fidèle qu’en la radieuse Octave qui poursuit son cours. L’amour de Dieu pour nous est le modèle comme la raison de celui que nous devons à nos semblables ; la charité divine est le type de la nôtre. « Je vous ai donné l’exemple, dit le Sauveur, afin que, comme j’ai fait à votre égard, vous fassiez vous-mêmes ». Si donc il a été jusqu’à donner sa vie, il faut savoir aussi donner la nôtre à l’occasion pour sauver nos frères. A plus forte raison devons-nous les secourir selon nos moyens dans leurs nécessités, les aimer non de parole ou de langue, mais effectivement et en vérité.

Or le divin mémorial, qui rayonne sur nous dans sa splendeur, est-il autre chose que l’éloquente démonstration de l’amour infini, le monument réel et la représentation permanente de cette mort d’un Dieu à laquelle s’en réfère l’Apôtre ?

Aussi le Seigneur attendit-il, pour promulguer la loi de l’amour fraternel qu’il venait apporter au monde, l’institution du Sacrement divin qui devait fournir à cette loi son puissant point d’appui. Mais à peine a-t-il créé l’auguste Mystère, à peine s’est-il donné sous les espèces sacrées : « Je vous a donne un commandement nouveau, dit-il aussitôt ; et mon commandement, c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés ». Précepte nouveau, en effet, pour un monde dont l’égoïsme était l’unique loi ; marque distinctive qui allait foire reconnaître entre tous les disciples du Christ, et les vouer du même coup à la haine du genre humain ; rebelle à cette loi d’amour. C’est à l’accueil hostile fait par le monde d’alors au nouveau peuple, que répondent les paroles de saint Jean dans notre Épitre : « Mes bien-aimés, ne vous étonnez pas que le monde vous haïsse. Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. »

L’union des membres entre eux par le Chef divin est la condition d’existence du christianisme ; l’Eucharistie est l’aliment substantiel de cette union, le lien puissant du corps mystique du Sauveur qui, par elle, croît tous les jours dans la charité]. La charité, la paix, la concorde, est donc, avec l’amour de Dieu lui-même, la plus indispensable et la meilleure préparation aux sacrés Mystères. C’est ce qui nous explique la recommandation du Seigneur dans l’Évangile : « Si, lorsque vous présentez votre offrande à l’autel, vous vous souvenez là même que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre offrande devant l’autel, et allez d’abord vous réconcilier avec votre frère, et venez ensuite présenter votre offrande ».

ÉVANGILE.

La fête du Corps du Seigneur n’était point encore établie, que déjà cet Évangile était attribué au présent Dimanche. C’est ce que témoignent, pour le XIIe siècle, Honorius d’Autun et Rupert. Le divin Esprit, qui assiste l’Église dans l’ordonnance de sa Liturgie, préparait ainsi à l’avance le complément des enseignements de cette grande solennité.

La parabole que propose ici le Sauveur à la table d’un chef des Pharisiens] reviendra sur ses lèvres divines au milieu du temple, dans les jours qui précéderont immédiatement sa Passion et sa mort. Insistance significative, qui nous révèle assez l’importance de l’allégorie. Quel est, en effet, ce repas aux nombreux invités, ce festin des noces, sinon celui-là même dont la Sagesse éternelle a fait les apprêts dès l’origine du monde ? Rien n’a manqué aux magnificences de ces divins apprêts : ni les splendeurs de la salle du festin élevée au sommet des monts et soutenue parles sept colonnes mystérieuses; ni le choix des mets, ni l’excellence du pain, ni les délices du vin servis sur la table royale. Elle-même, de ses mains, la Sagesse du Père a pressuré dans la coupe la grappe de cypre au suc généreux, broyé le froment levé sans semence d’une terre sacrée, immolé la victime. Israël, l’élu du Père, était l’heureux convive qu’attendait son amour ; elle multipliait ses messages aux fils de Jacob. La Sagesse de Dieu s’était dit : Je leur enverrai les prophètes et les apôtres. Mais le peuple aimé, engraissé de bienfaits, a regimbé contre l’amour ; il a prisa tâche de provoquer par ses abandons méprisants la colère du Dieu son Sauveur

. La fille de Sion, dans son orgueil adultère, a préféré le libelle de répudiation au festin des noces ; Jérusalem a méconnu les célestes messages, tué les prophètes, et crucifié l’Époux.

Mais, alors même, la Sagesse éternelle offre encore aux fils ingrats d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, en souvenir de leurs pères, la première place à son divin banquet ; c’est aux brebis perdues delà maison d’Israël que sont d’abord envoyés les Apôtres. « Ineffables égards, s’écrie saint Jean Chrysostome ! Le Christ appelle les Juifs avant la croix ; il persévère après son immolation et continue de les appeler. Lorsqu’il devait, semble-t-il, les accabler du plus dur châtiment, il les invite à son alliance et les comble d’honneurs. Mais eux, qui ont massacré ses prophètes et qui l’ont tué lui-même, sollicités par un tel Époux, conviés à dételles noces par leur propre victime, ils n’en tiennent nul compte, et prétextent leurs paires de bœufs, leurs femmes ou leurs champs ».

Bientôt ces pontifes, ces scribes, ces pharisiens hypocrites, poursuivront et tueront les Apôtres à leur tour ; et le serviteur de la parabole ne ramènera de Jérusalem au banquet du père de famille que les pauvres, les petits, les infirmes des rues et places de la ville, chez qui du moins l’ambition, l’avarice ou les plaisirs n’auront point fait obstacle à l’avènement du royaume de Dieu.

C’est alors que se consommera la vocation des gentils, et le grand mystère de la substitution du nouveau peuple à l’ancien dans l’alliance divine. « Les noces de mon Fils étaient prêtes, dira Dieu le Père à ses serviteurs ; mais ceux que j’y avais invités n’en ont point été dignes. Allez donc ; quittez la ville maudite qui a méconnu le temps de sa visite ; sortez dans les carrefours, parti courez toutes les routes, cherchez dans les champs de la gentilité, et appelez aux noces tous ceux que vous rencontrerez ».

Gentils, glorifiez Dieu pour sa miséricorde. Conviés sans mérites de votre part au festin préparé pour d’autres, craignez d’encourir les reproches qui les ont exclus des faveurs promises à leurs pères. Boiteux et aveugle appelé du carrefour, sois empressé à la table sacrée. Mais songe aussi, par honneur pour Celui qui t’appelle, à déposer les vêtements souillés du mendiant du chemin. Revêts en hâte la robe nuptiale. Ton âme est reine désormais par l’appel à ces noces sublimes : « Orne-la donc de pourpre, dit saint Jean Chrysostome ; mets-lui le diadème, et place-la sur un trône. Songe aux noces qui t’attendent, aux noces de Dieu ! De quels tissus d’or, de quelle variété d’ornements ne doit pas resplendir l’âme appelée à franchir le seuil de cette salle du festin, de cette chambre nuptiale » !

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Saint Boniface évêque et martyr

5 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Boniface évêque et martyr

Collecte

O Dieu, qui avez daigné appeler une multitude de peuples à la connaissance de votre nom par le zèle du bienheureux Boniface, votre Martyr et Pontife, accordez-nous, dans votre bonté, que, célébrant sa fête, nous ressentions les effets de sa protection.

Office

Quatrième leçon. Boniface, nommé d’abord Winfrid, naquit en Angleterre, à la fin du septième siècle. Dès son enfance, il n’eut que de l’éloignement pour le monde, et tourna ses vœux vers la vie monastique. Son père ayant tenté vainement de changer sa résolution en faisant valoir à ses yeux les attraits du siècle, il entra dans un monastère, et, sous la direction du bienheureux Wolfard, se forma à toute espèce de vertus et de sciences. A l’âge de trente ans il reçut le caractère sacerdotal. Prédicateur assidu de la parole divine, il n’était animé, dans cette fonction, que du désir de gagner des âmes. Ayant à cœur de voir s’étendre le règne de Jésus-Christ, il ne cessait de pleurer en pensant à la multitude de barbares qui, plongés dans l’ignorance, étaient asservis au démon. Comme ce zèle des âmes s’accroissait de jour en jour avec une ardeur inextinguible, il consulta la volonté divine par des prières accompagnées de larmes, et obtint du supérieur du monastère la permission de partir pour les rivages de la Germanie.

Cinquième leçon. Quittant l’Angleterre en bateau avec deux compagnons, il vint à la ville de Doreste en Frise ; mais comme une guerre très violente s’était déclarée entre Radbod, roi des Frisons, et Charles Martel, il prêcha l’Évangile sans résultat ; il revint donc en Angleterre, et retourna dans son monastère, au gouvernement duquel on l’éleva malgré lui. Deux ans après, il abdiqua sa charge du consentement de l’Évêque de Winchester, et partit pour Rome, afin que l’autorité apostolique le déléguât à la conversion des Gentils. Arrivé à Rome, Grégoire II le reçut avec bonté et changea son nom de Winfrid en celui de Boniface. Envoyé en Germanie, il annonça le Christ aux peuples de la Thuringe et de la Saxe ; et comme pendant ce temps-là le roi des Frisons, Radbod, ennemi acharné du nom chrétien, était mort, Boniface se dirigea de nouveau vers la Frise, où, en compagnie de saint Willibrod, il prêcha durant trois ans l’Évangile avec tant de fruit, que, les statues des idoles ayant été détruites, d’innombrables églises furent élevées au vrai Dieu.

Sixième leçon. Sollicité par saint Willibrod pour qu’il acceptât la dignité épiscopale, il s’y refusa afin de travailler plus librement et plus activement au salut des infidèles. S’étant avancé en Germanie, il détourna plusieurs milliers de Hessois du culte du démon. Appelé à Rome par le Pape Grégoire, il fut sacré Évêque, après avoir fait une admirable profession de foi. De là, il retourna vers les peuples germains et délivra presque entièrement la Hesse et la Thuringe des restes de l’idolâtrie. De si grand mérites valurent à Boniface d’être élevé par Grégoire III à la dignité archiépiscopale. S’étant rendu à Rome pour la troisième fois, il fut nommé par le souverain Pontife légat du Siège apostolique. Revêtu de cette autorité, il fonda quatre évêchés et réunit plusieurs synodes, parmi lesquels le mémorable concile de Leptines, dans le diocèse de Cambrai, en Belgique, et contribua alors puissamment à augmenter la foi parmi les Belges. Créé Archevêque de Mayence par le Pape Zacharie, il sacra par l’ordre du même Pontife, Pépin, roi des Francs. Après la mort de saint Willibrod, l’Église d’Utrecht lui fut confiée et il la gouverna d’abord par l’intermédiaire d’Eoban, ensuite par lui-même, lorsque, déchargé de l’Église de Mayence, il vint se fixer à Utrecht. Les Frisons étant retombés dans l’idolâtrie, il entreprit de nouveau de leur prêcher l’Évangile. Comme il était occupé de ce devoir pastoral, des hommes barbares et impies l’attaquèrent aux bords de la Burda. Enveloppé dans un sanglant massacre avec Eoban, associé à son épiscopat, et beaucoup d’autres, il eut comme eux les honneurs de la palme du martyre. Le corps de saint Boniface fut transporté à Mayence, puis enseveli, comme il l’avait demandé de son vivant, dans le monastère de Fulde, fondé par lui et devenu illustre par les nombreux miracles de ce Saint. Le souverain Pontife Pie IX a étendu son Office et sa Messe à l’Église universelle.

Le Fils de l’homme, proclamé Roi dans les hauteurs des cieux au jour de son Ascension triomphante, laisse à l’Épouse qu’il s’est donnée le soin et la gloire de faire reconnaître ici-bas son domaine souverain. La Pentecôte est le signal des conquêtes de l’Église ; c’est alors qu’elle s’éveille au souffle de l’Esprit-Saint ; toute remplie de cet Esprit d’amour, elle aspire comme lui aussitôt à posséder la terre. Les Anglo-Saxons et les Francs viennent de prêter en ses mains leur serment de foi et hommage au Christ, à qui toute puissance fut donnée sur la terre et au ciel. Winfrid aujourd’hui, réalisant le beau nom de Boniface ou bienfaisant que lui donna Grégoire II, se présente entouré des multitudes arrachées par lui du même coup au paganisme et à la barbarie. Grâce à l’apôtre de la Germanie, l’heure bientôt va venir pour l’Église de constituer dans ce monde à l’Époux, indépendamment de sa principauté sur les âmes, un empire plus puissant qu’aucun de ceux qui l’auront précédé ou suivi.

Le Père éternel attire à son Fils, non pas seulement les hommes, mais les nations ; elles sont dans le temps son héritage, non moins que le ciel l’est pour l’éternité. Or il ne suffit pas aux complaisances de Dieu pour son Verbe fait chair, que les nations viennent isolément chacune reconnaître en lui leur Seigneur et maître. C’est le monde qui lui fut promis comme possession, sans distinction de peuples, sans limites autres que les bornes de la terre ; reconnu ou non, son pouvoir est universel. Chez plusieurs sans doute, la méconnaissance ou l’ignorance du droit royal de l’Homme-Dieu doit durer jusqu’au delà du temps ; pour tous encore, nous le savons trop, la révolte sera possible. Il convenait cependant que l’Église, dès qu’elle le pourrait, mît à profit son influence sur les nations baptisées, pour les rassembler dans l’unité d’un même acquiescement extérieur à cette royauté source de toutes les autres. A côté du Pontife, vicaire de l’Homme-Dieu en ce qui touche les intérêts du ciel et des âmes, il y avait place, dans le domaine de la vie présente, pour un chef de la chrétienté qui ne fût tel qu’à titre de lieutenant du Christ Seigneur des seigneurs. Ainsi devait se trouver réalisée en toute plénitude, pour le fils de David, la principauté grandiose que les prophètes avaient annoncée.

Institution vraiment digne du nom qui lui sera donné de Saint-Empire ; dernier résultat de la glorieuse Pentecôte, comme étant la consommation du témoignage rendu par l’Esprit à Jésus pontife et roi. Aussi, quelques jours encore ; et Léon III, l’auguste Pontife appelé par l’Esprit-Saint à poser le couronnement de son œuvre divine, proclamera, aux applaudissements du monde, l’établissement de cet empire nouveau sous le sceptre de l’Homme-Dieu, dans la personne de Charlemagne représentant du Roi des rois. Telle que nous pouvions la prévoir jusqu’ici néanmoins par les enseignements de la sainte Liturgie, cette œuvre merveilleuse n’était pas encore suffisamment préparée ; de vastes régions, celles-là même qui doivent former l’apanage principal du futur empire, ne connaissaient pas même le nom du Seigneur Jésus, ou ne conservaient d’une prédication première, étouffée sous le tumulte des invasions, qu’un mélange confus de pratiques chrétiennes et de superstitions idolâtriques. Et c’est pourquoi, précurseur de Léon III, Boniface se lève, revêtu de la force d’en haut. Descendant de ces Angles à figure d’anges, par qui l’ancienne Bretagne est devenue l’île des Saints, il brûle de porter à la Germanie d’où sortirent ses aïeux, la lumière qui est venue les trouver dans la terre de leur conquête.

Trente ans d’une vie monastique commencée dès l’enfance malgré les caresses et les larmes d’un père, ont préparé son âme ; mûri dans la retraite et le silence d’un si long temps, rempli de la science divine, accompagné des prières de ses frères, il peut en toute sécurité suivre l’attrait qui l’appelle. Rome le voit d’abord soumettant ses vues au vicaire de l’Homme-Dieu, source féconde autant qu’unique de toute mission dans l’Église. Grégoire II, digne en tout des grands papes honorés du même nom, exerçait alors sur le monde chrétien la vigilance apostolique ; entre les écueils dressés par l’astuce lombarde et l’hérétique démence de Léon l’Isaurien, sa ferme et prudente main conduisait sûrement la barque de Pierre aux gloires souveraines qui l’attendaient en ce siècle huitième. Dans l’humble moine prosterné à ses pieds, l’immortel Pontife a bientôt reconnu l’auxiliaire puissant que lui envoie le ciel ; et, muni de la bénédiction apostolique, Winfrid, devenu Boniface, sent l’Esprit-Saint l’entraîner à des conquêtes que Rome même autrefois n’avait point rêvées.

Par les sentiers qu’il trace au delà du Rhin dans les régions non frayées de la terre barbare, l’Épouse du Fils de Dieu pénètre plus avant que ne firent les légions, renversant les dernières idoles des faux dieux, civilisant et sanctifiant les hordes farouches, fléau du vieux monde. Fils de saint Benoît, le moine anglo-saxon donne à son œuvre une stabilité qui défiera les siècles. Partout s’élèvent des monastères, prenant pour Dieu possession du sol même, fixant autour d’eux par la force de l’exemple et leurs bienfaits les tribus nomades. Sur tous les fleuves, du sein des forêts, en guise des cris de vengeance et de guerre, monte maintenant l’accent de la prière et de la louange au Dieu très-haut. Disciple chéri de Boniface, Sturm préside à cette colonisation pacifique, qui laisse loin derrière elle les colonies de vétérans dans lesquelles Rome païenne mettait la principale force de son empire.

Voici qu’à la même heure, en ces sauvages régions où la violence jusque-là régnait en souveraine, s’organise la milice sainte des épouses du Seigneur. L’Esprit de la Pentecôte a soufflé dans la terre des Angles, et, comme au Cénacle, les saintes femmes en ont eu leur part ; les vierges consacrées, obéissant à l’impulsion céleste, ont quitté leur patrie et le monastère où s’abrita leur enfance. Après avoir pourvu de loin d’abord aux besoins de Winfrid, copié pour lui en lettres d’or les livres saints, elles rejoignent l’apôtre ; intrépides, elles ont passé la mer, et sont venues, sous la garde de l’Époux, prendre leur part des travaux entrepris pour sa gloire. Lioba les conduit : Lioba, dont la douce majesté, dont les traits célestes élèvent la pensée au-dessus de la terre ; qui, par sa science des Écritures, des Pères et des saints Canons, égale les plus célèbres docteurs ; mais l’Esprit divin a plus encore enrichi son âme d’humilité et de saint héroïsme. Elle sera mère de la nation allemande. Les hères Germaines, avides de sang, qui, au jour de leurs noces, n’agréaient pour dons qu’un cheval de bataille avec le bouclier et la framée, apprendront d’elle les qualités de la femme forte. On ne les verra plus s’enivrer de carnage et ramener au combat leurs maris vaincus ; mais les vertus de l’épouse et de la mère remplaceront en elles la fureur des camps ; la famille sera fondée sur le sol germanique, et, avec elle, la patrie.

C’est ce qu’avait compris Boniface, en appelant à lui Lioba, Walburge, et leurs compagnes. Épuisé de travaux, fatigué plus encore, hélas ! Comme il arrive à tous les hommes de Dieu, par de mesquines jalousies se couvrant d’un faux zèle, l’athlète du Christ ne dédaignait pas de venir lui-même trouver près de sa fille bien-aimée conseil et réconfort. Appréciant à sa valeur la part qu’elle avait eue dans son œuvre, il la voulut pour compagne de son repos dans la tombe, en sa chère abbaye de Fulda.

Mais l’apôtre est loin encore d’être au soir de sa vie. Il doit assurer le sort spirituel des convertis sans nombre qu’a faits sa parole, et placer à leur tête ceux que l’Esprit-Saint désigne gouverner l’Église de Dieu. Par ses soins, la hiérarchie sacrée se constitue et se développe ; le sol se couvre d’églises ; et sous la houlette d’évêques élus de Dieu, des peuples nouveaux, créés comme par enchantement, vivent à la gloire de la Trinité sainte en ces contrées hier païennes, où Satan avait cru pouvoir éterniser sa domination.

Vainement d’autre part, Arius, Manès, divers corrupteurs de la foi sainte anciens et nouveaux, chassés de partout, végètent encore sur les confins ignorés du paganisme germain ; vainement la cupidité d’indignes ministres du Seigneur se flatte d’exploiter toujours l’ignorance de chrétientés trop éloignées du centre vital, et jusque-là forcément délaissées. L’éclat inaltéré du Verbe divin, qui revêt Boniface comme une robe de gloire, rayonne de lui jusqu’au fond des retraites obscures où l’hérésie se dérobe ; le fouet dont l’Homme-Dieu s’arma pour expulser les vendeurs du temple est dans les mains de son apôtre, et il chasse loin de leurs troupeaux sacrilègement abusés les prêtres infâmes qui, à prix égal, offrent au Dieu très-haut l’hostie du salut, ou immolent des bœufs et des boucs aux divinités vaincues de la Germanie. Au bout de quarante années d’un fécond apostolat, l’Allemagne, convertie ou délivrée des pasteurs mercenaires, est acquise au Christ.

Mais le vaillant précurseur du Saint-Empire ne doit pas borner son action puissante à préparer la race germanique aux grandes destinées qui l’attendent. La France, fille aînée de l’Église, est, dans ses princes, appelée la première à porter le globe d’or surmonté de la croix, auguste emblème de l’universelle royauté du Fils de Dieu. Or, si la France de Clotilde, pure d’hérésie, reste fidèle à son baptême, elle-même cependant réclame du ciel à cette heure le secours nécessaire au salut des nations dans les périodes critiques de leur histoire. Les descendants de Clovis n’ont conservé de son royal héritage que le titre vain d’un pouvoir qu’ils n’ont plus, tandis que la vraie puissance est passée aux mains d’une famille nouvelle : race vigoureuse, qui vient de donner sa mesure en écrasant près de Poitiers l’immense armée des Maures. Mais en sauvant la chrétienté, Charles Martel conduit l’Église de France à deux doigts de sa ruine par la distribution qu’il fait des sièges épiscopaux, des abbayes, aux compagnons de sa victoire. Sous peine d’une situation non moins désastreuse que ne l’eût faite la victoire d’Abdrame, il faut déposséder de leurs crosses usurpées ces étranges titulaires, et renvoyer du moins leurs fils aux armées franques ; avec autant de douceur que de fermeté, par l’ascendant de la vertu, il faut amener le héros de Poitiers et sa descendance au respect du droit des Églises.

Victoire plus glorieuse que la défaite des Maures, et qui fut celle de notre Boniface ! Triomphe de la sainteté désarmée, aussi profitable aux vaincus qu’à l’Église même ; car il devait faire du farouche soldat, bâtard de Pépin d’Herstal, la souche pour les Francs d’une deuxième dynastie dont la gloire allait surpasser l’illustration des rois de la première race.

Légat de saint Zacharie comme il l’avait été de Grégoire III son prédécesseur, Boniface avait fixé à Mayence son siège épiscopal, pour mieux garder au Christ en même temps et la Germanie, conquête de son premier apostolat, et la France sauvée par ses derniers labeurs. Comme un autre Samuel, lui-même consacra de ses mains la nouvelle royauté, en conférant, par un rite nouveau chez les Francs, l’onction sacrée à Pépin le Bref, fils de Charles Martel. On était arrivé à l’année 752. Encore enfant, un autre Charles, héritier futur du trône qu’il venait d’affermir ainsi par la force de l’huile sainte, attirait les bénédictions du vieillard. Mais Fonction royale de cet enfant était réservée au Pontife suprême ; et un diadème plus auguste encore que celui des rois francs devait plus tard se poser sur son front, pour manifester en lui, à la tète de l’Empire romain renouvelé, le lieutenant du Christ.

L’œuvre personnelle de Boniface était achevée ; comme le vieillard Siméon, il avait vu l’objet des ambitions et des labeurs de sa vie, le salut préparé par Dieu au nouvel Israël. Lui aussi ne songe plus qu’à s’en aller dans la paix du Seigneur ; mais l’entrée dans la paix pour un tel apôtre, et il l’entend bien ainsi, ne saurait être que le martyre. L’heure va sonner ; le vieil athlète a choisi son dernier champ de bataille. C’est la Frise, encore à demi païenne ; il y a un demi-siècle, au début de sa carrière apostolique, il avait fui cette contrée pour échapper à l’épiscopat que saint Willibrord voulait lui imposer dès lors ; aujourd’hui qu’elle n’a plus que la mort à lui offrir, il aspire à s’y rendre. Dans une lettre d’humilité sublime, il se prosterne aux pieds d’Étienne III qui vient de succéder à Zacharie, et remet au Siège apostolique la correction de ce qu’il appelle les maladresses et les fautes de sa longue vie ; il laisse à Lull, son très cher fils, l’Église de Mayence ; il recommande au roi des Francs les prêtres disséminés dans toute la Germanie, les moines, les vierges qui l’ont suivi dans ces lointaines contrées. Puis, faisant disposer parmi les quelques livres qu’il emporte avec lui le suaire qui doit envelopper son corps, il désigne les compagnons de son dernier voyage, et part avec eux pour cueillir la couronne.

Vous avez été, grand apôtre, le serviteur fidèle de Celui qui vous avait choisi comme ministre de sa parole sainte et propagateur de son règne. En quittant la terre afin d’aller faire reconnaître sa royauté des célestes phalanges, le Fils de l’homme n’en restait pas moins le roi de ce monde qu’il abandonnait pour un temps. Il comptait sur l’Église pour lui garder sa principauté d’ici-bas.

Bien faible encore était, à l’heure de son Ascension, le nombre de ceux qui voyaient en lui leur Seigneur et Maître. Mais la foi déposée dans les âmes de ces premiers élus était un trésor qu’ils firent valoir en banquiers habiles, et surent multiplier par le commerce apostolique. Transmis de génération en génération jusqu’au retour de l’Homme-Dieu, le précieux dépôt devait produire au Seigneur absent des intérêts toujours plus considérables. Il en fut bien ainsi, ô Winfrid, dans le siècle où vous apportâtes à l’Église le tribut de labeurs qu’elle réclame de tous ses fils à cette fin, quoique en des proportions différentes. Vos œuvres parurent bonnes et profitables entre toutes à la Mère commune ; dans sa reconnaissance, prévenant la gratitude de l’Époux lui-même, elle voulut vous appeler dès ce monde du nom nouveau sous lequel vous êtes maintenant connu dans les cieux.

Et, en effet, jamais richesses pareilles à celles que vous lui préparâtes, affluèrent-elles dans les mains de l’Épouse ? Jamais l’Époux apparut-il mieux et plus pleinement le chef du monde, qu’en ce huitième siècle où les princes francs, formés par vous à leurs grandes destinées, constituèrent la souveraineté temporelle de l’Église, et se firent gloire d’être, à côté du vicaire de l’Homme-Dieu, les lieutenants du Seigneur Jésus ? Le Saint-Empire vous doit d’avoir été possible, ô Boniface. Sans vous, la France s’abîmait dans les hontes d’un clergé simoniaque, et périssait avant même d’avoir vu Charlemagne ; sans vous, l’Allemagne restait aux barbares et à leurs dieux ennemis de toute civilisation et de tout progrès. Sauveur des Germains et des Francs, recevez nos hommages.

Devant la grandeur de vos œuvres, au souvenir des grands papes et de ces princes à la taille colossale dont la gloire relève de la vôtre en toute vérité, l’admiration égale en nous la reconnaissance. Mais pardonnez si, à la pensée des grands siècles, hélas ! si loin de nous, un retour sur nos temps amoindris vient mêler la tristesse aux joies de votre triomphe. Les pygmées qui s’admirent aujourd’hui parce qu’ils savent détruire et souiller, ne méritent sans doute que le mépris. Mais combien, à la lumière de votre politique sainte et de ses résultats, ô précurseur de la glorieuse confédération des peuples chrétiens, apparaissent malhabiles et coupables ces faux grands princes, ces hommes d’État de l’avant-dernier siècle, sottement admirés d’un monde qu’ils ont acheminé vers sa ruine ! Les nations catholiques, s’isolant l’une de l’autre, ont dénoué les liens qui les groupaient autour du vicaire de l’Homme-Dieu ; leurs princes, oubliant qu’ils étaient, eux aussi, les représentants du Verbe divin sur la terre, ont traité avec l’hérésie pour afficher leur indépendance à l’égard de Rome ou s’abaisser mutuellement. Aussi la chrétienté n’est plus. Sur ses débris, contre-façon odieuse du Saint-Empire, Satan dresse, à la honte de l’Occident, son faux empire évangélique, formé d’empiétements successifs, et reconnaissant pour première origine l’apostasie du chevalier félon Albert de Brandebourg.

Les complicités qui l’ont rendu possible ont reçu leur châtiment. Puisse la justice de Dieu être enfin satisfaite ! O Boniface, criez avec nous miséricorde au Dieu des armées. Suscitez à l’Église des serviteurs puissants comme vous le fûtes, en paroles et en œuvres. Venez de nouveau sauver la France de l’anarchie. Détruisez l’empire de Satan, et rendez à l’Allemagne le sentiment de ses vraies grandeurs avec la foi des anciens jours.

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Saint François Carraciolo confesseur

4 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint François Carraciolo confesseur

Collecte

O Dieu, qui avez suscité le bienheureux François pour être le fondateur d’un nouvel Ordre, et l’avez admirablement doué de zèle pour la prière et d’amour de la pénitence, accordez à vos serviteurs de profiter si bien de ses exemples, que, s’appliquant toujours à prier et à réduire leur corps en servitude, ils méritent de parvenir à la gloire céleste.

Quatrième leçon. François, appelé d’abord Ascanio, naquit à Santa-Maria-de-Villa dans les Abruzzes, de la noble famille des Caracciolo. Dès ses premières années, il se fit remarquer par une vive piété. Encore adolescent, il résolut, pendant une grave maladie, de s’attacher entièrement au service de Dieu et du prochain. Il partit pour Naples, se prépara au sacerdoce, et s’étant inscrit dans une pieuse confrérie, se livra à la contemplation et à l’œuvre du salut des pécheurs ; il se dévouait aussi à exhorter les condamnés à mort. Il arriva qu’une lettre destinée à un autre lui fut remise par erreur ; lettre dont les pieux auteurs, Jean Augustin Adorno et Fabrice Caracciolo, appelaient le destinataire à fonder un nouvel institut religieux. Frappé de ce fait étrange, et admirant les desseins de la volonté divine, Ascanio se joignit à eux avec empressement. S’étant retirés dans une solitude des Camaldules, ils y arrêtèrent les règles du nouvel Ordre ; et venus à Rome, ils en obtinrent la confirmation du Pape Sixte-Quint, qui voulut qu’on les appelât Clercs réguliers mineurs. Ils ajoutèrent aux trois vœux ordinaires celui de ne point rechercher les dignités.

Cinquième leçon. Ascanio Caracciolo, en faisant sa profession solennelle, prit le nom de François, à cause de sa dévotion particulière à saint François d’Assise. Adorno étant mort deux ans après, François fut mis malgré lui à la tête de tout l’Ordre ; et dans cette charge, donna de très beaux exemples de toutes les vertus. Plein de sollicitude pour le développement de son Ordre, il demandait de tout son cœur à Dieu cette grâce, par des prières, des larmes et des mortifications continuelles. Dans ce but, il se rendit trois fois en Espagne vêtu en pèlerin, et mendiant sa nourriture de porte en porte. Il eut à supporter en chemin les épreuves les plus pénibles, mais ressentit d’une façon merveilleuse l’appui du Tout-Puissant : grâce à sa prière, le navire qui le portait fut préservé d’un naufrage imminent. Pour arriver à ses fins dans, ce royaume, il eut beaucoup à travailler et à souffrir ; mais ayant surmonté l’opposition de ses ennemis avec une force d’âme singulière, la renommée de sa sainteté et la munificence des rois catholiques Philippe II et Philippe III, l’aidèrent à fonder plusieurs maisons de son Ordre ; ce qu’il fit en Italie avec le même succès.

Sixième leçon. François excella tellement dans l’humilité, qu’arrivé à Rome et reçu dans un hospice de pauvres, il choisit un lépreux pour compagnon, et refusa constamment les dignités ecclésiastiques que Paul V lui offrait. Il conserva toujours intacte sa virginité, et gagna même à Jésus-Christ des femmes qui avaient eu l’impudence de tendre des pièges à sa chasteté. Brûlant d’un ardent amour pour le divin mystère de l’Eucharistie, il passait des nuits presque entières en adoration devant le Saint-Sacrement et voulut que ce pieux exercice fût perpétuellement pratiqué dans son Ordre, comme en étant la marque distinctive. Il favorisa de tout son pouvoir le culte de la Vierge Mère de Dieu. Sa charité envers le prochain était des plus vives. Il eut en partage le don de prophétie et celui de scruter les cœurs. A l’âge de quarante-quatre ans, se trouvant un jour en prière dans la sainte maison de Lorette, il eut connaissance de sa fin prochaine et se dirigea aussitôt vers les Abruzzes ; arrivé dans le bourg d’Agnoni, il fut pris d’une fièvre mortelle, chez les disciples de saint Philippe de Néri. Après avoir reçu avec une très grande dévotion les sacrements de l’Église, il s’endormit paisiblement dans le Seigneur, la veille des nones de juin de l’an mil six cent huit, en la vigile de la fête du Corps du Christ. Sa sainte dépouille fut transportée à Naples, et inhumée avec honneur dans l’église de Sainte-Marie-Majeure, où il avait jeté les premiers fondements de son Ordre. Plus tard, l’éclat de ses miracles détermina le souverain Pontife Clément XIV à l’inscrire solennellement au nombre des Bienheureux. De nouveaux prodiges ayant éclaté, Pie VII le mit au nombre des Saints en mil huit cent sept.

 

Les biens apportés au monde par l’Esprit divin continuent de se révéler dans la sainte Liturgie. François Caracciolo nous apparaît comme un type nouveau de cette fécondité sublime que le christianisme a donnée à la terre, et dont Clotilde et Blandine nous ont fourni des exemples si merveilleux. La foi des saints est en eux le principe de la fécondité surnaturelle, comme elle le fut dans le père des croyants ; elle engendre à l’Église des membres isolés ou des nations entières ; d’elle procèdent également les multiples familles des Ordres religieux, qui, dans leur fidélité à suivre les voies diverses où les ont mises leurs fondateurs, sont le principal élément de la parure royale et variée dont resplendit l’Épouse à la droite de l’Époux. C’est la pensée qu’exprimait le Souverain Pontife Pie VII, au jour de la canonisation de notre saint, voulant, disait-il, « redresser ainsi le jugement de ceux qui auraient apprécié la vie religieuse selon la vaine tromperie des points de vue de ce monde, et non selon la science de Jésus-Christ ».

Le siècle de ruine où la voix du vicaire de l’Homme-Dieu s’adressait à la terre en cette circonstance solennelle, rappelait, sous des couleurs plus sombres encore, les temps calamiteux de la prétendue Réforme où François, comme tant d’autres, avait prouvé par ses œuvres et sa vie l’indéfectible sainteté de l’Église. « L’Épouse de Jésus-Christ, disait l’auguste Pontife, l’Église est habituée maintenant à poursuivre la carrière de son pèlerinage, au milieu des persécutions du monde et des consolations du Seigneur. Par les saints que sa toute-puissance ne cesse de susciter dans tous les temps. Dieu, comme il l’a promis, fait d’elle jusqu’à la fin la ville placée sur la montagne, le flambeau dont l’éclatante lumière frappe tous les yeux qui ne se ferment pas de parti-pris pour ne point voir. Pendant que ses ennemis s’unissent, formant pour la détruire de vains complots, pendant qu’ils disent : Quand donc mourra-t-elle ? Quand périra son nom ? Couronnée d’un éclat nouveau par les triomphes récents des soldats qu’elle envoie aux cieux, elle demeure glorieuse, annonçant pour toutes les générations à venir la puissance du bras du Seigneur ».

Le seizième siècle avait entendu à son début le plus effroyable blasphème qu’on eût proféré contre l’Épouse du Fils de Dieu. Celle qu’on appelait la prostituée de Babylone prouva sa légitimité, en face de l’hérésie impuissante à faire germer une vertu dans le monde, par l’admirable efflorescence des Ordres nouveaux sortis de son sein en quelques années, pour répondre aux exigences de la situation nouvelle qu’avait créée la révolte de Luther. Le retour des anciens Ordres à leur première ferveur, l’établissement de la Compagnie de Jésus, des Théatins, des Barnabites, des Frères de saint Jean de Dieu, de l’Oratoire de saint Philippe Néri, des Clercs réguliers de saint Jérôme Émilien et de saint Camille de Lellis, ne suffisent pas au divin Esprit ; comme pour marquer la surabondance de l’Épouse, il suscite à la fin du même siècle une autre famille, dont le trait spécial sera l’organisation parmi ses membres de la mortification et de la prière continues, par l’usage incessant des moyens de la pénitence chrétienne et l’adoration perpétuelle du Très-Saint-Sacrement. Sixte-Quint reçoit avec joie ces nouveaux combattants de la grande lutte ; pour les distinguer des autres Ordres déjà nombreux de clercs joignant aux obligations de leur saint état la pratique des conseils, et en preuve de son affection spécialement paternelle, l’illustre Pontife donné au monde par la famille franciscaine assigne à ces derniers venus le nom de Clercs réguliers Mineurs. Dans la même pensée de rapprochement avec l’Ordre séraphique, le saint que nous fêtons aujourd’hui, et qui doit être le premier Général du nouvel Institut, change le nom d’Ascagne qu’il portait jusque-là en celui de François.

Le ciel, de son côté, sembla vouloir lui-même unir François Caracciolo et le patriarche d’Assise, en donnant à leurs vies une même durée de quarante-quatre ans. Comme son glorieux prédécesseur et patron, le fondateur des Clercs réguliers Mineurs fut de ces hommes dont l’Écriture dit qu’ayant peu vécu ils ont parcouru une longue carrière. Des prodiges nombreux révélèrent pendant sa vie les vertus que son humilité eût voulu cacher au monde. A peine son âme eut-elle quitté la terre et son corps fut-il enseveli, que les foules accoururent à une tombe qui continuait d’attester chaque jour, par la voix du miracle, la faveur dont jouissait auprès de Dieu celui dont elle renfermait la dépouille mortelle.

Mais c’est à la souveraine autorité constituée par Jésus-Christ dans son Église, qu’il est réservé de prononcer authentiquement sur la sainteté du plus illustre personnage. Tant que le jugement du Pontife suprême n’a point été rendu, la piété privée reste libre de témoigner à qui la mérite, dans l’autre vie, sa gratitude ou sa confiance ; mais toute démonstration qui, de près ou de loin, ressemblerait aux honneurs d’un culte public, est prohibée par une loi de l’Église aussi rigoureuse que sage dans ses prescriptions. Des imprudences contraires à celte loi, formulée dans les célèbres décrets d’Urbain VIII, attirèrent, vingt ans après la mort de François Caracciolo, les rigueurs de l’Inquisition sur quelques-uns de ses enfants spirituels, et retardèrent de près d’un siècle l’introduction de sa cause au tribunal de la Congrégation des Rites sacrés. Il avait fallu que les témoins des abus qui avaient attiré ces sévérités disparussent de la scène ; et comme, par suite, les témoins de la vie de François ayant disparu eux-mêmes, on dut alors s’en rapporter aux témoignages auriculaires sur le chapitre des vertus héroïques qu’il avait pratiquées, Rome exigea la preuve, par témoins oculaires, de quatre miracles au lieu de deux qu’elle réclame autrement pour procéder à la béatification des serviteurs de Dieu.

Il serait inutile de nous arrêtera montrer que ces précautions et ces délais, qui prouvent si bien la prudence de l’Église en ces matières, n’aboutissent qu’à faire ressortir d’autant mieux l’évidente sainteté de François. Lisons donc maintenant le récit de sa vie. François, appelé d’abord Ascagne, naquit de la noble famille de Caracciolo à Villa Santa-Maria dans l’Abruzze. Dès ses premières années il brilla par sa piété ; il était encore dans son adolescence, lorsque pendant une grave maladie il prit la résolution de s’attacher entièrement au service de Dieu et du prochain. Il se rendit à Naples, y fut ordonné prêtre, et ayant donné son nom à une pieuse confrérie, il se livra tout entier à la contemplation et au salut des pécheurs ; il s’adonnait assidûment à la fonction d’exhorter les criminels condamnés au dernier supplice. Il arriva un jour qu’une lettre destinée à un autre lui fut remise par erreur de nom ; on y invitait le destinataire à prendre part à la fondation d’un nouvel institut religieux, et l’invitation venait de deux pieux personnages, Jean Augustin Adorno et Fabrice Caracciolo. Frappé de la nouveauté du fait et admirant les conseils de la volonté divine, François se joignit à eux avec allégresse. Ils se retirèrent dans une solitude des Camaldules pour y arrêter les règles du nouvel Ordre, et se rendirent ensuite à Rome où ils en obtinrent la confirmation de Sixte-Quint. Celui-ci voulut qu’on les appelât Clercs Réguliers Mineurs. Ils ajoutèrent aux trois vœux ordinaires celui de ne point rechercher les dignités.

A la suite de sa profession solennelle, notre saint prit le nom de François à cause de sa dévotion particulière envers saint François d’Assise. Adorno étant venu à mourir deux ans après, il fut mis, malgré lui, à la tète de tout l’Ordre, et, dans cet emploi, il donna les plus beaux exemples de toutes les vertus. Zélé pour le développement de son institut, il demandait à Dieu cette grâce par des prières continuelles, des larmes et de nombreuses mortifications. Il fit trois fois dans ce but le voyage d’Espagne, couvert d’un habit de pèlerin et mendiant sa nourriture de porte en porte. Il eut dans la route grandement à souffrir, mais éprouva aussi d’une façon merveilleuse l’appui du Tout-Puissant. Par le secours de sa prière, il arracha au danger imminent du naufrage le navire sur lequel il était monté. Pour arriver aux fins qu’il s’était proposées dans ce royaume, il dut peiner longtemps ; mais la renommée de sa sainteté et la très large munificence dont il fut favorisé par les rois Catholiques Philippe II et Philippe III, l’aidèrent à surmonter avec une force d’âme singulière l’opposition de ses ennemis, et il fonda plusieurs maisons de son Ordre ; ce qu’il fit également en Italie avec le même succès.

Son humilité était si profonde, que lorsqu’il vint à Rome, il fut reçu dans un hospice de pauvres où il choisit la compagnie d’un lépreux, et qu’il refusa constamment les dignités ecclésiastiques que lui offrait Paul V. Il conserva toujours sans tache sa virginité, et gagna à Jésus-Christ des femmes dont l’impudence avait osé lui tendre des pièges. Enflammé du plus ardent amour envers le divin mystère de l’Eucharistie, il passait les nuits presque entières en adoration devant lui ; et il voulut que ce pieux exercice, qu’il établit comme devant être pratiqué à jamais dans son Ordre, en fût le lien principal. Il fut un propagateur zélé de la dévotion envers la très sainte Vierge Mère de Dieu. Sa charité envers le prochain fut aussi ardente que généreuse. Il fut doué du don de prophétie et connut le secret des cœurs. Étant âge de quarante-quatre ans, un jour qu’il priait dans la sainte maison de Lorette, il eut connaissance que la fin de sa vie approchait. Aussitôt il se dirigea vers l’Abruzze, et étant arrivé dans la petite ville d’Agnoni, il fut atteint d’une fièvre mortelle dans la maison de l’Oratoire de saint Philippe Néri. Ayant reçu les sacrements de l’Église avec la plus tendre dévotion, il s’endormit paisiblement dans le Seigneur la veille des nones de juin de l’an mil six cent huit, le jour d’avant la fête du Saint-Sacrement. Son saint corps fut porté à Naples et enseveli avec honneur dans l’église de Sainte-Marie-Majeure, où il avait jeté les premiers fondements de son Ordre. L’éclat de ses miracles détermina le Souverain Pontife Clément XIV à l’inscrire solennellement au nombre des bienheureux ; et de nouveaux prodiges ayant déclaré de plus en plus sa sainteté, Pie VII le mit au nombre des Saints l’an mil huit cent sept.

Votre amour pour le divin Sacrement de nos autels fut bien récompensé, ô François ; vous eûtes la gloire d’être appelé au banquet de l’éternelle patrie à l’heure même où l’Église de la terre entonnait la louange de l’Hostie sainte, aux premières Vêpres de la grande fête qu’elle lui consacre chaque année. Toujours voisine de la solennité du Corps du Seigneur, votre fête à vous-même continue d’inviter les hommes, comme vous le faisiez durant votre vie, à scruter dans l’adoration les profondeurs du mystère d’amour. C’est la divine Sagesse qui dispose mystérieusement l’harmonie du Cycle, en couronnant les Saints dans les saisons fixées par sa Providence ; vous méritiez le poste d’honneur qu’elle vous assigne dans le sanctuaire, près de l’Hostie.

Sans cesse, sur la terre, vous vous écriiez au Seigneur avec le Psalmiste : Le zèle de votre maison m’a dévoré. Ces paroles, qui étaient moins encore les paroles de David que celles de l’Homme-Dieu dont il était la figure, remplissaient bien réellement votre cœur ; après la mort, on les trouva gravées dans la chair même de ce cœur inanimé, comme ayant été la règle unique de ses battements et de vos aspirations. De là ce besoin de la prière continuelle, avec cette ardeur toujours égale pour la pénitence, dont vous fîtes le trait particulier de votre famille religieuse, et que vous eussiez voulu faire partager à tous. Prière et pénitence ; elles seules établissent l’homme dans la vraie situation qui lui convient devant Dieu. Conservez-en le dépôt précieux dans vos fils spirituels, ô François ; que par leur zèle à propager l’esprit de leur père, ils fassent, s’il se peut, de ce dépôt sacré le trésor de la terre entière.

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Fête-Dieu

3 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Fête-Dieu

Introït

Il les a nourris de la fleur du froment, et il les a rassasiés du miel sorti du rocher, alléluia, alléluia, alléluia. Exultez en Dieu notre protecteur : jubilez en l’honneur du Dieu de Jacob.

Collecte

Dieu, vous nous avez laissé sous un Sacrement admirable le mémorial de votre passion : accordez-nous, nous vous en prions, de vénérer les mystères sacrés de votre Corps et de votre Sang ; de manière à ressentir toujours en nous le fruit de votre rédemption.

Lecture 1. Cor. 11, 23-29

Mes frères : j’ai appris du Seigneur ce que je vous ai moi-même transmis : que le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain, et après avoir rendu grâces, le rompit, et dit : Prenez et mangez ; ceci est mon corps, qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même le calice, après avoir soupé, en disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous en boirez. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain, et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. C’est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que l’homme s’éprouve donc lui-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice. Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur.

Évangile 1. Jn. 6, 56-59

En ce temps-là : Jésus, dit aux Juifs : Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui m’a envoyé est vivant, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi. C’est ici le pain qui est descendu du ciel. Ce n’est pas comme la manne que vos pères ont mangée, après quoi ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra éternellement.

Postcommunion

Nous vous en supplions, Seigneur, faites que nous soyons rassasiés par la jouissance éternelle de votre divinité : jouissance dont la réception dans le temps, de votre précieux Corps et de votre Sang, nous est une figure à l’avance.

Office

4e leçon

Sermon de saint Thomas d’Aquin.

Les immenses bienfaits de la divine largesse accordés au peuple chrétien lui confèrent une dignité inestimable. Il n’est point, en effet, et il ne fut jamais de nation si grande, qui eût ses dieux s’approchant d’elle comme notre Dieu est près de nous. Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a pris notre nature, afin que, fait homme, il divinisât les hommes. En outre, tout ce qu’il avait pris de nous, il le livra pour notre salut. Car son sang, il l’a, pour notre réconciliation, offert comme victime à Dieu son Père sur l’autel de la croix ; son sang, il l’a répandu tout à la fois et comme le prix de notre liberté, et comme le bain sacré qui nous lave, afin que nous fussions tout ensemble rachetés d’un misérable esclavage et purifiés de tous nos péchés. Mais, afin que nous gardions à jamais en nous la mémoire d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles, sous l’apparence du pain et du vin, son corps pour être notre nourriture et son sang pour être notre breuvage.

5e leçon

Ô festin précieux et admirable, salutaire et plein de toute suavité ! Que peut-il y avoir en effet de plus précieux que ce festin dans lequel on nous offre à manger, non la chair des veaux et des boucs, comme jadis sous la loi, mais le Christ, vrai Dieu ? Quoi de plus admirable que ce Sacrement ? En lui, en effet, le pain et le vin sont changés substantiellement au corps et au sang du Christ, tellement que le Christ, Dieu et homme parfait, est contenu sous l’apparence d’un peu de pain et d’un peu de vin ! Il est donc mangé par les fidèles sans être aucunement mis en pièces ; bien plus, si l’on divise le Sacrement, il demeure entier sous chacune des parties après la division. Les accidents subsistent dans sans leur sujet ou substance, afin que la foi ait à s’exercer, alors que l’on reçoit invisiblement ce corps, visible en soi, mais caché sous une apparence étrangère ; et afin que les sens soient préservés d’erreur, eux qui jugent d’accidents dont la connaissance leur appartient.

6e leçon

Aucun sacrement n’est plus salutaire que celui-ci ; par lui les péchés sont effacés, les vertus s’accroissent, et l’âme est engraissée de l’abondance de tous les dons spirituels. Il est offert dans l’Église pour les vivants et pour les morts, afin que serve à tous ce qui a été établi pour le salut de tous. Personne enfin ne peut dire la suavité de ce Sacrement, où l’on goûte à sa source la douceur spirituelle, où l’on célèbre la mémoire de cet excès de charité que le Christ a manifesté dans sa passion. Aussi, pour que l’immensité de cette charité s’imprimât plus profondément dans les cœurs des fidèles, ce fut à la dernière cène, lorsqu’ayant célébré la Pâque avec ses disciples, il allait passer de ce monde à son Père, qu’il institua ce Sacrement, comme le mémorial perpétuel de sa passion, l’accomplissement des anciennes figures, le plus merveilleux de ses ouvrages ; et il le laissa aux siens comme une singulière consolation dans les tristesses de son absence.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque

Les hommes, dans la nourriture et le breuvage, se proposent de n’avoir plus ni faim ni soif. Mais ils n’y peuvent parvenir dans la vérité que par cette unique nourriture et cet unique breuvage, qui rendent immortels et incorruptibles ceux qui les reçoivent. Et c’est là cette société des saints, où se trouve la paix et la parfaite unité. C’est pour cela, ainsi que l’ont entendu les hommes de Dieu qui nous ont précédés, que notre Seigneur Jésus-Christ, nous laissant son corps et son sang, a choisi pour ce dessein des matières dont l’unité est composée de beaucoup de parties. De ces matières, l’une est faite un seul pain de beaucoup de grains de froment ; l’autre, un seul vin du suc mêlé de beaucoup de grains de raisin. Le Seigneur à la fin expose ce dont il parle, et ce que c’est que manger son corps et boire son sang.

8e leçon

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Manger cette nourriture et boire ce breuvage, c’est donc demeurer dans le Christ et avoir le Christ demeurant en soi. Et par suite, celui qui ne demeure pas dans le Christ et en qui le Christ ne demeure pas, celui-là sans nul doute ne mange pas sa chair et ne boit point spirituellement son sang, bien que selon la chair et visiblement il presse de ses dents le Sacrement du corps et du sang du Christ ; mais au contraire, c’est pour son jugement qu’il mange et boit un si grand mystère, ayant osé s’approcher avec une conscience souillée du Sacrement du Christ, qu’on ne peut recevoir dignement que si l’on est pur, et selon cette parole : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu »

9e leçon

« De même que mon Père qui est vivant m’a envoyé, dit le Seigneur, et que moi, je vis par mon Père ; ainsi celui qui me mange, vivra aussi par moi. » C’est comme s’il disait : Que je vive, moi, par mon Père, c’est-à-dire, que je rapporte ma vie à lui comme à plus grand que moi, c’est le résultat de l’anéantissement dans lequel il m’a envoyé ; que quelqu’un ensuite vive par moi, c’est l’effet de la communion en laquelle il entre avec moi quand il me mange. Humilié, je vis par mon Père ; celui qui me reçoit est élevé et vit par moi. Si le Christ dit : « Je vis par mon Père », parce que lui, il procède de son Père, et que le Père ne procède pas de lui ; ces paroles ne portent aucun détriment à son égalité avec le Père. Cependant lorsqu’il ajoute : « Et celui qui me mange, vivra aussi par moi, » il ne veut point signifier que nous sommes ses égaux ; mais il nous manifeste quelle grâce il nous apporte comme médiateur.

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